FORME DES CORPS
RES1STAXCB DE L'iia d'après l'expérience.
RÉSISTAS CI DS L'IIR d'après la théorie.
Fig. 304.
Il faut comparer ici les chiffres d'après le maximum 100 obtenu pour le triangle base en avant» 11 y a encore de grands écarts entre la théorie et l'expérience. Ceci nous paraît tenir, au moins en grande partie, à ce que les corps en mouvement dans l'atmosphère, entraînent avec eux une couche d'air d'une épaisseur en rapport avec leur masse, variable peut-être avec la vitesse ; cette couche d'air augmente et modifie la surface sur laquelle le fluide exerce sa résistance.
Parmitouslescorps expérimentés jusqu'ici, le projectile de forme cylindrique, terminé par une face antérieure ogivale est celui qui a donné les résultats les plus favorables. C'est ce qui résulte du tableau précédent ; c'est aussi la même conclusion qui est ressortie d'un grand nombre de recherches remontant au siècle dernier.
Dès cette époque , plusieurs physiciens s'étaient occupés de chercher la forme du corps qui éprouverait le moins de résistance en traversant un fluide. Newton s'était arrêté à la forme ogivale, nettement tronquée à l'arrière, et semblable à la dernière figure du tableau précédent.
De nos jours M. Piobert a voulu établir que la forme la meilleure à donner aux pro-
jectiles serait celle d'un corps à pointe ogivale très-aiguë ayant en longueur cinq fois sa plus grande épaisseur. Le point de la plus grande section est placé aux deux tiers à partir de l'arrière, et celui-ci est arrondi [fig. 305).
Fig, 305. — Le projectile Piobert.
Nous verrons plus loin certains projectiles de M. Whitworth se rapprocher plus de cette forme allongée qu'aucun projectile employé jusqu'à nos jours. Cependant elle est loin d'être préférable à la forme cylindroogivale. En supposant qu'elle offre moins de résistance à l'air, cette forme ne serait pas à coup sûr la forme la meilleure à donner aux projectiles dont se sert l'artillerie. Le centre de gravité se trouvant plus près de l'extrémité arrondie que de l'extrémité pointue, la première pourrait fort bien passer en avant et avoir à diviser les couches d'air. La courbe des côtés se prêterait mal à la paroi rectiligne de l'âme, et pendant le trajet jusqu'à la bouche il serait presque impossible (à moins d'employer un sabot), que l'axe du projectile coïncidât avec Taxe de la pièce. Enfin, la
L'ARTILLERIE ANCI
forme pointue de l'avant n'est pas la plus utile au point de vue 4e la percussion et de la perforation des cuirasses. Elle agirait à la manière d'un coin, et le projectile, pour traverser, devrait refouler latéralement le métal, jusqu'à ce que l'ouverture fût assez grande ; or cette action exige un grand travail3 c'est-àdire une grande perte de force.
Le boulet cylindro- ogival, que recommandait Newton dès le siècle dernier, est donc aujourd'hui, et avec raison^ généralement adopté. Nous verrons danslaNotice suivante que la même forme a été choisie pour les projectiles des armes portatives.
On a trouvé plus avantageux d'employer, pour perforer les cuirasses métalliques, des boulets à tête aplatie, qui opèrent comme un emporte-pièce.
Il est, en effet, un point à considérer dans le tir contre les vaisseaux cuirassés. Il faut éviter que le projectile n'arrive sous un angle trop éloigné de la perpendiculaire, parce qu'il pourrait ricocher, et qu'il aurait tout au moins une plus grande épaisseur de métal à traverser. Les boulets arrondis ricochent sur les cuirasses plus facilement que les projectiles à tête plate ou les boulets à pointe.
Nous terminerons ces considérations générales en examinant le mode d'action des projectiles suivant leur nature.
En 1 834 , M . Poncelet présenta à l'Académie des sciences, un rapport sur des expériences de MM. Piobert et Morin, relativement à la pénétration des projectiles dans des corps de nature diverse.
Les boulets de fonte n'éprouvent pas de déformation sensible en traversant des milieux facilement pénétrables ; sous leur action, les massifs de bois de sapin se fendent en grands éclats. Le bois de chêne, au contraire, se referme presque hermétiquement sur le passage des projectiles, à cause de l'élasticité des fibres qui n'ont pas été détruites.
L'argile et les terres suffisamment humides,
débarrassées de graviers, laissent une ouverture évasée à l'extérieur en forme d'entonnoir^ au fond de laquelle le boulet est logé. Les parois de l'argile sont durcies et comme cuites par la haute température développée par ie choc et le refoulement.
Le boulet de 24 s'enfonce de 60 centimètres dans de bonnes murailles, de 30 centimètres seulement dans les roches calcaires. Souvent aussi, dans ce cas, au lieu de pénétrer la pierre, il rebondit d'une centaine de mètres en arrière. Le trou pratiqué dans ces circonstances, est évasé vers l'ouverture , au point de présenter cinq ou six fois le diamètre du boulet. Puis vient un long canal, se terminant par une cavité du calibre du boulet.
Le calcaire est pulvérisé, et les débris projetés de toutes parts présentent l'aspect et les propriétés de la chaux vive ; cette transformation chimique en chaux est l'efiet de la chaleur développée par le broiement de-4a masse.
Dans le sable, qui est très-peu compressible, comme on le sait, la route du boulet est comblée par une poussière extrêmement fine, blanchâtre et desséchée.
Les boulets de fonte dure, c'est-à-dire blanche et truitée, se brisaient facilement dans le tir contre les rocs, et presque toujours dans le tir contre les plaques métalliques.
, Les boulets de fonte grise et douce, au contraire, ne se brisaient qu'animés des plus
| grandes vitesses et lancés par les plus fortes charges en usage dans l'artillerie ; leur ductilité particulière leur permettait de s'aplatir d'une certaine quantité avant que se manifestassent les fêlures.
La difficulté de construire les grandes bouches à feu, la résistance variable des métaux employés, la nécessité d'obtenir une grande justesse de tir et une trajectoire tendue, l'obligation d'employer des projectiles énormes, ont donné naissance, de nos jours, à un grand nombre de systèmes de canons, dans lesquels
on a voulu concilier autant que possible ces qualités presque contradictoires. Nous examinerons les principaux de ces systèmes dans les chapitres suivants. Les premiers chapitres seront consacrés aux canons se chargeant par la bouche, les suivants, aux canons se chargeant par la culasse.