L'ÉCLAIRAGE AU GAZ EN ALLEMAGNE
Après cet historique des progrès de l'éclairage au gaz en Angleterre et en France, nous dirons quelques mots de sa propagation en Allemagne.
Ce fut une compagnie anglaise {Impérial continental Qas Association), qui introduisit en Allemagne cette industrie. Elle éclaira par le gaz de la houille, en 1826, la ville de Hanovre et celle de Berlin. Les industriels allemands commencèrent alors à tourner leurs vues de ce côté. Des essais furent tentés à la fois dans deux villes, à Dresde, par le conseiller Blochmann, et à Francïbrtsur-le-Mein, par Knoblauch et Schiele, tous deux de Francfort. En 1825, Blochmann conclut un traité pour l'éclairage de Berlin. Le roi de Prusse le chargea d'organiser, en même temps, l'éclairage au gaz du Palais- Royal et des places environnantes. L'inauguration de cet éclairage eutlieule 23 avril 1828, par une illumination faite en l'honneur de la naissance du prince royal.
Knoblauch et Schiele avaient essayé à Niederrad, près de Francfort, de fabriquer du gaz à l'huile. En 1828, après avoir vaincu des difficultés immenses, ils établirent ce mode de fabrication du gaz à Francfort, où, grâce à quelques modifications, il fonctionne encore aujourd'hui avec succès.
Tandis que Knoblauch et Schiele travaillaient en Prusse, Blochmann établissait des usines à gaz dans diverses villes de l'Allemagne. Il installa le gaz à Leipzig, en 1837 et 1838, et il créa, deux ans après, les usines
municipales de Berlin, de Breslau et de Prague. Aidé et remplacé plus tard par son fils et par plusieurs de ses élèves, il éclaira un grand nombre de villes allemandes.
L'usine municipale de Berlin a son importance dans l'histoire de l'industrie du gaz en Allemagne, car c'est à Foccasion dé cet établissement que la science allemande s'éleva, pour la première fois, au niveau de l'Angleterre et de la France. La Compagnie anglaise avait obtenu, depuis 1825 et pour vingt et un ans, le privilège exclusif de la fourniture du gaz à Berlin; mais en 1836, les autorités municipales manifestèrent l'intention de modifier ce système d'éelairage, en raison des graves inconvénients qui provenaient de l'extension de la canalisation, et surtout à cause du prix élevé du gaz pour les particuliers. Elles chargèrent Blochmann, en 1844, d'exécuter une nouvelle usine. Les travaux commencèrent au printemps de 1845, et l'établissement fut inauguré le 1er janvier 1847.
Pendant ce temps, la nouvelle industrie avait progressé ailleurs. En 1842, l'usine à gaz de Heilbronn était construite par Schaûffelen; en 1844, celle de Dentz par T.-J. Schauste, et en 1847, celle de Garlsruhe par Spreng et Sonntag.
Le dernier établissement anglais fut créé en 1840 par Barlow èt Manby ; mais, à la suite de mauvaises affaires, il fut vendu aux enchères, et adjugé à une compagnie française. Gelle-ci ne prospéra pas non plus, et céda ses actions à la Société Badoise [Badisch Gesellschaft fur Gasbereitung) , fondée par Spreng et Sonntag.
Les entreprises de ces deux hommes actifs furent couronnées de succès. Outre Carisruhe, Mayence, Manhei.m, Fribourg, Bruchsal et Nuremberg, des villes situées en dehors de l'Allemagne furent éclairées par Spreng et Sonntag. Ce dernier créa la première usine à Pesth (Hongrie), et cette usine fut le point de départ de la Compagnie générale autrichienne {Allgemeine osterreichische Gasgesellsckaft),
fondée par Maier-Kapferer et Stephani.
De son côté, la compagnie anglaise [Impérial continental Gas Association), dont nous avons parlé plus haut, redoublait d'efforts. Elle éclaira Aix-la-Chapelle , Cologne et Vienne ; et tandis qu'à Berlin, on fondait les usines municipales, pour faire échec aux prétentions exagérées de cette société, on l'autorisait, en 1844, à créer à Francfort, une concurrence à l'usine bâtie par Knoblauch et Schiele.
Le gaz fut introduit à Elberfeld, en 1839, par des Belges ; à Trieste, par une compagnie française ; à Hambourg, par une société composée d'Allemands et d'Anglais; l'usine fut construite par les ingénieurs anglais Malam etCresskill, qui la dirigèrent jusqu'en 1850.
En 185*2, L. A. Reidinger arriva à Beyreuth. Il créa sa première usine à gaz, et posa ! les bases de la réputation dont il jouit aujour- | d'hui en Allemagne. Reidinger a construit | plus de cinquante usines à gaz, tant en Alle- | magne qu'en d'autres pays.
! Pendant la même année, Kùhnell commence à Kœnigshërg une importante série de constructions du même genre.
En 1853, Unruh fonde l'usine de Magdebourg, et acquiert de la notoriété par la constitution de la Société continentale alle~ mande, créée en 1854, à Dessau. Cette société possède aujourd'hui treize usines.
L'école de Blochmann s'efforçait de ne pas perdre un terrain si vivement disputé. Blochmann fils et son gendre, le, docteur John, non contents d'avoir exécuté de grands travaux, sous la direction de Blochmann, construisirent, après 1850, un nombre considérable d'usines à gaz. Beaucoup d'autres de ses disciples, tels que Firle, Grimer, Schmidt, Lorenz, Franke, etc., ont établi l'éclairage au gaz dans un grand nombre de villes. Firle a construit à lui seul, en six ans, douze, usines à gaz pour des villes, et huit plus petites pour des établissements industriels, W. Komhard est considéré aussi, en
Allemagne, comme un des hommes les plus compétents dans cette industrie. E. Spreng, fils d'un des fondateurs de la Société Badoise d'éclairage par le gaz, s'est surtout distingué parla construction d'usines indépendantes, et l'éclairage d'un certain nombre de fabriques.
Les fils de Knoblauch et de Schiele se jetèrent aussi dans les nouvelles entreprises. Ce dernier créa les usines de Hanau et de Crefeld, ainsi que la nouvelle usine de Francfort. Raup et Dôlling ont construit six ou sept usines dans le Sud-Est de l'Allemagne. Kellner en a créé un plus grand nombre encore, surtout sur le Rhin, ainsi que Mayer, Franke, Ritter, Braud, Heiden et Richter, dans la Prusse Rhénane, en Westphalie et dans le Hanovre. Ghurstîn a éclairé plusieurs villes des environs de Hambourg.
En résumé , l'Allemagne, qui dut emprunter, pour la création de ses premières usines à gaz, le secours de l'étranger, a su bientôt se passer des ingénieurs de l'Angleterre et de la France. Depuis l'année 1850, le rôle de l'étranger dans le développement de Téclairage en Allemagne, a été insignifiant.