‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [3], Photographie, stéréoscope, poudres de guerre, artillerie ancienne et moderne, armes à feu portatives, bâtiments cuirassés, drainage, piscicultureFiguier Merveilles Science BNF 03Chapitre 64 sur 163 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

ATTAQUE DES PLACES FORTES. — LES TRANCHÉES. — ÉTABLISSEMENT DES BATTERIES. — LES CONTRE -AP- PROCHES.

Nous passons à l'examen des modifications qu'amena l'emploi du boulet de fonte dans l'attaque des places.

Déjà vers la fin du règne de Charles VII, presque toutes les places fortes étaient établies en plaine, et leurs canons, balayant au loin la campagne, forçaient l'assiégeant à se tenir à distance. On ne tarda pas dès lors à adopter une méthode régulière d'approche

L*ARTILLERIE ANCIENNE ET MODERNE

au moyen de tranchées, lesquelles de nos jours encore sont la base principale des sièges.

Les premières tranchées ne furent point savamment ouvertes ni conduites ; il y eut de grands remuements de terrain faits sans aucun tracé préalable, et laissés un peu à l'inspiration de chaque groupe de pionniers.

Les tranchées se dirigeaient obliquement vers la place; d'autres fois, elles couraient perpendiculairement aux murs , ou leur étaient parallèles. Bientôt on sut leur donner l'obliquité convenable pour les faire avancer le plus possible vers la place, sans se laisser enfiler par le feu d'aucune portion de L'enceinte, ni trop se rapprocher de cette position, pour ne pas diminuer outre mesure l'espace que la tranchée met à couvert derrière elle.

On arriva aussi à construire la tranchée de façon à former le moins grand nombre de zigzags possibles ; car l'angle est la partie délicate de la tranchée, la plus difficile à construire, et celle qui souffre le plus du feu de l'ennemi. Il ne fallait pas faire ces angles trop aigus pour que les canons et les chariots qu'on amenait à couvert jusqu'à leur position retranchée, pussent tourner dans ces points.

Pendant toute cette période, on se contenta de mener les tranchées jusqu'à la portée des canons de la place ; ce ne fut que plusieurs siècles plus tard qu'on sut les pousser jusqu'au glacis et au chemin couvert, pour s'emparer des défenses cachées dans le fossé. Mais plus on approchait des fortifications et plus l'obliquité des tranchées devait diminuer, pour ne pas être enfilées par les feux de la place; plus aussi l'on devait augmenter la profondeur ou l'épaisseur des terrassements, parce que la force du boulet de la place augmentait à mesure qu'on se rapprochait.

Probablement ces difficultés parurent in-

surmontables à cette époque, car l'assiégeant s'efforçait toujours d'éteindre avec ses canons le feu de la place, avant de pousser ses tranchées jusqu'au fossé.

Dans ses sorties l'assiégé tentait de faire tout le dommage possible aux travaux des tranchées, mais le mal pouvait être bientôt réparé. Un moyen préférable était le système de contre-approche , que certaines villes surent parfois mettre en usage.

Le fossé de la contre- approche, suffisamment large, avançait droit, couvert par le feu de la place, jusqu'aux tranchées de l'ennemi, et cherchait à les couper. Alors, une lutte s'engageait, dans les tranchées mêmes de l'assiégeant, et celui-ci n'avait pas toujours l'avantage, à cause de l'étroitesse de la tranchée, comparée à la largeur du chemin de contreapproche, qui permettait aux assiégés de lutter à nombre supérieur.

Jusqu'à la fin de cette période, c'est-à-dire jusqu'au commencement du xvne siècle, les assiégeants revinrent souvent aux engins de siège du Moyen Age. De la Valle, qui écrivait en 1524, conseille encore d'employer les maisons roulantes et les trébuchets pour battre les murailles. Au siégé d'Ostende, qui eut lieu en 1601, on vit reparaître ces chatschasteiky dont ' nous avons parlé à propos des fortifications du xvie siècle. Mais ce vieil engin, renouvelé de saint Louis, fut promptement mis en pièces par l'artillerie, et ce fut là sa dernière apparition.

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