CHAPITRE V
TROISIÈME PÉRIODE : ÉPOQUE DU BOULET DE FONTE. — GRANDS PROGRÈS APPORTÉS A l'aRTJLLERIE PAR LA DÉCOUVERTE DU TOURILLON DES CANONS. — IMPORTANCE DU TOURILLON. — L'ARTILLERIE DE CHARLES-LE-TÉMÉ- RA1RE. — L'ARTILLERIE DE CHARLES VIII. — l' AR- TILLERIE DE CHARLES-QUINT» — LES SIX CALIBRES DE FRANCE,
Nous arrivons à l'époque où s?accomplit le plus grand perfectionnement dans la construction des bouches à feu, c'est-à-dire à l'invention du tourillon. On vient de voir de quelle difficulté s'accompagnait le pointage, et l'imperfection des affûts que l'on employait pendant les xme et xive siècles. La culasse de la bouche à feu était toujours appuyée contre un obstacle, contre le sol ou un heurtoir. Il en résultait que la force de reculr au moment de l'explosion, était supportée tout entière par la pièce elle-même, ce cmi amenait sa prompte détérioration.
Tous ces inconvénients disparurent pa^ l'invention du tourillon, qui paraît remonter à l'année 1480, sans qu'il soit possible de déterminer avec plus de précision cette date.
Qu'est-ce que le tourillon? Tout le monde a remarqué que nos pièces de canon sont garnies, vers le tiers de leur longueur, de deux ailettes cylindriques, A, B [fig. 209), qui font
Fig. 209. — Les tourillons d'une bouche à feu (coupe et
élévation).
partie de la pièce, et qui sont coulées avec la bouche à feu : ce sont les tourillons. Ils ont
pour but de supporter tout le poids du canon, en le tenant en équilibre par ces deux points latéraux. Le canon acquiert, de cette manière, une mobilité excessive dans le sens vertical, et le pointage dans ce sens s'opère avec la plus grande facilité,en faisant basculer la pièce sur son axe, l'axe étant maintenu au moyen d'un coin de bois, ou par tout autre moyen, dans la position voulue. Quant au pointage, dans le sens horizontal, il est facilement réalisé par le déplacement des roues du canon.
Les tourillons qui favorisent si bien le pointage dans le sens vertical, ont encore l'avantage de n'opposer aucune résistance à la force du recul. Grâcë à la mobilité de la pièce sur son tourillon, et grâce à sa mobilité sur les roues, les effets du recul ne sont nullement à craindre»
Nous ne dirons rien, en conséquence, que de très-exact, en affirmant que la découverte des tourillons fut le plus grand progrès que l'artillerie eût reçu depuis sa création.
Cette découverte ne se fit pas tout d'un coup. Elle fut amenée par une suite de perfectionnements dans l'art de fabriquer les canons. C'est cette suite de perfectionnements que nous allons essayer de mettre en lumière.
Entre l'année 1460 etl'année 1480, l'art du fondeur avait fait de tels progrès, en Europe, qu'on était arrivé, peu àpeti, à couler en bronze de beaux canons, plus résistants que ceux en fer forgé. On avait commencé, comme nous , l'avons vu, par fondre les petites pièces, dont la fabrication était plus facile par la coulée en bronze ; puis successivement, en perfectionnant les alliages et le manuel de Fart, on arriva à produire des canons tels, que sous un volume de beaucoup inférieur à celui des grandes bombardes, ils produisaient, avec leur projectile métallique, des effets bien plus redoutables.
En présence de ce résultat, on essaya de couler en bronze de très-grandes bouches à feu ; mais leur résistance ne répondit pas à ce que l'on attendait : dès qu'on dépassait un
certain calibre, ou une certaine longueur, la pièce éclatait, par suite de la lourdeur du boulet de fonte.
On aurait pu, à la vérité, charger ces gros canons, analogues aux anciennes et grosses bombardes, avec les boulets de pierre; mais les canons de moyenne grandeur, qui lançaient leur boulet métallique à une plus grande portée, tirant plus vite et produisant plus d'effet destructeur, étaient, dans tous les cas, préférables aux grandes bombardes du milieu du xve siècle. Ces pièces primitives furent donc à jamais abandonnées.
De nos jours ces énormes canons tendent à reparaître. C'est que nous possédons des moyens de transport qui manquaient dans les siècles qui ont précédé le nôtre, et que déjà à cette époque, l'une des conditions principales du succès dans les guerres, était la célérité des mouvements de l'artillerie.
Ce ne fut pas sans de nombreux accidents et de graves dangers pour les servants des pièces, que la nouvelle artillerie parvint à s'établir. La limite de résistance de la bouche à feu était trop voisine de l'effort qu'on lui donnait à supporter, cette limite était trop variable et trop difficile à connaître, pour que l'on fût jamais bien sûr de la solidité de la pièce. Les registres de dépenses des villes sont remplis, à cette époque, de comptes pour le remplacement de coulevrines et de canons brisés dans les arsenaux et dans les fonderies, autant que dans les combats.
Les canons en fer forgé avaient cet avantage que,quand ils éclataient, ils se fendaient suivant la longueur, en donnant passage, par cette ouverture, aux gaz de la poudre. Cette explosion était peu dangereuse pour les servants des pièces, et le mal pouvait être facilement réparé. Au contraire, un canon de bronze, quand il crève, vole en éclats meurtriers, qui s'éparpillent de tous côtés, et tuent les malheureux artilleurs.
Quoi qu'il en soit, le fer fut abandonné vers 1480, dans la construction des bouches à feur
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Fig, ll\Q.
Bas-relief de Téglise de Genouillac.
Le premier avantage qu'apporta le bronze, employé à la confection des canons, ce fut de donner des tourillons coulés en même temps que le reste de la pièce, et faisant corps avec elle, supportant les plus grands effets de l'effort du recul.
Dès lors les affûts changèrent déforme* Il devint inutile de soutenir et d'appuyer la culasse du canon ; on laissa basculer li brement la pièce sur ses tourillons, comme sur un axe, et Ton put ainsi pointer parfaitement dans le plan vertical. L'affût formé de deux barres de bois parallèles, montées sur des roues, cédait au recul, au lieu de s'y opposer, et n'éprouvait presque plus de détérioration par l'effet du tir.
On eut, à la même époque, l'idée de mettre la poudre en grain, de la grenerm lieu de l'employer, comme dans les premiers temps, en simple poussier. Par cette modification, on augmenta la puissance explosive de la poudre. Elle détonait rapidement et presque d'un seul coup, au lieu de fuser comme celle dont on s'était servi jusque-là. Un avantage capital qu'apporta cette modification physique de la poudre, fut que le métal du canon s'échauffait beaucoup moins à chaque décharge, et que le tir put acquérir une rapidité jusqu'alors inconnue.
La charge de poudre brûlant tout entière dans un espace de temps plus court, il était inutile de conserver aux armes à feu leur ancienne longueur de volée. Cette longueur fut réduite. Les canons y gagnèrent en légèreté, et leur chargement devint plus facile.
Pour donner immédiatement une idée de ce que pouvaient être les premiers canons à tourillons et leurs affûts, nous extrayons du livre du général Favé le dessin de l'un des bas-reliefs de l'église de Genouillac, bâtie par Galliot de Genouillac, grand- maître de l'artillerie de France, qui mourut en 1546.
On voit (fig. 210) une partie du tourillon de gauche. Les flasques de l'affût n'offrent pas une grande perfection de détails , on comprend cependant quelle est leur utilité, comment ils reposent sur lessieu, et on reconnaît distinctement sur cette ligne , un tourillon. On comprend que le canon, libre de se mouvoir autour de l'axe formé par les tourillons, peut être pointé dans le plan vertical par un simple mouvement de bascule.
Au-dessous du canon, et entre les deux roues, sont la lanterne qui servait à introtroduire la charge de poudre, et le refouloir monté sur la même hampe que l'écouvillon. A terre et tout autour sont des boulets, un sac
contenant de la poudre, et divers autres accessoires.
C'est là le document qui, d'après M. Favé, permet de fixer vers l'année 1480, l'époque de l'invention des tourillons.
Le point d'implantation des tourillons relativement à Taxe de la pièce et à son centre de gravité, est de la plus grande importance. Si ce point d'appui est établi de telle sorte que la partie antérieure de la pièce soit aussi lourde que la partie postérieure, le canon sera trop mobile autour de ce point d'appui, et il se prêtera mal aux manœuvres d'élévation et d'abaissement pour le pointage. Le défaut serait plus grand encore si l'avant était plus lourd que l'arrière ; il faut donc que le poids de la partie postérieure du canon l'emporte sur celui de la portion antérieure. Gribeauval fixa plus tard cette prépondérance à un trentième du poids de la pièce.
Si les tourillons étaient implantés au-dessus de Taxe géométrique du canon, pendant le tir, la volée tendrait à relever la culasse, laquelle ensuite retomberait de tout son poids sur le mécanisme du pointage, et ne tarderait pas à le détériorer. Des secousses pourraient encore se manifester, si, abaissant les tourillons, on les place juste au niveau de Taxe. En les mettant au-dessous, la culasse au moment de la décharge tendra à appuyer sur l'appareil de pointage, et la stabilité de la pièce sera ainsi assurée.
La découverte des tourillons constitue, avons-nous dit, le plus grand progrès de l'artillerie, et ce perfectionnement réalisé vers la fin du xve siècle, surpasse en importance tout ce qui avait été fait avant cette époque, comme aussi peut-être tout ce qui a été fait depuis. Cependant aucun perfectionnement, considéré sous un certain aspect, n'est jamais exempt de quelque désavantage. Les bouches à feu portées sur les tourillons eurent un inconvénient. Elles conduisirent à faire abandonner les chargements par la culasse, et voici comment. Les pièces à tourillon permi- j
rent d'augmenter de beaucoup la puissance de la charge de poudre. Mais quand on tirait avec les anciennes bouches à feu, composées de deux parties, que l'on adaptait au moment de mettre le feu à la pièce, c'est-à-dire composées de la chambre, ou âme mobile, et de la volée, il arrivait, par suite de l'imperfection de cet ajustement, qu'au moment de l'explosion de la poudre, les joints de l'âme et ceux delà volée cédaient, et donnaient passage aux gaz. Quelquefois même, après quelques coups, la culasse mobile ne s'adaptait plus exactement à la volée, et la pièce était ainsi hors d'état de servir. A partir de l'invention des tourillons, les veuglaires et la plupart des canons à chambre mobile, durent être abandonnés : on fut obligé de faire les canons tout d'une pièce et de les charger par la gueule. Les bouches à feu à culasse mobile ne furent conservées que sur les vaisseaux. Ce qui rend ce dernier point incontestable, c'est que les seules et rares armes se chargeant par la culasse, que l'on possède encore dans les musées d'artillerie, et qui datent de cette époque, ont été retrouvées dans les ports de mer, ou vers les embouchures des fleuves.
L'artillerie de Charles-le-Téméraire est, pour l'histoire, un document précieux, parce qu'elle fut construite presque tout entière, au moment de l'invention du tourillon, et qu'elle marque ainsi la transition entre les deux périodes. Les batailles de Granson et de Morat firent tomber entre les mains des Suisses vainqueurs, un grandnombre de ces pièces, qui furent réparties entre les villes suisses confédérées. Les habitants de Neuveville ont conservé les canons qui leur échurent en partage, et le musée d'artillerie de cette petite cité, estpourrhistorienmoderne,uneréunion de types d'une autorité irrécusable et d'une grande valeur.
Charles-le-Téméraire, duc de Bourgogne, avait réuni l'artillerie la plus nombreuse et la plus forte qu'on eût encore vue. Une partie de ce matériel de guerre lui avait été lé-
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Fig. 21 L— Serpentine de Charles-le-Téméraire (canon dépourvu de tourillons, et muni d'un pointard en arc de cercle)
guée par son père, Philippe-le-Bon; le reste venait d'être construit dans ses arsenaux, à grands frais, et d'après les principes nouveaux. A la bataille de Granson, où Charles-le-Téméraire éprouva une si sanglante défaite, quatre cent dix-neuf bouches à feu furent conquises par les Suisses. Telle était pourtant la richesse des arsenaux du duc de Bourgogne, que le 17 avril 1476, un mois et demi après cette journée funeste, l'artillerie de Charles-le-Téméraire, réunie sur le plateau de Jorat, comptait quatre grosses bombardes, six courtauts, cinquante-quatre grosses serpentines, et un nombre effrayant de carions plus petits. De nouvelles grosses pieces lui arrivaient même tous les jours : plus de deux mille chariots étaient employés à transporter lesmunitions. Le nombre des chevaux attelés à ces véhicules et aux pièces de canon, est inconnu, mais il devait être considérable, puisque telle grosse pièce exigeait jusqu'à trente chevaux pour la traîner.
Les trois figures que nous donnons de l'artillerie de Charles-le-Téméraire et que nous empruntons à l'ouvrage de M. Favé, donneront une idée suffisamment exacte delà construction des bouches à feu à cette époque. La figure 211 montre une serpentine, remarquable par sa longueur considérable relativement à Vétroitesse de son calibre ; elle a 3ra320 de longueur et 52 millimètres seulement de diamètre intérieur. La longueur d'àme
est d'environ soixante -deux calibres. Son poids dépasse 1,200 kilogrammes; le projectile même en plomb ne pouvait peser que 800 gr.; de telle sorte que la bouche à feu pesait plus de quinze cents fois le poids du boulet.
Cette serpentine est en fer forgé. Si l'on en juge, dit M. le général Favé, par une autre serpentine identique à celle-ci pour la forme, et qui, rompue par accident, laisse voir sa texture intérieure, elle doit être composée de quatre pièces de fer, réunies sur un mandrin et longitudinalement disposées; et par-dessus celle-ci, de deux manchons, soudés les uns aux autres et réunis aux barres qui forment l'âme. Par-dessus le tout sont les cercles de renforcement, visibles dans la figure. Trois de ces cercles portent des anneaux, qui, dans les différentes manœuvres, pouvaient donner attache à des cordes. Ces anneaux sont placés un peu de flanc, de façon à ne pas cacher la ligne de mire.
La ligne de mire est déterminée par trois petites saillies portées par deux des cercles de renforcement, et par la bouche de la pièce,et offrant à leur sommet de petits plans, dont la face supérieure présente un angle dièdre à arête longitudinale.
Cette serpentine est encastrée dans un fut AB, composé d'une seule pièce de bois de chêne, reproduisant en creux exactement les saillies que la pièce lui présente.
Le fût s'articule à charnière avec la tête de la flèche CD, laquelle est aussi formée d'une seule pièce de chêne garnie de ferrures, A la réunion de son tiers postérieur et de ses deux tiers antérieurs, la flèche porte deux arcs de cercle E,F, destinés au pointage de la pièce.
Des trous percés dans ces arcs et qui se correspondent, servent, d'après un mécanisme que nous avons déjà vu mettre en usage, à placer la cheville qui fait varier le pointage. Ici, la charnière qui relie le fût AB et la flèche CD, fait l'office de tourillons,
et cet agencement indique que l'époque où fut construite la serpentine n'était pas éloignée du moment où devaient apparaître les tourillons et les affûts à flasques.
Le canon étant très-lourd relativement à son projectile, il n'était pas nécessaire que l'affût offrît une plus grande résistance.
Pour terminer cette description, disons encore qu'un crochet placé vers la tête du fût donnait attache aux cordes des pionniers pour faire avancer la pièce , la bouche en avant; un autre crochet porté par les
Fig. 212. — Bouche à feu à tourillon de l'artillerie de Charles -le-Téméraire.
esses des essieux donnait le moyen de la traîner la bouche en arrière.
Cette bouche à feu est le type de l'artillerie ancienne avant l'invention du tourillon.
La figure 212 représente un canon du nouveau modèle, c'est-à-dire porteur d'un tourillon. On voitque la pièce libre sur ses tourillons n'est point encastrée dans les flasques; elle peut donc se mouvoir dans le plan vertical et recevoir le pointage imparfait donné par les changements de position d'une cheville qui, traversant les flasques, supporte le bouton de culasse.
Les tourillons ne sont point forts, à la vérité, mais on doit songer que, comme la précédente, la pièce était en fer forgé, que, comme elle, elle était de petit calibre, et présentait un poids énorme relativement au poids du boulet. Les tourillons sont retenus
par des sus-bandes et des sous-bandes en fer, donnant un encastrement solide. Les susbandes à charnières et à crochet permettaient d'ôter la pièce de son affût et de l'y remettre.
Les flasques sont exactement semblables et parallèles, ils sont reliés à l'avant par l'essieu, et à l'arrière par un coffret destiné à contenir de menues munitions. Une boucle attachée au coffret sert à soulever la crosse dans les diverses manœuvres.
Comme la précédente, cette pièce eût été incapable de lancer un gros boulet, parce qu'elle était formée d'un simple assemblage de barres de fer, et parce que les tourillons, trop petits, eussent cédé sous un effort un peu considérable. Le pointage dans le sens horizontal donné parles mouvements des roues, était alors aussi facile qu'il l'est aujourd'hui, mais les variations dans le sens
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vertical étaient trop peu nombreuses et de trop peu d'étendue pour qu'il ne fût pas né-
cessaire d'y suppléer par l'élévation ou rabaissement de la crosse.
Fig, 213. — Bombardelle de Charles-le -Téméraire.
Charles-le-Téméruïre avait amené avec lui des pièces anc iennes, en même temps que des canons à tourillon : parmi les pièces anciennes se trouvaient de petites bombardes connues sous le nom de bombarde lies (1).
Le dessin que nous donnons {fig. 213) tiré du livre de M, Favé montre Tune de ces bombardelks. Elle ne devait lancer que des boulets de pierre du poids d'environ six kilogrammes, avec de faibles charges de poudre, car la chambre de la pièce n'avait pas de grandes dimensions. Elle est de fer forgé comme les deux exemples précédents, encastrée dans un très-long fût de bois de chêne et attachée à celui-ci par des embrasses de fer.
L'affût de ces petites pièces n'est pas parvenu jusqu'à nous, et l'on se demande où se plaçait cette longue queue de bois. Ecoutons à cet égard, M. Favé*
« L'artillerie de campagne de Charles-le- Téméraire, dit M. Favé comprenait aussi des bombardes fort courtes qui sont encastrées dans un fût à longue queue. Elles ont été séparées de leurs affûts, qui ne nous ont pas été conservés, et elles présentent un aspect assez étrange.
Nous pensons que la bouche à feu et son fût devaient être portés sur un affûta chevalet ou àroue. Deux trous circulaires qui traversent le fût des bombardes de Charles-le-Téméraire, ne nous laissent aucun doute à cet égard. Le premier de ces trous recevait Taxe autour duquel se faisait la rotation ; le second était traversé par la cheville de pointage : ïa queue du fût devait recevoir une longueur suffisante pour que les deux parties situées en avant et en arrière de Taxe fussent à peu près en équilibre ; la longueur de la queue facilitait le manienent et le pointage de la pièce (2). »
(1) « Et là furent assises deux grosses bombardes, une bombardelle et plusieurs coulevrines et serpentines. *> Archives curieuses de l'histoire de France. Siège de lîeauvais, en 1473 (cité par M. Favé).
(2) Histoire duprogrès de V artillerie, tome III , page 1 19,
C'était un mode de pointage qui préparait la découverte des tourillons. La longueur de la queue de l'affût faisant contre-poids à la volée, offrait un puissant bras de levier poulies manœuvres.
La forme un peu conique de l'âme permettait de tirer des boulets de grosseurs inégales*
Les défaites successives de Charles-le-Téméraire ruinèrent sonartillerie àtel point que dans un inventaire des arsenaux de sa fille « très-redoutée damoiselle et princesse mademoiselle la duchesse de Bourgogne, etc., » on ne trouve plus mentionnés, le 30 janvier 1477, vint-cinq jours après la bataille de Nancy, que « une longue serpentine sur affût, 25 arquebuses sans manches, 370 livres de fine poudre de coulevrine et d'arquebuse, et 1,100 livres de métaux en plusieurs pièces de serpentines et arquebuses rompues. »
Vers 1465, l'Italie possédait l'artillerie la meilleure peut-être de l'Europe, et la plus belle sous le rapport de la forme. On jugera de son élégance d'après les dessins qui suivent, tirés de l'écrit de Giorgio Martini. La figure 214 représente une bombarde et la figure 215 un mortier de l'artillerie italienne au xve siècle.
Ces deux pièces sont coulées en cuivre et ciselées avec un grand art. Le passage suivant traduit de l'ouvrage de Giorgio Martini prouvera que les Italiens à cette époque, ne connaissaient pas encore un alliage suffisamment résistant pour couler leurs canons.
«La bombarde doit être en cuivre ou en fer; celles qui sont en bronze, et c'est le plus grand
Fig. 214. — Bombarde italienne au xve siècle.
nombre, éclatent plus souvent à cause de la nature de cette matière ; en cuivre ou en fer, elles ne se brisent que par un accident ou défaut de fabrication. »
Fig. 215. — Mortier italien du xv* siècle.
Notons pourtant que le plus grand nombre des bombardes étaient coulées en bronze de l'aveu même de l'auteur, lequel avait donc une autre opinion que ses contemporains, relativement à la résistance de l'alliage alors usité.
L'Italie ne fut pas cependant la première à entrer dans la nouvelle voie ; ce fut l'artillerie du roi de France, Charles VIII, qui, avant toute autre, réussit à lancer de gros boulets de fonte, et sut allier dans les pièces de canon, une légèreté remarquable à une puissance jusque-là inconnue.
Louis XI, prédécesseur de Charles VIII, avait une artillerie nombreuse et redoutable. Les documents qui la concernent nous font défaut, mais tout indique qu'elle devait ressembler à celle de son contemporain et rival , Charles-le-Téméraire. L'histoire a seulement conservé le nom de douze bombardes, que Louis XI avaitnommées les i2 pairs deFrance.
Les pairs de France lançaient des boulets de fonte, du poids de 48 livres, c'est-à-dire à peu près de la grosseur de la tête d'un homme.
Ces bombardes parurent pour ïa première fois, en bataille, à Montlhéry. L'une de ces grosses pièces fut prise par l'ennemi, dans cette journée.
Louis XI légua son artillerie à Charles VIII , et ce monarque s'attacha, de toutes ses forces, à l'augmenter et à la perfectionner.
Paul Jove et les autres auteurs qui ont raconté la campagne de Charles VIII en Italie, disent combien furent grandes l'admiration et la terreur des Italiens à la vue des canons français. Une canonnade de quelques heures suffisait à faire crouler les murailles des forteresses qui essayaientla résistance, etles villes terrifiées « par le bruit des bombardes», s'empressaient d'ouvrir leurs portes au vainqueur.
Charles VIII laissa une grande partie de ses canons à Naples, dans le Château-Neuf et le Château de l'OEuf, ainsi que dans quelques autres villes de l'Italie. A son retour en France, dégoûté de la guerre, le roi fit don des pièces qui lui restaient à la ville de Lyon, pour en fondre des cloches.
Aucun dessin de cette artillerie formidable
Fig. 216. — Petit canon de l'artillerie de Charles VIIL
n'est parvenu jusqu'à nous. On n'en connaît qu'une très-petite pièce qui se trouve au Musée, d'artillerie de Paris, avec cette inscription : Donné par Charles VIII à Bartélemi, seigneur de Paris, capitaine des bandes de V artillerie en 1490.
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Ce petit canon est donc antérieur de cinq ans au moins, à l'expédition d'Italie. La volée est taillée à huit pans. Les tourillons s'implantent bien au-dessous de Taxe de l'âme, comme si l'on avait craint qu'ils ne fussent pas assez forts pour supporter à eux seuls le recul. Un prolongement du métal fait saillie au-dessous de la culasse ; il devait butter, au moment de la décharge, contre une pièce résistante de raffut.
L'âme est rugueuse et semble n'avoir subi aucune régularisation après le coulage à noyau. Le calibre est très-faible, même relativement à la longueur du canon, et l'épaisseur du métal est considérable, ce qui montre qu'on n'était pas encore sûr de la résistance de l'alliage employé.
D'après Paul Jove les plus gros boulets de fonte lancés par les canons de Charles VIII, pesaient 50 livres; ce poids est déjà trèsremarquable. Ce sont ces projectiles que les comptes de l'artillerie de Charles VIII, conservés à la Bibliothèque impériale, mentionnent sous le nom de boulets serpentins.
Ces mêmes comptes nous apprennent que les faucons et les pièces plus petites, lançaient des boulets de plomb, contenant dans leur intérieur des bloqueraulx, c'est-à-dire de petits dés de fer.
L'artillerie de Charles VIII fut bientôt imitée par toutes les nations militaires de l'Europe. Les Vénitiens, par exemple, se hâtèrent de couler des canons sur le modèle de ceux du roi de France. M. Favé représente dans son ouvrage un de ces canons construit à Venise. Il a plus de quatre mètres de longueur d'âme. A la hauteur des tourillons est gravée la date 1497, en chiffres romains. Le calibre est encore très-petit relativement à la longeur de la pièce et à l'épaisseur du métal. Les ornements dont il est couvert, sont exécutés avec une grande perfection.
L'artillerie de Charles VIII fut copiée, mais surtout améliorée par l'empereur Charles- Quint, qui fit commencer à Bruxelles en IS2J , x. nu
une série d'expériences ayant pour but de fixer la composition des alliages destinés à la confection des bouches à feu, ainsi que les dimensions les meilleures à leur donner.
A cette époque, où la chimie n'existait pas encore à l'état de science, on ne savait pas déterminer la nature et les proportions des métaux qui composaient un alliage. En outre, en raison de l'état imparfait de la métallurgie, les métaux que l'on faisait entrer dans les alliages, étaient toujours impurs, et la proportion des corps étrangers qu'ils renfermaient, différait, selon leur provenance. On conçoit donc toutes les difficultés que ces incertitudes devaient apporter à Fart de la fabrication des bouches à feu, et les eraba rras que Charles-Q uint dut rencontrer pou r faire procéder aux expériences de Bruxelles. Si de semblables expériences étaient à faire aujourd'hui, elles ne seraient qu'un jeu. On commencerait par essayer plusieurs bouches à feu, et par choisir les plus résistantes. Ce choix fait, on analyserait chimiquement l'alliage delà bouche à feu reconnue la meilleure, et Ton recomposerait sans peine un alliage tout semblable, pour en fabriquer des canons. Mais au xvie siècle il n'existait, en fait de chimistes, que des chercheurs de pierre philosophai; et les quelques savants qui étaient en possession de connaissances empiriques sur les métaux et leurs composés, étaient confinés au fond de l'Allemagne, tout occupés à l'exploitation des mines. Il était donc vraiment impossible alors, de recomposer un alliage, dont on avait apprécié les bonnes qualités. On pouvait chercher par tâtonnement des compositions équivalentes, mais on n'était jamais sûr de rien, quant à la proportion des métaux entrant dans l'alliage.
Il faut donc admirer le prodigieux sens pratique par lequel les fondeurs de ce temps arrivèrent à trouver les proportions à peu près les meilleures de cuivre et d'étain destinées à former le bronze des canons. Leur bronze contenait 92 parties en poids de cuivre et 8 par-
tiesd'étain pour 100 d'alliage. L'étain donne à la pièce la dureté , le cuivre lui assure la résistance. Mais comment les fondeurs et constructeurs, au xvie siècle, arrivèrent-ils à savoir que ces deux métaux étaient précisément les meilleurs pour former l'alliage des canons, et qu'il ne fallait pas y faire entrer d'autres métaux, tels que le fer, ou le plomb? L'espèce d'intuition qui les amena à ce résultat, est vraiment inconcevable.
Les expériences faites à Bruxelles, par Tordre de Charles-Quint, durèrent neuf ans: de 1521 à 1530. C'estalors que furent dressées les premières tables mathématiques pour la construction des bouches à feu.
Jusqu'à cette époque aucune règle n'avait été formulée touchant la longueur à donner au canon d'après son calibre. On comprenait assurément qu'il devait exister une longueur de volée donnant pour chaque calibre la portée maximum; mais chaque fondeur agissait à sa guise et d'après ses propres inspirations. Le physicien et mathématicien d'Italie, Tar * taglia, cherchant la solution de cette question, souvent* agitée de son temps, avait posé ce principe, que la longueur du canon devait être telle que le boulet arrivât à son extrémité juste au moment où toute la charge de poudre était brûlée- Gette donnée était sans doute vague, mais elle jetait quelque lumière sur la question.
Les nombreuses expériences faites à Bruxelles , apprirent enfin quelle était la longueur qu'il fallait donner à une bouche à feu, d'un calibre donné, pour obtenir la portée maximum.
Charles-Quint apporta à l'artillerie, un autre perfectionnement d'une grande importance. Jusqu'à cette époque, le calibre à donner aux pièces n'avait été soumis à aucune règle, et présentait, en conséquence, des variations infinies. Chaque bouche à feu nécessitait des boulets et des munitions adaptés à ses dimensions particulières. Quand les boulots d'une pièce étaient épuisés, si Ton n'en
trouvait plus de semblables dans tout le parc d'artillerie, le canon était hors d'état de servir. Il arrivait fréquemment aussi des erreurs dans les approvisionnements ; les munitions destinées à des bouches à feu déterminées, étaient mal adressées, et du même coup, la pièce et les munitions qui s'étaient trompées d'adresse, devenaient inutiles. Charles-Quint, plus que tout autre peut-être, avait eu à souffrir, dans ses campagnes, de désagréments de ce genre. Il résolut, en conséquence, de fixer les calibres des pièces qui seraient fondues dans ses États; il limita leur nombre à six, y compris un mortier, devant lancer des boulets de pierre.
Douze canons destinés à la campagne d'Afrique, furent fondus à Malaga, d'après ces principes. Ils servirent de modèles à la nouvelle artillerie de Charles-Quint. On les nomma les douze apôtres, sans doute en souvenir des douze pairs de Louis XL
Les fonderies d'Augsbourg construisirent presque toute la nouvelle artillerie de Charles- Quint. On vitalors, pour la première fois, des canons portant au-dessus de leur centre de gravité, des anses, pour faciliter leurs manœuvres. Ces anses représentaient des dauphins, forme qui fut beaucoup imitée depuis cette époque. De nos jours encore, en Allemagne, les anses sont appelées delphines. Un dauphin remplaçait aussi le bouton de culasse .
Lofler, le fondeur de Charles-Quint, dépassa dans la construction et l'ornementation de ces bouches à feu, ce que Ton pouvait attendre de l'art à cette époque.
Les six calibres de l'artillerie de Charles- Quint lançaient des boulets de fonte, du poids de 40 livres, de 24 livres, de 12 livres, de 6 livres et demie, de 3 livres ; le mortier lançait des boulets de pierre de 35 centimètres de diamètre. Les Français prirent seize de ces canons à la bataille de Cérisoles, en 1544 ; tous portaient les deux colonnes de Charles- Quint et la devise plus oultre.
Nous représentons dans la figure ci-des-
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sous les types de 4 calibres de l'artillerie de Charles-Quint* Ce sont les canons de 40, de 24, de 12, de 6.
Le canon de 40 (c'est-à-dircolançant un
Pièce de 40- Pièce de 24. pièce de 12. Pièce de 6. Fig, 217 à 220. — Calibres de l'artillerie de Charles -Quint,
boulet de fonte du poids de 40 livres) avait une longueur de 12 pieds et pesait 6,210 livres, c'est-à-dire ISS fois le poids du boulet.
Les autres pièces de calibre moindre, s'appelaient couleuvrine, sacre et fauconneau. Sur la culasse de tous, on peut lire les mots : Opus Gregory Lofier avec les colonnes et la devise Plus oultre.
Le mortier {fig. 221) n'avait pas d'anses, mars seulement un anneau à la eulasse.
C'estdonc à Charles-Quint qu'appartient le mérite d'avoir fondé l'unité des bouches à feu.
Grâce à toutes ces modifications, l'artillerie allemande et l'artillerie espagnole avaient reçu un degré de perfectionnement remarquable. Aussi, lors de la campagne de France,
Fig. 221.— Mortier de l'artillerie de Charles-Quint.
l'ambassadeur de Venise, B. Navagero, écrivait-il que l'artillerie de Charles-Quint était « la plus légère, la meilleure et la plus belle qu'on eût jamais vue. »
Pendant ce temps, l'artillerie italienne restait à peu près stationnaire. Elle ne suivait le progrès qu'avec timidité, n'adoptant les améliorations que longtemps après leur mise en pratique chez les autres nations militaires.
Tant que les canons avaient été fabriqués avec des barres de fer forgé, les communes avaient pu suffire à leurs armements d'artillerie. A cette époque, les rois, plus pauvres que les villes, étaient obligés de leur emprunter leurs bombardes pour faire la guerre. Mais, par suite des événements et des transformations politiques, tout devait changer de face, et les deux conditions être compléte- * ment renversées. Les communes, privées peu à peu de leurs privilèges, n'avaient même plus le droit de fondre leurs bouches à feu. Les souverains s'étaient enrichis, pendant que les communes s'appauvrissaient ; et comme la construction des nouvelles bouches à feu exigeait des frais énormes, ,le$ princes des grandes nations guerrières pouvaient seuls entreprendre ces dispendieuses
constructions. Seuls, ils pouvaient rivaliser entre eux, pour le nombre des pièces fabriquées, et les innovations que l'art ne cessait d'y introduire.
Partagée en petites provinces, déchirée par les dissensions intestines, les factions religieuses et les invasions étrangères, l'Italie devint trop pauvre et trop affaiblie, pour que son artillerie pût jouer un rôle sérieux et tenir une place dans les événements politiques de l'Europe. Cependant vers la fin du xve siècle, le duc de Ferrare, ami et allié du roi de France, Charles VIII, copia son artillerie avec assez de succès. Le duc de Ferrare s'était fait lui-même fondeur, et il était devenu tellement habile dans cet art, que personne ne pouvait rivaliser avec ce royal artisan.
Le roi de France, Louis XII, refit son artillerie, en 1498, sur les modèles de celle de Charles VIII. Les Mémoires de Fleurange) nous ont conservé la composition de cette artillerie, au moment où les Français marchaient contre Gênes.
Le Musée d'artillerie de Paris possède un beau spécimen des canons de Louis XII.
Cette pièce, qui se trouve dans la grande cour, porte au catalogue le n° 23. Ornée de fleurs de lys sur sa volée, elle porte sur sa culasse un hérisson couronné, comme toutes les autres bouches à feu de Louis XII.
François Ier augmenta encore cette artillerie. On trouve plusieurs de ses pièces au Musée d'artillerie de Paris. Elles ressemblent beaucoup, du reste, à celles de son prédécesseur, et ne présentent aucun progrès particulier. Comme les canons de Louis XII, les bouches à feu du temps de François Ier ont quelquefois la volée parsemée de fleurs de lys ; sur la culasse, une salamandre couronnée remplace le hérisson.
Vint ensuite Henri II, qui voulut faire profiter l'artillerie française des progrès que Charles- Quint avait imprimés aux artilleries allemande et espagnole.
En décembre 1552, parut l'ordonnance de François Ier, qui fixe les calibres uniformes que devra présenter, à l'avenir, l'artillerie française. Ces calibres devaient être au nombre de six. Le plus grand lançait un boulet de 33 livres 4 onces ; le plus petit, un boulet de 14 onces. Le plus grand seul portait le nom de canon; les autres, et par ordre de décroissance, s'appelaient grande couleuvrine, couleuvrine bâtarde, couleuvrine moyenne, faucon et fauconneau (1).
Nous donnons {fig* 222 à 227) les dessins des six calibres de l'artillerie de François Ier d'après un manuscrit de cette époque, qui a pour titre : Longueur, grosseur , poids et calibres des canons , etc., avec leurs figures. « Il est compris, dit M» Favé, dans un volume de la Bibliothèque impériale, fonds Saint-Germain, portant le n° 374. » Ces pièces ont un bouton de culasse, mais elles n'ont pas d'anses comme les pièces de Charles-Quint, Les deux plus grandes seules sont lisses à l'extérieur, avec des renforts à la volée ; les autres sont taillées à pans. Elles ne portent aucun ornement. Non plus que celles de Charles-Quint, elles n'ont de ligne de mire.
Le canon avait 9 pieds 9 pouces 6 lignes de longueur, et pesait 3,300 livres; son boulet, comme nous l'avons dit, avait 33 livres et 4 onces de poids. Cette pièce était traînée par vingt et un chevaux.
La grande couleuvrine avait 9 pieds 10 pouces de longueur, pesait 4,000 livres, lançait un boulet de 13 livres 2 onces, et était traînée par dix-sept chevaux.
La couleuvrine bâtarde était longue de 9 pieds, pesait 2,300 livres, lançait un boulet de 7 livres 2 onces, et avait un attelage de onze chevaux.
La couleuvrine moyenne pesait 1,200 livres, le faucon 700 livres, le fauconneau 410. La
(t) Toutes les désigaatioas des pièces de l'ancienne artillerie furent tirées du nom de certains animaux redoutables: le serpent {serpent me), la couleuvre (couleuvrine^ y le faucon (fàucont fauconneau et sacre) .
Canon. Grande couleuvrine. Couleuvriue bâtarde, Couleuvrmé moyenne. Faucon. Fauconneau.
Fig. 222 à 227. — Les six calibres de l'artillerie de France, sous François Ior«
première de ces pièces lançait un boulet de fonte du poids de 2 livres, la seconde de 1 livre et 1 once, la dernière un boulet de 14 onces. Le fauconneau avait encore 6 pieds 4 pouces de longueur.
Ces règles ne tardèrent pas à recevoir quelques changements. D'après la première détermination:
Le canon pesait 160 boulets;
La grande couleuvrine pesait 266 boulets ;
La couleuvrine bâtarde, 357 boulets ;
La couleuvrine moyenne, 600 boulets ;
Le faucon, 660 boulets;
Le fauconneau, 470 boulets ;
Quatre pièces , dont le poids était excessif, relativement au boulet, furent allégées, et d'après le second règlement,
Le canon pesait 160 boulets ;
La grande couleuvrine, 230 boulets ;
La couleuvrine bâtarde, 262 boulets;
La couleuvrine moyenne, 315 boulets;
Le faucon, §00 boulets;
Le fauconneau, 514 boulets.
Le bronze de ces pièces était formé de 91 parties, en poids, de cuivre et de 9 d'étain, pour 100 d'alliage.
D'après M. le général Favé, dont l'ouvrage nous sert de guide constant dans cette Notice, le système des ,six calibres de France avait été déjà adopté et construit en 1551.
«L'honneur en doit revenir, ajoute M. Favé, àd'Estrées, grand-maître de l'artillerie de * 550 à 1559, qui en exerçait déjà la charge eh 1548. Il avait, comme I homme de guerre, une des belles réputations de
son temps, et les écrits spéciaux sur l'artillerie, faits à cette époque, le citent comme la grande autorité en ces matières (i). »
Nous n'avons rien dit encore des affûts sur lesquels reposaient les nouveaux canons de l'époque de la Renaissance. Cette question, d'une importance particulière, sera l'objet du chapitre suivant.