‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [4], Éclairage, chauffage, ventilation, phares, puits artésiens, cloche à plongeur, moteur à gaz, aluminium, planète NeptuneChapitre 18 sur 143 · LES BOUGIES DE BLANC DE BALEINE ET DE PARAFFINE · texte numérisé non relu

LES BOUGIES DE BLANC DE BALEINE ET DE PARAFFINE

La bougie de cire est complètement abandonnée aujourd'hui, et les rares fabricants de cire qui existent en Europe5 n'ont plus à s'occuper de confectionner des bougies pour les salons. Sans parler davantage de la bougie de cire, nous terminerons l'étude de l'éclai-

rage par les corps gras solides, en disant quelques mots des bougies de blanc de baleine et de paraffine, qui sont aujourd'hui en usage en Angleterre et en Amérique, concurremment avec les bougies stéariques.

On appelle blanc de baleine^ une matière grasse, solide à la température ordinaire, mais qui existe, à l'état fluide, autour du cerveau des grands cétacés, principalement du cachalot. Les chimistes appellent cétine la matière solide pure du blanc de baleine. Chez le cachalot, elle est unie à une certaine quantité d'oléine.

Pour extraire la cétine pure de l'huile brute, qui est contenue dans le crâne du cachalot, on filtre cette huile à travers des sacs de toile serrée. L'oléine traverse le tissu; et la cétine, c'est-à-dire le blanc de baleine plus ou moins pur, reste dans le sac. On presse plusieurs fois la matière, pour là séparer de l'oléine qu'elle retient; puis on la fait fondre, et on la laisse cristalliser par le refroidissement. Cette cristallisation donne la cétine dans une assez grande pureté. Il suffît de l'exprimer sous des presses, pour la débarrasser de l'oléine qu'elle retient encore, enfin

de la faire bouillir avec du carbonate de soude, pour lui enlever les dernières traces de celte huile liquide.

Le produit, pressé et fondu de nouveau, est une matière blanche très-pure. Elle sert à confectionner des bougies, qui tirentleur mérite, aux yeux des consommateurs, de leur remarquable transparence. Les bougies de blanc de baleine sont des bougies diaphanes, d'un aspect reluisant, que Ton admire beaucoup en Angleterre ; mais nous sommes en France assez indifférents à cette qualité.

Pour que la bougie de paraffine ait une grande transparence, il faut, quand on la coule, empêcher sa cristallisation, qui donnerait de l'opacité à la matière, par l'entrelacement intérieur des aiguilles des cristaux. On a donc soin, avant de couler dans les moules les bougies de spermaceti, d'agiter la masse, pour la brouiller et empêcher les cristaux de se former. L'addition de 3 pour 100 de cire blanche, empêche égalementla cristallisation, et donne un produit extrêmement diaphane.

Les bougies de blanc de baleine, que l'on colore quelquefois des nuances bleu tendre, rose, violet, etc., sont d'une admirable pureté. Elles brûlent avec une flamme très-vive et très-claire. Seulement leur point de fusion est très-bas. Elles fondent à 44 degrés, tandis que la bougie stéarique fond à 54 degrés. 11 eh résulte qu'elles coulent plus facilement que les bougies stéariques.

La bougie de blanc de baleine est un éclairage de luxe . Ellecoûte 6 francs le kilogramme , tandis que les bougies stéariques ne dépassent guère le prix de 2 fr. 50 le kilogramme. En Angleterre, la classe riche peut donc se procurer un éclairage d'une élégance irréprochable. Mais comme la bougie stéarique est assez peu répandue chez nos voisins d'Outre- Manche, la classe peu aisée est, sous ce rapport, beaucoup moins favorisée qu'elle ne l'est parmi nous, où le plus pauvre ménage peut s'éclairer avec le même luxe qu'un ministre ou un financier.

La paraffine est une matière grasse que l'on trouve dans beaucoup de produits naturels, ou dans les résidus de différentes industries. On la retire en abondance des composés qui se forment pendant la distillation de la houille, pour la préparation du gaz de l'éclairage. Elle existe dans divers pétroles, et surtout dans le pétrole de Rangoon (Empire birman), qui est importé par grandes masses en Angleterre.

M. Aimé Girard, dans le Dictionnaire de chimie industrielle^ décrit comme il suit, le procédé suivi en Angleterre, pour l'extraction de la paraffine du goudron de Rangoon.

« On commence par distiller à la vapeur soit lo goudron de Rangoon, soit l'huile de schiste contenant la paraffine; on élimine de cette façon tous les hydrocarbures aisément volatils. Le résidu de la distillation qui, pour le goudron, ne s'élève pas à moins de 75 pour 100 est fonda, puis traité par 2, .4, 6 ou même 8 pour 100 d'acide sulfurique, qui produit un abondant précipité noir. La matière liquide surnageante est lavée soigneusement à l'eau, puis introduite dans un alambic où elle est distillée au moyen de la vapeur surchauffée. Les produits de la distillation sont fractionnés soigneusement; jusqu'à { 50°, ils ne renferment pas de paraffine; à 150% celleci apparaît dans les produits, et la proportion en augmente jusqu'à la température de fusion du plomb (330°); à ce moment la paraffine devient très-abondante, les matières distillées se solidifient par le refroidissement et deviennent susceptibles d'être pressées comme les pains d'acides gras. Les produits . distillant près de 150°, et qui sont encore, liquides, sont soumis à des distillations fractionnées successives, de manière à isoler la paraffine et à l'amener au même état que les produits distillés depuis 200 et quelques degrés jusqu'au point de fusion du plomb.

« La paraffine brute estfondue et abandonnée à un refroidissement très-lent, qui lui fait prendre l'état cristallin ; on la presse alors lentement, de manière à exprimer la plus grande partie de l'huile qu'elle renferme. On la refond de nouveau, et on la traite par 50 pour 100 d'acide sulfurique à la température de 180°* En deux heures, la paraffine se sépare de l'acide ; on la lave deux fois à l'eau bouillante, on la coule en gâteaux, puis on la presse une dernière fois entre des étreindelles, en chauffant légèrement les plaques de la presse. On la refond alors, on lui ajoute 5 pour 100 de stéarine, et on la coule dans les moules à la manière ordinaire.

« Cette méthode a été modifiée d'une manière aussi heureuse qu'élégante par MM. Cogniet. Ces habiles

L'ART. DE L'ÉCLAIRAGE

industriels ont remarqué que si Ton mélange la paraffine impure avec du sulfure de carbone, celuici exercé son action dissolvante sur les goudrons noirs qui la souillent, avant d'agir sur la paraffine. Partant de cette observation, ils prennent la paraffine brute et colorée, l'empâtent avec une petite quantité de sulfure de carbone, puis soumettent le tout à une pression modérée ; le sulfure de carbone s'écoule et entraîne avec lui les matières colorantes (brai et goudron) qui souillent la paraffine, de telle sorte qu'en répétant deux ou trois fois cette opération, on obtient la paraffine dans un état de pureté et de blancheur parfaites. MM. Gogniet emploient d'ailleurs des hydrocarbures légers et volatils, comme le pétroléum, aussi bien que le sulfure de carbone. 11 ne reste plus alors qu'à refondre la paraffine et à la couler pour la transformer en bougies d'une translucïdité remarquable (1). »

Gomme la bougie de blanc de baleine, la bougie de paraffine est d'un prix élevé ; elle ne peut donc figurer que dans les éclairages de luxe.

Page 1