‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [3], Photographie, stéréoscope, poudres de guerre, artillerie ancienne et moderne, armes à feu portatives, bâtiments cuirassés, drainage, piscicultureFiguier Merveilles Science BNF 03Chapitre 86 sur 163 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LES ARMES A FEU POBTAT1VES PENDANT LE XIVe SIÈCLE» — LE CANON A MAIN, — LA COULEUVRINE A MAIN. — INVEN- TION DE L'ARQUEBUSE AU XVIe SIÈCLE* — INVENTION DU BASSINET, DU COUVRE-BASSINET ET DU SERPENTiN, AU XVIIe SIÈCLE. — ARQUEBUSES A ROUET ET A MÈCHE* — LE MOUSQUET. — LE PISTOLET. — LE FUSIL A SILEX. — INVEN- TION DE LA BAÏONNETTE AU XVIIe SJÈCLE. — LE FUSIL A BAÏONNETTE ADOPTÉ SOUS LOUIS XV DANS LES ARMÉES FRAN- ÇAISES. " '

Dans les premiers temps de l'emploi de la poudre à canon, les armes portatives se confondent avec les pièces de l'artillerie proprement dite. Les armes à feu qui apparurent, pour la première fois, au commencement du xive siècle, étaient posées à terre pour le tir, ou munies d'un petit affût de bois, que l'homme d'armée plaçait sur son épaule droite, et à laquelle il mettait le feu de la main gauche. Dans le premier cas, la pièce s'appelait bombarde; elle était destinée à battre en brèche les murailles, et lançait des boulets de pierre; dans le second cas elle s'appelait canon à main : elle était alors portée et tirée par un ou deux hommes, et lançait des balles de fer.

Nous avons donné, dans la Notice sur Yar-

Fîg. 340. — Canon à main d'après Valturius.

tillerie^ la description et la figure du canon à main du xive siècle , d'après Valturius (page 341, fig. 176). pour rappeler sa forme

exacte, nous mettrons sous les yeux du lecteur un autre dessin de Valturius, représentant le canon à main {fig. 340).

Nous avons montré également comment le le cavalier tirait le canon à main. La figure 182 (page 313) montre, d'après Paulus Sanctinus et Marianus Jacobus, un cavalier tirant un canon à la main.

Dans un inventaire trouvé aux archives de la ville de Bologne, à la date de 1397, le canon à main est désigné sous le nom de sclopo; d'où l'on a fait plus tard sc/opeto, puis escopette. Vers le milieu du xv* siècle, Paulus Sanctinus désigne, en effet, le cavalier chargé de cet engin par l'expression Eques scoppetarius*

La couleuvrine à main succéda assez rapidement au canon à main. Elle constituait un progrès, en ce sens que la boîte et la voilée ne formaient plus, comme dans la bombarde et le canon à main, deux parties distinctes, qu'on rapprochait ua moment du combat, mais se tenaient tout d une pièce.

Dans le principe, on la fit en bronze; puis.

l'industrie se perfectionnant, on put obtenir des couleuvrines en fer forgé d'un seul morceau.

Fig. 341. — Couleuvrine à main du Musée d'artillerie de

Paris.

Le Musée d'artillerie possède cinq ou six spécimens très-bien conservés de couleuvrines à main (i). Nous représentons ici [fig. 341),

(1) Sur le catalogue du Musée d'artillerie l'une de ces armes est désignée sous le nom d'arquebuse à croc. Mais on doit lui laisser le nom de" couleuvrine, puisqu'elle ne porte aucun mécanisme pour l'inflammation de la poudre-

l'une des couleuvrines à main du Musée d'artillerie. C'est un canon en fer forgé du calibre de 0m,022 et de 0m,87 de long. On y voii un trou évasé, A? destiné à recevoir de la poudre d'amorce et dans lequel est porcée la lumière.

Le caractère principal de cette arme résidait dans sa grande longueur, condition qui était alors jugée nécessaire pour l'augmentation de la portée. En raison de son recul trèsprononcé et du choc qui en résultait, le tireur ne plaçait pas la couleuvrine à main contre son épaule. A sa partie antérieure, était attachée une branche de fer , en forme de crochet, que l'on piquait sur un poteau, B, pris comme point d'appui. Le canon était lié à une crosse de bois, C, un peu recourbée, comme le montre la figure 341.

On mettait le feu à la couleuvrine à main au moyen d'une mèche. Deux hommes la servaient : l'un la pointait, l'autre l'allumait.

La couleuvrine à main fut en usage pendant la plus grande partie du xve siècle et les premières années du xvi\ Çommines rapporte qu'à la bataille de Morat (1476), les Suisses avaient dans leurs rangs dix mille couleuvriniers. Les mêmes hommes d'armes sont cités dans la description de l'entrée de Charles VIII à Florence,en 1494, etdans le récit delà conquête de Gênes,par Louis XII, en 1507. Charles VII avait déjà eu un corps de couleuvriniers à cheval. Ils se servaient de leur arme en l'appuyant sur une fourchette fixée au pommeau de la selle, comme nous l'avons représenté par la figure 182 (page 313).

Cette arme variait beaucoup dans ses dimensions et son poids : elle avait depuis lm,30 jusqu'à 2m,30 de longueur, et pesait de S à 28 kilogrammes. Elle était à crosse ou sans crosse. D'autres, beaucoup plus volumineuses, lançaient des balles de plomb de huit, douze ou treize livres, mais elles rentraient alors dans l'artillerie proprement dite.

La couleuvrine à main était d'un emploi

LES ARMES A FEU PORTATIVES

compliqué et même impossible dans une foule de circonstances. On songea donc à la rendre plus maniable. On y parvint en augmentant la largeur de la crosse, pour que le tireur pût l'appuyer contre le plastron de sa cuirasse. Elle prit alors le nom de pétrinal^ ou poitrinaL

Mais ainsi disposée, la couleuvrine à main était fort gênante, tant à cause de son poids considérable, qu'en raison de la situation particulière imposée au soldat pour en faire usage. On fut obligé de renoncer au pétrinal^ et d'en revenir aux supports de l'arme à feu. Chaque fantassin fut muni d'une fourquine, c'est-àdire d'un bâton ferré par le bas, qui se terminait en fourchette à la partie supérieure, tîuand le soldat voulait tirer, il plantait en terre la fourquine^ appuyait le bout du canon sur la fourquine, et la crosse de la couleuvrine sur son épaule; puis il mettait le feu à l'amorce avec une mèche allumée d'avance.

Toutes ces armes étaient très- grossières et très-incommodes. Les hommes de guerre étaient forcés d'avoir à leur solde des goujats, ou des varlets, pour porter la fourquine. En outre, et en raison de leur mauvaise fabrication , les couleuvrines éclataient fréquemment.

Il ne faut donc pas être surpris que les armes à feu fussent encore peu répandues au commencement du xvie siècle , alors que l'artillerie commençait à prendre une certaine importance, surtout dans la guerre de siège. A cette époque, d'ailleurs, il régnait encore, en France du moins, une véritable répugnance contfe les armes à feu portatives. On croyait faire acte de lâcheté en opposant à son ennemi une arme qui tuait à distance et sans danger pour le tireur. De là, l'infériorité notable de l'infanterie française aux premiers temps de l'emploi des armes a feu. La malheureuse bataille de Pavie, m 1525/ vint ouvrir les yeux aux chefs des troupes de François Ier, L'honneur de cette journée revint presqne tout entier aux arquebusiers espagnols, plus nombreux, plus ha-

T. III

biles et mieux armés que les nôtres. Par leur feu rapide et bien dirigé, ils arrêtèrent l'élan de l'impétuosité française, et rendirent inu-

Fig. 342* — Arquebuse à mèche.

tile la charge brillante que François 1er exécuta à la tête de sa noblesse, et dans laquelle il fut fait prisonnier par les Espagnols.

C'est, en effet, à l'Espagne que Ton doit le premier perfectionnement apporté à la vieille couleuvrine à main du Moyen Age,nous voulons parler de l'invention de Y arquebuse à mèche (fig. 342) qui contient un appareil mécanique pour mettre le feu à la poudre d'amorce.

Cet appareil se compose du serpentin, du bassinet et du couvre- bassinet.

Jusque-là, les armes à feu avaient présenté un inconvénient grave : elles ne pouvaient être amorcées qu'au moment même de s'en servir. Si l'on eût tenu la poudre d'amorce prête longtemps à l'avance, elle aurait pu tomber à terre au moindre mouvement, et le maniement de l'arme ainsi amorcée, aurait toujours été difficile. Ajoutons que le lir n'était jamais sûr, car le soldat, obligé de présenter la mèche pour enflammer la poudre, n'avait plus qu'une main libre pour

soutenir la couleuvrine : ce qui nuisait beaucoup à la justesse de son tir. Ce fut donc un grand progrès que celui qui consista à mettre la poudre d'amorce à l'abri de tous les dérangements extérieurs et à en produire mécaniquement l'inflammation.

Le serpentin était une pince longue et recourbée, à laquelle était attachée la mèche. En tirant la gâchette on faisait arriver sur le bassinet le serpentin et la mèche allumée.

Le bassinet était un petit godet destiné à contenir la poudre d'amorce : il était muni d'un couvercle, nommé couvre- bassinet, qui le fermait hermétiquement, et que Ton découvrait lorsqu'il fallait tirer.

La figure 343 représente le mécanisme de ¥ arquebuse à mèche. La gâchette CD, tirant le levier EFG, et le faisant pivoter sur la goupille F à la manière d'un levier de sonnette, tirait le serpentin A, et amenait dou-

Fig. 343. — Mécanisme de l'arquebuse à mèche*

cernent, sans secousse, la mèche allumée sur le bassinet H, contenant la poudre d'amorce. Ce bassinet était découvert parce que l'on avait tiré le couvre-bassinet, B.

L'arquebusier plaçait préalablement dans la pince du serpentin le bout de sa mèche allumée, en prenant soin d'en régler la longueur, pour que le contact de la mèche allumée et de la poudre d'amorce se fît très-

exactement. C'est ce qu'on appelait cotipasser la mèche ; puis il soufflait dessus pour activer la combustion ; enfin, il découvrait le bassinet. Après quoi, il épaulait, ajustait et tirait en toute tranquillité.

La figure 342 (page 465) montre l'arquebuse à mèche dans son entier.

Dès les premières années du xvie siècle, X arquebuse à mèche fut adoptée pour Tinfan*

LES ARMES A FEU PORTATIVES

terie ; mais diverses considérations, entre I à peu près à la même époque, et qui était

autres l'obligation de compasser la mèche^ connu sous le nom de platine à rouet.

empêchèrent d'en doter la cavalerie. On lui Dans cette platine, la mèche était suppri-

préféraun mécanisme imaginé en Allemagne, mée, et l'inflammation de la poudre était ob-

Fig. 344. — Mécanisme de l'arquebuse à rouet.

tenue au moyen d'une matière métallique (alliage de fer et d'antimoine), qui produisait des étincelles en frottant contre une petite roue d'acier, cannelée sur son pourtour, et animée d'un vif mouvement de rotation, par l'action d'un ressort intérieur et d'une détente. La pierre, ou la pièce métallique, était fixée entre deux plaques de fer, dont l'ensemble fut appelé chien^ parce qu'il figurait grossièrement une mâchoire d'animal. Lorsque le chien était abattu sur la roue d'acier, il était maintenu dans cette position par un ressort coudé, qui déterminait un frottement très-énergique de la pierre contre l'acier et donnait lieu à des étincelles dont l'effet, était d'enflammer la poudre contenue dans le bassinet.

La figure 344 représente le mécanisme de la platine à rouet. L'appareil consiste en une petite roue d'acier B, cannelée sur son pourtour, et qui portait le nom de rouet. Cette roue pénètre en partie dans l'intérieur du bassinet G, qui contient la poudre d'amorce, et sur lequel débouche l'orifice de la lumière de l'arquebuse, percée elle-même sur le côté droit du canon. On faisait descendre sur ce bassinet C, le chien D, qui portait entre ses mâchoires une pierre à fusil ou un morceau de composition métallique (combi-

naison d'antimoine et de fer appelée pyrite ou pyrite d'antimoine). La pierre à fusil était, de cette manière , mise en contact avec la roue d'acier cannelée, et elle était en même temps très-voisine de la poudre d'amorce. Quand on avait monté un ressort placé à l'intérieur, en tournant la clef, A, et qu'ensuite on venait à détendre ce ressort, en touchant la gâchette de l'arme, aussitôt un mouvement de rotation rapide était imprimé à la roue d'acier, B (1). Le contact de la roue B et de la pierre C, pendant cette rotation, déterminait un frottement qui faisait jaillir des étincelles, et ces étincelles enflammaient la poudre d'amorce contenue dans le bassinet, G. Un ressort coudé, E, pressait fortement le chien, en agissant sur la partie FG> tige de fer articulée par deux charnières aux points F et G. Par cette pression, le chien était fortement maintenu contre la roue. Cette même tige articulée FG servait à relever le chien quand l'arme était au repos, ou quand on voulait amorcer, nettoyer la roue, etc.

La figure 345 représente l'une des arque-

(l) Le mécanisme intérieur, qui faisait partir la détente du ressort, en touchant la gâchette, était assez compliqué. 11 n'y aurait aucune utilité à le décrire ici,

buses à rouet qui font partie de la collection du Musée d'artillerie de Paris.

Fig. 345. — Arquebuse à rouet.

La pluie et le vent étaient sans action sur la platine à rouet ; en outre, le soldat était dispensé de porter du feu sur lui, ce qui

amenait une diminution sensible dans le nombre des accidents. Mais ces avantages étaient contre-balancés par des inconvénients assez sérieux. Le mécanisme de la gâchette et celui du rouet étaient compliqués, et se dérangeaient facilement. Pour mettre l'arme en état de tirer, il fallait remonter le ressort moteur du rouet, comme on remonte celui d'une horloge. Cette opération , quoique rapide, n'était pas toujours achevée à temps, lorsqu'on était attaqué à Timproviste. De plus , la petite pièce d'alliage métallique s'usait rapidement et nécessitait de fréquents renouvellements. C'est pour cela que X arquebuse à mèche , quoique plus lourde que X arquebuse à rouet, fut longtemps préférée à la nouvelle venue.

Le premier corps d'arquebusiers à cheval fut créé en France, en 1537, vers la fin du règne de François Ier. Dans ses Mémoires, du Bellay donne quelques détails sur leur équipement. Il y avait différentes pièces pour recevoir les munitions, et l'ensemble de ces pièces portait le nom de fourniment, mot qui est resté dans la langue militaire. C'était un sac pour les balles, une bourse en cuir, pour la poudre de charge, et un amorçoir, contenant la poudre fine d'amorce. Les fourniments les plus renommés se fabriquaient à Milan.

Ce fut encore en Espagne que l'on perfectionna l'arquebuse, et qu'on en fit une arme un peu supérieure, qui prit le nom de mousquet.

Philippe de Strozzi , colonel-général de l'infanterie française, sous Charles IX, introduisit chez nous cette arme nouvelle, qui était en usage chez les Espagnols depuis le commencement du xvie siècle.

Le mousquet différait de l'arquebuse par la forme de la crosse, qui était presque droite, au lieu d'être fortement recourbée. Les premiers mousquets, encore très-lourds, se tiraient, comme les premières arquebuses, à l'aide d'une fourquine. Mais peu à peu on les rendit assez légers pour que Ton pût dé-

LES ARMES A FEU PORTATIVES

barrasser le soldat de cette fourche si gênante, et le mousquet se tira en appuyant simplement la crosse contre l'épaule. Il y avait des mousquets à mèche et des mousquets à rouet ; ces derniers étaient employés par la cavalerie.

On donna le nom de mousquetaires aux cavaliers qui furent les premiers armés de mousquets.

Les premiers mousquetaires français parurent en 1S72. Brantôme raconte que Charles IX, ayant vu des mousquetaires espagnols à la suite duducd'Albe, de passage en France, fut frappé de leur bonne mine, et ordonna à Strozzi d'en former un corps dans notre armée. Ils portaient la bandoulière, à laquelle pendaient, par des cordons, des étuis de cuir, de bois ou de fer- blanc, contenant les charges de poudre faites d'avance. Les deux bouts de la bandoulière se réunissaient sur le côté droit, où ils supportaient le sac à balles et le flasque pour le pulvérin d'amorce.

Cependant le mousquet était une arme bien lourde encore pour la cavalerie. La nécessité d'alléger cette arme amena l'invention du pistolet, ainsi nommé, suivant les uns, parce qu'il fut fabriqué, pour la première fois, à Pistoia (Italie) ; suivant les autres, parce que le canon avait le diamètre exact de la pistole.

Le pistolet n'était autre chose qu'un mous» quet de petit calibre, et très-court, afin qu'on pût le tirer à bras tendu. Il fut tout d'abord adopté en Allemagne, où il devint l'arme de cavaliers, désignés sous le nom de reîtres.

Les reîtres inaugurèrent, grâce au pistolet, une manière toute nouvelle de combattre. Au lieu de charger en haie, comme les -Français, c'est-à-dire sur une seule ligne, avec un intervalle de cinq pas entre chaque homme, les reîtres se massaient en escadrons de quinze ou vingt rangs de profondeur. Chaque rang s'ébranlait l'un après l'autre. Arrivé à portée, le premier rang tirait; puis, démasquant le second rang, par un mouvement rapide, à droite ou à gauche, il allait

se reformer, au galop, à la queue de l'escadron, où chaque cavalier rechargeait son arme. Les autres rangs exécutaient, chacun à son tour, la même manœuvre : c'est ce qu'on appelait, le limaçon ou le caracoL

Cette tactique était en opposition avec le véritable rôle de la cavalerie, qui est de charger à l'arme blanche, en utilisant son choc. Cependant elle obtint un grand succès sur les champs de bataille. La France, qui venait d'en éprouver les effets à la bataille de Renty,se hâta de l'emprunter aux Allemands, Notre armée eut alors des corps de pistoliers.

On voit, au Musée d'artillerie de Paris, dé remarquables spécimens des premiers pistolets, c'est-à-dire de ceux du xvie siècle. Ils sont à rouet et se reconnaissent à leurs grandes dimensions, à la forme arrondie de la crosse, et à l'angle très-prononcé que fait la crosse avec le canon.

Un peu plus tard, sous Henri IV, cette disposition fut modifiée : on plaça la crosse presque en ligne droite avec le canon. En même temps, les dimensions de l'arme furent réduites. Tel fut le pistolet du temps de Louis XÏ1L

Pendant tout le xvne siècle et même une partie du xvm% les Allemands se servirent, pour le mousquet et le pistolet, des platines à rouet. Us s'ingéniaient à les perfectionner. Tous leurs efforts tendirent à diminuer le volume des pièces composant le mécanisme, et à les faire rentrer le plus possible dans l'intérieur du corps de la platine. A l'origine, en effet, l'appareil était entièrement extérieur, comme dans les armes à mèche.

En 1694, le mousquet à mèche était encore en usage parmi les troupes françaises. Saint- Remy en parle en ces termes :

« Les mousquets ordinaires, dit-il^ sont du calibre de vingt balles de plomb à, la livre, et ils reçoivent le calibre de vingt-deux et vingt-quatre, ce que Ton appelle de France. Le nombre de cette sorte de mousquets est d'ordinaire plus grand que celui des autres

armes, parce qu'ils sont absolument nécessaires aux fantassins pour les sièges et les tranchées où il se fait un feu continuel. Ils sont, pour satisfaire à l'ordonnance du roi, de 3 pieds 8 pouces de canon et avec leurs fûts ou montures de 5 pieds, tous montés de bois de noyer, etc. ; leur portée est de 120 à 150 toises. »

Dans la première moitié du xvir siècle (on ne sait pas exactement en quelle année), un progrès très-considérable fut réalisé par l'invention de la platine à silex. Elle fut d'abord connue sous le nom de Platine de Miquelet, parce qu'on la vit pour la première fois, entre les mains des soldats espagnols, connus alors sous le nom de Miquelets.

La nouveauté du système consistait dans ce fait, que l'étincelle ne s'obtenait plus par le frottement d'une roue d'acier, comme dans la platine à rouet, mais par le choc d'une pierre à feu, ou silex, contre une pièce d'acier, nommée batterie, fixée au bassinet par une charnière à ressort. On distinguait deux parties dans la batterie : la table, qui servait à fermer le bassinet, et la face, destinée à recevoir le choc de la pierre. Au moment du choc, le bassinet se découvrait, et l'étincelle produite enflammait l'amorce , qui communiquait le feu dans le canon par la lumière percée sur le côté. La pierre était serrée entre les mâchoires d'un chien, qui s'abattait sous Faction du doigt pressant une détente.

Excellente dans son principe, cette platine offrait l'inconvénient de se détériorer assez promptement, par la raison que le mécanisme était tout entier placé au dehors. On pouvait donc prévoir le moment où, les pièces susceptibles de se dégrader étant rentrées à l'intérieur, on serait enfin en possession d'une arme bien supérieure aux précédentes. En effet, après quelques modifications, parut le fusil, ainsi jiommé de l'italien fucile (pierre), qui fut adopté par l'armée française en 1670.

Les figures 346 et 347 donnent le détail de la platine du fusil à silex.

Dans la figure 346, qui représente la pla-

tine du fusil vue à l'intérieur, EF est le corps du chien porte-silex, G la batterie, ou

Fig. 356. — Mécanisme du fusil français à silex (côté intérieur caché dans le bois du fusil).

couvre-bassinet; H, le bassinet percé d'un trou, c'est-à-dire de la lumière qui doit communiquer le feu à la poudre contenue dans le canon.

Voici le mécanisme qui provoque la chute violente du chien E contre la batterie G. Il y a deux systèmes d'organes : celui qui arme le chien, et celui quile fait partir. L'organe de l'armement est à droite, c'est la noix, comme l'appellent les armuriers. Quand on tire sur le chien, on l'amène aux crans d'armement que porte la noix B (fig. 346), en surmontant la résistance du ressort coudé K. Quand on veut faire partir le coup, on tire la gâchette. Cette gâchette, qui n'est pas représentée sur la figure, soulève la queue A, laquelle entraîne la noix B portant les crans d'échappement ou de repos. La contre-noix C, dont l'axe reçoit le chien porte-silex EF, s'échappe alors, tirée violemment par le grand ressort coudé D, qui est en prise sur elle, au point C, et le chien EF s* abat vivement. La pierre rencontrant la batterie G, du couvre-bassinet HI, fait feu, et en même temps abattant par son choc toute cette pièce, elle découvre le bassinet H, dans lequel la poudre d'amorce, disposée préalablement, s'enflamme au contact des étincelles jaillissant du silex. Tous ces mouvements sont enfermés dans le bois du fusil.

L'extérieur de la platine est représenté par la figure 347, On y voit les différents organes du mouvement décrit ci-dessus, et en outre

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un ressort coudé J. Ce ressort presse sur le talon I du couvre-bassinet G, de façon à le maintenir fermé, quand Farine est au repos.

Fig. — Mécanisme du fusil français à silex (côté extérieur).

Ce même ressort est nécessaire pour offrir une certaine résistance à Faction du chien et produire les étincelles par suite du choc du silex F contre la batterie G.

L'adoption du fusil ne se fit pas sans de grandes difficultés de la part des généraux de Louis XIY, qui tenaient bon pour le mousquet, et voulaient à tout prix conserver le mécanisme du rouet.

Une ordonnance du 28 avril 1653 ordonne d'ôter aux soldats :

« Les fusils dont ils sont armés contrairement aux « règlements, et de leur donner des mousquets, la « plupart des soldats d'infanterie étant à présent ar- « triés de fusils au lieu de mousquets suivant l'ancien « usage, d'où il arrive de grands inconvénients et « peut arriver des pertes notables*.. »

Une autre ordonnance, du 24 décembre de la même année, allait jusqu'à punir de mort les soldats qui ne se seraient pas conformés à cet ordre.

Cet excès de sévérité provenait d'une idée préconçue et d'ailleurs sans fondement ; le fusil étant plus léger que le mousquet, on s'imaginait qu'il devait avoir moins de portée et être moins redoutable dans ses effets que le mousquet. C'est le contraire qui était vrai.

On crut faire une grande concession au progrès, en autorisant l'emploi de quatre fusils par compagnie.

« S. M., est-il dit dans une ordonnance du 6 février « 1070, prescrit à l'égard des fusils, qu'aucun soldat « ne pourra désormais en être armé, pour quelque « cause, occasion el sous quelque prétexte que ce « puisse être, à la réserve de quatre soldats qui se- « ront choisis par le capitaine, entre les plus adroits « de la compagnie...»

En 1687, le nombre des soldats armés de fusils fut porté à six par compagnie.

Dans l'intervalle, des compagnies de fusiliers avaient été organisées pour le service des places fortes, et Ton avait créé un régiment de fusiliers du roi. L'usage du fusil s'était propagé en même temps dans les compagnies de canonniers, dans le régiment des fusiliers-bombardiers et dans les régiments de milices.

En 1692, chaque compagnie de fantassins possédait autant de fusils que de mousquets. Le nombre des piquiers, qui jusqu'alors avaient formé" la force principale de notre infanterie, fut, à partir de ce moment, considérablement réduit.

Enfin, vers 1700, le fusil remplaça définitivement le mousquet, et la pique ne tarda pas à disparaître.

Le peu de confiance qu'inspirait le fusil dans les premiers temps de son apparition, avait suggéré à Vauban l'idée d'une arme à double fin, qu'il appelait mousquet-fusil. Elle était pourvue à la fois de l'ancienne platine à mèche et de la platine à silex. De cette façon, si la pierre à feu n'enflammait pas l'amorce, le soldat avait la ressource de la mèche pour y suppléer. Mais le mousquet-fusil fut rarement employé ; les perfectionnements du fusil le firent disparaître sans retour.

Ce qui activa le plus l'adoption du fusil dans les armées européennes, ce fut l'invention de la baïonnette. Le fusil muni de la baïonnette, constitua, tout de suite, un engin terrible, tout à la fois arme de jet et arme d'hast. Dès lors, chaque fantassin valut deux hommes : il fut en même temps piquiw et fusilier.

I On croit que le principe de la baïonnette

fut emprunté à un simple incident de combat arrivé en 1641, entre des paysans basques et des contrebandiers. Les Basques avaient

Fig. 348 et 349. — Fusil et baïonnette à douille du temps

de Louis XIV*

épuisé leurs munitions et se voyaient réduits à l'impuissance, lorsqu'il leur vint une idée désespérée : c'était d'attacher leurs longs couteaux au bout de leurs mousquets. Grâce à ce moyen, ils eurent facilement raison de

leurs adversaires. Cet événement fit du bruit, et amena à créer la baïonnette^ qui reçut son nom de la ville de Bayonne, où Ton fabriqua, pour la première fois, ces instruments offensifs.

Dès 1649, on commença à remplacer la pique par une lame de 0m,32 de long sur 0m, 00S de large , fichée dans une hampe en bois. On enfonçait cette hampe dans le canon du mousquet, et l'on s'en servait comme d'une pique. Mais on en retirait peu d'avantages, parce qu'elle empêchait le tir en bouchant le canon, et que, d'ailleurs, sa simple introduction dans le canon du fusil ne l'assujettissait pas avec la solidité suffisante*

En 1691, un perfectionnement de premier ordre vint centupler l'importance de la baïonnette. Le général anglais Mackay imagina la baïonnette à douille, qui se fixe au canon extérieurement, et qui permet de tirer même lorsqu'elle est attachée au bout du fusil,

La figure 349 représente la baïonnette à douille, telle qu'elle était employée dans*l'armée française sous Louis XIV. La figure 348 représente le fusil de la même époque.

Tous les fusils furent pourvus de baïonnettes, sur la proposition et les instances de Vauban, et à partir de ce moment, la pique fut radicalement supprimée dans l'armée française.

Bien que le fusil réalisât un grand progrès sur l'arquebuse et le mousquet, il n'était cependant pas sans défauts. En premier lieu, l'amorce n'était pas encore suffisamment soustraite à l'action du vent et de la pluie; la lumière se bouchait facilement. Après un petit nombre de coups, la batterie s'encrassait, la pierre également; par suite, l'étincelle était quelquefois longue à se produire, et les ratés se multipliaient. Enfin, la batterie se dérangeait fréquemment, et nécessitait, pour être réparée, la main de l'armurier.

Pendant tout le xvnie siècle, on s'attacha

à faire disparaître ces divers inconvénients, et Ton finit par amener les armes à silex à un haut degré de perfection.

Le premier modèle réglementaire de notre fusil de munition date de 1717; il fut conservé, presque sans modification, jusqu'à 1822. A cette époque, une nouvelle arme, le fusil à percussion, remplaça le fusil à silex.

Avant d'aborder l'examen du système percutant, dont l'apparition correspond à une période toute nouvelle et très-importante de l'histoire des armes portatives, nous dirons quelques mots des différents modes qui ont servi, depuis l'invention de l'arquebuse, à opérer le chargement des anciennes armes à feu portatives.

Dans les premières armes à feu, c'est-à-dire les arquebuses et les mousquets, on plaçait dans le canon, d'abord la poudre, puis les balles. On bourrait au moyen d'une baguette de frêne entourée de fil de fer* Cette baguette fut remplacée, au bout d'un certain temps, par une tige de fer. Plus tard, et dans le but d'alléger l'arme, on revint aux baguettes de bois. Mais, en 1741, le prince de Dessau rétablit définitivement les baguettes de fer, qui bourraient plus vite et mieux.

Dans l'origine, la mesure des charges de poudre se faisait au moment même de tirer. A côté des soldats, se trouvaient tout simplement des barils de poudre, dans lesquels chacun allait puiser. 11 va sans dire que ce mode par trop élémentaire fut promptement abandonné. On mesura les charges d'avance, et on les renferma dans des étuis de bois ou de métal, suspendus au baudrier du soldat. Chaque homme portait douze charges, dont une de poudre plus fine, pour les amorces.

Cet approvisionnement fut très-suffisant, tant que les armes à feu n'eurent pas reçu une grande extension. Mais l'on dut bientôt songer à l'augmenter, sans pourtant qu'il devînt une cause d'embarras. C'est alors que fut inventée la cartouche. Les Espagnols en t. m.

firent, dit-on, usage dès 1867; mais elle ne fut adoptée en France qu'en 1644. On prit en même temps la giberne, qui avait été inventée par Gustave-Adolphe, et que les Suédois employaient depuis 1630. A partir de cette époque, jusqu'au xixe siècle, bien peu de changements furent introduits dans cette partie de la pratique du tir.

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