CHAPITRE VII
APPLICATIONS DIVERSES DES APPAREILS PLONGEURS. — RECHERCHE DES RICHES ÉPAVES. — NETTOYAGE DES CA- RÈNES DE NAVIRE. — CONSTRUCTIONS SOUS-MARINES. — MISE A FLOT DES BATIMENTS.' — PÊCHE DU CORAIL ËT DES ÉPQNGES.
Les applications des appareils plongeurs sont nombreuses et variées : nous les passe-
rons rapidement en revue, pour terminer cette Notice.
Recherche des richesses englouties au fond de Veau. — Le scaphandre est un engin des plus précieux pour la recherche des riches épaves. Maintes fois déjà, il a montré ce qu'on pouvait attendre d'un pareil instrument de découvertes.
Il y a quelques années, deux paquebots, le Gange et V Impératrice, s'abordèrent dans Pavant-port de Marseille, et une caisse rem-
Fîg. 427 ."—Plongeurs trouvant une caisse pleine d'or dans le port de Marseille
plie d'or fut précipitée du second de ces navires dans la vase, qui forme une couche épaisse au fond de Feau de Tavant-port. Le lendemain, on s'occupa de rechercher le précieux colis. Un gros plomb de 60 kilogrammes fut descendu approximativement au lieu de l'abordage. Ce plomb portait deux cordes divisées par mètres à l'aide de nœuds. Deux plongeurs revêtus du scaphandre tendi-
LA CLOCHE A PLONGEUR
Fig. 428. — Constructions sous-marines exécutées par des ouvriers revêtus du scaphandre.
rent en sens contraire ces cordes, et, passant successivement d'un nœud à l'autre, ils décrivirent des cercles concentriques, examinant et tâtant eux-mêmes le fond à chaque pas.
Après trois heures de ce manège, la caisse fut retrouvée [fig. 427) et rendue à son propriétaire.
Les recherches étaient dirigées parM. Barbotin, — un nom prédestiné ! — entrepreneur de travaux sous-marins à Marseille.
Mais c'est surtout en Angleterre que le scaphandre a été appliqué à ces sortes d'explorations, et l'on se figure difficilement les sommes énormes qu'on a ainsi retirées du fond de la mer.
En 1850, le bateau à vapeur Columbia^ qui portait lordËlgin aux Indes, sombra dans le voisinage de la pointe de Galles. Des plon-
geurs furent envoyés sur le Heu du sinistre. Revêtus de l'appareil de Siebe, ils repêchèrent non-seulement l'argent, mais encore les papiers du noble lord.
En 1860, un autre bâtiment, le Malabar , portant la somme de 280,000 livres sterling (7 millions de francs), échoua sur les côtes d'Angleterre. Plusieurs mois après le naufrage, on se décida à faire descendre des plongeurs au fond de l'abîme, dans l'espérance de retrouver la somme. L'expédition réussit complètement.
En 1865, un steamer d'un mécanisme très- coûteux, se perdit près de l'île Lundy. Un ingénieur de Portsmouth, M. Mac-Duff, alla lui-même, revêtu du scaphandre, démonter toutes les pièces des machines, et ' parvint à les ramener à la surface.
La troupe de plongeurs que visita M. Esquiros, lorsqu'il voulut descendre au fond de la mer, équipé en scaphandrier, a retiré des débris de la Lady-Char lotte, la somme de 100,000 liv. sterl. (2,500,000 francs). Sur les côtes d'Irlande, elle découvrit un gros amas de dollars, primitivement contenus dans un tonneau, et qui en avaient gardé la forme après la pourriture du bois. Cet argent provenait d'un navire espagnol. Les heureux plongeurs l'ont employé à construire dans leur village une rue qui porte le nom de Dollar-Row.
En 1844, on alla même jusqu'à tenter d'arracher à l'abîme les épaves d'un vaisseau englouti en 1782, c'est-à-dire depuis 62 ans. Il s'agissait du Royal-Georges^ vaisseau de 104 canons, naufragé à Spithead par 90 pieds d'eau. Bien que le bâtiment fût très-chargé et portât plus de mille passagers, on tenta l'aventure. On retrouva peu d'argent ; mais on ramena à la surface 23 pièces de canon.
« J'ai vu chez M. Siebe, dit M. Esquiros, de sombres et intéressantes reliques arrachées dans cette occasion au lit de la mer : le tibia d'un marin, un moulin à café, une tasse, une cuiller d'argent, un foulard, une vieille pipe, une bouteille de vin à laquelle s'étaient incrustées des écailles d'huîtres, etc.; mais ce qui me frappa le plus, c'est une crosse de mousquet rongée par les vagues. Voilà ce que fait la mer des armes sur lesquelles l'homme compte pour sa défense ï »
Lorsqu'un navire a sombré sur la côte anglaise, une grande compagnie d'assurances maritimes fait procéder, pour son propre compte, à une première exploration des eaux. Dès que le gros du butin est enlevé, elle vend les débris restants à une seconde compagnie, moyennant une somme fixe qui peut naturellement être trop élevée, mais qui se trouve aussi quelquefois de beaucoup inférieure à la valeur réelle des épaves gisant encore au fond de la mer.
En 1863, une compagnie acheta 1,000 liv. sterl. (25,000. francs), le champ du naufrage
du Roy ai-Charter, et elle fit une excellente spéculation. A plusieurs reprises, les plongeurs recueillirent des sommes assez fortes, entre autres un coffre contenant à lui seul 75,000 francs ; ils trouvèrent également une barre d'or pur pesant neuf livres et demie.
Écoutons à ce sujet, l'auteur des Scènes de la vie anglaise, M. Esquiros :
« Des différents travailleurs qui sont en commerce avec la mer, le plongeur est peut-être celui qui assiste aux scènes les plus mélancoliques. Un diver qui avait exploré en 1865 les débris d'un vaisseau naufragé près des côtes de l'Ecosse, le Dalhousie, racontait un sombre épisode de l'histoire de l'abîme. Chaque fois qu'il descendait dans la grande cabine, il trouvait une mère à genoux dans l'atlitude de la prière et serrant ses deux enfants entre ses bras, tandis que d'autres cadavres étaient restés accrochés avec les ongles aux poutres du plafond. Ces. tristes spectacles ne sont pas rares dans la vie du plongeur: Un autre de ces ouvriers sous- marins qui avait été occupé à fouiller un navire échoué sur les côtes de l'Irlande, disait à M. Siebe qu'il entrait souvent dans une cabine et s'arrêtait à regarder dans une des cases {berths), une jeune femme aux longs cheveux dénoués, que le mouvement des eaux faisait flotter comme des algues. « Je me serais bien gardé, « ajoutai t-il, de là troubler dans son sommeil, ni de « la déranger de sa couche; où aurait-elle pu trou- « ver une plus paisible tombe? »
Constructions sous-marines. — Extraction des roches du fond de la mer. — Les appareils plongeurs sont d'un grand secours pour les travaux d'architecture sous-marine, et le plus imparfait d'entre eux, la cloche à plongeur, a été utilisé de cette façon depuis fort longtemps déjà. Dès 1779, l'ingénieur anglais Smeaton, le même qui avait introduit d'importants perfectionnements dans la cloche à plongeur de Halley, s'en servit pour réparer, au nord de l'Angleterre, les piles du pont de Hexham, dont les fondements menaçaient ruine. Vers 1813, Rennie en fit également usage pour poser les premières assises de la jetée qu'il construisit dans le port de Ramsgate. Enfin, le même appareil joua un rôle important dans l'édification des brise-lames de Douvres et de Plymouth.
LA CLOCHE A PLONGEUR
La cloche à plongeur a été appliquée, en France, aux travaux de la digue de Cherbourg par^ Cachin, inspecteur des ponts et chaussées, en 1820. A Brest, on Ta employée pour exécuter certains ouvrages dans l'arsenal et le port de commerce. Lors de la construction du tunnel qui passe sous la Tamise, elle fut très-utile à l'ingénieur Brune], en lui permettant de juger, par ses propres yeux, de l'étendue d'une brèche creusée dans la voûte par l'eau du fleuve.
Mieux encore que la cloche, le scaphandre se prête à de pareils travaux. Le nouveau pont de Westminster, à Londres, a été édifié par des hommes revêtus de l'appareil de M. Heinke , peu différent de celui de M. Siebe.
Rien de plus simple que la méthode adoptée pour l'exécution des ouvrages d'architecture sous-marine. Les pierres sont taillées et numérotées à terre, puis descendues, à l'aide de grues, au fond de la mer où les ouvriers revêtus de scaphandre et recevant de l'air parle moyen des pompes placées sur le quai, les entassent méthodiquement les unes sur les autres, et les réunissent par un ciment hydraulique.
Dans certaines passes étroites, il existe des roches énormes qui entravent la navigation. On s'en débarrasse aujourd'hui sans beaucoup de peine. Des plongeurs se laissent cou 1er, pratiquent un trou dans le rocher, et y déposent une cartouche en fer-blanc remplie de poudre ou de nitro-glycérine. L'ayant recouverte de ciment, ils s'éloignent, et l'enflamment, soit à l'aide d'un long tube dans lequel ils précipitent un fer rouge, soit à l'aide d'une mèche brûlant dans î'eau, soit par l'électricité.
C'est ainsi qu'on a fait disparaître de Menay-Strait (défilé de Menay), entre Holyhead et l'île d'Anglesey, deux écueils redoutables nommés la Vache (cow) et le Veau (calf). Le même moyen a été employé pour déraser la roche Rose , écueil situé à l'entrée du port
militaire de Brest. Le travail n'avait pas duré moins de quatre ans; il a coûté 70,000 francs, et les 2,500 mètres cubes de roc déblayés ont exigé une dépense de 26,000 kilogrammes de poudre.
La figure 428 représente la manière d'exécuter, avec le scaphandre, les constructions sous-marines.
Nettoyage des carènes. Réparation des avaries dans la coque des navires. — Au bout de quelques semaines de navigation, la coque des navires se recouvre, surtout dans les pays chauds, d'une grande quantité de corps étrangers, tels que mollusques, zoophytes et herbes de toutes sortes, qui nuisent beaucoup à la marche du bâtiment, en diminuant le poli des surfaces immergées, et augmentant ainsi la résistance du liquide au glissement de la masse flottante. Il résulte des calculs exécutés par des hommes compétents que cet amas d'aspérités suffit pour amoindrir, dans la proportion d'un quart la vitesse d'un bâtiment en marche. Ainsi, nos navires cuirassés perdent2 nœuds au moins de vitesse, dans Fin- ! tervalle d'une année qui s'écoule entre deux passages consécutifs au bassin, et cependant ils brûlent proportionnellement beaucoup plus de charbon à la fin de la campagne qu'au commencement. Le mauvais état de la carène augmente la dépense de combustible de 400 francs par jour, en allant doucement, et de 720 francs en marchant à toute vapeur. Pour les grands paquebots transatlantiques, la différence est encore plus considérable , et les compagnies réaliseraient d'énormes économies en faisant nettoyer dans chaque point de relâche les carènes des bâtiments, au lieu d'attendre leur retour au bassin.
Rien de plus facile avec l'appareil Rouquayrol-Denayrouze, Des plongeurs descendent sous la carène, et travaillent là, sous l'eau, aussi facilement que dan s la mâture, en pleine mer {fig. 429).
Quant au prix de revient de chaque nettoyage exécuté par ce procédé, il est bien
moins élevé que celui du grattage dans le bassin ; de sorte que pour la même somme dépensée annuellement, on peut entretenir la
:Fig. 429. — Nettoyage de la carène d'un navire, en mer au moyen du scaphandre*
carène d'un navire dans un état de propreté constante, en renouvelant plus souvent le nettoyage. On bénéficie donc de toute l'économie réalisée ainsi sur la dépense de combustible.
Le scaphandre Rouquayrol est également très-précieux pour dégager l'hélice qui peut être embarrassée dans de longues herbes, et pour exécuter dans la coque du navire, des réparations urgentes, qui exigeraient la rentrée au bassin, sans le secours de cet auxiliaire Une voie d'eau se déclare-t-elle : un homme descend immédiatement le long de la carène, et la bouche sur-le-champ. Pour repêcher une ancre et des chaînes perdues, le scaphandrier fonctionne encore utilement.
■Nous emprunterons à un mémoire publié par M. Denayrouze sur le Nettoyage des carènes de navires en cours de campagne , quelques pages, qui montreront l'application pra-
tique des principes que nous venons de faire connaître.
M. Denayrouze donne, en ces termes, le détail des opérations qu'il fit exécuter pour le nettoyage du garde-côte cuirassé le Taureau, ainsi que de la frégate V Invincible. Les opérations, bien entendu, s'exécutèrent en mer, et sans que le navire dût rentrer au bassin de radoub, car c'est là l'intérêt de l'opération.
« Le garde- côte cuirassé le Taureau, dit M. Denayrouze, est un navire de 2,500 tonneaux de déplacement, à deux machines jumelles de 250 chevaux, faisant mouvoir deux hélices à deux branches.
« Le navire était sorti du bassin le 17 novembre 1865. Quatre mois après, le 15 mars 1866, on remarquait près de la flottaison, sur la partie immergée de la cuirasse, des herbes d'une longueur dev0m,lS. Une première visite avec l'appareil fit reconnaître qu'il se formait, sur le cuivre, des végétations assez semblables à de petits bouquets de bruyères. Ces végétations étaient chargées d'un grand nombre de petites moules ; sur les formes du bâtiment se trouvaient un très-grand nombre de toutes petites coquilles de la grosseur d'une tôle d'épingle. La cuirasse était couverte d'un limon vert, assez long et assez épais.
« Par ordre du vice-amiral préfet maritime \ Toulon, j'entrepris, à titre d'essai, le nettoyage de la carène du Taureau*
« J'avais d'abord à former des plongeurs. Parmi l'équipage, un seul homme, dans les matelots que j'ai employés, savait se servir de l'appareil : les matelots-mécaniciens avaient plongé dans le scaphandre ; les matelots-canonniers, timoniers, n'avaient jamais plongé dans aucun appareil. Le travail a été interrompu plusieurs fois par les exigences du service. Le Taureau a fait trois sorties à, la mer pour des expériences de machine et un voyage à Saint- Tropez,
.« La principale difficulté consistait pour moi dan& le mode d'envoi des plongeurs sur tous les points de la carène. Elle a été très- heureusement et très-simplement résolue par le mode de fonctionnement de l' appareil j qui se prête dune manière toute •particulière à ce genre de travail.
« J'ai cintré le navire avec une échelle en corde, à barreaux en bois, semblable aux échelles de tangon. Cette échelle était roidie des deux côtés et marchait sur l'avant ou sur l'arrière, suivant Iessignaux du plongeur. Ce dernier emportait avec lui un barreau en fer tenu horizontal par une patte d'oie terminée par un crochet. Le plongeur se tenait debout ou assis sur ce marchepied.
LE SCAPHANDRE
Fi g., 430* — Des ouvriers revêtus du scaphandre remettent à flot un bâtiment échoué (page 675).
« Les parties verticales et planes du navire n'offraient pas de difficultés; le plongeur les nettoyait debout sur son marchepied.
« Sous la quille et dans les formes rentrantes, il gonflait son habit d'air, il changeait ainsi son déplacement et se collait contre le navire, étendu sur son marchepied presque horizontalement.
« Une pareille manœuvre faite avec le scaphandre serait très-dangereuse ; on serait exposé à voir îe plongeur remonter, entraîné les pieds en l'air.
v La séparation absolue de l'appareil respiratoire et de l'habit protecteur du froid permet d'accoster tous les points de la carène et résout la plus grande difficulté d'un entretien constant des parties immergées dans un état parfait de propreté.
« L'habit en caoutchouc sert, à proprement parler, au plongeur, de vessie qu'il gonfle et dégonfle à volonté, dont il peut changer le déplacement à un demi-litre près, sans que ces manœuvres influent en rien sur le règlement de sa respiration. De là la surprenante facilité du travail sous les flancs des navires. , .
« Les matelots prennent très-vite l'habitude de ces travaux. Des canonniers, des timoniers, entièrement étrangers au métier de plongeur, étaient arrivés èn Quelques jours à faire septheures de travail soiif Veau. J'aurais diminué ce nombre d'heures, mais, après 3 heures 30 minutes de séjour dans
l'eau le matin, ils remontaient sans aucune fatigue, avec la figure naturelle, le pouls très-normal, et ils demandaient à redescendre l'après-midi. Les bras seuls étaient fatigués le soir par le mouvement continu de la brosse.
« Cette facilité de mouvement sous la carène permettra une propreté absolue de la carène des navires en cours de campagne.
. « Il n'y a, en effet, aucune disposition particulière à prendre, et difficile à installera la mer, telle que : échelles en bois, plates-formes> etc. Quel que soit l'état de la mer, avec l'échelle de corde, la tringle en fer servant de marchepied, la pompe dans la batterie ou sur le pont, on peut plonger sous la carène.
« Il à ventë, dans le cours du nettoyage du Taureau, à deux reprises différentes, une forte brise de N.-0. J'ai tenu à faire continuer le travail. Dès que les plongeurs étaient à 1^,50 sous l'eau, ils ne ressentaient plus l'effet de la lame et travaillaient comme les jours de calme.
« Pour embarquer à bord, ils se gonflaient d'air et flottaient au-dessus de l'eau, toujours dans une position verticale : il devenait très-facile de s'écarter du bord et de les faire monter dans une embarcation qui portait ordinairement la pompe. Lorsqu'il' y avait trop de mer, on pompait sur le pont du' navire. •
« Les plongeurs enlevaient les herbes et les petites moules avec des brosses rectangulaires en fil de laiton. Les balais et les brosses en crin étaient insuffisants pour enlever les végétations après quatre mois de séjour hors du bassin.
« Le nettoyage du Taureau a coûté i09 h. 9 minutes de travail. Un matelot, après deux jours d'exer cice de l'appareil, peut travailler cinq à six heures par jour sous l'eau.
«J'ai perdu environ une quinzaine d'heures à l'apprentissage et à l'installation de ce travail tout nouveau ; mais sans en tenir compte, et en considérant 15 heures comme travail effectif, on voit qu'il représente 20 journées de travail à un seul plongeur.
« Ce travail a paru à tous les officiers très-su ffisamment rapide pour le but que je me proposais d'atteindre. En effet, les plus grands navires cuirassés, tels que le Solferino> ou le grand paquebot anglais l'Himalaya, n'ont qu'une surface de carène double de celle du Taureau, Leur nettoyage complet, tous les trois ou quatre mois, demanderait 220 heures de plonge.
« Avec deux plongeurs, il suffirait de 20 journées pour nettoyer les plus grands navires. De plus, ce nettoyage entrant dans la pratique des bâtiments et ayant lieu tous les deux mois, la carène serait beaucoup moins sale et la durée du travail considérablement diminuée.
« On peut donc considérer cette limite de 20 jours comme une limite maximum pour les plus grands
navires. j
M. Denayrouze passe ensuite aux opérations qu'il a fait exécuter à bord de la frégate cuirassée /' Invincible,
« Cette frégate n'avait pas passé au bassin depuis dix mois. J'ai fait nettoyer pendant 6 heures la partie comprise entre le neuvième et le dixième sabord à bâbord. La frégate est entrée au bassin le lendemain. Sa carène était dans un état surprenant ; le j cuivre était couvert d'une couche épaisse de végé- ; talions sous-marines, une sorte de corail blanc ; des coquillages d'espèces diverses formaient une couche qui cachait complètement le doublage et qui avait 5 centimètres d'épaisseur en certains endroits. 11 y avait, en outre, de distance en distance, des huîtres très adhérentes. Je n'estime pas à moins de 10 tonneaux le poids des végétations que la gratte a détachées du cuivre de cette frégate.
« La cuirasse, beaucoup plus propre que le cuivre, était couverte d'une herbe verte de 15 à 20 centimètres de longueur très-adhérente. Des bancs de moules, d'une longueur, de 2 mètres sur une largeur ; de 13 à 20 centimètres, étaient semés çà et là sur la , cuirasse, plus particulièrement près des endroits où | les plaques de blindage étaient piquées. '
« La partie que l'on avait brossée la veille en rade a été trouvée parfaitement nettoyée. Un rapport officiel l'a constaté. Le cuivre était absolument comme s'il venait d'être gratté au bassin. Les coquillages très-adhérents, les huîtres, avaient été brisés avec une gratte pesante, et les plongeurs avaient brossé par-dessus. Les parties avoisinant la quille, la quille elle-même, étaient au moins aussi propres que les parties nettoyées près de la cuirasse.
a II ressort de cet essai que l'on aurait pu trèsbien, en y employant suffisamment de monde, débarrasser complètement le cuivre de cette frégate ^e toutes ces végétations.
« On a mesuré exactement à bord l'espace nettoyé; il était de 45 mètres carrés ; un seul homme avait été employé à ce travail pendant 6 heures consécutives.
« On peut donc prendre pour base de l'évaluation du travail des matelots sous la carène 6 mètres carrés de surface par homme et par heure.
« A bord du Taureau, j'ai eu souvent 10 mètres carrés par heure et par homme ; mais ce navire était beaucoup moins sale que l'Invincible. Je ne pense pas qu'il passe souvent au bassin des bâtiments ayant une carène plus sale que celle de celle frégate. Le chiffre de 6 mètres carrés peutôtre considéré comme un minimum de travail. Suivant l'état de propreté du navire, un plongeur doit nettoyer de 6 à 12 mètres carrés de surface par heure. :
« Quant aux conséquences de l'état des carènes, j'extrais des journaux du bord et des rapports faits sur l'Invincible les notes suivantes î
«La frégate l'Invincible a atteint dans ses premiers essais, en tS62, une vitesse mesurée sur les bases des îles d'Hyères, de 13 nœuds S, en marchant à foute vapeur ; elle donnait de 53 à 54 tours d'hélice.
« L'année dernière, après sa sortie du bassin, elle a recommencé ses expériences sur les mômes bases, et a obtenu de 13 nœuds à 13 nœuds 2* Elle donnait, a toule vapeur, 53 tours d'hélice. Dans un voyage à Saint-Tropez au mois d'avril, c'est-à-dire dix mois après sa sortie du bassin, la frégate a chauffé à toute vapeur. Par un temps calme et une mer unie, avec de très-bon charbon et 65 à 66 centimètres de vide au condenseur, la machine donnait 51 tours 5. La plus grande vitesse obtenue a été de 9 nœuds 8.
« Ces chiffres dispensent de tout commentaire.
« Les dispositions de détail à prendre pour travailler commodément sous la carène sont les suivantes :
« Cintrer le navire avec l'échelle en corde. Cette échelle porte des barreaux en bois de 80 centimètres de longueur et à. 30 centimètres de distance les uns des autres. A l'extrémité de l'échelle près de la flottaison, les barreaux ne sont qu'à 0n,,20 les uns des autres, pour faciliter l'ascension du plongeur.
« L'échelle doit avoir lm,20 hors de Feau, et au premier barreau se trouvent deux tire-veilles qui
LE SCAPHANDRE
servent au plongeur pour se hisser commodément.
« La pompe est placée- sur le pont, ou dans la batterie, ou sur l'avant d'un canot de service.
« Le plongeur s'habille dans la chambre du canot/il s'assied sur la fargue du canot soit pour entrer dans l'eau, soit pour en sortir. On peut faciliter ce mouvement en crochant sur le bord du canot une marche en bois soutenue en patte d'oie par deux bouts de filin. Le plongeur s'assied sur cette marche en remontant de l'eau.
« Le marchepied est une barre en fer de 1 mètre de longueur. La hauteur du crochet au-dessus du marchepied est environ de i mètre. Le croc doit être assez large pour crocher aisément dans les marches de l'échelle.
et Pour entretenir la carène d'un bâtiment sortant du bassin, des brosses dures ou des balais en bois à poîgnéb lestée en plomb suffisent. Le balai ou brosse est attaché au poignet par une petite chaîne métallique. Lorsqu'on laisse accumuler les végétations, il faut employer les brosses rectangulaires métalliques en laiton. Ces dernières sont préférables aux brosses en fil de fer, qui pourraient rayer le cuivre.
« Lorsque le navire n'a pas été nettoyé depuis longtemps, il y a, sur la carène, des coquillages très-durs. Ainsi la frégate l'Invincible a, sur ses flancs, des huîtres aussi grosses que des huîtres d'Ostende, après un an de séjour hors du bassin. Les navires en fer portent plus particulièrement des moules; il faut, pour les enlever, se servir de grattes en fer d'environ 0m,i5 de largeur*
Renflouage des vaisseaux échoués. Destruction des navires ennemis en temps de guerre. — Le scaphandre permet également, dans certains cas , de remettre à flot des navires échoués. Des plongeurs soulèvent d'une certaine quantité le bâtiment au moyen de crics ifig. 430). Ils passent ensuite dessous, soit de fortes chaînes, soit de grandes bouées remplies d'air comprimé, et ils le font haler par un autre bâtiment- voguant à la surface. Ces bouées ont pour objet d'augmenter sa surface ascensionnelle.
Pisciculture , pêche du corail, des éponges , des perles et de la nacre. — Il est facile de comprendre toute l'extension que prendrait le commerce de ces produits, si Ton utilisait le scaphandre pour les recueillir. .
; Les opérations nombreuses et variées exigées par l'élevage des poissons dans les
étangs, dans les petits cours d'eau et les rivières d'eau douce ou salée, réclament fréquemment une connaissance précise , un aménagement rationnel du fond des eaux. La nature des plantes, la disposition des abris dont le poisson peut avoir besoin, ont, en effet, une grande influence sur le succès des entreprises de pisciculture. Sans nul doute, un appareil qui permet de descendre sous l'eau, d'y travailler librement et de s'y déplacer comme on le veut, doit rendre, dans ces diverses opérations,des services réels, surtout lorsqu'il s'agira d'empoissonnements un peu considérables et dont les produits pourront facilement compenser les dépenses de l'entreprise.
Rien de plus imparfait que les procédés suivis actuellement dans la pêche des huîtres comestibles. La drague dévaste aveuglément les bancs dont la nature a peuplé nos parages. Aucun choix n'est possible entre les jeunes et les adultes ; enfin, bon nombre de ces mollusques sont brisés et perdus. Cette pêche, d'ailleurs, est d'un produit incertain ; en tout cas, on peut la considérer comme beaucoup moins productive que ne le serait une recolle à la main,faitepar un équipage submergé dans le bateau plongeur, suivant à son gré le banc d'huîtres au fond de la mer, épargnant les jeunes pour l'avenir, et ne perdant pas, s'il le veut, un seul animal. Un autre point de vue mérite d'être signalé à ce propos.
Grâce à Fart admirable de Y ostréiculture, dont nous avons décrit les pratiques dans la Notice sur la Pisciculture (1), on sait aujourd'hui ensemencer d'huîtres les rivages où ces animaux n'existent pas. Le scaphandre serait très-propre à établir sans peine, et dans les lieux choisis d'avance, des bancs d'huîtres qui, en peu d'années, seraient d'un bon rapport et enrichiraient nos pays maritimes.
Le même système appliqué aux huîtres perlières, permettrait de régénérer les pêches des perles et de la nacre, et de prévenir Té-
(1) Tome III.
puiseraient des bancs, en fournissant les moyens de reproduire ces huîtres perlières par un ensemencement artificiel semblable à celui qui s'exécute aujourd'hui sur tant de rivages pour l'huître comestible.
On comprend aisément combien il serait avantageux de pouvoir substituer aux plongeurs à nu, pour la recherche des huîtres perlières et de la nacre, les plongeurs revêtus du scaphandre. Les hommes ainsi préservés de l'attaque des animaux sous-marins , et pouvant prolonger selon leurs désirs, leur séjour dans l'eau, procéderaient à des récoltes sûres et abondantes.
Quant au corail, il ne serait pas moins précieux de substituer les scaphandres au système de pêche barbare en usage sur les côtes de l'Italie, et en général dans tous les parages de la Méditerranée et de l'océan Indien où Ton récolte le corail. Le filet muni de crocs, nommés fauberts, qui sert à cette pêche, agissant au hasard, à travers les profondeurs de la mer, laboure les rochers coralliers, brise et détruit le naissain de zoophytes, aussi bien que le corail le plus ancien. Ce mode de récolte détruit tout, au fond de la mer, au grand préjudice des exploitations futures.
Les pêcheurs de corail ont été frappés de ces avantages, alors qu'on ne connaissait encore que l'appareil Cabirol. On cite des pêcheurs de corail de la côte de Catalogne qui ont réalisé, avec le scaphandre, de très-beaux bénéfices. Cet exemple a été d'ailleurs suivi par d'autres pêcheurs, surtout depuis l'invention du scaphandre RouquayroL
Au mois de mars 1856, M. Ad. Focillon, dans un rapport présenté à la Société d'acclimatation , à propos de questions sur la pêche du corail algérien, qui avaient été adressées à cette société par le Ministre de la guerre, démontrait que les moyens les plus efficaces pour ramenerendes mains françaises la pêche et l'industrie du corail algérien seraient : 1° l'exploitation méthodique
des bancs naturels ; T la création de bancs artificiels dans des conditions favorables à leur exploitation ultérieure.
Le scaphandre semble devoir résoudre mieux qu'aucun autre procédé ce double problème. Ses avantages paraîtront considé« rables, si l'on songe qu'il permet de faire la pêche sûrement, avec une supériorité évidente, et sans ravager les bancs coralliens. A l'emploi de la drague, qui brise, arrache et ramène très-incomplétement les débris qu'elle a faits, les scaphandres substituent une cueillette à la main, où chaque morceau de corail peut être choisi, où l'état des bancs peut être constaté, à chaque saison, où les jeunes pousses de coraux peuvent être épargnées, tandis qu'on enlève, sans préjudice pour les bancs, et avec un grand profit industriel, les vieux troncs que la drague abandonne trop souvent (fy, 431). La pêche du corail opérée avec les appareils plongeurs sera aussi productive qu'une récolte à la surface du sol, et on sera en mesure d'offrir le corail ainsi récolté aux étrangers, qui nous l'enlèvent aujourd'hui, sans que la France en retire aucun bénéfice. On pourrait même, grâce à ce procédé, combiner l'ensemencement du corail avec sa pêche méthodique. En effet, dans les eaux qu'il habite naturellement, ce zoophyte croît partout où on le pose, et la production de nouveaux bancs, l'extension, l'aménagement rationnel des bancs existants, paraissent ne devoir plus dépendre que de l'emploi rationnel des scaphandres.
Il est donc à désirer que l'on fasse l'essai des scaphandres pour la pêche du corail de l'Algérie. Lorsque la main de l'homme pourra récolter directement ce que la drague dévaste aujourd'hui, on trouvera dans ce procédé les moyens les plus efficaces de rapatrier cette pêche, jadis toute française. On« ne peut guère prévoir comment les moyens grossiers des pêcheurs actuels pourraient soutenir la concurrence avec une méthode qui, récoltant facilement le corail propre à
LE SCAPHANDRE
Fig. 431. — Récolte du corail au moyen du scaphandre.
l'industrie, livrerait sans peine, sur les marchés algériens, une marchandise abondante et mieux choisie. On trouverait là» en même temps, les moyens de ménager et d'accroître ces gisements coralliens de l'Algérie qui ne connaissent pas de rivaux, et qui devraient être une des richesses de notre colonie d'Afrique.
L'introduction des machines à plongeurs dans la pêche des éponges, était, pour ainei dire, indiquée d'avance. On devait y trouver
des avantages évidents ; travail moinspénible et rendement plus considérable, joints à la possibilité de descendre dans la mer à toutes les époques. Les plongeurs revêtus du scaphandre, pénétrant à des profondeurs beaucoup plus considérables que les plongeurs à nu, devaient faire une récolte d'épongés bien supérieure en qualité et en quantité. En effet, labeautéetlafinessedesépongess'accroissent avec la profondeur jusqu'à 40 ou 50 mètres.
On ne sera donc pas surpris d'apprendre que les appareils plongeurs aient été adoptés
depuis peu d'années dans les pays de l'Orient qui se livrent à cette industrie.
Ce n'est pas cependant sans des difficultés qui avaient fini par amener des troubles assez graves, que l'introduction de ces appareils a pu se réaliser au milieu des populations de l'Orient, animées de tous les vieux préjugés contre ce qui est neuf et insolite.
Nous trouvons dans le mémoire de M. P. Aublé, que nous avons déjà cité, le récit historique des premiers essais de l'emploi des scaphandres sur les côtes de l'Archipel otto ■ man, et des singulières oppositions qu'elle rencontra. Comme ce récit nous paraît devoir intéresser nos lecteurs, nous laisserons la parole à l'auteur de ce mémoire.
« La première machine, dit M. Aublé, qui travailla pour la pâche des éponges, fut amenée en Syrie par M. A. Coulombel, de la maison Coulombel frères et Devismes de Paris, il y a dix ans. Il avait avec lui un plongeur de Toulon qui devait enseigner aux pêcheurs d'épongés à se servir de l'appareil.
« U fît donc la campagne lui-môme avec son équipage ; mais un beau jour le plongeur français mourut, après des douleurs assez- mal définies qui le prirent au fond de la mer. On eut le temps de le retirer; il ne survécut que quelques heures. Cet essai en resta là et découragea profondément celui qui l'avait tenté. Plus tard, le bruit très -vraisemblable se produisit que ce plongeur avait été empoisonné.
« On n'entendit plus parler de celte malheureuse expédition, et personne ne songeait à courir la responsabilité d'un nouvel essai, lorsqu'en 1860, un plongeur de Symi revint des Indes avec un scaphandre. Il avait travaillé avec des Anglais dans des machines permettant de descendre jusqu'à 30 brasses (49m,S0). Ce fut pour le récompenser que ses maîtres lui donnèrent un appareil à plongeur, lorsqu'il partit. Il s'en servit pour la pêche des éponges et en lira un excellent profit. Il fut seul jusqu'en 1865. A cette époque, on apprit tout à coup qu'un scaphandre appartenant à une maison française de Constantinople et exploité par des gens de l'île de Calimnos venait d'être brisé par la population de cette île. On voulut faire un mauvais parti aux scaphandriers; ils purent heureusement s'échapper. Nécessairement cela amena des menaces, des récriminations, des procès qui n'ont encore abouti à aucun résultat réel.
« L'élan était donné. Aussitôt on arma, pour la campagne de i 866, 2 scaphandres à Rhodes. Bientôt
après, il y en avait 5 à Symi et une nouvelle à Calimnos même.
« Dans les îles, ce fut une révolution. La population, surexcitée, soulevée, menaça de briser tous les scaphandres, d'exiler, de tuerceux qui s'en serviraient. On alla jusqu'à prêcher en pleine église Iamort contre tout traître à la patrie (c'est ainsi qu'on appela ceux qui se servaient des machines).Ces menaces n'eurent pas de suite, mais à la rentrée des bateaux de pêche, au mois de septembre 1866, les troubles recommencèrent. Calimnos se mit à la têle, on y brisa le scaphandre qui s'y trouvait ; deux jours après les Symiotes brisaient tous ceux de leurs compatriotes. L'exaltation de ces gens était telle, que les enfants de dix ans venaient en troupe sommer les propriétaires de scaphandre de leur donner la clef de leur magasin et les y forçaient. En face d'un pareil état de choses, les deux machines de Khodes furent envoyées immédiatement à Symi : c'était vouloir résoudre la question carrément ; on n'osa pas y toucher.
« Les Europ éens se demandaient s'il serait désormais possible de traiter avec une pareille population; à Karki, on ne brisait pas de machines, mais on refusait de laisser partir des éponges achetées et payées.
« Ce fut un trouble général, la négation de toute espèce de droit, d'autorité ; les Européens demandaient une satisfaction pour empêcher le retour de semblables violences et assurer la sécurité de leurs transactions. Les insulaires, comprenant tous leurs torts et voulant les pallier, consentirent à payer une indemnité aux propriétaires des machines brisées ; c'était un dédommagement bien minime et illusoire, parce qu'on exigea en même temps une renonciation formelle aux machines à plongeur, sous peine d'exil et de confiscation de tous les biens. »
L'esprit turbulent et arriéré des populations des îles de F Archipel, explique cette excitation extraordinaire. Il faut dire aussi que Tinsurrection de l'île de Candie avait échauffé les têtes, et que les insulaires trouvaient dans ces événements une occasion de faire des démonstrations hostiles à la Turquie.
Hâtons-nous de dire que cette affaire fut complètement résolue en 1867, par les soins réunis des gouvernements français et ottoman. Le navire de guerre français le Forban^ et une frégate turque portant le gouverneur de Rhodes, mirent fin à tous ces troubles, et Ton décréta la complète liberté de
LE SCAPHANDRE
la pêche des éponges au moyen des scaphandres.
Depuis ce moment, ceux qui avaient poussé aux violences populaires, furent les premiers à se procurer des machines, et à procéder, avec ces engins nouveaux, à la pêche des éponges.
D'après le mémoire qui nous a fourni les détails précédents, le commerce total des éponges pêchées par les barques du littoral syrien et de l'Archipel ottoman (Symi, Calimaos, Rhodes, Smyrne, Hydra) a été, en 1866, de 161,000 francs pour 11 machines; ce qui fait une moyenne de 14,600 francs pour une machine, c'est-à-dire plus du double du rendement des meilleures barques ordinaires. Il est prouvé qu'une machine à plongeur rapporte au moins trois fois le produit de la meilleure barque de pêche ordinaire.
Aussi voit-on, en ce moment, cette industrie se développer à Rhodes et à Smyrne, où Ton ne s'en occupait pas jusqu'ici.
Dans lacampague de 1867, il y avait 15 à 18 machines à plongeur occupées à cette pêche. Ce mouvement ne s'arrêtera pas, car il est de toute évidence que l'introduction des scaphandres réalisera toute une révolution dans l'industrie qui vient de nous occuper.
L'inventeur du bateau sous -maria que nous avons décrit et figuré dans cette Notice (page 665) , M. le docteur Payerne , assisté de M. Lamiral, qui s'était associé à son entreprise, avait proposé, en 1856, non une pêche régulière des éponges au moyen du bateau sous- marin, mais une naturalisation de ce zoophy te sur nos côtes d'Algérie. MM. Payerne et Lamiral, comptant sur l'identité probable des eaux de la Méditerranée dans ses divers parages, et sur l'analogie des climats, voulaient transporter les éponges syriennes sur les côtes de notre colonie d'Afrique, et ils indiquaient, à cet effet, un moyen aussi simple que rationnel.
Les bateaux sous-marins, disaient MM.
Payerne et Lamiral, iraient sous les eàux de Tripoli, de Beyrouth ou de Seïda, choisir, parmi les éponges vivantes, celtes qui paraîtraient préférables pour ces essais; on ferait éclater et on enlèverait les parties de rochers qui les portent. Cette récolte vivante serait placée dans des caisses perméables à l'eau, qu'on pourrait faire flotter à telle profondes qu'il serait nécessaire. Les caisses seraient remorquées vers l'Algérie, et enfoncées au fond de la mer, où les éponges seraient disposées par l'équipage du bateau sous-marin dans des conditions aussi semblables que possible à celles de leurs contrées natales. Il semble, quand on considère la fécondité et la vitalité énergique des zoophytes, qu'en peu d'années on aurait à récolter sur nos côtes africaines un nouveau produit, que l'emploi des scaphandres permettrait d'exploiter avec méthode et discernement. Pour des tentatives de ce genre, l'impossibilité du travail sousmarin était l'obstacle à peu près unique, car les animaux inférieurs croissent et se reproduisent en général avec une simplicité qui ne semble laisser à craindre aucune îdifficulté sérieuse pour leur transplantation sous d'autres rivages maritimes.
Le peu de succès pratique qu'a obtenu le bateau sous-marin de M. Payerne a empêché de donner suite à ce projet; mais il serait facile de le reprendre au moyen du nouveau scaphandre de MM. Rouquayrol et Denayrouze.
Nous terminerons cette Notice en disant que les appareils plongeurs se prêtent encore à d'autres applications que nous avons dû passer sous silence. Il est tout d'abord bien évident que le scaphandre Rouquayrol et Denayrouze peut servir à pénétrer dans tout lieu rempli de gaz méphitiques bu irrespirables, tels que les soutes à charbon situées dans la cale des navires, les fosses d'aisances, les égouts, etc. En cas d'incendie, il permettrait de pénétrer dans une cham*
hre envahie par la fumée. Il est enfin des circonstances particulières, placées en dehors de toutes prévisions, où le scaphandre sera employé avec succès. Cet appareil a donc un grand avenir, et il figure au nombre des plus intéressantes inventions de notre temps.
L'appareil de M. Galibert, que Ton a vu fonctionner à l'Exposition de 1867, sur le bord de la Seine, n'est qu'une application intéressante du principe du scaphandre Rouquayrol et Denayrouze.
Les tubes respiratoires de M. Galibert permettent de pénétrer sans danger au milieu d'un espace rempli de gaz irrespirables, dans une pièce contenant du gaz acide carbonique, dans une chambre pleine de fumée, etc.
L'appareil de M. Galibert, qui a été récompensé deux fois par l'Académie des scien-
ces (1866, 1869) consiste en un sac de cuir, ou réservoir à air, de la capacité de 1 1 0 litres, qui permet de séjourner 20 à 25 minutes dans un gaz asphyxiant. Deux tubes qui partent de ce réservoir, aboutissent à une pièce en corne, qui se fixe dans la bouche par une légère pression des dents. On porte ce réservoir sur le dos comme un havre -sac, on protège les yeux par une paire de lunettes et les narines par un pince-nez, qui sont les accessoires de l'appareil . En mettant dans la bouche la pièce en corne, on peut descendre dans la cave, la fosse, le puisard, etc., où il y a un travail à exécuter. On aspire par les deux tubes à la fois, et Ton renvoie lentement l'air aspiré, dans le réservoir, par les mêmes tubes.
Avec cet appareil, qui ne pèse que lkd,60, l'ouvrier est complètement libre de ses mouvements : il porte son air avec lui.