CHAPITRE VI
FUSILS A RÉPÉTITION. — SYSTÈMES SPENCER ET WINCHES- TER. — REVOLVERS. — SYSTÈMES COLT, ADAMS-DEANE, MANGEOT-COMBLAIN , LORON, LE MAT ET LE FAUCHEUX. — LA CARABINE JARRE. — LES MITRAILLEUSES. — LA MI- TRAILLEUSE BELGE ET LA MITRAILLEUSE AMÉRICAINE. — . CONCLUSION.
On nomme fusils à répétition des armes dans lesquelles sont emmagasinées à la fois plusieurs charges, qu'on introduit successivement dans le canon, à l'aide d'un mécanisme simple et rapide. Sous le rapport de la vitesse du tir, les fusils de ce genre sont bien supérieurs aux meilleures armes se chargeant par la culasse ; et on le conçoit facilement, puisqu'ils permettent de tirer plusieurs coups sans exécuter, après chaque coup, cette série de mouvements, qui constituent la charge ordinaire, et entraînent une perte de temps plus ou moins grande, suivant les systèmes.
On peut, toutefois, se demander s'il y a utilité réelle à dépasser certaines limites dans
la précipitation du tir, et si les sacrifices qu'on s'impose pour atteindre au plus haut degré de perfection, dans ce sens, sont bien en rapport avec les résultats obtenus? Que Ton parvienne, par exemple, à tirer 20 ou 25 coups par minute, n'y aura-t-il pas une énorme quantité de balles perdues, par l'effet même de cette rapidité, et aussi par suite du nuage de fumée qui séparera bientôt les partis ennemis? On aura donc usé beaucoup de munitions pour faire peu de besogne : la montagne aura accouché d'une souris.
11 suit de là que les armes à répétition ne sont vraiment avantageuses que dans les combats corps à corps, principalement pour la défense. On ne saurait nier que , dans ces conditions, un feu bien nourri, et pour ainsi dire non interrompu, ne soit extrêmement profitable. Mais ces circonstances se présentent rarement à la guerre : les armes à répétition n'ont donc de chances d'être préférées à celles se chargeant par la culasse, qu'à la condition de prendre un caractère mixte, c'est-à-dire de pouvoir se charger à chaque coup de la manière ordinaire, tout en conservant une réserve de quelques cartouches, qu'on dépenserait lorsque le besoin s'en ferait sentir, par le procédé expéditif. En d'autres termes, elles devraient être à la fois des armes ordinaires et des fusils à répétition.
Dans le système à répétition, il y a un écueil, contre lequel sont venus échouer presque tous les inventeurs. On a toujours voulu emmagasiner trop de coups, et Ton a ainsi exagéré outre mesure le poids de l'arme. Un autre inconvénient, qui est inhérent au système lui-même, et qui ne pourra jamais être annulé par les inventeurs, c'est que le centre de gravité de l'arme se déplace nécessairement à mesure que le nombre des cartouches diminue. Le soldat perd ainsi tous les avantages qui résultent de l'habitude et d'une longue connaissance de son arme ; car il lui semble, à chaque instant, avoir un nouveau fusil entre les mains.
L'idée de l'arme à répétition est déjà ancienne. Etudiée et abandonnée à diverses reprises, elle n'est entrée que récemment dans le domaine de la pratique, grâce à l'invention des cartouches métalliques, qui seules pouvaient lui assurer une sécurité complète.
C'est l'Amérique qui confectionna, pour la première fois, lescartouches métalliques pour les armes de guerre. Ces cartouches se composent d'un tube en cuivre rouge, analogue au tube en carton de la cartouche Gévelot, employée dans lé fusil Lefaucheux. A la partie postérieure de ce tube, est placée une pastille de fulminate de mercure, qui reçoit le choc d'un percuteur quelconque, et détermine l'inflammation de la poudre.
Les cartouches métalliques ont été appliquées avec succès aux armes se chargeant par la culasse : le tube de cuivre fait l'office d'obturateur, et empêche, en outre, tout encrassement du tonnerre, en supposant à l'action des gaz sur les parois du canon. Malheureusement, ces cartouches coûtent fort cher. Pour les fabriquer avec un degré suffisant de précision, il ne faut pas moins de dix ou douze machines différentes, et leur prix de revient varie de 8 à 20 centimes la pièce. A de telles conditions, la guerre deviendrait tellement onéreuse qu'elle serait* impossible.
Nous devons ajouter, toutefois, que les cartouches de ce genre se détériorent rare* ment par l'effet du temps et de l'humidité de l'atmosphère, ce qui diminue de beaucoup la dépense. C'est ce qui résulte d'une déclaration du colonel américain Benton, commandant de l'arsenal deWashington en 1866. Cet officier s'exprimait ainsi, au sujet des cartouches métalliques :
« Sur des centaines de milliers de cartouches métalliques qui son t revenues d e rarmée,très-peu étaient avariées, tandis qu'une grande quantité de cartouches en papier, qui nous furent renvoyées, durent être refaites, parce qu'elles étaient usées ou détériorées par l'humidité. »
C'est seulement en Amérique que les fu-
Fig* 379, — Fusil Spencer au moment du tir,
sils à répétition ont été sérieusement étudiés. C'est là que se sont produits les deux systèmes les plus remarquables, ceux de MM* Spencer et Winchester.
Système Speticer. — La crosse du fusil est percée, dans toute sa longueur, d'un conduit cylindrique, revêtu intérieurement d'un tube en métal. Dans ce tube, qui est fixe, en pénètre un second , qu'on pousse et qu'on retire à volonté» C'est le magasin, qui renferme, outre la provision de cartouches, un piston et un ressort à boudin, destinés à
pousser les cartouches une à une, sur le mécanisme distributeur.
On se rendra compte du jeu de cette arme par l'examen des figures 378 et 379 : la première montre l'ensemble du fusil, en même temps qu'elle fait voir en coupe ]e mécanisme pendant le chargement; la seconde représente une coupe du fusil chargé et prêt .à tirer.
Dans la crosse A {fig. 378) est un tube contenant une suite de cartouches métalliques pourvues de leur amorce ; un ressort
à boudin, BB, tend à pousser toutes ces cartouches en avant. Mais un bloc CDE, mobile autour du point C, empêche les cartouches de sortir du magasin. Lorsqu'on abaisse le pontet, ou levier courbe, I? le bloc CDE s'abaissé aussi, et avec lui l'obturateur E, duquel la partie C est séparée par un ressort à boudin, D. Une cartouche H passe donc au-dessus de l'obturateur ; mais il n'en peut passer plus d'une, parce que la pièce K descend pour la maintenir et arrêter les suivantes, au moyen du ressort G. Lorsqu'on relève le pontet ou levier courbe I, la pièce K cesse d'agir dans ce sens, mais alors le bloc, ramené à sa première position, oppose un obstacle invincible à la cartouche la plus avancée contenue dans le magasin [fig. 379). Dès ce moment, l'arme est chargée. Il suffit, pour tirer, de relever le chien, qu'on a. laissé abattu par mesure de précaution, et de presser la détente L. Le chien F frappe la pièce K, laquelle, à son tour, vient frapper l'amorce de la cartouche, H, et enflammer la poudre.
Système Winchester. — Dans ce système, comme dans le précédent, l'emmagasinage des cartouches se fait au moyen d'un tube qu'on glisse dans la monture.
Le mécanisme est tel qu'on peut, à volonté, tirer tous les coups sans interruption, ou bien un seul à la fois, en chargeant à la manière ordinaire, et réservant les coups emmagasinés pour un moment décisif. Le fusil Winchester est donc l'arme à double fin, dont nous parlions plus haut. Il peut tirer 22 coups par minute, et 15 coups successivement sans être rechargé. Lorsqu'on le charge cartouche par cartouche, il est inférieur au fusil prussien et au fusil Chassepot, car il ne tire que 8 à 10 coups par minute. Toutefois, cette vitesse est encore très-remarquable , et , si l'on ne s'en contente pas, on est bien difficile.
C'est sur le fusil Winchester, d'un maniement simple et d'un entretien facile, que la Suisseajetélesyeux,eni867, pour la trans-
formation de son armement. La commission d'examen a fait preuve, en cette circonstance, d'un esprit judicieux. Considérant que le fusil Winchester est surtout avantageux pour la défense, et qu'une guerre défensive est la seule que puisse avoir à soutenir le peuple suisse ; considérant qu'un pareil choix augmentera notablement la force des nombreux points stratégiques que possède la Suisse, elle a pensé que le fusil Winchester devait être préféré au fusil à aiguille adopté dans les autres Etats de l'Europe.
Après les fusils à répétition, viennent naturellement les révolvers, qui ne sont que des pistolets à répétition.
Toutefois, les revolvers sont fondés sur un autre principe que les fusils à répétition, Tanne étant beaucoup plus courte. Ils sont basés sur le principe de la révolution autour d'un axe commun, d'un certain nombre de tubes, portant chacun une cartouche. Ces tubes viennent se placer successivement devant l'âme, en formant son tonnerre.
La création du revolver ne date que de notre siècle. On pourrait cependant établir que l'idée sur laquelle il repose, est fort ancienne. C'est ce que prouvent plusieurs armes conservées dans les musées d'artillerie et les collections d'amateurs. Le pistolet n'ayant été connu qu'assez tard, c'est même aux mousquets, aux arquebuses, et ensuite au fusil, qu'on a songé d'abord à en appliquer le principe. Le Musée d'artillerie de Paris possède des armes tournantes à mèche et à rouet, et M. Anquetil, dans l'intéressante notice qu'il a publiée sur ces armes (1), parle de deux fusils à cinq coups, appartenant à des amateurs de Bruxelles, dont l'un remonte à 1600, et l'autre à 1632.
Il est facile de comprendre pourquoi l'esprit d'invention des armuriers et des hommes spéciaux ne s'est dirigé que fort tard
{1} Notice sur les pistolets roulants et tournants) dits ré* volves in-8. Paris, 1855.
LES ARMES A FEU PORTATIVES
Sii
vers ce genre d'instruments. La conséquence la plus directe de l'accumulation des coups dans une arme, c'est d'augmenter son poids. Or, l'effort constant des siècles, depuis l'origine des armes portatives, a poursuivi le résultat contraire, c'est-à-dire la diminution de leur poids. Ce n'est qu'à partir du moment où l'on a songé à adapter Fappareil roulant au pistolet, c'est-à-dire à une arme légère, que Fon a pu se permettre d'y ajouter Fexcédant de poids résultant du mécanisme à répétition , et que des perfectionnements sérieux ont pu être réalisés dans cette voie.
On avait oublié depuis longtemps les armes à cylindres tournants, lorsque, vers 1818, un armurier de Paris, nommé Lenormand, confectionna un pistolet à cinq coups. Ce pistolet était à révolution continue, c'est-à-dire qu'il n'était pas nécessaire de l'armer à chaque coup. Il n'avait qu'un canon, et cinq tubes groupés autour d'un tambour, auquel le mécanisme communiquait un mouvement de rotation sur lui-même. Mais ce révolver offrait de graves inconvénients : il n'eut aucun succès.
Vint ensuite le révolver Devisme, à 7 coups, qui ne fut pas mieux apprécié. Un autre révolver dû à Hermann, de Liège, quoique moins imparfait, ne put davantage conquérir la faveur publique.
'Peu après, parut le pistolet Mariette. Cette arme différait des précédentes en ce que, au lieu d'être à cylindre tournant, elle se composait d'un faisceau de canons, assemblés entre eux au moyen d'une culasse massive, formée d'autant de chambres qu'il y avait de canons. Le nombre des canons variait de 4 à 24 ; chacun se vissait sur l'une des chambres de la culasse. Dès qu'on pressait la détente, le faisceau et la culasse tournaient, et chaque canon venait se placer devant un marteau percuteur faisant l'office de chien ; il y était maintenu par un arrêt jusqu'au moment de désencocher.
Cette arme ne pouvait rendre de services qu'à bout portant.
Enfin, Malherbe vint. . . Nous voulons dire Colt.
C'est en 1835 que Samuel Colt, colonel des États-Unis, fit connaître le révolver qui porte son nom. Profitant habilement des travaux de ses devanciers, perfectionnant plutôt qu'inventant ; merveilleusement servi, d'ailleurs, par les circonstances, le colonel Colt résolut parfaitement le problème et réalisa, grâce à son revolver, une fortune considérable.
L'engouement , dont cette arme fut tout de suite l'objet, s'explique par le rôle qu'elle joua en 1837, dans la guerre des Etats- Unis contre les tribus sauvages de la Floride. Elle contribua beaucoup, dit-on, à la prompte soumission des Peaux-Rouges, qui se montrèrent prodigieusement surpris de voir leurs ennemis tirer six coups de suite d'une arme à feu sans la recharger.
Dans les premiers temps de la découverte du Nouveau Monde, les naïfs habitants de ces contrées furent frappés de stupeur, devant les effets des mousquets des Espagnols. Trois siècles après, grâce aux progrès de la civilisation, les habitants des mêmes contrées, familiarisés avec les armes à feu, n'étaient plus surpris que de voir un pistolet tirer six coups de suite. Les Incas et les habitants primitifs des Antilles, s'imaginaient que les conquérants espagnols portaient avec eux le feu du ciel ; de nos jours, leurs destendants, un peu façonnés à la vie moderne, ne s'effrayaient que des progrès de la mécanique.
Les succès du révolver, chez les Américains, s'expliquent par le caractère particulier de cette nation Sur la terre d'Amérique, encore incomplètement civilisée, on se trouve souvent dans la nécessité de se faire justice soi-même. Une arme peu gênante, très-portative et très- redoutable à la fois, devait donc être accueillie à bras ouverts par . les Amen-
cains, toujours disposés à mettre la main à leur poche, pour en retirer un pistolet chargé.
Le révolver Colt {fig. 380) a subi quelques améliorations depuis sa première apparition, mais il n'en a pas moins conservé les dispositions principales que l'inventeur avait adoptées. Voici en quoi consiste son mécanisme.
Il n'y a qu'un seul canon. Dans l'intérieur
de ce canon sont creusées sept rayures. À la partie postérieure, il se termine par une pièce massive, ou blocrky dans laquelle vient se fixer la broche-mère, qui lui est parallèle. Cette broche-mère n'est autre chose qu'un cylindre plein, autour duquel tourne l'appareil roulant, nommé barillet ou tambour, B. Ce tambour est un cylindre, inn^rv uel sont
Fig. 380. — Le révolver Colt.
ménagées des chambres, servant, chacune à son tour, de tonnerre, et destinées à recevoir lès charges. Ce canon, C, est commun à tous les tonnerres et s'y adapte toujours très-exactement. Lorsqu'on relève le chien, D, au premier cran de la noix, le tambour accomplit sa révolution, et chaque chambre vient présenter successivement son orifice à la tranche postérieure du canon. Le départ du chien a Heu à l'instant précis où les axes des deux tubes sont dans ïe prolongement l'un de l'autre.
Comme détails accessoires constituant l'originalité de l'arme, nous signalerons les creux et les reliefs existant à l'arrière du tambour, et le levier articulé placé le long du canon. C'est à la surface de ces parties creuses qu'aboutissent les cheminées, en communication parfaite avec les chambres. Ces reliefs ou mamelons ont pour objet d'empêcher la flamme des capsules de passer d'une cheminée à l'autre. Chacun d'eux est, en outre, surmonté en son milieu, d'une petite pointe, sur laquelle repose le chien, quand l'arme est chargée, au lieu de reposer sur
les capsules, ce qui ne serait pas sans danger.
On peut à volonté se servir, avec le révolver Colt, de la balle sphérique ou de la balle cylindro -conique.
Il existe cinq modèles de ce pistolet, tous à cinq ou six coups. Ce sont : le pistolet d'arçon ou de cavalerie, à 6 coups ; le pistolet de ceinture, d'infanterie ou de marine, à 6 coups; le pistolet de ceinture, un peu moins fort, à 5 coups; le pistolet de poche, à S coups; un autre pistolet de poche, de dimensions un peu moindres, à 5 coups. Le premier pèse environ 4 livres i/2, le dernier, 1 livre 2/3 seulement.
Quoique bien supérieur à tous ceux qui l'avaient précédé, le révolver Colt est loin d'être sans défauts. En premier lieu, il est trop lourd. Sa batterie est très-compliquée, d'où résulte une grande difficulté pour le démonter et le remonter. Il rate assez souvent, parce que le chien ne s'abat pas assez vigoureusement. Le tambour est sujet à se déranger. Il est à révolution intermittente, en d'autres termes , il faut l'armer à chaque
Fig. 38 K — Revolver Le Mal.
coup. Enfin, il est dangereux, conservé dans la poche ou à la ceinture, parce que le chien peut se relever sans qu'on appuie sur ia détente, et retombant ensuite, faire partir le coup.
Dès que le révolver Colt fut importé en Europe, on s'ingénia à le perfectionner, et Ton vit paraître successivement les systèmes Adams- Deane, Comblain, Mangeot» Comblain, Loron, Lefaucheux et Le Mat. Comme tous ces systèmes reposent sur le même principe, nous ne les décrirons pas isolément. Nous dirons seulement que le revolver Loron se charge, non avec de la poudre, mais avec un fulminate dont Y inventeur conserve le secret : — que le revolver Lefaucheux se charge, comme les autres armes du même fabricant, au moyen d'une cartouche à douille; - — et que le revolver Le Maty\e dernier en date, s'écarte un peu des sentiers battus, en ce qu'il est à la fois un pistolet ordinaire tirant à forte charge et à de grandes distances, et un revolver pouvant fournir sans interruption huit ou neuf coups à bout portant.
Ën effet, dans ce dernier revolver, que représente la figure 381, la broche-mère, au
T. III
lieu d'être courte et massive corvime dans les revolvers ordinaires, est allongée et forée, de manière à constituer un canon central B, autour duquel sont disposés les tubes portecartouche E. Ce canon B, se charge par la culasse, d'après le système Lefaucheux ; mais il est tout d'une pièce, ce qui lui permet de supporter de très-fortes charges, comme ùn pistolet ordinaire. On découvre l'orifice postérieur du tonnerre en faisant tourner un obturateur A, qui se trouve fixé très-solidement lorsqu'on le remet en place après avoir chargé* Çet obturateur porte une petite tige destinée à recevoir le choc du chien D, et à le transmettre à la cartouche. Cette broche n'est pas visible sur le dessin ; elle est placée derrière la pièce F.
Le tube C, situé au-dessus du canon B, est le véritable canon du revolver* C'est devant ce tube que viennent se placer successivement les tubes porte-cartouches E, et c'est par son orifice que s'échappe la série des projectiles, lorsque l'arme fonctionne comme revolver, et non comme simple pistolet.
Le chien devant frapper en deux points
différents, suivant qu'on veut faire partir les
coups du revolver ou le coup central, la tète D est articulée ; elle porte une petite crête à charnière, au moyen de laquelle on peut lui donner la position convenable pour frapper l'une ou l'autre des deux cheminées.
Le pistolet Le Mat a rendu des services dans la dernière guerre d'Amérique, et, selon toutes probabilités, il y aurait avantage à en doter la cavalerie et les troupes de marine des autres nations.
En effet, le revolver n'a guère été, jusqu'à présent, qu'une arme de défense personnelle; on ne lui a pas trouvé les qualités convenables pour lui faire prendre rang parmi les armes de guerre. Il figure en Amérique comme arme du soldat; mais comme en ce pays, chaque citoyen prend les armes à l'occasion, il n'est pas facile d'indiquer la ligne de démarcation du service militaire, et de dire si le revolver est l'arme du particulier ou celle du soldat.
En France, le revolver Lefaucheux a été adopté pour la marine ; mais on n'a pas cru devoir en étendre l'usage à la cavalerie, qui ne possède encore aujourd'hui que le vieux pistolet d'arçon, arme tout à fait insuffisante, pour ne pas dire inutile. L'invention de M. Le Mat permettra peut-être de combler cette lacune.
On trouve dans le commerce, quoiqu'en petit nombre, des fusils et des carabines-revolvers des divers systèmes que nous avons énumérés. Mais ces armes, à cinq ou six coups tout au plus, sont bien distancées .par celle dont nous allons parler.
Le 18 février 1861, nous assistâmes dans l'ancien tir Gastine, à l'essai d'une nouvelle carabine donnant ce prodigieux résultat, de tirer jusqu'à cinquante coups dans une minute. La justesse du tir n'est nullement compromise par cette inconcevable rapidité de succession des décharges, car dans les essais dont nous avons été témoin, une cible placée à cent mètres de distance, fut atteinte par presque toutes les balles. L'inventeur de cette
arme nouvelle est un de nos compatriotes, M. Jarre, armurier, ei fils de maître, comme on disait dans les corporations.
On a quelque peine à concevoir a priori le résultat que nous venons d'énoncer quant à la rapidité du tir. -Une courte explication du mécanisme de cette arme va le faire comprendre.
Dans le revolver actuel, les tubes portecartouches sont disposés, comme nous l'avons expliqué, autour d'un cylindre qui tourne sur son axe et viennent successivement s'adapter à un même canon. Ces tubes ne peuvent guère dépasser le nombre de cinq ou six, car au delà de ce nombre le cylindre aurait de trop grandes dimensions et rendrait l'arme peu portative ; le revolver est ainsi limité à cinq ou six coups. M. Jarre a eu l'heureuse idée de disposer les tubes porte-cartouches sur une barre horizontale, et en même temjVs de séparer cette barre du canon.
Quand on veut tirer, on prena une de ces barres, préalablement armée de ses cartouches, et on la place en travers de la culasse, c'est-à-dire en croix avec le canon. Après chaque coup tiré, et par le mécanisme ordinaire du revolver, la barre chargée de cartouches avance d'un cran, et vient présenter une nouvelle capsule à l'abatage du chien. Cette barre étant déchargée, on la remplace par une nouvelle toute semblable. Gomme chaque barre porte dix cartouches, et que Ton peut tirer facilement cinq de ces barres dans une minute, on voit que la carabine Jarre peut, comme nous le disions, tirer jusqu'à cinquante coups par minute.
Nous n'avons pas vu qu'on ait, jusqu'à présent, songe à tirer parti de l'arme inventée par M. Jarre; nous avons cependant cru devoir en faire mention ici, à cause de l'originalité de la conception et de l'étrangeté presque paradoxale du résultat.
Nous terminerons la description des armes à feu portatives en parlant des mitrail-
leuses, le plus récent et l'un des plus terribles instruments de destruction imaginés par le génie de l'homme.
Nous parlerons de la mitrailleuse belge^ de la mitrailleuse française, qui porta quelque temps le nom de mitrailleuse de Meudon et qui est désignée dans notre artillerie sous le nom de canon à balles, ensuite de la mitrailleuse Montigny, et enfin de la mitrailleuse américaine, dite mitrailleuse Catling. C'est le nom seul qui peut donner une idée de ces appareils fort simples dans leur manœuvre, mais qui ne sauraient être bien expliqués qu'avec l'aide de figures. Les dessins que nous mettons sous les yeux du lecteur, vont nous permettre d'expliquer ce mécanisme.
La mitrailleuse inventée en Belgique
{ftg. 382) et qui a été adoptée dans l'armée régulière de ce pays, se compose de 37 canons de fusil rayés, serrés les uns contre les autres, et enveloppés dans une gaine commune en fonte de fer, ce qui donne à l'ensemble l'apparence d'une pièce d'artillerie. La ressemblance est d'autant plus frappante, que la machine est montée sur un affût à roues.
Le projectile employé dans chaque canon de fusil est la balle conique. Pour charger la mitrailleuse, on introduit, à l'arrière de l'enveloppe de fonte, un disque portant 37 cartouches, qui correspondent très-exactement, chacune, aux orifices postérieurs des canons de fusil. Au moyen d'un levier à main, on approche du disque l'appareil à percussion,
5t$ MERVEILLES DE LA SCIENCE.
dont le choc contre les cartouches détermine aussitôt l'explosion de la poudre ; et les trente-sept coups partent simultanément, semant au loin le ravage et la mort.
Il suffit alors de substituer un second disque au premier, puis un troisième, un quatrième, etc., pour envoyer de nouvelles volées de mitraille. Ce disque se remplace huit fois dans l'espace d'une minute ; on peut donc tirer deux cent quatre-vingt-seize coups en une minute ! Un pareil chiffre n'a pas besoin de commentaires : il est assez éloquent par lui-même.
Les projectiles portent à i,S00 et même à 1,700 mètres; mais on n'a pas encore de données bien certaines sur la justesse du tir. Il n'y a aucune raison pour qu'elle soit mauvaise ou imparfaite ; car chaque canon de fusil, pris isolément, possède, sous ce rapport, les meilleurs éléments de succès. Les balles, ayant chacune leur trajectoire propre, ne peuvent non plus se gêner depuis leur sortie de l'arme jusqu'à ce qu'elles aient touché le but.
La mitrailleuse française {fig. 383) présente absolument l'aspect d'un canon, et
justifie complètement son nom réglementaire de canon à balles. Il est monté comme un canon, seulement les essieux sont prolongés de chaque côté des flasques de l'aÉFiit pour recevoir deux caisses. F, contenant la boîte à outils ou nécessaire d'arme, et une certaine quantité de boîtes de cartouches. L'affût porte à son extrémité inférieure un appareil spécial, marqué G sur la figure, qui est destiné à enlever les culots métalliques
des cartouches qui restent dans la culasse mobile après l'explosion de celles-ci, comme dans les fusils dits à tabatière. Pour obtenir cette expulsion des culots, le servant renverse le porte-cartouches ou culasse mobile I sur le mandrin G disposé à cet effet, et avec Tétrier H qu'il renverse, il appuie sur cette culasse, ce qui fait sauter les vingt culots d'un seul coup.
La culasse est alors posée en 1 par l'autre
Fig. 384. — Coupe
servant sur le trépied placé à côté de l'affût, et ce même servant renverse sur elle une boîte de cartouches disposées de façon à se placer immédiatement dans les trous .démette culasse. Il peut alors la passer au troisième servant ou pointeur qui l'introduit dans l'âme A prête à fonctionner.
Donc, trois mouvements bien distincts :
i° chargement delà culasse mobile G' ; 2° placement de celle-ci dans l'âme de la pièce, et enfin, 3° passage de cette culasse sur le mandrin G, afin d'en retirer les culots métalliques.
La figure 384, qui donne une coupe de la
la mitrailleuse française.
mitrailleuse française fait comprendre le pro-
Fig. 384 bis,— Plaque de détente de la mitrailleuse française.
cédé pour armer et faire partir les aiguilles. Une culasse fixe, C, porte les 20 aiguilles