CHAPITRE X
LESPOITS ARTÉSIENS DE LA BUTTE-AUX-CAILLES ET DK LA CHAPELLE SAINT-DENIS.
Deux puits artésiens tout aussi importants que ceux de Grenelle et de Passy, sont en ce moment en cours d'exécution, à Paris. L*un5 situé à la Butte-aux-Cailles, près de la barrière Fontainebleau, a été entrepris pas MM. Saint- Just et Dru, successeurs de M. Mulot ; le second, placé à l'autre extrémité de Paris, sur la place Hébert, à la Chapelle Saint-Denis, a été confié à M. Ch. Laurent. Dans les traités passés entre la ville de Paris et ces entrepreneurs, il était dit que l'administration ferait exécuter elle-même deux puits ordinaires de 2 mètres de diamètre, que l'on pousserait, s'il était possible, jusqu'aux premières couches des terrains secondaires, après quoi les concessionnaires du forage auraient à commencer, à cette profondeur, le puits artésien.
Cette clause a été remplie pour le puits' de la Butte-aux-Cailles ; un puits a pu être descendu jusque dans la craie, à 80 mètres de profondeur; alors, MM. Saint-Just et Dru
LES PUITS ARTÉSIENS. , 595
Fig. 389. — Coupe des terrains traversés par le forage da puits artésien de Passy;
s'en sont emp|rés, et ont commençé le forage, | en donnant au trou le diamètre de l^Q,
À la Chapelle Saint-Denis, les choses se sont passées tout différemment. Le puits ordinaire n'a pu être mené, avec beaucoup de peine, qu'à la profondeur de 34 mètres, l'épaisseur des terrains tertiaires étant, en ce lieu de la ville, de 137 mètres; il restait donc 102 mètres à percer pour atteindre la craie. Le 16 décembre 1865, on commença à forer au diamètre de lm,70, et Ton arriva ainsi a la profondeur de 68 mètres, sans employer de colonne de garantie, quoique les marnes et les calcaires traversés fussent de nature ébouleuse. A 68 mètres, on descendit une colonne de lm,58 de diamètre intérieur, et on la poussa jusqu'à 120 mètres dans les sables et les argiles plastiques; malgré tous les efforts, elle refusa d'avancer davantage. On aurait voulu l'amener jusque sur la craie, atteinte le 16 décembre 1866, afin de lui faire intercepter la totalité des terrains é houleux, et de pouvoir continuer le forage dans la craie au diamètre de lm,55 ; mais on n'y put réussir. (Test en vain gue Ton ajouta à son propre poids, qui n'était pas moindre de 100,000 kilogrammes, une pression considérable ; c'est en vain qu'on l'attaqua avec un mouton de 4,000 kilogrammes : elle résista pendant plusieurs mois, et l'on dut la laisser en repos pour ne pas la déformer.
Une seconde colonne de lm,39 de diamètre intérieur fut donc descendue, pour maintenir les sables et les argiles surmontant la craie : le 20 juillet 1867, l'opération était terminée. Trois mois après, le 1er novembre, on atteignait la profondeur de 280 mètres au diamètre delm,35.
A la Chapelle Saint-Denis, l'outil broyeur est un trépan circulaire du poids de 4,800 kilogrammes et à dimensions variables : son diamètre a été successivement de lm, 70, de i-,58 et de lm,35. Celui de la Butte -aux-cailles pèse environ 2,500 kilogrammes, au diamètre de l^O; il esta lame pleine.
Les colonnes de garantie employées dans le sondage de la place Hébert, ne sont pas confec-
tionnées à la manière ordinaire. Elles consistent en des feuilles de tôle de 1 millimètre d'épaisseur, superposées et à joints croisés ; leur épaisseur totale est donc de 2 millimètres. Comme elles sont dépourvues de toute saillie permettant de les saisir pour la descente, il a fallu fixer sur leur pourtour un certain nombre de plaques mobiles, retenant un fort tampon en bois de chêne, introduit dans leur intérieur. Ce tampon est garni d'un joint en caoutchouc qui ferme hermétiquement le tube par en haut, de sorte que l'air situé audessous se comprime, et en pressant sur l'eau, produit un allégement du poids du tube*
Les diverses portions de la colonne sont assemblées au moyen de rivets mis à chaud. Dès que l'ensemble atteint un poids considérable, 30 ou 40,000 kilogrammes, par exemple, on se sert, pour la descente, de deux ou quatre vis fixées aux tampons, qui tiennent le dernier tube suspendu dans le forage à l'aide de leurs écrous posant sur un pont solide en charpente. Chaque écrou porte une" roue dentée qui engrène avec une vis sans fin munie d'une manivelle. Il suffit d'un homme agissant sur chaque manivelle pour faire descendre les vis, et par suite le tube. Par ce procédé, deux hommes manœuvrent parfaitement une colonne de 50,000 kilogrammes. Pour un poids plus considérable, on emploie quatre vis et quatre hommes. La descente de la colonne qui occupe les 140 premiers mètres du forage de la Chapelle, a exigé un mois entier.
Tels sont les détails que nous avons pu recueillir sur les importants travaux de sondage que fait exécuter en ce moment la ville de Paris.
Ce qui peut faire espérer une bonne réussite, c'est le succès d'un puits artésien, d'une profondeur énorme, qui tout récemment, c'est-à-dire au mois de septembre 1869, a été mené à bon port.
LES PUITS ARTÉSIENS
Ce nouveau puits artésien à grande profondeur, qui, avec les puits de Grenelle et de Passy, est le troisième de cette catégorie existant à Paris, a été pratiqué dans la grande raffinerie de sucre de M. Say, située au boulevard de la Gare, près de la barrière d'Italie. M. Say avait donné à MM. Saint-Just et Dru, successeurs de M. Mulot, la mission de faire ce puits artésien. Le succès a été complet. Le trépan a rencontré à, 562 mètres (cinq fois la hauteur du dôme des Invalides) une nappe liquide qui a fait jaillir une colonne d'eau, à la température de 28% fournissant 10,000 litres d'eau par vingt-quatre heures et pouvant s'élever jusqu'à 25 mètres de hauteur. L'opération n'a demandé que quatre ans, et la dépense totale n'a pas dépassé 300,000 francs.
Espérons que les deux puits que la ville de Paris fait creuser en ce moment à la Chapelle Saint-Denis et à la Butte-aux- cailles, réussiront aussi bien que celui de M.- Say.