‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [3], Photographie, stéréoscope, poudres de guerre, artillerie ancienne et moderne, armes à feu portatives, bâtiments cuirassés, drainage, piscicultureFiguier Merveilles Science BNF 03Chapitre 141 sur 163 · POISSONS · texte numérisé non relu

POISSONS

Aussitôt après leur éclosionv la Perche, le Brochet, le Fera, se dispersent avec vivacité, dans le milieu qui les environne. Ils recherchent la lumière, et semblent animés d'une humeur vagabonde , qui les soustrait de bonne heure aux soins des éleveurs. Les Saumons et les Truites, au contraire, portant une énorme vésicule ombilicale, qui les empêche de se remuer facilement, ne s'écartent guère du lieu où ils sont nés, et se couchent à l'ombre, à l'abri d'une pierre, ou dans quelque anfractuosité. Ils sont, par cela même, incapables d'échapper à la voracité de leurs ennemis, et Ton doit chercher à les garantir des dangers auxquels les exposent

leur premier âge et leur inactivité. Il importe donc, avant de les abandonner à eux-mêmes en pleine eau, de les élever provisoirement dans des bassins d'alevinage.

Les aleviîiiers, quelles qu'en soientla forme et les dimensions, doivent être établis à proximité des eaux que l'on veut peupler de poissons ; et même, si on le peut, ils doivent communiquer avec ces eaux par des barrages ou des écluses. L'eau de ces bassins doit être limpide et courante , et sa température ne doit pas dépasser 14% même au temps des plus grandes chaleurs. La propreté des piscines est une condition très-importante. Il ne faut pas permettre aux conferves et aux mousses de s'y développer, et il faut empêcher que des sédiments ne s'y déposent. Ce fond sera couvert d'un lit de gravier, et présentera, çà et là, de petits tas de cailloux roulés. On y établira des abris en terre cuite, semblables à ceux que

Fig. 574 et 575. — Abris pour les jeunes poissons,

représententles figures 574 et 575. On pourra

remplacer ces abris par des vases qu'on aura poissons aiment beaucoup à se réunir dans

soin d'ébrécher en divers endroits. Les petits

Frg. 576. — Piscine du Collège de France pour élever les jeunes poissons perspective).

ces sortes de grottes artificielles en miniature. La piscine que M. Coste a fait établir au

Collège de France, pour l'élevage des jeunes poissons, se compose de compartiments com-

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muniquant ensemble par des grillages. La décharge des eaux, au lieu d'être située, comme à l'ordinaire, à la partie la plus déclive, est située au contraire à la surface de Feau dont elle reçoit le trop-plein par sa partie supérieure évasée en entonnoir.

La figure S76 représente la piscine du Collège de France , vue en perspective; la figure 577, la même à vol d'oiseau.

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Fig* 577. — Piscine du Collège de France,

La nappe d'eau qui s'écoule, grâce à cette disposition, est mince et moins rapide que si

la décharge était au fond du bassin, et il n'est guère possible qu'un poisson, quelque jeune qu'il soit, puisse être entraîné au dehors par l'eau sortant du bassin. Cependant, par excès de précaution, on couvre d'une toile métallique le sommet du tube d'évacuation du trop-plein de l'eau. Pour faciliter le mélange de l'eau et l'établissement des courants, on fait arriver l'eau par le bas, de sorte qu'elle est obligée de remonter pour sortir par le tuyau de décharge.

Nous donnons à part, dans lafigure578^ la vue d'un compartiment du bassin du Collège de France.

A quel genre d'alimentation convient-il de soumettre les poissons nouvellement éclos ?

Quand les jeunes poissons viennent d'éclore, ils gardent une diète rigoureuse, dont le terme est annoncé, chez toutes les espèces , par la disparition de la vésicule ombilicale. Tant que cette vésicule conserve encore des éléments nutritifs, les jeunes poissons ne veulent pas manger. La Truite et l'Ombrechevalierne commencent à manger que vers la fin de la quatrième semaine après leur

Fig. 578. — Compartiment d'un bassin.

écîosion , le Saumon ordinaire que six semaines après. Le vorace Brochet conserve plus de vingt jours sa vésicule ombilicale, et garde une diète absolue.

Quel genre de nourriture, convient-il de

donner aux Saumons et aux Truites, afin de les faire passer à l'état d'alevins ? Remy et Géhin avaient imaginé pour les Truites, un procédé d'alimentation vraiment ingénieux, vraiment scientifique, lis avaientsemé près

des Truites, des œufs d'autres espèces de poissons, plus petites et herbivores, qui s'entretenaient elles-mêmes aux dépens des végétaux aquatiques, et servaient d'aliment aux Truites carnassières.

M. Coste a nourri d'abord ses jeunes de Saumon, de Truite, d'Ombre-chevalier, avec de la chair musculaire crue, hachée et pilée jusqu'à ce qu'elle fût réduite presque à l'état de bouillie. Mais la préparation de cet aliment exige un temps considérable. L'un des aides de M. Coste, M. Chanteran, eut l'idée de remplacer la chair crue par de la chair cuite bien broyée et râpée. Cette alimentation est très-convenable pour les huit ou dix premiers jours seulement; mais il faut ensuite revenir à la chair crue et hachée.

Une proie vivante que les jeunes de Truite el de Saumon aiment beaucoup, est un crustace microscopique qu'on trouve en abondance, surtout au printemps, dans les eaux stagnantes, et que l'on connaît sous le nom de cyclops.

A mesure que les poissons grandissent, les moyens d'alimentation deviennent plus faciles. Des têtards de grenouille, des fretins de poisson blanc et de véron, des mollusques aquatiques, font les délices des Salmonidé? âgés d'un an. Des débris de cuisine, et de toute espèce de viande provenant d'animaux domestiques, sont très-recherchés par ceux qui ont atteint un âge plus avancé.

Il n'est pas toujours facile de distinguer les espèces parmi les jeunes poissons qui remplissent une piscine. Nous mettrons donc sous les yeux de nos lecteurs quelques dessins représentant les formes des espèces le plus habituellement élevées dans les bassins.

Les jeunes Truites sont reconnaissables à leur grosse vésicule ombilicale, qu'elles conservent jusqu'à l'âge d'un mois passé. Nous avons déjà représenté {fig, S48) le jeune des Truites à la naissance, et figure 549 l'alevin du Saumon ; le lecteur est donc prié de se reporter à cette figure. Nous représentons ici

[fig. 579) l'alevin de la Truite quatre mois après sa naissance.

Nous représentons dans la figure 580, le Saumon à ses différents états de développe-

Fig. 57 9.— Alevin de la Truite eommune, quatre mois après

la naissance.

ment, depuis l'œuf jusqu'à deux mois après sa naissance.

Fig, 580. — Saumon à ses divers états de développement (*),

(*) a% œuf de Saumon de grandeur naturelle. — même œuf grossi. — c, embryon de Heuch à la naissance» grandi deux fois et demie. — d} alevin de Heuch, deui mois après la naissance.

La figuré S8i représente l'alevin d'Ombrechevalier, quatre mois après là naissance.

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l'ig. 681. — Alevin d'Ombre-chevalier,

Grâce aux études faites par M. Coste, dans

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ia piscine du Collège de France, l'alevinage en grand dans un espace restreint, et l'approvisionnementdes viviers domestiques, sont devenus des pratiques faciles. 11 en est de même de l'acclimatation des poissons dans des eaux où ils n'ont jamais vécu : les expériences de M. Regnault, de l'Académie des sciences, à Sèvres; de M. le commandant Desmé dans son domaine de Puygeraut près Saumur; de M. de Montagu, au château d'Osmond; de M. le duc de Noailles à Maintenon, etc., etc., ont démontré le fait de l'acclimatation des alevins transportés de la piscine du Collège de France, dans les viviers de ces praticiens.

« Ce qui est irrévocablement acquis aujourd'hui, dit M. Coste, c'est que des poissons que Ton avait cru jusqu'alors ne pouvoir vivre et prospérer que dans des eaux vives et courantes se reproduisent, même dans des bassins clos^ où l'eau est simplement renouvelée, et y acquièrent, en aussi peu de temps qu'en pleine liberté, et sans perdre de leurs qualités estimées, une taille qui les rend parfaitement comestibles et marchands. »

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