‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [3], Photographie, stéréoscope, poudres de guerre, artillerie ancienne et moderne, armes à feu portatives, bâtiments cuirassés, drainage, piscicultureFiguier Merveilles Science BNF 03Chapitre 82 sur 163 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

l'autriche fabrique des pièces d'artillerie pour le tir au fulmi-coton. — le canon du général lenk. — système de l*artillerie autrichienne pour i/emploi du fulmi-coton.

Pendant que s'accomplissaient, en Angleterre, les tentatives et les progrès que nous venons de raconter, l'Autriche créait un système tout nouveau d'artillerie, basé, non plus sur l'emploi de la vieille poudre noire, mais sur celui du fulmi-coton.

A la suite de la découverte du coton-poudre par M. Schônbein, et de sa communication àla diète de Francfort en 1846, une commission d'officiers allemands fut instituée, pour soumettre le nouveau corps à des études approfondies.

Les expériences se firent à Mayence, en 1846. Soit que la préparation du coton-poudre fût encore défectueuse et donnât des produits de composition variable, soit que les expériences eussent été mal conduites, les résultats furent jugés avec défaveur.

Cependant le baron Lenk de Wolfoberg, alors capitaine d'artillerie, et membre de la commission, imagina, comme nous l'avons ditàl'article fulmi-coton, dans la Noticesur les poudres de guerre, un mode de préparation du pyroxyle, qui donnait un produit de qualités excellentes, et d'une composition toujours identique.

Les expériences furent donc reprises. Elles se prolongèrent pendant les années 1847 1848, 1850 -et 18S1. On reconnut que le coton-poudre n'encrassait pas les armes , ce qui permettait de diminuer le vent à laisser au projectile. D'autre part le fulmicoton étant plus brisant que la poudre ordinaire, il fallait réduire la longueur des pièces au profit de l'épaisseur du métal à la culasse, ce qui n'avait aucun désavantage. Nul accident a arriva, d'ailleurs, pendant la préparation, pendant le transport, ni les manipulations diverses; le pyroxyle se conservait

L'ARTILLERIE ANCIENNE ET MODERNE

toujours identique à lui-même, sans s'altérer en rien par les changements de température ou par l'action de l'air.

Cependant vers 1852, les notabilités scientifiques et militaires de la France et de l'Angleterre, s'étant prononcées, ainsi que nous l'avons déjà dit, contre l'emploi du fulmicoton dans les armes à feu, la commission autrichienne, après quelques hésitations, finit par se ranger au même avis.

En dépit de cette première condamnation, une nouvelle commission reprit les mêmes travaux, en 1853, sous la présidence du chevalier de Hauslab. Une batterie de pièces de 12, appropriée à l'usage du fulmi-coton, fut construite.

En 1855, l'artillerie autrichienne possédait cinq batteries à fulmi-coton, complètement équipées et prêtes à entrer en campagne. Toutefois, par suite de la timidité des commissions, ou par toute autre cause, aucun de ces canons ne fut envoyé en Lombarde, au moment de la campagne de 1859.

La supériorité écrasante que l'artillerie rayée française manifesta pendant cette campagne, vint donner quelque émulation aux officiers autrichiens, et l'on reprit, en toute hâte, les études du système Lenk. Trois batteries complètes, avec leurs munitions et leurs hommes, allaient être envoyées dans la Lombardie, lorsque la paix de Villafranca les fit rentrer dans les arsenaux.

Plus tard, l'efficacité de la rayure étant reconnue comme bien évidente, le baron Lenk, devenu major-général, imagina un système vraiment admirable par sa simplicité, et dans lequel on supprime presque entièrement le vent du projectile, qui est plus nuisible dans les pièces à fulmi-coton que dans les canons ordinaires.

La bouche de la pièce (fig. 321) montre le système particulier de rayure de ces bouches à feu, dont nous allons dire l'utilité.

Le corps de l'âme est une spirale', présentant trois rayures. Si nous ne considérons

qu'une des rayures, le flanc de droite est le flanc

Fig. 321. — Rayure de la pièce autrichienne à fulmi-coton ,

de chargement: c'est celui sur lequel s'appuie l'ailette du projectile quand on le charge; le flanc de gauche est celui au contact duquel vient l'ailette quand le proj ectile sort de l'âme. La forme du projectile, qu'il faut connaî-

Fig. 322 et 323. — Obus de "la pièce autrichienne à fulmicoton et fusée de cet obus.

tre pour l'intelligence de la méthode, est moulée sur celle de l'âme. La partie supérieure de la figure 322 montre son élévation; la partie inférieure, raccordée à la premier© par des traits, en est la coupe.

Le contour du projectile porte trois ailettes, A, B, G, pour correspondre aux trois

rainures de l'âme ; sa forme, en faisant abstraction des saillies , est une spirale. La longueur de chaque ailette est égale à la largeur de la rainure correspondante. D est la tête du projectile, qui est lancée en avant, F l'extrémité de cette fusée, E la cavité qui renferme les balles et le fulmi-coton destiné à faire explosion.

Les obus lancés par ces canons, sont de deux sortes : ceux qui doivent éclater au bout d'un temps déterminé portent une fusée à la française, tout à fait semblable à celle que nous avons décrite en parlant du projectile du canon rayé français (voir page 433 figure 309), et ceux qui ne doivent faire explosion que par l'effet de la percussion de leur partie antérieure.

La figure 323. montre la disposition appropriée à cet effet. Au-dessous de la tête du projectile D, est le sommet de la fusée, A. Cette partie est composée d'un métal mou; que le choc écrase. Dès lors la pointe vient frapper une composition fulminante déposée en 6, audessus d'un petit canal, B, correspondant avec le fulmi-coton contenu dans l'intérieur de l'obus.

La figure 324 représente la forme de la pièce autrichienne. Cette pièce est montée sur un affût ordinaire. Seulement entre les deux flasques est un caisson, surmonté d'un siège en forme de selle, où peut se placer un artilleur , pendant que la pièce est entraînée au trot de l'attelage (1).

Un grand nombre de canons de divers ca-

Fig. 324, — Bouche à feu rayée de 4 de l'artillerie autrichienne.

libre furent construits d'après ce modèle. Cependant les commissaires du gouvernement autrichien s'opposèrent constamment à leur acceptation définitive. Ces bouches à feu furent plusieurs fois abandonnées et reprises, et nous ignorons si, au moment où nous écrivons , l'artillerie du général Lenk est , ou n'est pas, en faveur auprès des chefs de l'armée.

Ce système est très-ingénieux par sa rayure et par la disposition des différentes pièces accessoires, notamment de la hausse pour les grandes portées. Mais on ne pourra songer à remplacer définitivement la poudre ordinaire par le coton-poudre dans l'usage courant de l'artillerie, que lorsque les pièces de bronze anciennes seront remplacées par

des canons d'acier, ou d'un métal plus résistant que le bronze ordinaire des canons. On peut cependant prédire, sans crainte de se tromper, que, dans un intervalle plus ou moins prochain, les projectiles explosifs seront chargés , non de poudre ordinaire , mais de fulmi-coton, puisqu'il est établi qu'à volume égal, ce corps produit des effets trois fois plus grands que la poudre ordinaire, et que les effets brisants que l'on redoute pour la résistance des bouches à feu sont, au contraire, ce que l'on recherche, dan? les projectiles explosifs, dans les obus et les

(1) Notice sur les canons rayés de campagne et de montagne autrichiens à fulmi-coton {système Lenk) par A, Rutzky et 0, Grahl, lieutenants de l'artillerie autrichienne, traduit de l'allemand par le colonel d'Herbelot, in-8. Paris et Leyde, 1864.

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bombes, qui doivent être brisés par l'inflammation de la poudre.

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