CHAPITRE XXII
préparation du gaz de l'eclairage au moyen de l'huile eï des résines. — le gaz hydrogène
EXTRAIT DE ï/eAU ET SON EMPLOI DANS L'ÉCLAIRAGE.
Les détails précédents sur l'extraction du gaz de la houille, rendront tout développement inutile pour ce qui concerne la préparation du gaz au moyen de Y huile ou de la résilie.
Le gaz hydrogène bicarhoné, qui prend naissance par suite de la décomposition de Y huile, ou d'autres corps gras soumis à l'action d'une température élevée, est d'une assez grande pureté, ou du moins il ne renferme aucun de ces gaz sulfurés ou de ces produits ammoniacaux qui rendent si difficile et si longue l'épuration du gaz extrait de la houille. Tout l'appareil nécessaire pour la
préparation du gaz de l'huile, se réduit donc à la cornue, à Tépurateur à chaux destiné à absorber l'acide carbonique, et au gazomètre.
Dans la cornue , qui est d'ailleurs la même que celle qui sert à la préparation du gaz de la houille, on place des fragments de coke. Ce coke n'est nullement destiné à produire une action chimique ; il ne sert qu'à diviser l'huile qui tombe dans la cornue, et a faciliter sa décomposition par la chaleur, en multipliant les surfaces de contact. L'huile se répand dans la cornue au moyen d'un tuyau communiquant avec un réservoir supérieur, dont le niveau reste constant ; arrivée dans la, cornue, elle se trouve en contact avec le coke porté au rouge, et se décompose aussitôt, en donnant naissance à du gaz hydrogène bicarboné et à une petite.
L'ART- DE L'ÉCLAIRAGE
^Slf/CIfET
Fig. 79. — Vue générale des appareils pour la préparation du gaz (suite-.. .
F'j tube amenant le gaz de l'extracteur dans la colonne à coke ; G, colonne à coke ; H, tube dirigeant le gaz de la colonne à coke dans le* épuràteurs chimiques ; s, siphon déversant dans les fosses à goudron les produits condensés ; 1,1% épurateurs ; cç„ grue soulevant les couvercles'des épurateurs ; K, tube articulé muni d'un stuffin<j~box faisant arriver le gaz en haut au gazomètre ; L, gazomètre; M, eau de bassin du gazomètre; K', tube articulé pour la sortie et la distribution du gaz.
quantité d'oxyde de carbone et d'acide carbonique. Le gaz, s'échappant par un tube, vient plonger dans un réservoir, où il dépose la majeure partie de Thuile non décomposée qu'il avait entraînée avec lui ; il passe de là dans Fépurateur, qui le dépouille de son acide carbonique, et il se rend enfin au gazomètre.
Le gaz obtenu par la décomposition de L'huile, jouit d'un pouvoir éclairant deux à trois fois supérieur à celui du gaz de houille. Cependant, en dépit de cette circonstance, la question économique condamne son emploi.
Le prix élevé des matières grasses > dans la plupart des pays, ne permet point de tirer parti de ce procédé, qui ne laisse aucun produit secondaire, susceptible de couvrir, comme le
coke, une bonne partie de Tachât de la matière première.
Pour diminuer l'inconvénient résultant du prix élevé de l'huile, on a essayé de distiller directement les graines oléagineuses elles-mêmes ; mais on n'a obtenu, comme il était facile de le prévoir, que de mauvais résultats. Les graines végétales produisent, en se décomposant par Faction du feu, beaucoup de gaz oxyde de carbone, dont le pouvoir éclairant est nul. .
Dans certaines circonstances, lorsque des matières grasses provenant d'une fabrique, existent en abondance et forment des résidus sans emploi, on peut les consacrer à la fabrication du gaz. D'Arcet a: montré que Ton peut tirer parti, de cette manière, des eaux
savonneuses qui proviennent du désuintage des laines. La ville de Reims a été longtemps éclairée par ce procédé.
Le gaz de la résine s'obtient par des moyens en tout semblables aux précédents. La résine, qui existe en abondance et à très-bas prix, dans les contrées du Nord, étant introduite, à l'état de liquéfaction, dans des cornues qui contiennent des fragments de coke incandescent, fournit un gaz très-pur, et qui jouit d'un pouvoir éclairant double de celui du gaz de houille.
Passons au gaz éclairant obtenu par la décomposition de l'eau.
Les chimistes savent que, quand on dirige un courant de vapeur d'eau sur le charbon porté au rouge, l'eau se décompose ; il se forme de l'acide carbonique, de l'oxyde de carbone, de l'hydrogène pur et de l'hydrogène carboné. Dans ce mélange gazeux, l'hydrogène pur est le corps qui prédomine. Mais le pouvoir éclairant de l'hydrogène est presque nul, et l'on ne pourrait songer à tirer parti, pour l'éclairage, du gaz fourni par la décomposition de l'eau, s'il n'existait des moyens de communiquer artificiellement la propriété éclairante à un gaz naturellement dépourvu de cette propriété. Ces moyens existent, et ils sont assez nombreux. La propriété éclairante d'un gaz ne tient nullement à sa nature particulière, mais bien, comme l'a montré Humpbry Davy, à une simple circonstance physique, au dépôt d'un corps solide dans l'intérieur de la flamme. Le gaz hydrogène bicarboné doit sa propriété éclairante à ce fait seul, que sa. combustion s'accompagne d'un dépôt de charbon, lequel, restant quelque temps contenu au sein de la flamme, avant d'être brûlé, s'y trouve porté à une température assez élevée pour devenir lumineux. Tous les autres gaz, tels que l'hydrogène phosphoré, qui abandonnent également, pen-
dant leur combustion, une substance solide fixe, jouissent de. la propriété éclairante. II résulte de là qu'il est facile de communiquer le pouvoir éclairant à un gaz qui en est naturellement dépourvu. Si l'on mélange au gaz hydrogène, par exemple, la vapeur de certains liquides très-chargés de charbon, tels que l'essence de térébenthine, l'huile de schiste, de pétrole, ou divers autres carbures d'hydrogène volatils, on peut rendre sa flamme éclairante. L'essence de térébenthine ou le pétrole produisent, en effet, en brûlant, un résidu de charbon, qui, se déposant à l'intérieur de la flamme, devient lumineux, et réalise ainsi les conditions physiques nécessaires pour prêter à un gaz la propriété lumineuse. Tel est le moyen que Jobard avait prescrit, et que Selligue avait mis en pratique dans son usine de Batignolles , pourfendre éclairant le gaz provenant de la décomposition de l'eau. Selligue décomposait Feau dans une cornue remplie de charbon de bois. Les gaz ainsi obtenus venaient ensuite se mêler avec des vapeurs d'huile de schiste.
Cependant le procédé employé par Selligue pour décomposer l'eau, ne pouvait donner des résultats avantageux au point de vue économique, et l'inventeur lui-même avait fini par y renoncer.
Des dispositions beaucoup plus .convenables pour l'extraction du gaz hydrogène de l'eau, ont été imaginées par M. Gillard. Grâce aux procédés ingénieux imaginés par cet habile industriel, la préparation du gaz extrait de l'eau peut se faire dans des conditions pratiques assez avantageuses.
M. Gillard décompose l'eau dans des cornues de fonte, à l'aide du charbon de bois. La vapeur d'eau d'un générateur est dirigée à l'intérieur de la cornue, à l'aide d'un tube qui s'étend le long de toute sa capacité. Ce tube est percé de trous très-petits, qui donnent issue à la vapeur, et la mettent en contact avec le charbon incandescent.
Comme ces orifices, au bout d'un cer-
L'ART DE L'ÉCLAIRAGE
tain temps, s'altéraient, par suite de l'oxydation, ce qui rendait très-inégal le débit de vapeur, M. Gillard les pratiqua sur de petites lames de platine encastrées sur le fer de la cornue. Par suite de l'inoxydabilité du platine, les ouvertures donnant issue à la vapeur conservent toujours les mêmes dimensions. Enfin, par une substitution très-avantageuse sous le rapport de l'économie, M. Gillard a remplacé ces lames de platine par une languette de terre réfractaire, substance inaltérable au feu. Une fente pratiquée le long de cette languette de terre, donne issue à la vapeur, et conserve toujours ses mêmes dimensions, malgré un usage prolongé.
L'hydrogène pur est le produit principal qui prend naissance par la décomposition de l'eau, dans les appareils de M. Gillard. Les rapports entre l'hydrogène et l'oxyde de carbone, sont, en effet, dans la proportion de 92 du premier sur 8 .d u second. La quantité d'acide carbonique produit est très-faible. Aussi l'épuration est-elle fort simple. On se contente de diriger le gaz dans un épurateur contenant de la ehaux, pour le priver d'acide carbonique ; il se rend ensuite directement au gazomètre.
Pour communiquer au gaz hydrogène le pouvoir éclairant qui lui manque, M. Gillard a fait usage d'un artifice curieux, et qui constitue une application remarquable de faits empruntés à la physique. Il a substitué à l'addition des essences dans le gaz, un mince réseau de fils de platine, interposé au milieu de la flamme (fig. 80). Laprésencede ce
Fig, 80. ~ Corbillon de platine.
corps étranger au milieu du gaz en combustion, réalise les conditions physiques qui sont nécessaires pour provoquer l'effet lumineux.
Le corbillon de platiné, dans le gaz hydrogène pur, produit le même effet physique que dans la flamme de l'hydrogène bicarboné , le dépôt de carbone dont sa combustion s'accompagne. La combustion du gaz extrait de l'eau présente ce fait assez curieux, que sa flamme est à peu près invisible ; on n'aperçoit que le réseau de platine porté au rouge blanc, et qui répand 'le plus vif éclat. Aussi la lumière n'est-elle pas sujette à vaciller; elle reste immobile, même au milieu d'un courant d'air.
Le gaz extrait de l'eau est d'une pureté extrême ; il ne renferme aucun de ces produits sulfurés contenus trop souvent dans le gaz de la houille, et dont les effets sont si nuisibles aux métaux précieux. Aussi ce mode d'éclairage a-t-il été quelque temps adopté dans les magasins et les ateliers de M. Christofle, consacrés à la dorure et à l'argenture galvaniques. Le gaz était préparé dans la maison même, car tout l'appareil n'exige qu'un petit emplacement.
Trois ou quatre villes, en France, sont éclairées aujourd'hui parle gaz à Peau. La ville de Narbonne doit être citée ici, comme ayant reçu la première ce mode particulier d'éclairage.
En résumé , les moyens imaginés par M. Gillard pour l'extraction du gaz de l'eau, constituent une découverte intéressante. Cependant il faut dire que la question du prix de revient n'est pas à son avantage. Le gaz de houille peut être livré à un prix si bas, qu'il constitue un concurrent des plus redoutables pour tout produit nouveau qui tenterait de se substituer à lui.
Ajoutons que si l'on avait à s'occuper de la canalisation, il y aurait à craindre de grandes déperditions de gaz dans les tuyaux, en raison de la prodigieùes diffusibilité du gaz hydrogène pur, qui filtre et s'échappe à travers ées fentes ou des fissures incapables de donner issue à un gaz plus lourd, comme le gaz ordinaire de l'éclairage (gaz hydrogène bicarbonéj. " - '
Nous avons décrit l'ensemble des procédés qui servent à l'extraction du gaz de l'éclairage au moyen des diverses substances qui peuvent s'appliquer à sa préparation. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que le gaz de la houille est aujourd'hui presque le seul en usage. Le gaz de l'huile et celui de la résine se préparent dans un petit nombre d'usines, et le gaz extrait de l'eau est d'un prix de revient trop élevé pour avoir pris de l'extension. En Angleterre, en France, en Allemagne et en Belgique, le gaz de la houille est à peu près le seul employé.