LA PHOTO
On nettoie parfaitement la glace destinée à recevoir le collodion. Cette précaution est trèsimportante, car la réussite des épreuves en dépend. Nous avons déjà indiqué, à propos ■ A\i procédé au collodion humide, la méthode à suivre. Gela fait, on procède à la mise au point.
Pour cela, on assujettit le pied de l'instrument, et Ton y place cet appareil* On dirige l'objectif vers le sujet qu'on veut reproduire ; on l'éloigné , on le rapproche à l'aide d'une crémaillère, comme dans une lorgnette, en regardant sur la plaque de verre dépoli jusqu'à ce que l'image se présente parfaitement nette. 11 faut pour mettre au point s'entourer la tête d'un voile noir, comme dn
Fig. 69, — Coîîodionnage (1er temps).
le fait pour la pose du modèle, dans les cas ordinaires. On enlève alors le verre dépoli et on le remplace par la glace nettoyée et recouverte de collodion.
Lè coîîodionnage de ] a plaque exige une certaine expérience pour être fait convenable-
GRAPHIE. in
ment. On tient la glace horizontalement et on verse le liquide par un des angles, en inclinant doucement la plaque, le liquide descend vers le coin opposé à celui par lequel . on a versé, en recouvrant toute la glace {fig. 69 et 70).
Cela fait, on place la glace dans l'appareil, on le ferme, en ayant soin de mettre l'obturateur sur l'objectif. On prend alors une ventouse en caoutchouc, terminée par un tube d'ivoire et l'on enfonce le tube dans le flacon de nitrate d'argent, après avoii comprimé la ventouse ; on ouvre les doigts, et le bain de nitrate d'argent monte dans la ventouse (fig. 71).
Fig, 71. — Manière de puiser le bain d'argent.
On plonge alors le tube d'ivoire dans la bouteille de verre jaune de l'appareil, et en pressant la ventouse avec le doigt, on fait écouler le liquide [fig. 72).
Fig. 72. — Manière d'introduire le bain d'argent.
On renverse ensuite l'appareil en arrière, et d'un seul coup (fig. 73), de façon à ce que la glace soit entièrement et instantanément recouverte par le bain d'argent. On remue ■ légèrement pour éviter à la surface de la pla-
que le dépôt des impuretés qui pourraient se trouver dans le liquide. On redresse l'appareil, après une ou deux minutes, on retire le bain avec la ventouse, et on le remet dans
Fi g. 73. — Manière de répandre le bain d'argent sur la plaque.
le flacon qui contient ordinairement ce liquide {fig. 74).
FI g, 74. — Manière de verser dans le flacon le bain
qui a servi.
La plaque est dès lors prête à être impressionnée par la lumière. Après un temps de pose variable suivant l'intensité du jour, on remet l'obturateur.
Il ne s'agit plus que de faire apparaître et de fixer l'image.
Au moyen d'une seconde ventouse semblable à la première,on coule le sulfate de fer dans l'appareil,qu'on renverse de nouveau et qu'on vide au bout de deux minutes. L'épreuve est alors développée. On enlève la plaque portant son empreinte. On la lave et on la couvre
d'une solution très-concentrée d'hyposulfite de soude pour la fixer.
Quand la plaque est sèche, on la vernit, et on se sert de ce négatif sur verre pour tirer les épreuves positives sur papier.
Pour tirer ces épreuves sur papier, il suffit de placer bien exactement la glace dans la petite presse, d'appliquer le papier sensible sur le côté collodionné de la glace et de l'exposer au soleil pendant une demi-heure environ; cela fait, on retire l'épreuve de la presse et on la plonge dans un verre d'eau pendant trois quarts d'heure, jusqu'à ce que les blancs soient bien venus. Les clichés vigoureux demandent une plus longue exposition.
Avec cet appareil, toute personne, pourvu qu'elle soit adroite et soigneuse, peut obtenir des résultats assez satisfaisants : seulement lès épreuves sont toujours de très- petite dimension.
Nous terminerons ce chapitre en disant quelques mots des photographies magiques, sorte de jouet que l'on vend chez quelques opticiens.
On vous donne une feuille de carton blanc, sur laquelle l'œil ne découvre aucune tache ; mais il suffit d'y appliquer une feuille de papier blanc, et de verser de l'eau sur oette feuille de papier, pour y faire apparaître une photographie. L'épreuve s'améliore encore beaucoup et acquiert plus de stabilité, si on la laisse séjourner quelque temps dans l'eau.
Voici le procédé employé pour produire ces images, qui n'apparaissent qu'à la volonté de l'opérateur.
Une épreuve photographique obtenue à la manière ordinaire sur papier albuminé, est traitée comme il suit.
Dès qu'elle sort du négatif, on la lave avec soin dans une chambre obscure, pour enlever tout l'azotate d'argent. Ensuite, au lieu de la faire virer au chlorure d'or, on la plonge, dans une chambre noire, au sein d'un bain formé de 8 parties d'une solution saturée
LA PHOTOGRAPHIE
de bichlorure de mercure (sublimé corrosif) et d'une partie d'acide chlorhydrique. Ce bain blanchit l'épreuve et fait disparaître l'image, mais sans la détruire ; il change simplement la substance qui compose les parties obscures en un sel double incolore de mercure et d'argent. Dès que cet effet a été produit, on lave parfaitement le papier sur lequel est limage maintenant invisible, et on le fait sécher à l'obscurité.
;-. Comme sa surface est encore légèrement sensible, on la conserve entre des feuilles de papier d'une nuance orangée, pour la protéger contre l'action de la lumière.
Avec ces épreuves latentes , on vend du papier blanc non collé, qui a été également préparé d'une manière spéciale. Ce papier est imprégné d'une solution d'hyposulflte de soude. Lorsqu'on l'applique sur le papier albuminé préparé comme il vient d'être dit, et qu'on plonge les deux feuilles ensemble dans une assiette remplie d'eau, Thyposulfite de soude du papier buvard agit instantanément sur le sel de mercure de l'épreuve,, et il se forme un sulfure de mercure brun, qui accuse les lignes du dessin primitif; On voit donc alors reparaître ce dessin dans tous ses détails, avec une teinte de sépia très-riche et vigoureuse. On peut le faire disparaître de nouveau en plongeant l'épreuve encore une fois dans un bain de sublimé corrosif^puisFévoquer de nouveau par l'application d' un nouveau buvard humecté d'eau, et ainsi de suite.
Cette expérience est d'un charmant effet; malheureusement, elle n'est pas sans danger. On sait que le bichlorure de mercure est un poison terrible. Les photographies magiques ne devront donc pas être confiées aux très -jeunes enfants, toujours prêts à porter à la- bouche ce qu'ils ont entre les mains. Le danger que pourraient offrir ces photographies est tout aussi sérieux que celui des jouets peints avec des couleurs arsenicales.
M. Edouard Delessert a indiqué un autre procédé qui permet de se passer du bichlo-
rure de mercure. Le papier, imprégné d'un mélange de bichromate de potasse et de gélatine, est exposé sous un cliché négatif; on le lave d'abord dans un bain d'acide sulfurique étendu d'eau, puis dans l'eau pure, et on le fait ensuite sécher. L'image disparaît quand le papier est sec ; elle reparaît quand le papier est mouillé dans l'eau.
Ce procédé donne un produit tout à fait exempt de danger; mais ses effets ont moins de magie, puisque magie il y a !