‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [4], Éclairage, chauffage, ventilation, phares, puits artésiens, cloche à plongeur, moteur à gaz, aluminium, planète NeptuneChapitre 103 sur 143 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

PRINCIPAUX PUITS ARTÉSIENS CREUSÉS EN FRANCE ET A I,' ÉTRANGER, — LEUR PROFONDEUR ET LEUR DÉBIT.

Nous venons de parler des puits artésiens forés à Paris. Ils nous ont servi à donner des applications intéressantes des procédés décrits dans le premier chapitre de cetteNotice. Outre les puits forés dont il vient d'être question, il en existe un grand nombre d'autres, sur toute l'étendue de la France. Parmi les départements les plus favorisés sous ce rapport, nous citerons ceux de la Seine, de Seine-et-Oise, de Seine-et-Marne, de l'Oise, de l'Aisne, de l'Orne, de la Manche, du Calvados, de la Seine-Inférieure, de la Somme, du Pas-de-Calais, du Nord, -de la Haute- Marne, des Ardennes, de la Moselle, du Bas- Rhin, de la Haute-Saône, de Saône-et-Loire, de la Loire, de l'Allier, de l'Yonne, de l'Eure, d'Eure-et-Loir, du Loiret, d'Indre-et-Loire,

de Maine-et-Loire, de la Sarthe, du Var, de l'Hérault, des Pyrénées-Orientales.

Parmi les pays étrangers, l'Angleterre, la Belgique, l'Allemagne et l'Italie, sont ceux où l'art des sondages a fait le plus de progrès.

Malgré leur audace et leur esprit d'initiative, les Américains des États-Unis ne sont pas très-avancés sous ce rapport ; et pourtant cette partie du Nouveau-Monde est placée dans d'excellentes conditions, au point de vue des richesses aquifères intérieures.

Les travaux des mines ont beaucoup contribué et contribueront toujours beaucoup, à la multiplication des puits artésiens. 11 arrive souvent qu'en sondant le sol, pour y découvrir des gisements de houille, de sel gemme ou de toute autre substance, on rencontre une ou plusieurs nappes d'eaux jaillissantes, qu'on exploite ou qu'on laisse de côté, suivant la position du puits par rapport aux centres de population. Mais on en conclut que le pays est propice à la création de fontaines artésiennes.

Les puits de Grenelle, de Passy et du boulevard de la Gare, dont nous avons parlé dans le chapitre précédent, son les plus profonds que possèdent le département de la Seine et la France entière.

Dans la Seine-Inférieure, des recherches de houille faites près de Saint-Nicolas-d'Aliermont, à 15 kilomètres de Dieppe, ont amené la découverte de sept nappes ascendantes, dont la plus profonde était située à 333 mètres. Leur abondance était telle qu'en trente-six heures tous les travaux de mines furent inondés. L'eau n'étant pas, dans ce cas, le but des recherches, on se vit contraint d'abandonner l'exploration.

A Sotteville, près Rouen, un forage entrepris pour le compte d'une société houillère, a été poussé jusqu'à 320 mètres par MM. Degousée et Laurent. A 254 mètres, on trouva une source salée très-abondante, d'une température de 25°, et qui jaillit au-dessus du sol. La ville de Rouen n'ayant pas voulu l'uti-

User, comme on le lui proposait, pour un établissement de bains destiné à sa nombreuse population ouvrière, le puits a été rebouché.

A Tours et aux environs de cette ville, MM, Degousée et Laurent ont fait, de 1830 à 1837, seize sondages, à une profondeur moyenne de 150 mètres. Le puits de la Villeaux-Dames, près Tours, ne descend qu'à 105 mètres, mais le débit en est très-remarquable : 5,000 litres d'eau par minute. Un autre puits, creusé à Tours par M. Mulot vers 1839, mesure 213 mètres de profondeur et fournit par minute 4,000 litres d'eau qui sont employés à faire tourner une roue "hydraulique.

A Saumur (Maine-et-Loire), un sondage poussé à la profondeur de 110 mètres, a rencontré des eaux qui se sont élevées jusqu'à im,50 en contre-bas du sol de la place Saint-Pierre, situé à 14 mètres au-dessus de la Loire. Après avoir creusé jusqu'à 136 mètres, sans rencontrer une seconde nappe, on abandonna les travaux. Pratiqué sur un point moins élevé de la ville, le forage eût fourni une eau jaillissante.

En 1833, MM. Degousée et Laurent ont foré un puits chez M. le marquis de Boisgelin, au château de Saint-Fargeau (Yonne). Descendu jusqu'à 203 mètres de profondeur, le sondage rencontra deux nappes ascendantes dans les grès verts inférieurs.

Dans le jardin de la Pépinière de Moulins (Allier), des eaux sulfureuses jaillissantes ont été obtenues à la profondeur de 6fr mètres.

Dans le même département, un second sondage a été arrêté à la profondeur de 90 mètres sans avoir donné de résultat ; mais deux nappes jaillissantes ont été rencontrées à 29 mètres et 46 mètres dans le château du comte de Ballore, près Moulins.

A Luxeuil (Haute-Saône), sur la place, de la Mairie, on a trouvé des eaux ascendantes provenant de la base des grès rouges, à 102 mètres de profondeur. Le sol de la place de la Mairie étant situé à une vingtaine de mè-

tres au-dessus de la vallée, la colonne liquide n'a pu l'atteindre : elle s'est maintenue à 7m ,30 au-dessous.

Dans le Pas-de-Calais, terre classique des puits artésiens, le forage le plus profond descend jusqu'à 150 mètres, et ses eaux jaillissent à 2m,60 du sol. Un autre puits situé près de Lillers, et profond de 40 mètres seulement, débite 700 litres d'eau par minute.

A Bàger, près de Perpignan (Pyrénées- Orientales), dans une propriété de M. Durand, existe une fontaine artésienne dont le produit n'est pas moindre de 2,000 litres d'eau par minute.

Depuis 1850, un grand nombre de sondages ont été exécutés dans le département de la Moselle, par MM. Mulot, Kind et Laurent et Degousée, pour reconnaître le prolongement du bassin houiller de la Sarre, qui nous a été ravi à la suite des traités de 1815. Ces sondages, poussés jusqu'à des profondeurs de 400 ou 500 mètres, ont presque tous donné issue à des nappes jaillissantes, qui ont entravé les travaux de recherches, et créé de grandes difficultés pour l'établissement des puits d'exploitation.

En 1837, la ville d'Haguenau (Bas-Rhin) a fait exécuter un forage à travers des argiles et des grès. A 289 mètres de profondeur, on a trouvé une nappe minérale jaillissante, que la ville a refusé d'exploiter.

Vers le même temps, de nombreuses recherches d'asphaltes et d'huile de pétrole ayant été entreprises dans ce département, deux puits creusés à Schwabweiller ont fourni des eaux jaillissantes, fort riches en huile minnérale et venant d'une profondeur de 25 à 35 mètres.

En Angleterre, comme en France, les puits artésiens sont très-nombreux* L'un des plus importants, sous le rapport du débit, est celui que renferme la fabrique de cuivre laminé de Merton, dans le comté de Surrey : il donne 900 litres d'eau par minute. Un au-

LES PUITS ARTÉSIENS

tre, situé dans îe parc du duc de Northumberland, à€hewick, a 189 mètres de profondeur, et la colonne liquide jaillit à plus d'un mètre au-dessus du sol.

Les terrains de la Belgique ont une grande analogie, au point de vue géologique, avec ceux de nos départements du Nord. On y rencontre donc également des eaux ascendantes et jaillissantes, et les puits artésiens y sont d'autant plus multipliés qu'on y exécute très-fréquemment des sondages pour la recherche des nouveaux gisements houillers.

A Mondorff (grand-duché de Luxembourg), M. Kind a creusé un puits qui a jusqu'à 730 mètres de profondeur totale. Il en sort une grande quantité d'eau minérale jaillissante, que l'on exploite dans un établissement thermal. L'épaisseur de la nappe est très-considérable, car on commence à trouver de l'eau à 502 mètres, et l'on ne cesse d'en rencontrer qu'à la profondeur de 720 mètres; la nappe liquide a donc 218 mètres de hauteur.

Le forage de Mondorff avait été entrepris pour la recherche du sel gemme et des eauxsalifères ; mais aucun résultat ne fut obtenu à la profondeur de 730 mètres, et Ton ne jugea pas à propos de pousser plus loin les travaux. Les eaux jaillissantes ayant alors été analysées, on reconnut leurs qualités, et un établissement thermal se fonda à Mondorff.

Ce puits foré est le plus profond de tous ceux qui existent au monde.

Un autre puits également très-profond, c'est celui de Neu-Salzwerk, en Westphalie : il descend jusqu'à 644 mètres, et fournit par minute 1,683 litres d'une eau qui renferme 4 pour 100 de sel.

MM. Laurent et Degousée ont fait pour les bains de Hombourg, en Allemagne , sept sondages, qui ont amené la découverte de quatre sources thermales , l'une sulfureuse, l'autre ferrugineuse, la troisième

d'eau saumâtre,et la quatrième d'eau douce. L'a dernière est située à une profondeur de 448 mètres. Plus tard, M. Kind a obtenu des eaux thermales jaillissantes à 500 mètres.

En Italie, différents sondages ont été exécutés à Naples, Bologne, Modène, Venise et sur d'autre points secondaires,

Les deux sondages de Naples ont été couronnes d'un plein succès: l'un a été entrepris dans le jardin du Palais-Royal ; l'autre, sur la place de la Villa Reale. Le premier a 465 mètres de profondeur. Deux nappes liquides ont été atteintes, l'une à 265 mètres, la seconde au fond du puits, fortement chargée d'acide carbonique et douée d'une plus grande puissance ascensionnelle que la précédente. L'eau s'élève dans une belle fontaine située au milieu du jardin du Palais ; il en sort près de 2,000 litres par minute. Le puits de la place de la Villa Reale mesure 28in\50, et l'eau en jaillit à 2m,50 au-dessus du sol.

Jusqu'en 1844, la ville de Venise n'avait été alimentée en eaux potables que par les eaux de pluie, que l'on recueillait dans plus de deux mille citernes, publiques ou privées, et par l'eau du canal d'eau douce nommé la Seriole (dérivation de la Brenta). De nombreuses tentatives de sondages furent faites, de 1815 à 1830, par le gouvernement autrichien; mais elles échouèrent constamment, par suite de la présence de sables fluides dans les terrains à perforer. On avait perdu tout espoir, lorsque M. Degousée traita avec la municipalité de Venise, et, fort des études qu'il avait faites sur les lieux, se chargea de l'opération à ses risques et périls. Le traité fut conclu le 1er février 1846.

Au mois d'août, un sondage était commencé sur la place Santa-Maria-Formosa.

Six mois plus tard, on atteignait une nappe liquide à la profondeur de 61 mètres, et l'eau jaillissait au-dessus du sol.

Quelque temps après , un autre puits ,

creusé sur la place Saint-Paul, à la même profondeur, débitait par minute 250 litres d'eau jaillissant à 4 mètres au-dessus du sol.

Divers autres forages, exécutés avec le même succès, portèrent bientôt à 1,656 mètres cubes , la quantité d'eau quotidiennement fournie à Venise par les fontaines artésiennes.

Il y eut quelques déceptions. Certaines nappes étaient tellement chargées de gaz qu'elles sortaient du sol sous forme de flots boueux, puis soudain cessaient de s'élever* On vit une fois la boue jaillir jusqu'à 14 mètres au-dessus du sol. Il fut impossible de régulariser l'écoulement de ces nappes et d'en tirer quelque profit.

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