‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [4], Éclairage, chauffage, ventilation, phares, puits artésiens, cloche à plongeur, moteur à gaz, aluminium, planète NeptuneChapitre 15 sur 143 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

PROCÉDÉS ACTUELLEMENT SUIVIS POUR LÀ PRÉPARATION DES ACIDES GRAS DESTINÉS A L'ÉCLAIRAGE. — LA SAPONIFI- CATION CALCAIRE.

Après cet historique de la découverte des acides gras et de leur application à l'éclairage, nous décrirons les divers procédés qui servent à préparer l'acide stéarique, dans les manufactures actuelles.

Le plus ancien en date de ces procédés, celui qui est encore suivi dans beaucoup de fabriques, c'est le procédé de la saponification au moyen de la chaux.

Dans un vaste cuvier en bois, doublé en plomb et chauffé par une circulation de vapeur, on introduit le suif qui doit servir à la préparation de l'acide stéarique. Quand la masse est bien fondue, on y verse peu à peu de la chaux vive délayée dans Feau : on emploie de 14 à 15 parties de chaux pour 100 parties de suif. Ce mélange étant maintenu à Fébullition pendant environ huit heures, le suif se trouve entièrement saponifié parla chaux, et l'on obtient un savon de chaux^ c'est-à-dire un mélange d'oléate, de stéarate et de margarate de chaux.

La figure 51 représente plusieurs de ces cuves à saponification. La vapeur d'une chaudière s'introduit par un tube conducteur de celte vapeur, quand on tourne un robinet. Autrefois on disposait dans ces cuves des agitateurs mécaniques mus par une machine à vapeur, mais on préfère aujourd'hui remuer la masse à bras d'homme, à l'aide d'une simple pelle de bois.

Par le refroidissement, le savon calcaire se prend en une masse dure et solide. Dans les

premiers temps de cette fabrication, on retirait icette masse du cuvier, et on la brisait en petits fragments, &n la faisant passer entre des cylindres concasseurs. Mais il fallait détacher, à coups de pioche, la masse compacte du savon, et ce travail prenait beaucoup de temps. Aujourd'hui on laisse le savon calcaire dans le cuvier même où il s'est formé , et Ton y ajoute directement Feau étendue d'acide sulfurique, qui doit décomposer le savon calcaire et mettre les acides gras enliberté, en formanit du sulfatede chaux.

L'intervention de la chaleur est nécessaire pour que cette décomposition par l'acide sulfurique s'effectue rapidement. On introduit donc, au moyen du tube adducteur, de la vapeur d'eau bouillante, qui porte bientôt lu mélange a rébullitioa.

Le savon calcaire est attaqué peu à peu par

l'acide sulfurique. Le sulfate de chaux résultant de cette combinaison, se précipite au fond de la cuve, tandis que les acides margarique, stéarique et oléique, ainsi rendus libres, remontent à la surface.

Au bout de six à sept heures, le savon calcaire a disparu. On laisse reposer la liqueur, et le lendemain, au moyen d'un monte-jus, on retire les acides gras encore liquides, et on les envoie aux cuves de lavage.

11 faut plusieurs jours pour que ces deux opérations soient terminées. Aussi place -t-on dans le même atelier plusieurs cuves, comme on l'a représenté dans la figure 54 . Pendant que l'action se termine dans l'une des cuves, on commence, dans une autre, l'attaque par l'acide.

Les acides gras arrivés aux cuves de lavage sont lavés à l'eau pure, pour les débarrasser

Fïg* 63. — Pressage à froid des acides gras, au moyen de la presse hydraulique verticale.

de l'acide sulfurique libre qui les imprègne. On les verse alors, à l'état de fusion, dans de petites caisses de fer-blanc, superposées dans un tel ordre, qu'il suffit de verser la matière fondue dans les caisses supérieures, pour' qu'elle se répande, par cascades uniformesj dans les caisses placées inférieure.ment. Les acides gras se refroidissent dans ces sortes de moules et s'y coïicrètent en un gâteau solide.

La figure 52 représente l'ingénieuse disposition adoptée pour remplir les moules d'acides gras. Ce système est de l'invention de M. Binet,

Pour séparer l'acide stéarique solide de l'acide oléique, les gâteaux d'acides gras sont retirés du moule, après leur entier refroidissement, et on les soumet, à froid, à l'action de ia presse, en les enveloppant dans des tissus

de lainè, les étageant les uns au-dessus des autres, et les séparant par des plaques de tôle. La plus grande partie de l'acide oléique s'écoule par cette pression à froid, exercée par une forte presse hydraulique.

, La figure 53 représente le pressage à froid des acides gras. 1 est la tige du piston de la presse hydraulique, dont le canal et la pompe de compression sont établis dans une pièce séparée ; P,P, sont les sacs de laine contenant les acides gras, et qui forment trois étages séparés par des plaques de tôle. H, est la table, pourvue d'une rigole, par laquelle l'acide oléique s'écoule à mesure qu'il exsude de la matière comprimée. R,R, sont deux autres rigoles. L'acide oléique se rend, de ces rigoles, dans le bassin qui sert à le recueillir et qui est en contre-bas de la pièce.

11 faut cinq ou six heures pour que le pressage à froid soit terminé.

Pour le débarrasser des dernières portions d'acide liquide, l'acide concret est soumis à une seconde pression, laquelle se fait à chaud. A cet effet, on revêt les gâteaux d'acides gras d'une bonne enveloppe de crin, et on les place entre des plaques de fer autour desquelles circule un courant de vapeur.

La figure 54 représente la disposition employée dans plusieurs fabriques, pour effectuer le pressage à chaud des acides gras. À, est le tuyau de pression de la presse hydraulique ; G, le corps de pression de la même presse hydraulique, c'est-à-dire la capacité pleine d'eau qui reçoit et multiplie la pression partant du tuyau A. Un manomètre, S, indique à l'extérieur le degré de cette pression. P, est le piston de la presse hydraulique qui vient comprimer horizontalement les gâteaux d'acides gras, E, E, contenus dans la bâche.

Pour que les pains d'acides gras soient maintenus chauds, pendant qu'ils sont ainsi comprimés par la presse hydraulique horizontale, on fait circuler dans la bâche qui les renferme, un courant de vapeur d'eau bouillante. Cette vapeur arrive par le tube V. Quand on ouvre la valve qui lui donne accès, en abaissant la manivelle RR', elle pénètre dans les tubes T, T, et vient circuler autour des plaques E, E renfermant les pains d'acides gras. L'articulation dont sont munis les j tubes, permet de les changer de place ou de ; les mouvoir en différents sens. L'acide oléi- j que qui exsude des pains d'acides gras s'é- \ coule par le fond de la bâche.

Après un temps de pression suffisant, les tourteaux sont débarrassés de leur enveloppe. Ils présentent alors une masse sèche et friable qui se compose d'acides stéarique et margarique, c'est-à-dire de la matière de la bougie dite stéarique.

M. de Milly, le créateur de l'industrie stéarique, a réalisé une importante amélio-

ration dans le procédé de saponification du suif par la chaux. Nous avons dit plus haut que, pour saponifier le suif au moyen de la chaux, il faut employer de 14 à 15 pour 100 de chaux vive. En modifiant le mode opératoire dans cette partie de la fabrication , M. de Milly est parvenu à réduire à 4 ou 5 pour 100, la quantité de chaux nécessaire pour la saponification. Ce résultat est d'une grande importance économique, non-seulement parce qu'il permet de supprimer les deux tiers de la chaux employée jusqu'ici, mais surtout parce que la quantité d'acide sulfurique qu'il faut faire agir plus tard pour saturer cette chaux, se trouve réduite dans la même proportion. Voici en quoi consiste ce nouveau mode de saponification calcaire, qui n'est que depuis peu de temps en usage dans l'usine de M. Milly.

Mélangé à 4 ou 5 pour 100 seulement de chaux préalablement délayée dans une petite quantité d'eau, le suif est placé dans une chaudière fermée, dans laquelle on fait arriver un courant de vapeur d'eau, à la tension de 3 ou 4 atmosphères. Par suite de l'état particulier du savon ainsi formé (lequel est sans doute un stéarate acide), ou simplement par l'effet de la haute température de la matière, le savon calcaire est plus fluide, plus fusible , plus facilement émulsionné par l'eau, que celui que Ton obtient dans l'opération telle qu'on la pratique d'ordinaire, c'est-à-dire à l'air libre. Cette fluidité du savon calcaire permet de le verser directement dans la cuve où se trouve l'acide sulfurique destiné à le décomposer. On n'est donc plus obligé, comme dans les premiers temps de la fabrication, de passer par cette longue opération qui consiste à laisser refroidir le savon de chaux, à le détacher de la cuve à coups de pioche, à le diviser en fragments, et à le transporter dans la cuve à acide sulfurique. Il suffit d'ouvrir le robinet de la chaudière où la saponification s'est o.pérée, pour faire couler directement le savon cal-

L'ART DE L'ÉCLAIRAGE

Fig. 54. — Pressage à chaud des acides gras, au moyen de la presse hydraulique horizontale.

caire,. émulsionné et fondu, dans la cuve à acide où il doit être décomposé. Cette simplification dans la main-d'œuvre, jointe à l'économie de deux tiers de la quantité de chaux et d'acide sulfurique, a permis de réaliser dans la fabrication des acides gras au moyen de la saponification calcaire une économie notable.

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