‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [3], Photographie, stéréoscope, poudres de guerre, artillerie ancienne et moderne, armes à feu portatives, bâtiments cuirassés, drainage, piscicultureFiguier Merveilles Science BNF 03Chapitre 80 sur 163 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

LES DIVERS SYSTÈMES MODERNES DE CANON SE CHARGEANT PAR LA BOUCHE. — PROJECTILES RAYÉS. — PROJECTILES FORCÉS. — RAYURE DES PIÈCES. — DIFFÉRENTS SYS- TÈMES DE CANONS RAYÉS. — PROJECTILES A SABOT. — SYSTÈME CAVALLI. — PROPOSITION DU CAPITAINE TAM1SIER. — MODIFICATIONS APPORTÉES PAR LE CHEF D'ES- CADRON TREUILLE DE BEAULIEU. — LA PtJSÉE TREU1LLE DE BEAULIEU. — LE CANON RAYÉ FRANÇAIS. — - SON APPARITION DANS LA GUERRE i/lTALIE; SES AVANTAGES.

Les théories d'Euler sur la déviation des projectiles, et ses erreurs aussi, furent enseignées dans toutes les écoles d'artillerie de la France et de l'étranger, jusqu'à environ l'année 18S0. On essayait de régulariser le tir des obus et des bombes en plaçant le centré de gravité de ces projectiles en avant de leur centre de figure ; mais la presque impossibilité de conserver au projectile cette disposition pendant toute l'étendue de sa trajectoire dans l'air, et la difficulté de charger dans une position rigoureuse, interdisaient tout avantage dans la pratique.

Depuis Tannée 1800, des chercheurs, des inventeurs, placés en dehors du courant classique, avaient proposé divers systèmes pour régulariser le tir, en donnant, d'après les principes de Robins, un mouvement rotatoire au projectile, suivant le diamètre horizontal situé dans le plan du tir. Mais les commissions officielles les avaient toujours repoussés. Jusqu'en 1850, aucun essai sérieux ne fut donc tenté en France dans cette direction (4).

(1) Le docteur Leroy (d'Ëtiolles) proposa à notre comité d'artillerie, en 1832, un système complet de canons rayés se chargeant par la culasse, avec projectiles à ailettes, et revêtus d'une couche de plomb, c'est-à-dire à peu près le

Ces systèmes, qui constituaient de véritables hérésies pour la science officielle de ce temps, peuvent être classés en trois groupes.

1° On agissait sur le projectile en le creusant de rainures diverses.

2° On rayait la bouche à feu en enveloppant le projectile d'une couche de plomb, qui se forçait dans les rayures ; ou bien en munissant le projectile d'un sabot fusible, qui s'écrasait et se forçait dans la pièce.

3° Enfin on munissait le boulet d'ailettes saillantes, destinées à s'engager dans les rainures de la bouche à feu.

Examinons chacun de ces trois systèmes, dont le dernier a prévalu en France.

Dans le premier système, avons-nous dit, on cherchait à obtenir le mouvement de rotation du projectile dans le plan désiré, au moyen de rainures obliques creusées à la surface du projectile même. L'âme du canon restait lisse. Tantôt les rainures étaient pratiquées à la partie postérieure du projectile, et alors le mouvement rotatoire devait être communiqué par les gaz de la poudre. Tantôt elles étaient placées à l'avant du projectile, et on comptait sur la résistance de l'air pour produire le mouvement efficace. Tantôt enfin les deux procédés étaient appliqués sur le même boulet, et les rayures de la partie antérieure étaient dirigées en sens inverse de celles de la partie postérieure, pour concourir à faire tourner le boulet dans un sens déterminé.

On proposa aussi des nervures en relief à la place des rainures.

Aucune de ces méthodes n'avait l'efficacité voulue ; le mouvement de rotation du boulet ainsi provoqué, n'était pas assez

système actuel. II faut lire dans la brochure publiée en 1860 par Leroy (d'ÉtiolIes) la manière dont ses propositions furent accueillies par le comité d'artillerie, et le rapport dédaigneux qui fut rédigé à l'occasion des travaux d'un inventeur qui avait le tort de devancer les idées de son temps en matière d'artillerie (Note sur les canons rayés en •hélice par Leroy {d'ËtiolIes}, docteur en médecine. Paris, in-8°, 1860.

prononcé. Disons cependant que , de nos jours, M. Bessemer a construit un projectile à rainures très- coudées , agissant par la seule action de la poudre, lequel paraît avoir quelques chances de réussite» Les gaz s'engageant dans la rainure, doivent, pour arriver à Favant du boulet, suivre une route plus longue que celle que décrit le projectile dans l'âme lisse du canon; ils agissent au point du coude, suivant une direction à peu près perpendiculaire à la génératrice; un mouvement de rotation du projectile en est la conséquence. Ces boulets arrivaient à faire sur eux-mêmes deux tours et demi, dans un canon de huit pieds de longueur d'âme, avec une charge de poudre égale au sixième du poids du boulet.

Mais ce n'était pas sur les projectiles qu'il fallait agir pour rectifier leur direction, c'était sur l'âme de la bouche à feu.

Dans le second groupe des propositions formulées à cette époque, c'est sur la pièce que portaient les rainures. Ces rainures étaient en hélice, et le boulet, fait de plomb, ou recouvert d'une couche de ce métal, devait être forcé, comme on le pratiquait depuis longtemps pour les balles des carabines, c'est-à-dire par l'action d'un refouloir écrasant le boulet, et quelquefois simplement, par l'expansion de la partie postérieure du projectile, produite par Faction de la poudre.

En 1846, le capitaine Rollée de Baudreville fit une proposition rentrant dans le premier cas; mais elle ne fut pas soumise à l'expérience (1).

Le capitaine de Faucompré fit plusieurs essais du même genre, et ne parvint pas à des résultats satisfaisants en pratique.

Le généralbelge Timmerhans imagina le projectile muni d'un sabot expansif à sa partie postérieure. Au moment de la décharge, le sabot, se pressant contre le projectile, faisait disparaître le vide laissé entre eux , et s'e-

(I) Mémorial d'artillerie, Vljl.

crasait de façon à pénétrer dans les rayures de la pièce.

Les pièces construites d'après ce système, se brisèrent dès les premiers coups, peut-être parce qu'un forcement complet causait une résistance trop grande ; peut-être aussi parce que l'écrasement du sabot s*opérant d'une manière irrégulière, le boulet basculait pressé comme par un coin, et se coinçait, comme on le dit, dans F âme , opposant une résistance insurmontable à l'expansion des gaz de la poudre, et faisant ainsi éclater quelquefois la pièce.

Un projectile imaginé par un Américain, AL Schenkl, est constitué d'une manière analogue, mais il présente moins de dangers* Au moment de la décharge, une enveloppe de plomb, que porte la partie postérieure de ce boulet, glisse en avant, le long de la partie conique postérieure, et sa force dans les rayures de la pièce ; elle guide ainsi le boulet et s'éparpille ensuite en une poussière inoffensive pour Fartillerie.

Ce système, qui est excellent, a été mis en usage pendafrt la grande guerre des Etats- Unis.

Il est encore un autre mode de forcement par l'action des gaz de la poudre : on pourrait l'appeler concentrique, par opposition aux forcements excentriques que nous venons d'examiner. Il est depuis longtemps en usage pour les balles dans les armes à feu portatives. Le boulet est évidé dans sa portion postérieure, qui est formée d'un sabot de plomb. Le culot du métal dur poussé parla décharge, entre dans l'espace ménagé devant lui, presse les parties latérales minces et molles, et les fait pénétrer dans les rayures.

Cette forme de projectile est très-bonne pour les carabines, mais dans les canons les projectiles munis d'un sabot qui doit s'écraser pour produire le forcement,ont deux inconvénients.Le premier consiste dans un forcement trop complet qui, opposant une grande résistance à la décharge, peut faire éclater la

pièce. Ce défaut tend à disparaître à mesure des améliorations dans la construction des bouches à feu . Il a conduit cependant à donner au sabot de faibles dimensions, pour que le forcement fût moins complet et plus difficile à opérer. On réduirait donc les avantages de ce mode de chargement.

Le deuxième inconvénient n'appartient, pas seulement aux sabots de plomb, mais encore à toutes les enveloppes ou adjonctions de piétal mou mises en usage dans les projectiles de divers systèmes. La force de l'explosion et l'action des rayures, arrachent ce métal, et le répandent en pluie tout autour de la bouche du canon, au grand danger des servants des pièces et des assistants.

On a essayé de remplacer l'enveloppe de plomb, par un manchon de toile grasse, par du papier mâché, ou par des moyens analogues, mais le succès n'a pas répondu à l'attente des expérimentateurs*

Le troisième groupe des systèmes proposés avant la création de l'artillerie actuelle, consiste, avons- nous dit, à communiquer le mouvement du projectile dans le plan exact de Taxe de la bouche à feu, au moyen d'ailettes ou de boutons saillants fixés à la surface du boulet, et destinés à s'engager dans les rayures de la bouche à feu*

Le premier boulet de cette espèce paraît avoir été construit en 1845, par le major sarde Cavalli, maintenant général dans l'armée italienne. Le canon créé par l'officier piémontais, n'avait que deux rayures, creusées en face l'une de l'autre, et d'un pas égal depuis le tonnerre jusqu'à la bouche. Ce fut en même temps le premier canon se chargeant par la culasse.

Le boulet portant deux ailettes de même inclinaison que les rainures, et destinées à s'engager dans leur intérieur, n'était pas ainsi suffisamment soutenu ; il pouvait ballotter dans l'âme, et même se coin çer, et faire éclater la pièce. Cavalli ajouta à son projectile deux boutons, situés sur l'avant, pour glisser sur la

surface lisse de la pièce et faire office de sabot?.

Nous reviendrons avec plus de détails sur le système Cavalli, dans le chapitre suivant. Ce canon fit naître d'abord de grandes espérances. Les arsenaux piémontais en construisirent un grand nombre, qui, restés sans usage, gisent maintenant dans les cours et sous les hangars des fonderies. Si ce système a échoué, cela tient peut-être à ce que l'inventeur avait voulu trop innover tout d'un coup ; les bonnes choses qu'il avait imaginées, se sont perdues au milieu de détails défectueux.

Quoi qu'il en soit, la portée et la précision des nouveaux projectiles du major Cavalli étaient trop bien établies, les expériences faites en Suède et en Sardaigne avaient proclamé ces résultats trop haut, pour que de nouvelles tentatives ne se produisissent pas dans la même voie chez les autres nations européennes.

En j 847, le capitaine français Tamisier proposa un système de canons rayés, que les événements politiques ne permirent pas d'expérimenter (1).

À la même époque, le lieutenant-colonel Burnier soumit à une commission, présidée par le colonel Legendre, des projectiles creux et de forme ogivale, portant deux ailettes venues de fonte, faisant une saillie de 6 millimètres. Comme on le voit, ces projectiles, par leur forme, se rapprochaient considérablement de ceux du major Cavalli. Les expériences 'furent faites à Vincennes, mais elles ne donnèrent pas des résultats satisfaisants.

Le 3 mars 1850, le capitaine Tamisier adressait au ministère de la guerre un mémoire dans lequel il demandait que Ton soumît à l'expérience un système de son invention. Les proj ectiles étaient munis de six ailettes rectangulaires en cuivre, venant s'appuyer au fond des rayures, et destinées à faire coïncider, pendant le tir, l'axe du projectile avec l'axe de la pièce. Celle-ci était rayée sur le pas de 2 mètres.

(1) Mémorial d'artillerie, VIII.

L'ARTILLERIE

La commission à laquelle avait été soumis le système du lieutenant-colonel Burnier, fut chargée des expériences. On tira à faible charge et à petite distance, pour que les constatations fussent plus faciles.

Les résultats ayant été jugés satisfaisants, la commission autorisa le capitaine Tamisier à continuer et à développer ses études.

Pendant ce temps, le commandant Didion, membre de la commission, présenta quelques modifications au système Tamisier. La principale consistait à donner au fond des rayures une surface, non plus parallèle à l'âme de

Fîg. 306. — Projectile Si ailettes (position du chargement).

Dans la figure 306, on a donné au projectile la position convenable pour le faire entrer jusqu'au tonnerre. Les ailettes A, B, C, D, E, F, ne rencontrent pas le fond des rayures, et le projectile peut être poussé jusqu'à sa place sans éprouver grande résistance.

La seconde figure montre le projectile lancé par l'action de la poudre, au moment où il va sortir de la pièce. Le boulet résistant, par son inertie, au mouvement de rotation, tend à appuyer ses ailettes A', B', G', D', E', F', contre l'autre flanc de la rayure ; mais elles viennent rencontrer les fonds de la rayure, et glissent à cette, place, en maintenant la coïncidence de l'axe de l'âme et de l'axe du projectile.

Dans cette position, le boulet est dit centré.

L'essai des modifications proposées par le commandant Didion, fut ajourné, pour ne

la pièce, mais inclinée d'un flanc de la rayure vers l'autre.

Cette disposition devait permettre de charger facilement le projectile en faisant appuyer ses ailettes au flanc de la rayure située du côté le plus profond, et d'autre part elle avait l'avantage de centrer complètement le projectile au moment du tir, parce qu'alors les ailettes tendant à se porter vers le flanc opposé rencontraient le fond de la rayure et touchaient le fond de tous côtés.

Les figures 306 et 307 feront comprendre ce point important.

Fig. 307. — Projectile à ailettes (position au moment de la sortie).

pas entraver les travaux du capitaine Tamisier.

M. Tamisier apporta alors à son système des perfectionnements extraordinaires. Il allongea son projectile et en fit un obus. Il remplaça les ailettes de cuivre par des ailettes de zinc ; enfin il eut l'idée de couler du plomb entre les saillies d'acier du projectile. Cette disposition, jointe à la rayure de la pièce qui correspond aux saillies du projectile, a l'avantage de produire une occlusion parfaite du calibre de la bouche à feu au moment de l'explosion, et de s'opposer ainsi à tout dégagement, à l'extérieur, des gaz provenant de la combustion de la poudre, en d'autres termes, de supprimer le vent du projectile. Quand le boulet est lancé, le plomb qui garnit le contour du projectile, fond, ou du moins se ramollit.

Fïg. 308. — Le canon rayé français (pièce de campagne du calibre do 4%

et se moulant, comme à travers une filière, à l'intérieur des sillons de la pièce, il produit une fermeture absolue, qui s'oppose à la sortie des gaz provenant de la combustion de la poudre.

Des pièces rayées de divers modèles, furent mises à la disposition de la commission, pour qu'elle fût à même de fixer le pas le plus utile à donner à l'hélice. Enfin comme les portées de ces pièces étaient devenues trop grandes et dépassaient les limites du polygone de Vinçennes, la commission se transporta à la Fère, pour continuer ses expériences.

Elles furent interrompues pendant quelque temps, puis reprises en 1854, sous la présidence du général Larchey.

De nouveaux tracés de rayures furent proposés par le capitaine Chanal, puis modifiés par M. Treuille de Beaulieu, alors chef d'escadron et directeur de l'atelier de précision au dépôt central de l'artillerie. Cet officier inventa à cette époque, l'admirable fusée métallique qui joue un si grand rôle dans le projectile actuel, et qui sera décrite plus loin.

En 1855, la prairie de la Fère ayant été

inondée, le ministre ordonna que les travaux de la commission fussent transportés à Calais.

Les systèmes du commandant Treuille de Beaulieu donnèrent des résultats inespérés, et les projets de cet officier furent enfin acceptés sans modifications. Les pièces de 4 et de 12 de notre artillerie furent rayées d'après ce système, et les projectiles explosifs munis de la nouvelle fusée devinrent réglementaires.

Des canons de divers calibres, rayés d'après ce système définitif, devaient être transportés en Grimée en 1855. Mais survint la paix, qui fit suspendre ces préparatifs.

Entre 1856 et 1859, de nouvelles études furent reprises, dans le but de fixer définitivement les dimensions à donner aux diverses parties des pièces rayées de tout calibre. Des essais de tir en brèche furent faits à Douai et au fort Lié dot.

De toutes ces études sortit enfin le célèbre canon rayé français [fig. 308) qui fit tant parler de lui, lors de son apparition en Italie en 1859. Son calibre est celui des anciens canons de quatre ; son diamètre est de 86mni,5. Le canon seul ne pèse que

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333 kilogrammes. La pièce avec son affût et le caisson contenant trente-quatre coups d'approvisionnement, pèse 1,200 kilogrammes.

Le poids du projectile est de 4 kilogrammes, et la charge de poudre est fixée à S50 grammes, c'est-à-dire seulement un peu plus du dixième du poids du projectile. La portée maximum est de 4,600 mètres, mais la hausse marquant la portée utile, n'est graduée que jusqu'à 3,200 mètres.

Le projectile est un obus. Le canon rayé français est donc véritablement un obusier, le boulet plein étant totalement supprimé. L'obus est chargé de 200 grammes de poudre, lesquels suffisent à le faire éclater en vingt ou vingt-cinq morceaux dangereux, avec quelques fragments plus petits, que J'on ne peut compter.

La figure 309 représente cet obus, muni

Fig. 309. — Obus du canon rayé français et sa fusée

métallique.

de la fusée métallique du commandant Treuille de Beaulieu. La partie cylindrique et filetée de la fusée AB, est percée à l'intérieur d'un canal longitudinal communiquant, t. m.

à angle droit, avec divers autres canaux pratiqués dans la tête aplatie, et qui ont leur ouverture à l'extérieur, aux points C et D. Tous ces canaux sont remplis d'une composition fusante qu'allume l'inflammation delà charge de poudre qui lance l'obus. Le temps que met à brûler une longueur donnée de la composition, est rigoureusement calculé. On peut faire éclater Je projectile à une distance déterminée en ne laissant ouvert que l'un ou l'autre des évents que porte la fête A, du projectile, parce que chacun d'eux correspond à un canal de longueur différente.

La figure 310 est une coupe de la tête de la fusée, on y voit les évents A, B, C, qui

Fig. 310. — Coupe <ïe la tête de la fusée de l'obus français. *

communiquent avec l'intérieur de l'obus. La figure 311 montre l'extrémité inférieure de cette fusée et l'abouchement des évents, A, B, C dans l'intérieur de l'obus.

Fig. 311. — Bout de la fusée avec les trois conduit*.

Dans la pratique on se contente de boucher seulement les canaux qui feraient éclater l'obus à une distance plus courte que celle à laquelle on vise, afin que si l'évent correspondant à la distance voulue venait à manquer, l'inflammation pût encore arriver à la charge intérieure, par les canaux de longueur plus grande.

Le canon de campagne tire encore, au besoin, des boîtes à balles et des obus à balles, nommés shrapnels.

La boîte à balles s'ouvre quand elle est lancée par la poudre et, arrivée à la bouche de la pièce, laisse voler les quarante et une balles de fer qu'elle contient, jusqu'à la distance de 600 mètres.

Le shrapnel a, extérieurement, la forme d'un obus ordinaire, 11 contient quatre-vingtcinq petites balles de plomb, et soixante grammes Je poudre, laquelle occupe la parti, postérieure de la chambre. 11 doit éclater en l'air, à peu de distance de la ligne que l'on veut frapper ; les fragments de l'obus volent en avant et sur les côtés, et les balles s'éparpillent suivant un cône à base antérieure, avec une vitesse telle qu'elles peuvent porter jusqu'à 274 mètres au delà du point où l'obus éclate. Dans la figure 309 qui représente le projectile du canon français, on a supposé que la charge de l'obus est le shrapnel contenant 85 balles de plomb.

A l'époque de la campagne d'Italie, nos canons n'avaient que trois rayures, comme le représente la figure 312. Les obus portaient

Fig. 3J2. — Rayure du canon français de 1859.

six ailettes (deux pour chaque rayure) dont la ligne d'implantation faisait le même angle avec la génératrice du projectile que la rayure de la pièce avec la génératrice de l'âme. On avait adopté pour les rayures le principe du commandant Didion ; mais elles étaient si peu profondes que le flanc du chargement n'avait qu'une faible hauteur et que le flanc directeur avait disparu.

Plus tard, on creusa six rayures, et les obus portèrent douze ailettes disposées deux à deux. Le fond de la rayure reprit ainsi sa symétrie ; mais la forme de l'ailette fut modifiée en compensation.

La figure 313 montre la coupe de Tune

Fig. 313. — Position du boulet dans la rayure du canon

français. »

des six rayures et de l'ailette correspondante dans la position du chargement.

La figure 314 représente la rayure et le

Fig. 314. — Position du boulet à la sortie du canon

français.

projectile au moment de la sortie de la bouche. Le tenon de zinc a été écrasé par le flanc directeur, et un angle curviligne s'est formé sur sa partie plate.

La rayure est progressive; c'est-à-dire que partant du tonnerre, dans la direction de Taxe de la pièce, elle s'infléchit de plus en plus jusqu'à la bouche. Cette disposition répartit l'effort sur toute la longueur de la pièce.

Les qualités qui caractérisent le système français sont la simplicité, la légèreté et l'économie.

Ce dernier avantage sera suffisamment démontré par ce fait, que lorsqu'on s'occupa de transformer les anciennes pièces de 4 et de 12 dans le nouveau système, c'est-à-dire quand on raya ces anciennes pièces, le prix

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des seules rognures du métal suffit à payer la main-d'œuvre (1),

Outre le canon de campagne de 4, que nous venons de décrire, l'armée française emmena en Italie un certain nombre des anciens canons de 12, auxquels on avait appliqué la rayure. Ce furent les pièces de réserve ; elles devaient servir dans les cas imprévus» Mais on n'eut pas occasion d'en faire usage.

Lors de la campagne d'Italie, les pièces rayées étaient un secret pour tout le monde, même pour les officiers de l'artillerie française (2), Les canons furent placés dans des caisses, sur lesquelles était écrit le mot fragile, et embarqués pour Gènes. Quelques jours après, presque sans instruction préalable, les artilleurs s'en servaient avec l'efficacité que chacun connaît.

C'est le 19 mai 1889, à Alexandrie, la veille du combat de Montebello, que fut tiré le premier coup des nouveaux canons. Plus tard, à la bataille de Solferino, une batterie de ces canons rayés alla détruire les réserves autrichiennes, à une distance qui avait été jugée par l'ennemi tout à fait hors de la portée de l'artillerie.

Dans la campagne de Chine, les pièces françaises et les lourds canons Armstrong, de l'armée anglaise,- eurent à traverser une vaste rétendue de terrain de marais, sans autre attelage que les misérables petits chevaux du pays. Notre artillerie s'en tira sans grande difficulté, tandis que les « wagons Armstrong», comme on les a appelés, restèrent piteusement embourbés, et n'arrivèrent que trop tard sur le champ de bataille. Voilà

(1) Aloncle, Études sur V artillerie navale de l'Angleterre et des États-Unis^ 1863. Paris, in-S°.

(2) Un premier emploi du canon rayé avait été fait dans la guerre contre les Kabyles, en 1857 ; mais on avait fait peu d'attention au rôle que les nouvelles bouches à feu avaient joué dans cette expédition. On avait attribué à l'impétuosité et au courage ordinaire de nos soldats la déroute des Kabyles. Nos batteries établies sur les plateaux de l'Atlas, à une prodigieuse distance de l'ennemi, portèrent la mort dans ses rangs et 'déterminèrent sa prompte retraite.

pour la légèreté du système de l'artillerie rayée française.

Par suite de toutes ces transformations, l'artillerie française actuelle ne ressemble guère à ce qu'elle était pendant les longues périodes de son histoire que nous avons passées en revue.

Les boulets pleins sont supprimés, les projectiles de l'artillerie rayée sont des obus, lançant soit leurs propres éclats, soit des balles {chrapneh), ou des boîtes à balles. Les projectiles cylindro-coniques remplissent les deux conditions de frapper comme les anciens boulets pleins, et d'éclater comme les obus. En dévissant plus ou moins la fusée métallique, pour déboucher les évmts, on les fait éclater au point désiré.

Le nombre des calibres de notre artillerie nouvelle est réduit à deux : le calibre de 4, ou le cation de campagne, et le calibre de 12, ou pièce de siège.

Aucun de ces canons ne se charge par la culasse. Le chargement par la culasse est réservé aux grosses bouches à feu de la marine, dont nous parlerons en terminant cette Notice.

Malgré sa prodigieuse légèreté, car la pièce de campagne, comme nous l'avons dit ne pèse que 333 kilogrammes, la portée de nos canons rayés, ainsi que la précision de leur tir, sont extraordinaires. La pièce de campagne lance son boulet cylindro-ogival à une lieue de distance. À 1,200 mètres, tous les boulets atteignent une cible de 2 mètres de haut. A la même distance, la pièce de 12, employée dans divers pays, mettrait à peine un boulet sur dix dans une cible quinze fois plus grande.

A 2,000 mètres, les écarts du boulet cylindro-ogival n'excèdent pas 2 à 3 mètres, et sa portée totale va jusqu'à 4,300 mètres.

En raison de son faible poids, la. pièce de campagne rayée se transporte avec la plus grande facilité, d'un lieu dans un autre,

même sans le secours de chevaux. La charge de poudre est de SOO grammes. Son explosion est si meurtrière, qu'en très-peu de temps elle peut détruire un corps de cavalerie.

La pièce de 12 remplace avantageusement les gros calibres, surtout celui de 24. Avec cette dernière pièce, il fallait autrefois 8 kilogrammes de poudre pour lancer son boulet sphérique, tandis qu'avec la nouvelle pièce rayée de 12, il suffit de 1,200 grammes de poudre pour produire un effet double, et cela en moitié moins de temps. Le boulet de la pièce rayée de 12, tiré à 70 mètres de distance, pénètre à une profondeur de 80 centimètres dans des pierres reliées par la chaux ou le ciment, ou dans les briques ; en y éclatant, il fait d'énormes trous en forme d'entonnoir.

Nous n'apprendrons rien à personne en disant combien fut grand l'étonnement des nations militaires des deux mondes, quand on connut le triomphe qui avait signalé l'inauguration de la nouvelle artillerie rayée française dans les plaines de l'Italie. Une émulation générale en fut la conséquence. De toutes parts les gouvernements favorisèrent les essais nouveaux,, ou les expériences sur les projets déjà présentés. Nous allons examiner, dans les chapitres suivants, la nouvelle artillerie créée en Angleterre et en Amérique, dans le système du chargement par la bouche.

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