CHAPITRE XIV
TRANSPORT DES ŒUFS ET DE l' ALEVIN.
Remy, pour transporter les œufs, les déposait, enveloppés entre deux linges mouillés, dans une boîte plate, percée de trous, en ayant soin de remplir les interstices avec de la
Fig. 582. — 3oîte de Remy pour le transport des œufs.
mousse ou des plantes aquatiques, comme le représente la figure 582. Cette boîte est d'un
très- bon usage. Quand elle est arrivée à sa destination, on ôte doucement la mousse, et, déployant le linge, on fait glisser les œufs dans l'appareil à éclosion.
Pour le transport des œufs libres et à enveloppe résistante, qui doivent n'arriver à destination qu'après un voyage de huit, dix jours et au delà, M. Coste a proposé le moyen suivant. On prend une boîte formée de feuilles minces de bois blanc5et5après l'avoir laissée macérer quelque temps dans l'eau, on y dépose une première couche de sabk bien lavé et bien mouillé, sur laquelle on place bon nombre d'œufs, en les espaçant un peu. On couvre ces œufs d'une seconde couche de sable sur laquelle on place une nouvelle couche d'œufs, et on continue ainsi jusqu'à ce que la boîte soit remplie, en opérant de manière à ce que la pression du couvercle sur le contenu ne soit pas trop grande et à ce qu'il n'y ait pas de balancement. C'est ainsi qu'on peut transporter, sans danger, les œufs de la plupart des espèces de la famille des Saumons. Pour le transport des œufs libres à plus courte distance et même pour ceux qui doivent supporter un voyage d'environ six jours, on remplacera avantageusement le sable humide par des végétaux aquatiques mous et élastiques, comme les mousses, par exemple. On fait donc des lits alternatifs d'œufs et de mousse de manière qu'une dernière couche d'œufs soit recouverte par une dernière couche de mousse ; l'humidité de ces plantes suffira à conserveries œufs vivants.
Si, à l'époque du transport, la température était si basse qu'on eût à redouter la gelée, il faudrait enfermer la boîte qui contient les œufs, dans une seconde boîte plus spacieuse» On remplirait l'espace entre les deux boîtes avec des matières capables de s'opposera l'action trop directe du froid, par exemple, avec du son, de la sciure de bois, de la paille, etc.
Si cependant, malgré ces soins et par une brusque variation atmosphérique, les œufs arrivaient gelés, il faudrait placer la boîte
dans une eau dont la température ne dépasserait pas 1 ou 2° au-dessus de zéro afin que les œufs puissent dégeler peu à peu et sans danger pour leur vie.
La figure 583 donne la coupe de la double boîte de M. Coste.
Fig. 583. — Coupe-d'une double boîte, dans laquelle les œufs sont disposés par couches. A, paroi de la boîte extérieure ; E, paroi de la boîte intérieure.
Quant aux œufs agglutinés et adhérents, le peu de résistance de leur membrane d'enveloppe ne permet de les transporter à sec qu'à de très-petites distances. 11 faut placerles œufs agglutinés des Perches, dans un grand bocal aux trois quarts rempli d'eau, et dans lequel on met quelques végétaux aquatiques. Quant aux œufs adhérents, il faudra distribuer en petits tas, les corps sur lesquels ils sont fixés, entourer chacun de ces tas d'un linge mouillé, et les disposer à côté les uns des autres sur une couche de végétaux humides, dont on les enveloppe, et on met le tout d,ans une bourriche.
Quelle est l'époque la plus convenable pour le transport des œufs? M. Coste conseille de les expédier au moment où l'embryon est déjà assez avancé pour que les yeux commencent à apparaître comme deux points noirâtres à travers la membrane de la coque. C'est ce que nous avons déjà représenté sur la figure 547.
D'après ce précepte, rétablissement de Huningue n'expédie jamais que des œufs embryonnés.En 1856, il distribua soit en France, soit à l'étranger, plus d'un million d'embryons vivants, qui parvinrent aux plus lointaines destinations avec une mortalité insignifiante.
Il est plus difficile de transporter à de grandes distances, l'alevin, c'est-à-dire le trèsjeune poisson. Cependant, on peut le faire
voyager dans des bocaux de verre de la capacité de deux à trois litres [fig. 584), à la con-
Fig. 584. — Bocal pour le transport de l'alevin.
dition de renouveler l'eau toutes les deux ou trois heures, ou de l'aérer, en y soufflant avec une pipette.
Ces bocaux se transportent facilement en les plaçant dans un panier à compartiments tel que le représente la figure 58-*).
Fig. 585. — Panier à compartiments.
Quand la taille de l'alevin est de 0m,056,les bocaux seraient insuffisants. Il faut aloiS se servir de tonnelets, bien débarrassés, par une longue macération dans Feau, de toute substance nuisible. Pendant le trajet, il faut renouveler l'eau, ou l'aérer en y faisant fonctionner une pompe qui plonge dans le vase et y rejette l'eau, après l'avoir aspirée. Des poissons d'assez grande taille peuvent être transportés fort loin par ce moyen.
LA PISCICULTURE
L'Anguille est un poisson énigmatique, dont on n'a jamais pu recueillir les œufs ni l'alevin. Par conséquent, on ne peut songer à la soumettre à la fécondation artificielle. Seulement, on recueille l'alevin, à l'époque du printemps, près de l'embouchure des fleuves,que l'Anguille remonte, en quittant la mer, pour arriver dans les eaux douces. C'est cet alevin que l'on fait croître pour le récolter à Fétat adulte. On appelle montée cet
alevin d'Anguille qu'il est facile de se procurer aussi abondamment qu'on Je désire»
Pour transporter la montée d'Anguille, on ne se sert ni de bocaux ni de tonnelets. On la transporte à sec, dans des paniers à mailles serrées , dont on recouvre le fond avec un vieux linge ou avec du papier assez fort, ensuite on remplit ce panier de paille, posée lâchement, imbibée d'eau, à laquelle on associe quelques plantes aquatiques {fig 586). Des
Fig. 586. — Panier organisé pour le transport de la montée d'Anguille.
paniersainsi organisés peuvent recevoir deux, et même trois livres de montée, c'est-à-dire de 4 à 3,000 Anguilles, et arriver aux plus lointaines destinations avec des pertes relativement insignifiantes.