‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [3], Photographie, stéréoscope, poudres de guerre, artillerie ancienne et moderne, armes à feu portatives, bâtiments cuirassés, drainage, piscicultureFiguier Merveilles Science BNF 03Chapitre 72 sur 163 · PROLONGE POUR L'ATTELAGE DES ROUCHES A FET. LA · texte numérisé non relu

PROLONGE POUR L'ATTELAGE DES ROUCHES A FET. LA

MANŒUVRE DE LA RRICOLE. — AFJFOTS DES PIÈCES DE CAMPAGNE, DE PLACE ET DE COTE. — GRAIN DE LU- MIÈRE. — MORTIERS A LA GRIREAUVAL. — MORTIER A LA GO MER.

Nous venons de voir qu'au milieu du xvme siècle, l'artillerie européenne avait appris à tirer les bombes à un seul feu. Nous avons dit également que Ton réussit bientôt à appliquer aux obus la même méthode : on

tourna l'étoupille du côté de la volée, laissant aux gaz de la poudre le soin d'enflammer la fusée de l'obus. Dès lors, l'usage des obus se répandit dans les guerres de siège, comme dans les différents engagements, et le projectile creux ne tarda pas à jouer un grand rôle sur les champs de bataille.

L'artillerie de campagne tendait à devenir de plus en plus mobile. En France, la question des affûts ne laissait pas que d'embarrasser. Elle était depuis longtemps mise à l'étude jxtor les pièces de petit calibre, lorsqu'on eut l'idée d'adopter le modèle suédois.

L'origine de la fameuse petite pièce suédoise, qui n'est autre chose que le canon français actuel, est inconnue. Il est probable cependant que Charles XII en fît usage dans ses expéditions. Elle était du calibre de 4, avait 17 calibres de longueur d'âme, et

Fig. 279. - Coupe verticale d'un des flasques de l'affût du canon suédois*

pesait 300 kilogrammes, ou 180 fois le poids du boulet.

' Son affût était fait de deux flasques divergeant un peu vers la crosse, réunis par trois entretoises. La figure 279 montre le côté interne de l'un de ces flasques, ABC. Le pointage s'effectuait grâce à une vis de fer, DE, qu'on manœuvrait à l'aide d'une manivelle, qui traversait l'entre-toise servant à rattacher les deux flasques. C'est ainsi que l'on soulevait ou abaissait la pièce, qui portait sur cette vis par l'intermédiaire d'une planchette ab.

Le canon suédois et son affût sont tellement commodes qu'après avoir été adopté

pour l'artillerie de Louis XIV, ce modèle a été conservé jusqu'à notre époque, c'est-àdire jusqu'à l'apparition des canons rayés.

II eut quelque peine cependant à se faire adopter en France. Ses heureuses proportions auraient dû frapper tous les esprits, et du premier coup le faire choisir parmi tous les modèles proposés. Il n'en fut rien. On lui reprochait la grandeur de son affût, qui donnait, disait-on, trop de prise aux coups de l'ennemi ; le poids de ce même affût et de l'avant-train (celui-ci était à timon), qui devaient rendre la manœuvre pénible. On lui supposait un grand nombre d'autres défauts,

L'ARTILLERIE ANCIENNE

ET

Peu s'en fallut qu'on ne lui préférât un affût ridiculement léger dont les flasques étaient constitués par deux bras de limoniers. Heureusement ce dernier affût ne résista pas aux épreuves du tir.

La commission nommée par Louis XIV, pour étudier la pièce suédoise, commission dont faisaient partie les ministres de ta guerre et de la marine, déclara qu'on pourrait rendre plus solide ce dernier modèle, et repoussa en conséquence le canon suédois.

Le modèle suédois fut donc bien près d'être définitivement rejeté, ce qui aurait laissé notre artillerie dans un état d'infériorité notable, eu égard à celles des autres peuples. Heureusement le maréchal de Saxe, en dépit de tous les avis défavorables des personnages officiels, exigea le canon suédois pour ses campagnes. Il fit fondre ces canons, en 1746, et il adopta en même temps les gargousses en papier contenant la charge de poudre.

La pièce suédoise rendit de si bons services qu'elle devint réglementaire en 1757; chaque régiment d'infanterie fut pourvu d'un de ces canons, que représente la figure 280.

D'autres essais d'artillerie légère, ou de campagne, étaient faits en Prusse, à cette

T. III

même époque. Frédéric II fît couler des canons qui ne pesaient que 100 fois, et même que S5 fois leur boulet. Il dut nécessai-

Fig. 281. — Le général Gribeauval.

rement les abandonner, et poussant, sans transition, à l'extrême opposé, on le vit tout d'un coup armé de très-grosses et très-pe-

MERVEILLES DE„LA SCIENCE

santés bouches à feu, avec lesquelles il fit, en 1778, sa campagne de Silésîe* Lorsque plus tard, surgirent les discussions au sujet du système de Gribeauval, les partisans des pièces lourdes et ceux des pièces légères, purent ainsi invoquer également en leur faveur, l'autorité du grand Frédéric.

Gribeauval fut, sous Louis XV, le régénérateur de l'artillerie française. Son œuvre fut immense ; son nom domine toute la fin du xvine siècle. L'exposé de ses travaux clora dignement cette histoire de l'artillerie. Le système de Gribeauval est demeuré en vigueur non-seulement sous Louis XV, mais sous Louis XVI, pendant la Révolution, sous le premier Empire, sous la Restauration et Louis- Philippe, c'est-à-dire jusqu'à la réforme de l'artillerie parle canon rayé. Pendant ce long intervalle, ce système demeura intact, ou du moins les modifications qu'on y apporta, furentinsignifiantes ; si bien qu'après les grandes guerres de l'Empire, tous les peuples le copièrent à l'envi, et il devint la règle universelle de l'artillerie européenne.

Né à Amiens, le 15 septembre 1715, l'année de la mort de Louis XIV, Jean-Baptiste Vauquettede Gribeauval était entré, en 1732, comme volontaire dans le régiment royal d'artillerie. Trois ans après, il fut nommé officier pointeur. Comme il s'était particulièrement occupé de l'art des mines, il fut nommé, en 1752, capitaine au corps des mineurs. Son mérite était déjà si bien reconnu, que le ministre de la guerre, d'Argenson, le chargea, en 1760, d'aller étudier en Prusse, l'artillerie légère du grand Frédéric. Gribeauval remplit avec zèle cette mission, et rapport.'! les renseignements les plus utiles sur l'emploi des pièces légères attachées aux régiments d'artillerie prussienne, sur les fortifications et l'état des frontières qu'il avait visitées.

L'impératrice d'Autriche, Marie-Thérèse, demanda à s'attacher le brave officier français, et Gribeauval, avec l'autorisation de ses

chefs, passa à son service. Il occupa les plus grandes positions militaires, et fut employé par l'Autriche pendant la guerre de Sept ans, comme général de bataille, et directeur de l'artillerie et des mines. Gribeauval fut, pour le grand Frédéric, un adversaire redoutable, qui pendant longtemps tint ses armées en échec, et retarda ses victoires.

M. de Choiseul, alors ministre de la guerre en France, ayant demandé à Gribeauval des «renseignements sur l'artillerie autrichienne, ce dernier lui en fit une description très-compiète, qui nous est restée.

Le 3 mars 1762, il écrivait au duc de Choiseul, une lettre contenant ce passage :

« L'artillerie d'icy fait en bataille beaucoup d'effet par le grand nombre; elle a des avantages sur celle de France, et cette dernière en a sur celle-cy. Un homme éclairé, sans passion, qui connoîtroit bien les détails et auroit le crédit suffisant pour aller directement au bien, prendroit dans, ces deux artilleries de quoy en composer une qui décideroit presque toutes les actions dans la guerre de campagne. »

Marie-Thérèse avait comblé d'honneurs, le général français qui avait défendu l'Autriche contre Frédéric le Grand ; elle voulait l'attacher à sa personne, mais Gribeauval préféra rentrer en France* En 1765, il fut promu au grade de lieutenant-général, et en 1776, il fut nommé premier inspecteur de l* artillerie. :Le moment était venu où Gribeauval allait se montrer l'homme supérieur qui devait réformer et recomposer l'artillerie française.

La tâche dont il assumait la responsabilité aurait découragé un homme d'un mérite moins éclatant. A cette époque, et après les désastres des guerres de Louis XV, l'état e l'artillerie française était déplorable.

La phrase suivante, extraite d'un mémoire adressé par lui au ministre de la guerre, montrera toutes les difficultés de l'entreprise que Gribeauval allait tenter. « La situation dans laquelle se trouve l'artillerie, ècrivait-il, est effrayante ; il est certain qu'il faut avoir

L'ARTILLERIE ANCI

du courage et de la fermeté pour oser en faire l'exposition, »

Jusqu'à cette époque on avait eu les mêmes pièces pour tous les services. Gribeauval eut l'idée de composer des services spéciaux, et il les distingua en service de siège, de campagne, de place et de côte.

Par une innovation hardie, les canons de bronze furent coulés pleins, puis forés et tournés. Cette dernière opération sacrifiait les beaux ornements du système De Vallière, mais c'était au profit de la solidité et de l'efficacité de l'arme.

Le matériel de siège conserva presque toutes les dimensions établies par De Vallière pour les grosses pièces; mais les parties les plus petites et les moins importantes de l'affût, furent déterminées dans leur forme et leur grandeur. La précision dans la construction fut poussée partout jusqu'à ses dernières limites.

Gribeauval composa son artillerie de campagne de trois calibres seulement : 12, 8 et 4; ceux de 16 et de 24 furent rejetés comme trop lourds pour ce service. Il leur donna 18 calibres de longueur d'âme, et fixa leur poids à 150 boulets. Les canons étant allégés, il y avait à craindre qu'ils ne détruisissent rapidement leur affût, par le recul ; mais en même temps, Gribeauval diminua la charge de poudre, qui fut réduite au tiers du poids du boulet, ainsi que l'avait demandé Robins, célèbre artilleur anglais, sur les travaux duquel nous aurons à revenir dans le chapitre suivant. La cartouche à boulet et la boîte à balles devinrent réglementaires. Gribeauval adopta un obusier du calibre de 8 pouces de diamètre.

Pour donner aux pièces plus de mobilité, il fit construire en fer les essieux des affûts et ceux des avant-trains ; ces parties gagnaient ainsi en solidité.

Les roues del'avant-train furent faites plus hautes, pour diminuer l'effort de l'attelage dans les transports.

Un seul modèle de caisson servit désormais à tous les calibres ; il n'y avait qu'une différence dans l'aménagement intérieur, selon le volume des munitions spéciales à chaque genre de canons.

Les dimensions de l'avant-train, comme celles de l'affût, furent fixées jusque dans leurs dernières parties. Les roues, les essieux et jusqu'aux boîtes des essieux, étaient semblables pour tous les calibres, de telle sorte que la roue d'un avant-train quelconque, pouvait s'adapter à l'essieu d'un autre avanttrain.

L'attelage à limonier en usage depuis Louis XIII, dans lequel les chevaux étaient disposés à la file, fut définitivement remplacé par l'attelage à timon, où ils marchaient par paires. Cet attelage exigeait, il est vrai, des charretiers plus habiles, et les chevaux se fatiguaient à marcher dans les ornières creusées par les voitures déjà passées, mais on gagnait de la force aux tournants, de la célérité dans toutes les manœuvres, et le nombre des chevaux ainsi que celui des charretiers pouvait être diminué.

Pour faciliter encore les transports de l'artillerie , on tailla sur les affûts des pièces de 8 et de 12, une autre paire d'encastrements qui, recevant les tourillons, reportaient la pièce, quand on la transportait, plus près de l'avant-train, et répartissaient mieux ainsi son poids entre les roues de l'avant-train et celles de l'affût.

Deux innovations capitales apportées par Gribeauval à l'artillerie de campagne, furent la prolonge^ et la manœuvre des canons par des hommes, ou la manœuvre dite à la bricole.

Pour parcourir de longs trajets, ou pour franchir des fossés et des ravins, Gribeauval employait les chevaux ; mais au lieu de les atteler à l'avant-train , il séparait l'avanttrain de l'affût, et plaçait entre euxune corde d'environ 8 mètres de long. La partie inférieure de la crosse de l'affût était taillée en

Fig. 282. — La prolonge.

demi-cercle comme un traîneau, pour traîner à terre. On peut ainsi charger et tirer la pièce de canon sans dételer, car la corde est assez longue pour que la pièce n'aille pas par son recul heurter l'avant-train.

La prolonge imaginée par Gribeauval, donne le moyen d'atteindre l'ennemi à petite distance, en marchant en retraite, de s'arrêter quand on le juge convenable, de lui tirer ses derniers coupa sans dételer, et de traverser les accidents de terrain plus aisément que quand la pièce est fixée à l'avant-train. Mais laissons

Gribeauval lui-même nous expliquer en peu de mots son invention :

« Les canon niers et servants, portant leurs

armements, accompagnent la pièce dans leurs postes respectifs, à droite et à gauche. Lorsqu'on veut tirer, le maître canonnier crie : Halte, el dirige la pièce en faisant le commandement : Chargez. Le coup parti, s'il ne veut pas en tirer un second, il fait le commandement : Marche, S'il faut descendre ou monter un rideau, passer un fossé, on allonge, s'il le faut, le cordage ; les chevaux passent avec l'avant-train, les canonniers et servants joignent leurs efforts à ceux des chevaux, et la pièce passe. »

Fig. 283 et 28 î . — La bricole étendue et la bricole raccourcie.

La figure 282 représente un attelage d'ar- a dû être raccourcie pour la nécessité du tillerie à la prolonge. La longueur de la corde

dessin : elle doit avoir 7 à 8 mètres de long.

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Kg. 285, — Pièce de canon traînée à la bricole.

Cette corde, cette prolonge, ce moyen si 1 plus remarquables qu'on ait jamais introduits simple, est l'un des perfectionnements les | dans l'artillerie de campagne.

Fig. 286. — Affût de la pièce de canon de côte et de place.

La manœuvra à la bricole ne fut pas un progrès moins utile, à cette époque où, les charretiers n'étant pas des soldats, on ne pou-

vait espérer obtenir d'eux quelque service sur le champ de bataille.

Gribeauval appela bricole une corde qui

peut être réduite de moitié à volonté au moyen d'un anneau. La figure 283 représente la bricole étendue, et la figure 284 la bricole raccourcie.

La pièce put être traînée par des artilleurs, ce qui permettait de tenir les chevaux éloignés du feu. Huit hommes faisaient mouvoir la pièce de 4 ; huit hommes pouvaient aussi faire mouvoir la pièce de 8 en beau terrain ; onze hommes y suffisaient en terrain difficile. La pièce de 12 exigeait onze hommes en bon terrain et quinze dans les plus difficiles. Les canonniers attachés à la pièce étaient employés à la mouvoir, et les hommes de supplément étaient fournis par l'infanterie.

La figure 285 fait voir les canonniers et les fantassins auxiliaires, traînant, à la bricole, une pièce de 12, la bouche en avant.

Les canons des services de place et de côte étaient les calibres de 16 et de 24 de l'artillerie de siège ; mais Gribeauval les pourvut d'affûts de son invention, d'une grande simplicité, d'une construction facile, et plus utiles que ceux qui, jusqu'à cette époque, avaient été mis en usage.

La figure 286 donne l'élévation de Va/fût de côte% lequel réclame une parfaite mobilité latérale, pour se prêter au tir sur un but éminemment mobile.

L'affût est à rouages, monté sur un châssis incliné, AB, afin de diminuer le mouvement de recul. Le châssis porte, en avant, sur une cheville ouvrière, C ; il est muni à l'arrière d'une roulette, D, pouvant se mouvoir sur une plate-forme étroite et circulaire, EF.

L 'affût de place, inventé par Gribeauval, ne diffère de celui-ci qu'en ce qu'il est beaucoup plus haut, de façon à dominer les parapets du rempart, et en ce que le châssis n'a pas de roulette. Il fallait, en effet, pour le service de place, un affût moins mobile que le précédent, parce qu'il est utile de pouvoir conserver la nuit la direction de pointage choisie de jour.

Outre les trois calibres de canon dont nous avons parlé, l'artillerie de campagne fut pourvue par Gribeauval d'un obusier du calibre de 6 pouces et d'un autre de 8 pouces de diamètre.

La figure 287 représente l'affût de cet

Fig. 287. — Affût d'obusier (système De Vallière).

obusier, La pièce a 8 pouces de diamètre. Les mortiers laissés par De Vallière étaient mis hors de service par un petit nombre de

coups. Gribeauval réforma encoie cette partie de l'artillerie. Après de nombreux essais, il construisit deux modèles de mortiers, l'irn de

L'ARTILLERIE ANCIENNE ET MODERNE

12 pouces, l'autre de 10 pouces de diamètre, et parvint à lancer la bombe à 1200 toises.

L'épaisseur des parois de la pièce et l'épaisseur du métal de la bombe devinrent plus grandes que dans l'ancien système. La bombe présentait un renfort de métal à sa partie inférieure, pour que le centre de gravité fût de ce côté, et que la fusée ne courût pas risque de s'éteindre en touchant terre.

Plus tard, Gribeauval adopta le modèle de mortiers du général Gomer. Dans ce mortier, l'âme, au lieu de se terminer en chambre, va se rétrécissant graduellement en forme conique. Cette disposition présente sur l'autre

Fig. 288 et Î89. — Mortier à la Gomer.

l'avantage de laisser une plus grande surface de la bombe exposée au choc de l'explosion de la charge; elle diminue ainsi les chances de voir le projectile se briser dans le mortier.

Tous les canons eurent un grain de lumière en cuivre rouge, vissé à froid et pouvant être remplacé après son évasement amené par le tir. Gribeauval put alors supprimer les petites chambres des canons de De Vallière.

Le vent du boulet fut fixé, et le diamètre des boulets contrôlé à l'aide de limettes circulaires, dans lesquelles ils devaient passer exactement dans tous les sens.

Pour effectuer le pointage on adopta la vis i du canon suédois que nous avons représentée (page 392, fig. 279, D), un peu modifiée seulement quant à la manivelle, à laquelle on

donna quatre branches. C'est encore la forme de la vis de pointage actuelle, même pour les canons rayés.

La hausse des canons, proposée par Robins, devint réglementaire.

Voulant diminuer le coup de fouet de la culasse sur l'affût, au moment du recul et ménager la vis de pointage, Gribeauval rapprocha les tourillons de l'axe de la pièce, mais comme avec cette disposition nouvelle, les tourillons ne présentaient plus la même solidité d'implantation, il les munit d'embases.

Enfin Gribeauval, pour conserver l'uniformité au système qu'il venait d'établir, envoya dans tous les ateliers des machines et des lunettes circulaires pour la vérification des pièces. La construction des différentes parties du matériel de l'artillerie acquit ainsi une précision jusqu'alors inconnue.

Il introduisit encore l'usage de Y étoile mobile, instrument destiné à mesurer les dimensions et les formes des âmes des bouches à feu.

Les innovations de Gribeauval eurent le sort de toutes les idées utiles. Des détracteurs, pleins de passion, s'attachèrent à chacune des parties de son vaste système. Une vive polémique s'engagea, et la raison ne put pas toujours parvenir à se faire entendre. Les critiques furent si vives qu'en 1772, le gouvernement de Louis XV se crut obligé d'abolir le système de Gribeauval? et d'en revenir à l'ancien mode de choses.

Cependant, deux années plus tard, à l'avénement de Louis XVI, Gribeauval triompha dans cette lutte, et fit adopter définitivement toutes ses innovations. La charge de grandmaître n'existant plus, il fut nommé inspecteur général de V artillerie, et jusqu'en 1789, année de sa mort, il put encore travailler librement à l'amélioration de l'organisation et du personnel de l'artillerie. Gribeauval avait partagé cette arme en divisions, pour la faire entrer dans les cadres des divisions d'infante-

rie. C'est encore à ce grand organisateur qu'on doit la création des équipages de pont. Mais nous sortirions de notre sujet si nous voulions seulement énumérer les institutions utiles que Gribeauval a fondées.

Le système complet de cet homme de génie a subsisté, comme nous l'avons dit, pendant la Révolution, pendant les guerres du premier Empire, sous la Restauration et sous , Louis-Philippe. Il n'a été modifié que par la transformation radicale amenée dans l'artillerie par l'invention des canons rayés. L'exposé des travaux de Gribeauval termine donc l'histoire de l'artillerie moderne jusqu'au milieu de notre siècle.

Pour clore cette Notice, il nous reste à parler de la révolution qui s'est accomplie de nos jours dans le matériel de l'artillerie.

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