CHAPITRE III
NAISSANCE DE LA. POUDRE A CANON AU XIVe SIÈCLE. — SES PREMIERS USAGES. — INVENTION DES BOUCHES A FEU.
Nous arrivons à l'époque où les compositions incendiaires des Arabes vont subir la transformation qui doit produire la poudre à canon des temps modernes.
Ce n'est qu'au xive siècle que fut observée d'une manière positivera force de projection des poudres salpêtrées. Les Arabes avaient appris des Chinois à mélanger le salpêtre avec le charbon et le soufre. Cependant
(t) a Accîpe iibram unam sulphuris, libras duas carbonum salicis, libras sex salis petrosi ; quae tria subtilissime terantur in lapide marmoreo. Postea aliquid posterius ad libitum ia tunicâ de papyro volante vel tonitruutn faeiente ponatur.
« Tunica ad volandum débet esse longa, gracilis, pulvere illo optimo plena ; ad faciendum vero tonitruum, brevis, grossa et semiplena. »
(2) Albert le Grand mourut en 1280, et Koger Bacon en 1294, autant qu'il est possible d'assigner une date fixe à la mort de cet illustre et malheureux savant. Voir dans notre ouvrage. Vies des savants illustres. Tome II, Savants du moyen âge^ in-8, Paris» 1867, les biographies de Roger Bacon et d'Albert le Grand.
cette espèce de poudre ne pouvait produire encore tous les effets de l'explosion ; elle fusait, mais ne détonait pas. Aussi ne l'employait-on que pour rendre plus vive la combustion des mélanges incendiaires, ou tout au plus pour servir d'amorce. Le salpêtre préparé par les Arabes, était, en effet, assez impur; il renfermait plusieurs sels étrangers, et particulièrement du sel marin. Or, la présence de ces sels non combustibles avait pour résultat de retarder l'inflammation du mélange ; dès lors il ne pouvait que fuser, c'està-dire que sa combustion, au lieu de se faire brusquement et sur toute la masse à la fois, ne se propageait que lentement et de place en place. L'expansion des gaz provenant de cette combustion, n'avait pas assez de puissance pour chasser un projectile. Cependant, au xive siècle, le progrès des arts chimiques, chez les Arabes, permit de mieux purifier le salpêtre, et de le débarrasser des matières étrangères non combustibles ; ce sel put dès ce moment provoquer tous les phénomènes de l'explosion, et l'on put l'appliquer à lancer au loin des projectiles.
Une grande incertitude a longtemps régné sur l'époque où l'on vit se réaliser la découverte des propriétés explosives de la poudre, et sur la contrée qui, la première, fut le théâtre de cette observation capitale qui devait peser d'un si grand poids dans les destinées du monde. D'après des documents mis en lumière par MM. Reinaud et Favé, c'est aux Arabes qu'appartiendrait cette découverte. Ces savants auteurs ont trouvé dans un manuscrit arabe de la bibliothèque de Pétersbourg, qui remonte au xive siècle , la description de certaines armes à feu, extrêmement imparfaites, et qui, en raison de cette imperfection même , semblent marquer les débuts de la découverte et de l'application de la force de projection de la poudre.
Voici un passage de ce manuscrit dans lequel il s'agit évidemment d'une manière de
lancer un projectile au moyen de la poudre à canon :
« Description de la drogue à introduire dans le madfaa avec sa proportion. — Baroud, dix ; charbon, deux drachmes; soufre, une drachme et demie. Tu le réduiras en poudre âne et tu rempliras un tiers du madfaa; tu n'en mettras pas davantage, de peur qu'il ne crève; pour cela, tu feras faire, par le tourneur, un madfaa de bois, qui sera pour la grandeur en rapport avec sa bouche ; tu y pousseras la drogue avec force, tu y ajouteras, soit le bondoc, soit la flèche, et tu mettras le feu à l'amorce. La mesure du madfaa sera en rapport avec le trou ; s'il estoit plus profond que l'embouchure n'est large, ce seroit un défaut. Gare aux tireurs! fais bien attention (i). »
Dans ce passage, l'instrument qui reçoit la poudre est appelé madfaa; c'est le nom qui sert quelquefois, chez les Arabes, à désigner le fusil. La poudre est composée de dix parties de salpêtre, de deux parties de charbon, et d'une partie et demie de soufre. On ne remplit de poudre que le tiers du madfaa, de peur qu'il ne crève. Par-dessus la poudre on mettait un bondoc^ c'est-à-dire une javeline, ou bien une flèche. Les figures qui sont jointes au texte, représentent, selon MM. Reinaud et Favé, un cylindre assez court porté sur un long manche qui fait suite à son axe. Cet instrument ressemble beaucoup aux massues incendiaires connues sous le nom de massues à asperger.
Voici un autre passage du même manuscrit de Pétersbourg, qui contient la description d'une arme à feu analogue à la précédente :
« Description d'une lance de laquelle, quand tu te trouveras en face de l'ennemi, tu pourras faire sortir une flèche qui ira se planter dans sa poitrine. — Tu prendras une lance que tu creuseras dans sa longueur, à une étendue de quatre doigts à peu près ; tu foreras cette' lance avec une forte tarière, et tu y ménageras un madfaa ; tu disposeras aussi un pousse-flèche en rapport avec la largeurde l'ouverture; le madfaa sera de fer. Ensuite tu perceras sur le côté de la lance un petit trou ; tu perceras également un trou dans le madfaa : puis tu prendras un fil de soie brute que tu attacheras au trou du madfaa ; tu le feras entrer par le trou qui est sur le côté de la lance. Tu te procureras, pour cette lance, une pointe percée
t Reinaud et Favé, des Feux de guerre.
à son sommet de manière que, lorsque tu tireras, le madfaa pousse fortement la flèche, par la force de l'impulsion que tu auras communiquée; le madfaa marchera avec le fil, mais le fil retiendra le madfaa de manière à l'empêcher de sortir de la lance avec la flèche. Quand tu monteras à cheval, ainsi armé, tu auras soin de te munir d'un troussequin : c'est afin que la flèche ne sorte pas de la lance. »
Il s'agit ici, selon MM. Reinaud et Favé, d'une lance disposée de telle manière que, lorsqu'on était en face de son ennemi, il en sortait un trait qui allait lui percer le sein. Pour cela on logeait dans la lance un madfaa de fer, qui recevait la poudre. Une flèche, dont la grosseur était proportionnée à l'ouverture, était introduite dans le creux de la lance, pour en sortir au moment favorable.
Les instruments dont la description est rapportée dans ces deux passages dû manuscrit arabe de Pétersbourg, représentent donc des armes à feu imparfaites. Ils paraissent former la transition entre les instruments purement incendiaires employés chez les Grecs et les Arabes d'Afrique au xiiic siècle , et les armes à feu proprement dites , dans lesquelles on met à profit la force expansive de la poudre pour lancer au loin des projectiles meurtriers.
Ces premières armes à feu étaient destinées à agir de très-près et presque par surprise, car cette espèce de lance ne pouvait projeter qu'à une très -faible distance, en raison de l'impureté de la poudre, la javeline, la flèche ou le projectile quelconque qu'elle contenait.
La poudre placée dans le madfaa^ pour projeter une aveline ou une flèche, au lieu d'une pelote de composition incendiaire, constituait une innovation sans importance apparente. Le nom de l'auteur de cette découverte est donc resté tout à fait inconnu, et personne n'a pu se douter que dans le madfaa des Arabes, il pût y avoir le germe de nos armes à feu. '
Chez les écrivains arabes du xiv* siècle, les effets explosifs de la poudre se distinguent
LES POUDRES DE GUERRE
Fig. 140. — Le sultan du Maroc AJbou-Yousouf emploie la poudre à canon pour lancer des graviers de fer, an siège du
Sidjilmesa, en 1273.
difficilement de leur propriété incendiaire. Des écrivains étrangers à cet art ne pouvaient donc pas distinguer Tune et l'autre de ces propriétés. D'ailleurs, le mot baroud, qui avait d'abord désigné le salpêtre en arabe, servit ensuite à désigner la poudre. C'est parce qu'ils n'ont pas connu ces deux acceptions du même mot,que différents auteurs modernes n'ont pas distingué les deux propriétés des compositions salpêtrées, d'imprimer une force accélératrice à la fusée et de produire une force instantanée dans les armes à feu.
Un passage emprunté à Y Histoire des Berbères, traduit par M. de Slane, ferait remonter au xin* siècle, chez les Arabes, l'emploi de la poudre pour lancer des projectiles.
« Abou-Yôusouf, sultan du Maroc, mit le siège devant Sidjilmesa, en l'an 672 de l'hégire (1273 de Jésus-Christ)... il dressa contre elle les instruments de siège, tels que des medjanics, des arrada et des lien-
T. III
dam à naphte, qui jettent du gravier de fer, lequel est lancé de la chambre (du hendam), en ayant du feu allumé dans du baroud, par un effet étonnant et dont les résultats doivent être rapportés à la puissance du Créateur... Il passa une année entière, et, un certain jour, quand on s'y attendait le moins, une portion de la muraille de la ville tomba par le coup d'une pierre lancée par une medjanky et on s'empressa de donner Fassaut (1). »
Cette relation a été écrite par Ibn-Khaldoun, cent ans environ après l'événement. On voit que, d'après cet auteur, la poudre était employée à lancer du gravier de fer, analogue aux avelines (graviers de fer), dont parle le manuscrit de Saint-Pétersbourg. Ces petits projectiles ont dû précéder les boulets plus gros dont l'histoire fera mention quelques années plus tard.
La figure 140 représente, d'après les don-
(1) Cité par M, Favé, Histoire des progrès de V artillerie. Tome III, des Etudes sur le passé et V avenir de l'artillerie, p. 67.
nées de l'historien arabe, les effets de la poudre à canon employée à lancer des graviers de fer contre les murailles deSidjilmesa,eni273.
Les événements militaires dont on vient de parler pour constater l'emploi de la poudre à canon, se sont passés dans le nord de l'Afrique et de l'Espagne. Il ne semble donc pas impossible, dit M. Favé, que les Arabes de ces contrées aient été les premiers à utiliser la force projective de la poudre à canon, et que son emploi remonte chez eux jusqu'à la seconde moitié du xme siècle. On peut encore espérer que des textes arabes restés inconnus viendront décider cette question.
L'emploi des premières armes à feu chez les Arabes, à partir du xive siècle, est établi par plusieurs documents sur l'exactitude desquels il ne peut exister aucun doute. Les deux citations qui vont suivre sont empruntées à l'ouvrage de M. Favé.
Condé, dans son Histoire de la domination des Arabes en Espagne, composée de morceaux traduits de l'arabe, parle de machines lançant des globes de feu avec grands tonnerres, dont l'effet est de ruiner des murs et des tours. 11 pairie plus loin de balles de fer lancées par le naphte ; racontant le siège de Tarifa, en 1340, par l'empereur du Maroc, joint aux Maures d'Espagne, Condé l'historien dit :
« Ils commencèrent à combattre la place avec des machines et des engins de tonnerre qui lançaient de grosses balles de fer avec du naphte, causant une grande destruction dans les murailles renforcées de bonnes tours. »
Casiri cite le passage suivant d'un auteur arabe qui vivait dans la première moitié du xive siècle.
« Le roi de Grenade entra dans le pays ennemi, marcha vers la ville de Basseta, l'investit et l'attaqua vivement ; il frappa l'arceau d'une forte tour avec la grande machine garnie de naphte en forme de boule chaufîée. »
Dans une chronique espagnole, citée par ' Casiri, racontant le siège de la ville d'Algési-
ras, par le roi Alphonse XI, en 1342, on trouve mentionné l'emploi de la poudre par les Arabes pour la défense de cette place ; on y lit en effet :
« Les Maures delà ville tiraient beaucoup de tonnerres vers le camp, contre lequel ils lançaient des boulets de fer aussi gros que les plus grosses pommes, et ils les lançaient si loin delà ville que les uns passaient au delà du camp, et que les autres l'atteignaient (i). »
L'opinion de MM. Reinaud et Favé, qui attribuent aux Arabes la découverte de la propriété explosive des poudres salpêtrées, s'appuie donc sur des faits nombreux. Ce qui peut d'ailleurs la confirmer , selon nous , c'est l'état avancé des arts chimiques chez cette nation. Pendant le moyen âge, l'Espagne, occupée et régie par les Arabes, était devenue le foyer le plus brillant des lettres et des arts ; les sciences chimiques s'y trouvaient particulièrement cultivées. La découverte des propriétés explosives de la poudre n'est que la conséquence de la purification du salpêtre par les procédés chimiques ; il est donc probable que c'est aux Arabes que doit revenir l'honneur de cette importante observation.
La poudre préparée au xive siècle, était extrêmement imparfaite. On l'obtenait sous forme de poussier, état qui lui enlève une grande partie de sa force ; en outre, le salpêtre qui servait à sa fabrication était fort impur. Cette poudre, qui ne donnait lieu qu'à une explosion assez lente, n'aurait donc pu imprimer aux projectiles une vitesse assez grande pour percer les cuirasses et les armures métalliques en usage à cette époque. Aussi, durant le xiv6 siècle, les projectiles lancés par les bouches à feu, ne furent-ils que très-rarement dirigés contre les hommes. La poudre servait surtout à lancer de grosses pierres, qui, par leur chute, écrasaient les
( ï ) Études sur le passé et l'avenir de V artillerie . Tome pages 65-68.
LES POUDRES DE GUERRE
édifices et ruinaient les défenses extérieures des places. Tel fut le premier .emploi des bouches à feu, qui prirent le nom de bombardes ou basions à feu.
Mais les bombardes ne furent pas destinées seulement à lancer de lourds projectiles contre les travaux de défense des villes assiégées ; elles servirent encore à jeter à l'ennemi le feu grégeois et les compositions incendiaires. On nous permettra d'insister sur ce point particulier, car nous y trouverons l'occasion d'établir que l'usage et le secret du feu grégeois n'ont aucunement été perdus, comme on l'entend dire tous les jours»
La découverte de la poudre à canon ne fit pas complètement abandonner l'emploi des mélanges incendiaires ; on les conserva comme un moyen d'attaque utile en plus d'une circonstance. Les Européens euxmêmes finirent par en emprunter l'usage aux Arabes, et tous ces phénomènes de combustion, qui avaient paru si effrayants aux Occidentaux, du vme au xme siècle, devinrent plus tard d'un usage familier en Europe.
Il est souvent question du feu grégeois dans les chroniques de Froissart. En racontant le siège du château de Romorantin par le prince de Galles, cet historien dit en parlant des Anglais :
« Si ordonnèrent à apporter canons avant et à traire carreaux et feu grégeois dedans la basse-cour; car si cil feu s'y vouloit prendre, il pourroit bien tant multiplier qu'il se bouter oit en toit des couvertures des tours du châtel, . . Adonc fut le feu apporté avant et traict par bombardes et par canons en la basse-cour, et si prit et multiplia tellement que toutes ardirent. »
Le nom du feu grégeois se trouve chez presque tous les auteurs de pyrotechnie du xvie siècle ; et on lit dans les ouvrages de cette époque la description détaillée des divers instruments à feu en usage en Europe vers le xve et le xvie siècle. Voici, par exemple, suivant un de ces écrivains, Biringuccio, la manière de préparer les lances à feu :
« Moyen de faire lances à feu pour getter où il vous plaira attachés à la pointe des lances. — Pour la défense d'une forteresse, ou pour dresser une escarmouche de nuit, ou pour assaillir un camp, c'est chose utile d'attacber, à la pointe des lances des gens de cheval et sur la cime des piques des gens de pié, certains canons de papier posez dans autres de bois longs de demi-brasse. Lesquels vous remplirez de grosse poudre avec laquelle vous meslerez pièce de feu gregeoix, de soufre, grains de sel commun, lames de fer, voire brisé, et arsenic cristallin. Et le tout pousserez dedans à force, et aprez avoir mis quelque chose au-devant, tournerez l'issue du feu contre vos ennemis. Lesquels resteront effrayés au possible,, appercevant une langue de feu excédant en longueur deux brasses, faisant un bruit épouvantable. Et peut ceste façon de langue grandement servir à ceux qui veuillent faire profession des armes sur la mer (1). »
Comme le remarquent MM. Reinaud et Favé, on voit que c'est bien là Tart des anciens Arabes : l'effet des instruments est le même, leur disposition toute semblable ; seulement, l'imagination n'ajoutant plus à la crainte que ces armes inspiraient, leur usage se borne à des circonstances rares et exceptionnelles.
Les écrivains de cette époque signalent quelques actions de guerre dans lesquelles on eut recours à ces moyens. Daniel Davelourt dans sa Briefve Instruction sur le faict de l'artillerie en -France, imprimée en 1597, parle ainsi de l'usage que Ton fit du feu grégeois au siège de Pise :
« Toute chose seiche et qui brusle facilement, multipliant le feu par quelque propre et intérieure nature, se peut mettre à composition du feu : comme sont soulphre, salpêtre, poudre à canon, huile de lin, de pétrole, de térébenthine, poix, résine, camphre, chaux vive, sel ammoniac, vif-argent et autres telles matières dont on a accoustumé de faire trompes, pots, cercles, langues, piques, lances à feu, et autres feux artificiels propres à refroidir l'ardeur de ceux qui vont les plus hardis assaillir bresche.
« Comme l'on cogneut au siège de Pise où les Florentins, soubs la conduite de Paul Vitellï, ayant fait la bresche raisonnable, etlesPisans se réparant par dedans avec fossés et terrasses, encore ajoutèrent-ils
(1) Yannoccio Biringuccio, la Pyrotechnie, traduit da l'Italien par Jacques Viacent, Paris, 1572, folio 164.
les feux gregeoix et artificiels, avec lesquels ils empêchèrent que les Florentins ne purent exécuter leur dessein. Les soldats de Vérone, attendant Tassaut des François,, dressèrent pots de feu artificiels et autres fricassées, qu'ils leur donnoientaux flancs et par derrière les remparts. »
Zantfliet affirme, dans ses Chroniques^ que le feu grégeois était usité en Hollande en 1 420.
Il fut encore employé en 1453 au siège de Constantinople par Mahomet II : les assiégés et assiégeants en faisaient usage chacun de leur côté {fig. 141). L'historien Phrantzès, cité par M. Lalanne, rapporte qu'un Allemand nommé Jean, très-habile à manier le feu grégeois, et qui dirigeait la défense de la ville, se servait de ce feu pour faire sauter des mines.
Ainsi, jusqu'àl'annéel483,les compositions incendiaires étaient encore employées con-; curremment avec l'artillerie, et Ton avait trouvé le moyen d'en tirer un parti nouveau en l'appliquant à l'art des mines. On peut donc établir, en s'appuyant sur des données historiques, que le secret du feu grégeois n'a jamais été perdu.
Les bouches à feu furent donc appliquées dans l'origine, à lancer des pierres contre les remparts extérieurs des cités et à jeter le feu grégeois. Cependant, à mesure que la préparation de la poudre à canon se perfectionna, et que les projectiles purent recevoir une vitesse assez grande pour percer les armures métalliques, ce dernier usage se perdit, et le nom même du feu grégeois finit par s'oublier. C'est alors seulement que les bouches à feu commencèrent à jouer un rôle important dans les armées.
Pour résumer ce qui précède, nous dirons que la poudre à canon a pris son origine dans l'art des compositions incendiaires et les feux d'artifice, connus et mis en usage de temps immémorial chez les Indiens et les Chinois ; — que l'introduction dusalpêtre dans les compositions, aussi bien que la découverte et l'emploi delà fusée, sont dus aux Chinois ; — que les Arabes ont emprunté aux Chinois ces
connaissances, — que les Arabes ont accru singulièrement la puissance explosive des mélanges incendiaires en faisant usage de salpêtre purifié, et exempt de sels non combustibles — enfin qu'ils ont les premiers, lancé avec la poudre à canon des projectiles dont l'action, sans efficacité et sans importance, ne pouvait point exercer tout d'abord une influence notable sur Fart de la guerre, mais qui contenaient en germe les armes à feu modernes.