‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [3], Photographie, stéréoscope, poudres de guerre, artillerie ancienne et moderne, armes à feu portatives, bâtiments cuirassés, drainage, piscicultureFiguier Merveilles Science BNF 03Chapitre 63 sur 163 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

LES FORTIFICATIONS APRÈS i/lNVENTION DES BOULETS DE FONTE. — TERRASSEMENT DES MURS. — DÉFENSES DU FOSSÉ. — CASEMATES. — DEMI-LUNES. — BASTIONS. — PARAPETS. — EMBRASURES. — TALUS. — CHEMIN COUVERT.

Pendant cette troisième période, c'est-à-dire de 1460 à 1630, s'effectuèrent presque tous les changements qui différencient la fortification moderne de la fortification du Moyen Age, telle que nous l'avons étudiée. Cette période fut assez longue et remplie d'assez de guerres, pour que tout l'occident de l'Europe eût l'occasion d'apprécier les effets des nouveaux projectiles, et l'insuffisance des murailles pour protéger les villes et les châteaux contre la nouvelle artillerie.

Dès les premiers boulets de fonte, les places riches et importantes augmentèrent l'épaisseur de leurs murailles. C'est ainsi que Robert de la Marck fit donner 5m,8S d'épaisseur aux murs du château de Harbain, et que le comte de Saint-Pol fit bâtir Avec près de 10 mètres d'épaisseur de murs,

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!a grosse tour du château de Ham3 laquelle existe encore.

Dans l'attaque des places, les soldats et les pionniers allaient jusqu'au pied des murailles pour les saper, et la principale défense de l'assiégé était dans les mâchicoulis, d'où, à couvert et directement, il faisait pleuvoir sur les travailleurs, des pierres et des matières enflammées. Or, les boulets de fonte s'en prirent tout d'abord aux mâchicoulis, et les broyèrent. Bientôt, soit que l'épaisseur des murailles fût devenue trop grande, soit qu'il fût trop dangereux de s'avancer à découvert sous les coups de la nouvelle artillerie, la

défense verticale du pied de la muraille, devint impossible»

Alors, et avant qu'un autre mode de protection fût trouvé, l'attaque acquit une notable supériorité sur la défense. Pendant un demi-siècle environ, on vit Louis XI renverser les donjons de la féodalité française; Charles VIII, Louis XII, dans leurs expéditions en Italie, s'emparer des places fortes avec une facilité qui frappait leurs ennemis d'étonnement et d'effroi.

Pour défendre le rempartdes effets destructeurs de l'artillerie, on épaula ce rempart avec des soutènements de terre, élevés du

Fig. 244. — Les premiers remparts de terre.

côté de la ville. On espérait ainsi faire un tout de meilleure résistance. Mais, disait Philippe de Clèves, « quand on bat la muraille, j'ai veu toujours tomber le rempart avecques, et y faisoit beaucoup meilleur monter.»

Outre l'inconvénient signalé par Philippe de Clèves, le rempart de terre exerçait sur la muraille une pesée, qu'on ne savait pas alors calculer, et qui en diminuait la solidité.

La figure 244, tirée de Patlasdu Trattatodi architettura civile e miîitare di Francesco di Giorgio Martini, montre un autre emploi du rempart de terre intérieur, bien meilleur que le précédent, ét même irréprochable au point de vue de la fortification telle qu'elle est comprise aujourd'hui;

Les pierres amoncelées au premier plan, sont les débris de la muraille battue en brè-

che. Derrière en arc de cercle se raccordant avec les portions de la muraille restées debout, se voit le rempart de terre, soutenu par des poutres et des cloisonnages. Les deux massifs qui le terminent, cachent derrière leurs angles, deux canons, dont les feux se croisent. Des arquebusiers et d'autres soldats peuvent être logés sur toute la circonférence de ce rempart. L'assiégeant, pour monter à l'assaut, doit arriver dans la formidable concavité de cet arc de cercle, traverser cette gorge, où tous les feux convergent, et gravir le rempart. On conçoit toute la puissance d'une pareille fortification; le canon même a peu de prise sur elle, parce qu'elle estgarantie par les débris de la muraille écroulée, et parce que.les boulets s'enfouissent dans son épaisseur, sans laisser le plus souvent trace de leur passage»

DE

Les moyens de défense que nous venons d'énumérer,. témoignent de la nécessité, qui devint alors évidente, de défendre le pied des murs autrement que par les mâchicoulis, ainsi que des efforts que Ton fit alors dans ce but. Bien que ces moyens fussent insuffisants, et quelquefois honteux aux yeux de l'homme de guerre, forcé de se cacher au fond du fossé ou dans des casemates, pour échapper au feu de l'ennemi, ils renfermaient en eux le principe du flanquement moderne. C'est encore le seul mode de défense du pied de la muraiile, qui, de nos jours, soit mis en usage.

Avant l'invention des armes à feu, il fallait nécessairement, pour s'emparer d'une place, escalader ou faire brèche, et en venir à un combat corps à corps. Pour cela il fallait supprimeras obstacles interposés entre les deux armées. La muraille et le fossé ont, de tout temps, été les moyens évidents et naturels pour couper le passage à l'armée d'attaque. Mais la muraille eût été bientôt renversée et le fossé comblé, si l'assiégé n'eût pourvu à leur défense. Du haut de la muraille, et par les mâchicoulis ou les meurtrières, il défendait le fossé et le pied du mur. Mais bientôt l'artillerie brisa les mâchicoulis, fit tomber les murailles élevées, et annula l'avantage de la hauteur dont l'assiégé avait joui jusque-là. Ce dernier ne pouvait plus impunément pa-

raître à découvert au haut de son mur, ou même se retrancher derrière les faibles obstacles que broyait le canon ; et pourtant il fallait parer à la défense du pied du mur, car là était toujours le point faible. Rien ne pouvant plus être lancé du haut du mur, la défense verticale étant impossible, on mit en œuvre la défense horizontale, ou oblique.

Ainsi naquit le flanquement, le véritable moyen caractéristique des innovations qui furent amenées par l'artillerie dans la défense des fortifications. Le mur ne se défendit plus lui-même, mais un mur en défendit un autre, la ligne d'enceinte fut brisée, et l'on inventa le bastion.

Ce ne fut pas tout d'un coup que l'on imagina le bastion, mais à mesure que de sanglantes défaites provoquaient les efforts des princes pour parer aux désastres qu'ils avaient éprouvés.

Dans le principe, outre qu'on épaississait les murailles, comme nous venons de le dire, on cherchait à rendre les anciennes tours plus saillantes et l'on augmentait leur nombre. On construisait beaucoup d'ouvrages avancés ou détachés, dont on reconnut plus tard le vice. Telle était la bastille, ou bastillon, d'abord établie au delà du fossé. Le bastillon ne fut bientôt qu'un ouvrage avancé, quvun même fossé reliait à l'enceinte. Enfin le bas-

Fîg. 245. — Rempart de transition avec ses parties saillantes arrondies (bastion).

tillon fut décidément incorporé à la muraille, et il prit alors le nom de bastion : ce ne fut plus qu'un point saillant de l'enceinte. Ainsi

les complications des anciens remparts tendaient à disparaître.

Il fallait une masse épaisse et homogène

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Fig. 246. — Siège d*un château fortifié, au xvie siècle, d*après une gravure contemporaine,

pour résister au boulet de fonte. On cessa de pratiquer ôes chambres dans l'épaisseur des murs? on combla les arbalétrières. Les hautes tours à plusieurs étages furent impitoyablement décapitées, et ouvertes seulement du côté de la place. On tripla l'épaisseur de leurs murs, et quand elles étaient suffisamment saillantes sur le fossé, on remplissait le vide intérieur, en en faisant des terre-pleins.

La figure 245 montre un de ces remparts de transition, avec ses parties saillantes arrondies. Au milieu de la courtine est une petite porte; le ravelin demi-circulaire, appelé demi-lune, qui la protège, est muni d'un pont-levis. Le passage pour arriver dans la place, est ainsi plusieurs fois brisé, suivant l'habitude dû , temps, pour qu'il soit soumis à un plus grand nombre de feux, et pendant; un plus long espace, - ■ ■-- - ■ ■■' ■ '' •- :- -Les ; bastions arrondis ne durèrent <pas

T. III

longtemps. Ils étaient plus difficiles à construire que les bastions polygonaux, et résistaient moins bien aux boulets. La demi-lune elle-même reprit la forme d'un angle simple, celle des anciens ravelins, tout en conservant son dernier nom, qui ne rappelle plus sa forme.

Le bastion est la partie capitale de la nou^ velle fortification. Aussi ne doit-on pas être étonné des très-nombreux essais qui furent tentés avant qu'on arrivât au bastion pentagonalet symétrique moderne. Dans le livre de Maffei, Verona il lustrât a, on trouve divers dessins représentant les formes très- variées que Ton donnait, à cette époque, aux bastions.

• Tous ces bastions étaient pleins, c'està-dire remplis de terre jusqu'à la base du parapet. ' La figure 246 est le fac-èimilë d'une gra-

vure qui date des premières années du xvie siècle. Entre autres choses intéressantes, ce dessin nous montre qu'on pouvait arriver ainsi à terrasser jusqu'à leur sommet les tours des anciennes fortifications, les exhausser même avec des gabions, et y placer des bouches à feu.

Il y avait de grands inconvénients à ne pas avoir des pièces de fort calibre battant la campagne. L'assiégeant pouvait s'établir près de la place, et où bon lui semblait, sans autre souci que le feu de mousqueterie de l'assiégé* qui ne lui faisait pas grand mal» Aussi le parapet des courtines fut-il bientôt percé d'embrasures. Quand il n'en avait pas, on plaçait la bouche des canons sur le terreplein, de manière qu'il pût s'élever par-dessus son bord.

Par suite de ces progrès de l'artillerie, l'escalade devenait plus difficile et la brèche plus nécessaire aux assaillants. 11 fallut augmenter de plus en plus la profondeur du fossé. Les murs de la place, grossis de terrassements énormes, semblaient s'enterrer jusqu'à affleurer à peine le niveau du sol.

À la fin de cette période, le bastion ne diffère pas sensiblement du bastion moderne, les murs qui descendent dans le fossé sont en talus, pour résister à la poussée des terres. Le parapet s'élève par-dessus verticalement ; souvent même on met le parapet en retrait sur le talus, et on le couvre d'un rempart gazonné, dans lequel les boulets ennemis s'amortissent.

Ces bastions étaient encore trop petits, car les bastions modernes sont énormes à côté d'eux; mais il faut considérer qu'ils n'avaient pas à résister à une artillerie aussi puissante que la nôtre.

Les bastions grossirent à mesure que l'artillerie se perfectionnait, parce que c'est toujours là le premier point d'attaque de l'assiégeant : il faut détruire les flanquements avant de pouvoir monter à la brèche.

Pour terminer cette rapide esquisse, il nous

reste à parler de la contrescarpe. Dans le principe, on construisait tout autour du fossé et à quelque distance en avant, une barrière de pieux, ou une muraille, de hauteur d'homme et de faible épaisseur; l'espace compris entre cet obstacle et le fossé se nommait le chemin couvert. Ce chemin donnait abri au feu de la mousqueterie et facilitait les sorties ; comme les parapets de la place le dominaient, les canons pouvaient tirer pardessus, dans la campagne.

Mais ce mur, formé de pieux trop peu résistants, cédait vite aux boulets de l'ennemi. On imagina de le remplacer par un talus gazonné. La pente douce extérieure fut nommée escarpe , ou glacis, l'autre, intérieure, fut nommée contrescarpe. Il restait entre les talus et les fossés, un espace pour le chemin couvert. Les boulets s'enfouissaient dans le talus ou dans la terre des parapets, ou bien, ricochant sur le glacis, ils entraient dans la ville, sans entamer les fortifications.

Ainsi les moyens de défense des places furent profondément modifiés au xvie siècle, par suite de l'adoption du boulet de fonte. Les murailles disparurent, elles furent cachées sous terre. Grâce à tous ces changements, la défense des places put retrouver une partie de son ancienne supériorité.

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