INCUBATION ET DÉVELOPPEMENT DES ŒUFS
Nous avons dit que quelques heures, et pour beaucoup d'espèces, quelques instants suffisent pour qu'un changement notable se manifeste dans les œufs, ce qui est l'indice de leur fécondation. Nous avons montré les phases sommaires du développement des œufs. Nous ferons pourtant remarquer ici que la formation de cette tache, qu'on a appelée le germe, n'est pas un signe certain de leur fécondité ; car elle apparaît aussi bien sur les œufs stériles. Dans le principe, il y a toujours quelque incertitude, mais elle se dissipe bientôt. En effet, les œufs non fécondés blanchissent, deviennent de plus en plus opaques, ou bien gardent leur transparence, mais lie subissent aucun de ces changements intérieurs que nous avons décrits plus haut.
Le terme de l'évolution varie selon les espèces. Dans les conditions ordinaires, l'éclosion se fait tantôt au bout d'une semaine ou deux, tantôt vers le vingt-cinquième ou le trentième jour, tantôt seulement au bout de deux à trois mois.
La température et le degré de la lumière, ont une influence considérable sur le temps de l'incubation. On peut à volonté, en faisant varier l'intensité de la lumière, hâter ou retarder l'évolution des œufs, et même la suspendre complètement et détruire le germe. Il est donc nécessaire de connaître le degré de chaleur et de lumière le plus favorable à l'éclosion des diverses espèces, si l'on veut obtenir des résultats avantageux.
Le Brochet, qui fraie en mars, dans les eaux tranquilles, exige, pour la bonne incubation de ses œufs, une température de 6 à 8 degrés. La Perche, qui fraie depuis mars jusqu'à mai, demande une température plus élevée, 40 à 12 degrés. Les œufs de Carpe ne viendront à bien que dans une eau dormante de 16 à 20 degrés. Enfin ceux de la Tanche, qui fraie en juillet, ne se développent régulièrement que dans un milieu dont la température soit comprise entre 18 et 25 degrés,
Tandis que pour les poissons dont nous
venons de parler, l'incubation des oeufs ne -se fait régulièrement que sous l'influence d'une certaine chaleur et d'une vive lumière, l'évolution ne se fera bien pour les poissons d'hiver, qu'à une température plus basse et à une lumière pâle et diffuse. Il faut donc placer les œufs des espèces de la famille des Salmonidées dans une eau peu exposée aux rayons du soleil, et dont la température ne dépasse pas 6 à 8 degrés. L'évolution dure il est vrai trois mois environ ; mais elle mar~ che très-régulièrement, et la vigueur des jeunes poissons est remarquable.
Il faut avoir grand soin, pendant l'incubation, de soustraire les œufs à des variations brusques de température, car elles sont toujours nuisibles, et quelquefois elles tuent l'embryon. Il faut aussi visiter les œufs souvent et avec le plus grand soin ; veiller à ce qu'ils ne soient point entassés ; enlever avec une pince ceux qui présentent des traces d'altératioïi et sur lesquels une moisissure commence à se développer. Si l'on ne se hâtait pas de supprimer l'œuf malade, les autres seraient promptement altérés par le voisinage de ce galeux. Des êtres parasites (byssus) d'apparence cotonneuse, apparaîtraient sur l'œuf et l'envelopperaient de toutes parts. On verrait alors tous les œufs se recouvrir de byssus et présenter l'aspect que nous figurons ici {ftg. 565) sur un œuf de Truite.
Fi g. 565. — Œuf do Truite envahi par la moisissure.
Le pisciculteur se sert, pour enlever un œuf altéré, de la pince que nous représentons ici {ftg* 366} .
Les œufs en incubation sont, au bout de quelque temps, recouverts par les sédiments des eaux. De là, la nécessité de les débar-
rasser, à l'aide d'un pinceau, de ces dépôts qui se sont faits à leur surface. Un pinceau
Fig. 566. — Pince pour enlever les œufs.
de blaireau, tel que celui que représente la figure 567, sert à ce nettoyage.
Fig. 567. — Pinceau pour nettoyer les œufs.
Quand les matières déposées par les eaux sont trop abondantes, le mieux est, pour les soustraire à ces influences nuisibles, de changer les œufs de place.
On peut faire passer avec précaution les œufs d'une augette dans une autre bien nettoyée, en inclinant la première avec précaution. Mais il vaut mieux se servir, pour les saisir, d'une petite pelle criblée de trous
fig. 568. — Pelle percée de trous pour enlever les œufs.
{fig. 568), ou d'une pipette présentant la forme représentée par les figures 569 ou 570. On
Fig. 569, 570. — Pipette droite et pipette courbée.
aspire, avec la bouche, par l'extrémité a, l'eau qui contient les œufs à déplacer, et on
LA PISCICULTURE
les dépose ensuite où Ton veut, en rendant l'air à l'intérieur A, B de la pipette.
La pipette courbe {fig. 570) est la plus commode pour opérer ce transbordement. On saisit avec la main droite la pipette par l'extrémité pourvue d'un rebord, et Ton bouche avec le pouce l'ouverture qui la termine. On plonge alors dans l'eau contenant les œufs l'autre extrémité de la pipette, et quand elle est au milieu de l'eau, on retire le pouce. Aussitôt l'air contenu dans la pipette n'offrant plus de résistance à l'eau , celle-ci s'introduit par l'extrémité plongée dans le liquide, entraînant avec elle des œufs en suspension.
Quand le niveau est rétabli dans la pipette et dans le bassin,, et qu'il ne peut entrer un plus grand nombre d'œufsdans l'appareil, on le retire en remettant le pouce sur l'ouverture, et l'on verse son contenu sur la nouvelle claie que l'on veut regarnir, et que; Ton a préalablement bien nettoyée.
Cette petite manœuvre est représentée 'par la figure 571,
Fig. f>7i., — Manoeuvre de la pipette courbe pour enlever Les 'œufs et les changer de place.
Tous ces transbordements sont sans danger^ quand les embryons sont déjà visibles dans l'œuf; mais ils ont, dit M. Coste, des inconvénients , quand on les exécute au moment de l'incubation. Le mouvement el l'agitation peuvent alors leur être nuisibles. Durant cette première période, il faut les laisser dans l'immobilité, et ne leur faire subir d'autres déplacements que ceux que l'on ne peut éviter t. m.
en enlevant, avec uue pince, les œufs morts, que Ton reconnaît aisément à leur couleur d'un blanc opaque.
On le voit, pendant la période d'incubation, il faut entourer les œufs de ces soins attentifs, dévoués et patients, que donnent l'amour des phénomènes naturels, le désir de réussir, ou la volonté de bien faire ce qu'on a une fois entrepris. Que les personnes qui s'adonnent aux essais de pisciculture, sachent donc bien qu'à cette phase des opérations, un moment de distraction suffit pour compromettre le succès de toute l'entreprise.
En terminant ce chapitre, nous mettrons sous les yeux du lecteur les dessins exacts de l'œuf de la Truite et du Lavaret {fig. 372 et 873).
Fig. 572. — CEufs de la Truite.
La figure 572 représente en a un œuf de la Truite des lacs, et en b un œuf de la Truite ordinaire, de grandeur naturelle.
7 * et
Fig. 573. — CEuf de Lavaret.
La figure S73 représente en a un œuf de Lavaret de grandeur naturelle, et en b le même œuf grossi.