CHAPITRE XV
PRÉPARATION DES BOUGIES STÉABIQUES. — MOULAGE. — BLANCHIMENT. — ROGNA G E, ETC..
Quel que soit le moyen qui ait servi à obtenir l'acide stéarique, ce produit chimique se présente sous l'aspect de masses solides, blanches et cassantes. Nous avons à décrire, pour terminer cette partie de notre sujet, la fabrication des bougies avec l'acide stéarique. Comme leur fabrication ne diffère que par quelques détails, de celle des chandelles, qui a été exposée plus haut, nous pourrons abréger cette description.
La première chose à faire, quand on fabrique la bougie stéarique, c'est de préparer les mèches, et de les disposer dans les moules. Nous rappellerons ce que nous avons déjà dit, dans un des chapitres précédents, à savoir que la mèche est en coton natté avec trois fils. La mèche en coton simplement tordu employée dans les chandelles, aurait nécessité le mouchage, absorbé une trop grande
L'ART DE L'ÉCLAIRAGE
quantité de matière, et trop abrégé la durée de la bougie.
Cette mèche de coton natté exige ellemême une préparation. Les cendres qu'elle laisse par sa combustion, l'empêcheraient de brûler entièrement , et laisseraient un résidu demi-charbonneux. Ce résidu, tombant dans le petit godet que forme la bougie en brûlant, ferait fondre l'acide stéarique, et par conséquent couler la bougie. M. de Cambacérès, comme nous l'ayons dit, avait essayé de traiter la mèche par l'acide sulfurique. M. d'Arcet avait proposé l'acide azotique, et mieux l'azotate d'ammoniaque, pour brûler entièrement la mèche; mais M. de Milly résolut le problème en imprégnant la mèche d'acide borique ou phosphorique, qui, formant avec les cendres de la mèche, un borate ou un phosphate fusible, vitrifie les cendres, et forme un globule, lequel fond, coule et tombe dans le godet de la bougie, sous la forme d'un grain imperceptible. Le poids de ce petit globule à l'extrémité de la mèche , favorise, d'ailleurs, son incurvation. La cause première de cette incurvation de la mèche, c'est le tressage de trois fils qui la composent, et dont l'un étant plus long, plus fort, plus incliné que les autres , se redresse quand la mèche brûle et que le coton est ainsi détordu.
Ainsi les cendres de la mèche, sont éliminées sans inconvénient, et la mèche sa coupant toute seule, par sa combustion, n'a pas besoin d'être mouchée.
Pour préparer les mèches on les fait tremper, pendant trois heures, dans une dissolution aqueuse d'acide borique, contenant 2 kilogrammes d'acide borique pour 100 litres d'eau. Quand on les a retirées du bain, on lés exprime, et on les fait sécher dans une ■étuve.
Les mèches sont placées dans les moules, comme nous ï avons expliqué en parlant des chandelles. Une douille percée d'un trou, du
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côté de l'entonnoir du moule, reçoit un bout de la mèche ; l'autre bout est arrêté dans la partie conique, par un petit tampon de bois, comme nous l'avons expliqué et figuré en parlant des chandelles.
Pour couler, dans ces moules, les acides gras, il faut certaines précautions. Si on les versait chauds, ils cristalliseraient dans le moule, et donneraient une bougie feuilletée et cassante. Il ne faut verser la matière que lorsqu'elle est à demi figée par le refroidissement, c'est-à-dire quand elle, présente un aspect laiteux. On prend, dans des poêlons métalliques, pourvus d'un bec, une certaine quantité de cette matière à demi figée, et on la verse dans les moules.
Pour que le refroidissement ne soit pas trop brusque, ces moules doivent être maintenus chauds. A cet effet, la caisse qui les renferme, est elle-même contenue dans une autre caisse de métal; et l'on fait circuler dans leur intervalle un courant de vapeur à la température de 50 à 60 degrés.
La figure 57 représente la caisse contenant les moules. PP est la caisse extérieure, NN.
Fig. 57 . — Moulage des bougies stéariques.
la caisse intérieure. Autour de la caisse NN circule la vapeur d'eau. Un robinet, T, laisse sortir l'air. Un robinet, T', placé au bas delà caisse, fait écouler l'eau liquide provenant de la condensation de la vapeur. M est la masse*
lotte, c'est-à-dire la masse des acides gras qui surmonte les bougies moulées.
Qaand les moules sont refroidis, on ôte la cheville qui retient chaque mèche, et, saisissant à deux mains la masselotte, on retire d'un seul coup toutes les bougies. On casse la masselotte, et Ton obtient la bougie. Les déchets et la masselotte sont renvoyés à la fonte.
Les bougies moulées ne seraient pas assez blanches. On les blanchit en les exposant à l'air' et à la lumière. On les dispose une aune, sur des grillages, et on les abandonne ainsi, pendant une ou deux semaines, à Faction de l'air. La lumière détruit le principe colorant brun qui existait dans la matière grasse,et l'air ^interposant entre les particules cristallines de la substance, la rend moins transparente et la fait ainsi paraître plus blanche (1).
Les bougies sont, après cette exposition à Tair, un peu salies par des corps étrangers. Pour les nettoyer, il faut les laver dans une dissolution de carbonate de soude, puis les placer sur une toile sans fin : le frottement mutuel de ces petits cylindres achève leur nettoyage.
Mais pour communiquer à la bougie le lustre et le poli tout particuliers qu'on lui connaît, il faut faire usage d'une machine que rien ne peut remplacer, la machine à polir et à rogner les bougies, inventée par M. Binet.
La figure 58 représente, en coupe, cette machine.
Les bougies sont placées horizontalement dans une caisse M. Un rouleau N, muni de cames, les fait arriver au devant d'une scie eirculaire,P, qui les rogne. De là elles tombent sur un drap de laine sans fin, supporté par de petits rouleaux V, V, V, Y et de plus grands T, T", et passant sous les cylindres ou tambours, S, S', S\ Pendant que le drap de
(t) On n'ignore pas que les bougies conservées trop longtemps dans des armoires, ou dans un appartement, jaunissent. Pour les décolorer, il suffit de les exposer pendant quelques jours, à l'air et a la lumière.
laine circule, trois gros tambours S, S', S*,' recouverts d'un drap semblable, sont mus dans le sens horizontal par les trois pignons des roues dentées R, R', R". Les bougies, roulant sur elles-mêmes, avancent ainsi sous cette double impulsion, et elles arrivent au dernier rouleau, d'où elles tombent dans le récipient B. Ainsi frottées longitudinalement durant tout leur trajet entre deux draps de laine, les bougies sont parfaitement polies et lustrées quand elles tombent dans le récipient B, où on les prend pour les mettre en paquets.
Telle est la série d'opérations nécessaires pour confectionner les bougies d'acide stéarique, extrait des corps gras de diverses provenances.
Peu d'industries ont été favorisées d'un succès aussi complet et aussi rapide que la stéarinerie, comme on l'appelle quelquefois. Destinée à remplacer la bougie de cire, la bougie stéarique a, comme on le sait, atteint ce but d'une manière absolue, car on ne confectionne plus aujourd'hui une seule bougie de cire pour l'éclairage des salons.
Sous le rapport de l'élégance, de la propreté et de tous les avantages de ce genre, la bougie stéarique ne laisse rien à désirer; on regrette seulement la faible intensité de son pouvoir éclairant. Ce défaut provient surtout de la suppression, que font aujourd'hui nos fabricants, d'une certaine quantité de cire, que, dans l'origine, on ajoutait aux acides gras, au moment de les couler dans les moules pour confectionner les bougies. Cette addition de cire, qui était, au premier temps de la fabrication, de 25 à 30 pour i 00, a été ensuite réduite à 10, plus tard à 5, et enfin entièrement supprimée. On a pu, de cette manière, abaisser le prix de la bougie, et satisfaire aux exigences du public sur le prix de ce genre d'éclairage. La bougie stéarique est donc moins chère qu'autrefois, mais elle éclaire beaucoup moins. Pour compenser la dimi-
Fig. 58. — Machine à polir et à rogner les bougies.
nution de ce pouvoir éclairant, le consommateur est obligé de brûler un plus grand nombre de bougies, quand il veut obtenir le même effet lumineux. Pour s'éclairer comme avec une bougie de cire ou une chandelle, il faut aujourd'hui brûler deux ou trois bougies. Ce résultat s'explique d'ailleurs. Qu'estce, en effet, que la bougie stéarique ? C'est du suif que l'on a dépouillé de sâ partie liquide, l'oléine, qui était l'élément le plus éclairant de cette graisse animale. En transformant le suif en acide stéarique, on a rendu la chandelle plus sèche, moins fusible, plus élégante, mais on l'a privée, à poids égal, d'une bonne partie de sa puissance d'éclairage.