‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [3], Photographie, stéréoscope, poudres de guerre, artillerie ancienne et moderne, armes à feu portatives, bâtiments cuirassés, drainage, piscicultureFiguier Merveilles Science BNF 03Chapitre 98 sur 163 · L.Gvtr.tJET · texte numérisé non relu

L.Gvtr.tJET

Fig, 385. — Vue perspective de la mitrailleuse Montigny, mitrailleuse blindée.

chassées par des ressorts à boudins ; elle est rendue solidaire d'une forte vis de pression J que le troisième servant manœuvre à l'aide d'une manivelle B, pour reculer ou avancer cette culasse, qui glisse à frottement doux sur le fond de l'âme A. Lorsqu'on veut armer ou reculer cette culasse, on fait avancer une plaque E, mobile dans le sens transversal, à l'aide d'une vis dont on voit en B [fig. 383) la manivelle, sur. le côté de la pièce.

Nous donnons ici [fig. 384 bis) le détail de cette plaque* Elle est percée d'ouvertures cylindriques 0, séparées par des fentes horizontales. Or, lorsque cette plaque de détente est poussée jusqu'au bout et le porte-cartouches

en place, on avance laculasse fixe et on serre fortement avec la vis J. Les aiguilles rencontrant, dans cette position, les fentes, et ne pouvant passer, sont forcées de reculer en comprimant les ressorts à boudins.

La mitrailleuse se trouve ainsi armée et prête à fonctionner. Le servant tourne alors la petite manivelle B en sens inverse, et ra- 'mène la plaque de détente qui vient présenter successivement ses ouvertures cylindriques 0 devant chaque aiguille. Celles-ci s'échappent alors rapidement sous l'effort des ressorts qui les poussent et viennent frapper la capsule qui se trouve logée dans le culot de chaque cartouche ; d'où l'explosion de cette dernière. Le

LES ARMES A FEU PORTATIVES

corps même de la pièce présente 20 canons rayés qui sont analogues à celui du fusil chassepot.

Rien n'est plus simple, on le voit, que le mécanisme de la mitrailleuse française ; seulement elle nécessite un ajustage aussi parfait que celui d'une pièce d'horlogerie, et par conséquent elle peut se déranger aisément dans

un service précipité et continuel. La culasse mobile ou porte-cartouches Cr porte deux goujons ce qui servent à guider le servant dans le placement exact de cette pièce importante, lors du chargement dans l'âme.

Des crochets J, placés de chaque côté de l'affût, portent pendant le service des culasses de rechange, et une boîte E contient une cu-

Fig. 386. — Coupe longitudinale de la mitrailleuse Montigny,

lasse fixe pour pouvoir remplacer celle qui viendrait à perdre ses aiguilles par suite de rupture d'un ou de plusieurs ressorts.

Un volant C manœuvre une vis de pointage, et un autre volant, D, en manœuvre un autre horizontal servant à écarter le tir pendant l'action de la mitrailleuse. La pièce porte en outre une hausse mobile et une mire pour pointer exactement. La pièce principale est donc la plaque E, qui sert à armer et désarmer aussi vite qu'on veut. Les aiguilles partent successivement suivant que l'écarter^ent entre les ouvertures cylindri-

ques est plus ou moins grand, aussi les coups sont-ils successifs et non simultanés.

La mitrailleuse Montigny [fig. 38S) est à bien peu de chose près basée sur le même principe que la mitrailleuse française. La grande différence consiste d'abord en ce qu'elle lance 37 balles au lieu de 20, et que les mouvements d'armement et de désarmement sont produits par des leviers au lieu de vis, enfin en ce que la plaque de détente est pleine et non percée de trous comme celle de la mitrailleuse de Meudon.

La figure 386, qui donne une coupe longi-

tudinale de cet appareil, montre la manière dont on procède au chargement. On recule la culasse fixe C, en relevant le levier F. On place alors la plaque porte-cartouches B et on remonte de bas en haut la plaque de détente D au moyen du levier E. On rapproche

Fig. 386 bis. — Cartouches Montigny.

ensuite le culasse fixe qui comprime la pièce D, assez fortement pour forcer les aiguilles à rentrer en comprimant les ressorts à boudin. Dans cet état il suffit de relever plus ou moins vite ou lentement le levier E pour que la pla-

Fig. 386 ter. « Porte-cartouches Montigny.

que de détente en s'abaissant découvre les aiguilles, et en les laissant échapper détermine Tenflammation des capsules et par suite l'explosion des cartouches. Une autre pièce fixe placée entre le porte-cartouches et ia plaque de détente, contient des rondelles destinées à amortir le choc du talon des aiguilles. Une vis de pointage est manœuvrée par un volant G, et une autre horizontale par la manivelle H. Cette dernière sert comme dans la mitrailleuse de Meudon à donner aux projectiles une plus grande surface à frapper.

Nous représentons à part [fig. 386 bis et 386 ter) les cartouches et le porte- cartouches

Montigny. Des caisses, A, contiennent les outils, et les boîtes à cartouches C, toutes disposées à l'avance, et deux culasses fixes au cas de rupture de cette partie. Cette machine est en outre blindée et fonctionne comme à travers une meurtrière. Des porte-cartouches de rechange sont accrochés après la tôle du blindage. Les coups sont, dans cette mitrailleuse, . successifs comme dans la précédente.

La mitrailleuse américaine ou mitrailleuse Catling, que nous représentons dans son ensemble {fig. 388), est fondée sur un autre principe que les mitrailleuses française et belge. Elle donne un feu continu, tant qu'on peut mettre des cartouches sur un plan incliné H qui les conduit dans le distributeur N. Cette machine n'affecte plus la forme d'un canon, elle est composée de 6 très-forts canons de fusil, qui projettent des balles d'un très-fort diamètre.

Deux servants suffisent pour la manœuvre de cette pièce : 1° un qui pose sans cesse des cartouches sur le plan incliné, el un autre qui tourne une manivelle L, commandant un engrenage conique qui fait tourner tout le système du mécanisme.

Ce mécanisme consiste en un double ex-

Fig. 387. — Excentrique de détente de la mitrailleuse

Catling.

centrique cx [fig. 387), dont une courbe G, est chargée de pousser la cartouche dans les canons, tandis que l'autre c2 arme les aiguilles et les laisse échapper au moment convenable. Ainsi le taquet b {fig. 388 bis, coupe du porteaiguille) est saisi par la naissance de la courbe hélicoïdale de l'excentrique et repoussé en

LES ARMES A FEU PORTATIVES. o2i

Fi g. 388. — Mitrailleuse américaine.

arrière à mesure que ladite courbe se développe en tournant.

Le ressort renfermé dans le cylindre Q se comprime, et lorsqu'il est complètement

bandé, le taquet b rencontre brusquement une rupture de la courbe c (fy. 387, coupe de l'excentrique) qui le laisse échapper et, par conséquent, l'aiguille a vient frapper la

Fig. 388 bis. — Mécanisme du porte-aiguille de la mitrailleuse Catling.

cartouche «. Un crochet c est venu prendre le bourrelet du culot métallique, et au moment où la seconde courbe qui d'un côté pousse une autre cartouche dans un autre canon revient sur elle-même par suite du mou-

vement rotatif, il recule avec le porte-aiguille et retire ainsi le culot à chaque coup. Celuici tombe au fur et à mesure que les coups sont partis sur un plan incliné G ou gouttière qui le conduit au dehors.

247 bis.

Fig, 389, — Coupe de la mitrailleuse Catling.

La figure 389 donne une coupe de la mitrailleuse Catling. Voici comment fonctionne l'ensemble du mécanisme.

L'axe K entraîné par l'engrenage J fait

Fig. ,389 bii. — Cylindre distributeur de la mitrailleuse

Catling,

tourner le distributeur N, dont les cannelures reçoivent en passant devant le plan incliné H une cartouche et les conduit successivement devant l'orifice des canons P.

Voici la légende explicative des figures 389 et 389 bis.

A} châssis supportant tout le système.

B, tourillons sur lesquels tourne la pièce pour le pointage qui se fait comme d'habitude par une vis manœuvrée par son volant, à main.

C, excentrique a double courbure, Tune pour conduire les cartouches dans les canons et retirer les culots après le feu, et l'autre pour armer les aiguilles et les laisser partir.

E, trous des boulons qui fixent un chapeau en tôle recouvrant tout le mécanisme pour le garantir de la pluie.

F, bouton de culasse.

G, gouttière recevant les culots retirés après l'explosion de la cartouche, et les expulsant au dehors.

H, plan incliné sur lequel sont placées les cartouches qui doivent entrer dans l'appareil.

J, engrenage conique, I', mire.

I, guidon pour le pointage.

H, axe de rotation de tout le système, le canon restant fixe. L, manivelle.

MM', disque fixe dans lequel est encadré le tube de canon. N, cylindre distributeur.

O, demi-partie cylindrique fixe formant, avec le chapeau . mobile, un cylindre complet dans lequel es: enfermé tout le mécanisme.

P, canon.

QQ\ cylindres dans lesquels sont contenues les aiguilles.

- Avec la description des mitrailleuses nous

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terminons la tâche que nous avions entreprise, de faire connaître à nos lecteurs toute la série dés inventions modernes relatives aux armes à feu portatives. On a vu suffisamment par les résultais que nous avons fait, connaître, la prodigieuse puissance qu'ont reçu de nos jours les agents de destruction. Bien des personnes s'imaginent,: -cette assertion est devenue banale à force d'être répétée, que la perfection acquise aujourd'hui aux divers moyens de destruction, rend la guerre désormais impossible ; que les mitrailleuses, les canons rayés et les fusils à aiguille, par leur puissance même, sont appelés à supprimer les batailles et à devenir ainsi les instruments les plus directs de pacification universelle. Nous ne partageons pas cet optimisme. La guerre nous apparaît comme un état inévitable et fatal dans les sociétés humaines. Pour la bannir, il faudrait arracher à l'homme ses passions, ses convoitises, et le fond des mauvais instincts qui le dominent. Née à l'origine des sociétés, la guerre ne disparaîtra sans doute qu'avec elles. 11 ne faut donc pas se bercer d'espérances auxquelles un passé trop récent et trop funeste, et l'avenir donneraient peut-être de cruels et sanglants démentis.

On ne doit pas, d'ailleurs, apprécier seulement la guerre par les victimes qu'elle moissonne ; il faut la voir par son côté moral, qu'on ne peutjui dénier. La guerre est, dans bien des cas, le salut des empires, le moyen de sauver un pays des brutales attaques de dangereux voisins. Elle est donc ainsi nécessaire à la sécurité de l'individu, de la famille, de la patrie. La guerre est encore, dans bien des cas, le seul moyen de régénérer un peuple endormi dans une indolence funeste, prêt à s'abandonner lui-même, abruti par un long abus des jouissances matérielles et par la servitude. Avec son admirable discipline et ses mâles vertus, avec son sentiment profond de l'honneur, sentiment qui est chez elle exquis et raffiné, l'armée est partout la meilleure école de l'homme; c'est l'asile des grandes

qualités morales, de la loyauté, de l'abnégation, de l'obéissance, sans parler du courage. Ne prêtez donc pas, lecteurs, une oreille trop complaisante aux philanthropes à courtes vues, qui vous annoncent la suppression des armées, et la fin prochaine de l'état de guerre dans le monde civilisé.

Non, la guerre ne disparaîtra pas à la suite du perfectionnement des moyens de destruction. Seulement, l'armement moderne conduira à changer profondément l'ancienne tactique des batailles. Les engagements devant être infiniment plus meurtriers qu'autrefois, il faudra adopter des manœuvres spéciales pour se mettre à l'abri de leurs redoutables effets. De même qu'au xvie siècle, la création de l'artillerie lançant des boulets de fer, obligea de transformer tout le système de fortification des places, de même les nouveaux fusils à longue portée et à tir rapide, conduiront à changer les manœuvres de troupes. C'est dans cette direction que la science militaire travaille aujourd'hui chez tous les peuples.

Entre l'ancien fusil de munition et le fusil rayé à aiguille, il y a, sous le rapport des effets meurtriers, une distance effrayante, et dont les chiffres vont nous donner la mesure exacte. Au temps de Louis XIV, le fusil de munition était si impuissant que Vauban avait calculé, d'après des relevés dignes de foi, que pour tuer un homme dans une bataille, il fallait dépenser un poids de projectiles de plomb égal au poids de l'homme luimême. Pendant les guerres de la République et du premier Empire, le fusil de munition étant le même que du temps de Louis XIV, la proportion n'avait pas changé. Redoutables à bout portant, les feux de mousqueterie étaient méprisables dans leur ensemble. Avec son canon lisse et ses balles sphériques, le tir du fusil était plus qu'incertain. A 200 ou 300 mètres, les feux de peloton allaient ensevelir leurs balles dans la poussière, aux pieds de l'ennemi» ou voler, inoffensifs,

sur sa tête. Le colonel Piobert et le major Decker, calculant sur des relevés authentiques des hommes mis hors de combat, et sur le nombre des cartouches fournies parles arsenaux et brûlées durant les guerres de la République et du premier Empire, ont trouvé qu'il avait fallu dix mille coups de fusil pour tuer un homme. Ainsi la proportion des hommes tués sous le premier Empire était plus faible encore qu'au temps de Vauban. Ces conditions, nous n'avons pas besoin de le dire, sont étrangement changées aujourd'hui : il y a un abîme entre l'énergie des effets des deux armes que nous considé-

rons. La précision acquise désormais au tir des armes portatives, la prodigieuse rapidité avec laquelle leurs coups se succèdent, la distance considérable à laquelle les engagements peuvent commencer, tout cela est appelé à bouleverser, à révolutionner l'ancienne tactique, à introduire les modifications les plus profondes dans les manœuvres et la stratégie.

Voilà ce qu'il faut se dire, au lieu de s'endormir dans une confiance béate, en répétant l'axiome consolant, mais faux, que la guerre sera supprimée par les progrès des engins meurtriers de l'artillerie moderne.

PIN DES ARMES A FEU PORTATIVES

LES

L'invention des bâtiments cuirassés a révolutionné de nos jours, Fart de la guerre maritime, et imprimé un élan tout nouveau à l'industrie métallurgique. Par la grandeur du spectacle qu'elle étale à nos yeux, elle donne la plus haute idée de la puissance matérielle et du génie de l'homme, et se présente comme un de ces événements de premier ordre, qui font époque dans l'histoire, et changent les destinées des nations.

Le revêtement des navires de guerre d'une lourde cuirasse de fer, impénétrable aux projectiles ennemis, a été la conséquence nécessaire des perfectionnements qui avaient été apportés à l'artillerie pendant notre siècle, en particulier, de l'usage devenu général des obus ou projectiles creux incendiaires. Avec les obusiers perfectionnés, qui lancent d'une manière si précise leurs boulets explosifs, les anciens navires de guerre en bois n'étaient plus qu'une illusion. Le premier engagement sérieux les condamnait à une destruction certaine et rapide.

A peine la France, mettant en pratique les idées émises par Paixhans en 1822, avaitelle établi à bord de ses navires, les canonsobusiers, comme nous l'avons raconté dans la Notice sur V Artillerie , que les Anglais

T. III

armaient leurs vaisseaux de pièces semblables, qui forment aujourd'hui leurs canonsobusiers dits de 68, du calibre de 20 centimètres. Les Russes les imitèrent. Enfin les Dalgreens et les Colombiades des Américains, ne furent que des variétés du modèle de nos canons à la Paixhans.

En 1853, les Russes donnèrent à Sinope, une cruelle et sanglante démonstration de la puissance de ces nouveaux engins de guerre, La flotte turque, réfugiée dans ce port, fut, en quelques heures, écrasée, dépecée, incendiée impunément et à grande distance, par les bombes russes, vomies par des obusiers à la Paixhans.

Le canon rayé de 16 centimètres, qui fut adapté à nos vaisseaux de guerre en 1859, rendit plus sensible encore 1 état de faiblesse relative des murailles de bois des navires. D'un autre côté, la direction constante de Taxe de l'obus ogivo-cylindrique, a permis de rendre certaine Faction des obus munis de fusées percutantes lancées par les canons rayés, et qui éclatent lorsqu'elles frappent un obstacle en le pénétrant.

Il résultait de tout cela qu'avec les moyens dont ils pouvaient désormais disposer, deux vaisseaux de guerre bien armés, montés par

des équipages résolus, devaient s'entre-détruire inévitablement en moins d'un quart d'heure. Les vaisseaux de bois, comme machines de guerre, étaient donc devenus tout à fait insuffisants, et il fallait nécessairement arriver à les revêtir de cuirasses métalliques.

C'est l'histoire descriptive de cette mémorable invention que nous avons à présenter à nos lecteurs. Cette nouvelle Notice prend naturellement sa place après celles qui ont été consacrées aux poudres de guerre, à l'artillerie et aux armes à feu portatives.

A la France seule, proclamons-le dès le début, appartient l'honneur d'avoir créé la marine cuirassée. C'est la France qui, la première parmi toutes les nations maritimes, résolut, en 1854., le problème de la construction des batteries flottantes cuirassées, et cinq ans après, en 1859, le problème, bien plus ardu encore, de la construction d'.un navire cuirassé capable de tenir la haute mer et d'y gouverner avec vitesse. Mais bientôt, aiguillonnées par les brillants succès que nous venions d'obtenir dans cette voie nouvelle, les nations maritimes des deux mondes se mirent à rivaliser de sacrifices et d'efforts, pour se créer, sur mer, des ressources offensives et défensives. En 1862, les incidents de la guerre de ' sécession, en Amérique, donnèrent au nouveau système d'armement naval l'occasion de signaler toute son importance, et vinrent hâter le mouvement général qui entraînait les peuples à transformer leurs flottes de guerre.

Nous jetterons d'abord un coup d'œil historique sur les travaux accomplis en France pour le cuirassement métallique des batteries flottantes; nous parlerons ensuite du blindage métallique des navires. Nous signalerons enfin les entreprises du même genre qui ont été successivement exécutées, à l'imitation de la France, chez les différentes nations maritimes des deux mondes.

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