ROCHES
Calcaire bleu 4,5.7
Talc (soapstone, pierre -savon ). . . . 21,45
Schiste noir 0,33
Talc , 7,1 &
Calcaire noir { ,30
Talc 3,90
Calcaire noir i,65
Talc 5,25
Schiste noir 4,25
Calcaire noir 5,25
Talc M 5
Grès 4,85
Total 86,30
Il est nécessaire de tuber les puits, au moins dans les parties sujettes aux éboulements, autant pour prévenir les obstructions, que pour éviter les déperditions du pétrole, qui en s'élevant dans le conduit qui lui est ouvert, s'écoulerait en partie entre les couches perméables.
On a essayé les tubages de bois, mais ils rétrécissent trop le diamètre du forage, et on leur préfère les tubes en tôle.
La colonne des tubes de tôle a un diamètre un peu inférieur à celui du trépan. On
la fait glisser dans le puits; quand elle s'arrête, on fait descendre le trépan au point faisant saillie, et on taille avec le trépan cette partie du sol, pour donner passage au tubage. L'obstacle une fois supprimé, la colonne des tubes glisse de nouveau, et Ton répète cette opération jusqu'à ce que le tubage soit arrivé à la profondeur voulue.
Il arrive un moment où Ja proportion d'eau qui accompagne le pétrole, devient de plus en plus prédominante, et où le puits doit être abandonné, par suite de la rareté de l'huile. Dans ce cas, on fait usage, avec le plus grand succès, du torpédo, inventé par le colonel Robert. C'est une espèce de pétard, que l'on fait éclater au fond du puits, et qui ouvre de nouvelles fissures, ce qui détermine fia réapparition du pétrole.
Le torpédo du colonel Robert est une espèce de cylindre de fer, divisé en compartiments, ■et que l'on charge avec de la poudre et de la -nitroglycérine. Cet appareil est descendu au :fond du puits, au moyen d'une corde ; puis on laisse tomber le long de cette même corde, un poids, qui, venant écraser une capsule disposée à la partie supérieure du torpédo, provoque l'explosion du pétard. L'emploi de cet artifice a beaucoup augmenté, surtout <en Virginie, la production de l'huile. On a -construit des torpédo de 30 mètres de hauteur.
Hâtons-nous de dire que tous les puits creusés , même dans les meilleures conditions, ne réussissent pas. On a calculé que 15 pour 100 seulement des forages arrivent au pétrole. A combien d'autres déceptions, l'entrepreneur n'est-il pas encore sujet ! Il y a dans ce genre de travaux, des mécomptes cruels. On perce un puits, qui fournit de l'huile et s'annonce comme devant en donner avec abondance.
On se hâte donc de boucher le trou ; on rassemble les cuves pour recevoir le précieux liquide, ainsi que les barils pour l'expédier. ■Puis, quand tout est prêt, et qu'on se met
en devoir de recueillir la richesse attendue, le capricieux liquide a disparu ; il n'en arrive pas une seule goutte.
Quelques puits ne fournissent que 8 à 12 barils d'huile par jour, et cela au prix des travaux les plus pénibles; on est obligé de puiser le liquide, avec une pompe, à des profondeurs considérables. C'est encore là un pénible échec.
Dans ces pays éminemment libres, aucune loi n'a établi de servitude de voisinage. Il arrive donc bien des fois, que des puits sont creusés sur deux propriétés contiguës, à quelques mètres à peine l'un de l'autre.
L'exemple le plus curieux de cette concurrence s'est présenté au puits de Tarr-Farm. On avait creusé un puits, qui, pendant plusieurs semaines, fournissait un jet d'huile si abondant qu'il remplissait des milliers de barils par jour; si bien que le propriétaire vendait à des prix fabuleux les terrains avoisinants. Quelques mois après, l'un des acheteurs rencontrait, au même niveau, et à moins de 50 mètres de distance du premier puits, une autre source jaillissante, qui lança en l'air, à une grande hauteur, les outils des ouvriers, et, pendant plusieurs semaines, inonda le sol d'eau salée.
Cette nouvelle issue, ouverte au liquide, amena une diminution très-notable dans le I rendement du premier puits. Quand la nou- I velle source s'arrêtait, la première reprenait comme auparavant ; et à l'inverse, si l'on arrêtait la première, la seconde donnait de F huile en abondance. C'est ce qui arrive d'ailleurs pour les puits artésiens, dans nos pays. Lorsqu'un nouveau forage fournissant de l'eau, est creusé à peu de distance d'une, source artésienne, ce second puits diminue aussitôt, dans des proportions notables, le rendement du premier. Le puits artésien de Passy, par exemple, a exercé cette influence d'une manière très-sensible, sur le débit du puits de Grenelle.
Les propriétaires des deux sources de
L'ART DE L'ECLAIRAGE
pétrole de Tarr-Farm, qui se nuisaient ainsi réciproquement, commencèrent par se quereller. Mais ils eurent bientôt le bon esprit de s'entendre pour partager les produits fournis par les deux sources rivales.
Les puits donnent, en général, de 40 à 100 barils de pétrole par jour. A Tidione, on compte 17,000 puits qui rendent chacun 45,000 litres par jour. A Mena, dans FÉtat de FOhio, un puits produit, dit-on, 100,000 litres par jour. Enfin, MM. Black et Matesson sont les heureux propriétaires d'un puits qui fournit Fénorme quantité de 6,000 hectolitres par jour. La colonne d'huile jaillirait à une hauteur de 10 mètres, si l'on n'avait soin de la contenir.
Quand les premières sources jaillissantes apparurent dans la vallée de l'Oil-Creek, en Pensylvanie, on ne savait comment s'y prendre pour maîtriser la puissance de leur jet, et les forcer à passer dans les tubes, munis de. robinets, qui les conduisent dans les cuves. Les pertes de pétrole furent alors énormes ; le liquide se répandait dans les champs, formant des lacs et des rivières. Son odeur insupportable et ses vapeurs asphyxiantes, enfin les chances de l'incendie, exposaient les ouvriers aux plus grands dangers. Beaucoup d'entre eux en furent victimes. Un exemple, choisi entre vingt autres, fera comprendre la gravité des accidents auxquels étaient exposés alors les chercheurs d'huile.
. Le journal leBiiffalo, du mois de mai 1862 écrivait ce qui suit :
« Pendant le forage d'un puits à Tidione (Pensylvanie), il se déclara subitement un courant d'huile jaugeant soixante-dix fûts à l'heure, s'élevant à une hauteur de J2 mètres au-dessus du sol. Cette colonne était surmontée d'un nuage de gaz et de benzine, ayant une hauteur de 15 à 48 mètres. Tous les feux du voisinage furent immédiatement éteints, excepté un seul qui était éloigné du puits d'environ 360 mètres; mais, malgré cette précaution, le gaz s'enflamma à ce foyer,et dans un instan t, tou te l'atmosphère fut embrasée. Sitôt que ce gaz s'enflamma, iï communiqua le feu au sommet du jet d'huile qui, dans sa chute, se répandait sur un diamètre de plus
de 30 mètres en une véritable gerbe de feu. Le sol s'enflamma aussi à l'instant et le cercle de cette in- , flammation s'étendait continuellement, alimenté par la chute de l'huile brûlante. 11 s'ensuivit une scène d'horreur indescriptible; quantité de travailleurs furent lancés par l'explosion à plus de 7 mètres de distance : d'autres, horriblement brûlés, fuyaient cet enfer incandescent, poussant des cris de terreur et d'agonie. Toute l'atmosphère était en flammes. La colonne d'huile, haute de 12 mètres, représentait un pilier de flamme livide, tandis que le gaz en dessus, à une hauteur de plus de 30 mètres, éclatait avec fracas sur le ciel et paraissait lécher les nuages. Pendant tout le temps que dura cette affreuse conflagration, la combustion et les explosions furent d'une nature si terrible et si violente, qu'elles ne sauraient se comparer qu'à l'ouragan frayant son passage à travers la forêt. L'intensité de la chaleur était telle qu'on ne pouvait en approcher de plus de 50 mètres. Cet embrasement était le plus effrayant et en même temps le plus grandiose spectacle pyrotechnique qui ait jamais été offert à l'homme. La combustion de l'huile n'a cessé que par son épuisement. »
L'expérience a appris à prévenir ces accidents épouvantables. Aujourd'hui , dès qu'apparaît le jet liquide, on enfonce dans l'ouverture du puits, un sac rempli de graines de lin; et Ton maintient ce sac en place avec des poids, jusqu'à ce que la graine, gonflée et ayant triplé de volume, bouche hermétiquement le passage à l'huile jaillissante. Ensuite on passe à travers le sac autant de tubes qu'on le veut. Ces tubes , donnant écoulement à l'huile, la dirigent et la répartissent dans les différentes cuves,
La première source jaillissante qui fut mise à jour au Canada, fut celle de John Shaw. L'histoire de cet événement est d'un intérêt tout particulier. Nous la rapporterons d'après le Toronto Globe du 5 février 1862, parce qu'il fait bien comprendre les étranges conditions du travail du chercheur d'huile américain et les péripéties qui peuvent accidenter son existence.
• . « Dan s un certain puits profond, dit ce journal, près Victoria, sur le lot 18 de la seconde concession de la ville d'Ennis-Killen, un certain John Shaw avait concentre pendant des mois toutes ses espérances. U creusait péniblement, forait péniblement et pompait péniblement et épuisait sa force musculaire sur sa
in
tache laborieuse, sans qu'il trouvât signe d'huile. Les puils de ses voisins débordaient, et lui seul ne participait pas au courant de pétrole. Vers le milieu 4u mois de janvier dernier, Shaw était un homme ruiné, sans avenir, raillé par ses voisins, les poches vides, ses vêtements en lambeaux, et comme disent nos voisins des Etats-Unis, deadbrokcn, ruiné à tout jamais. La rumeur veut qu'un jour du mois de janvier il s'est trouvé dans l'impossibilité de continuer son travail, vu que ses restants de bottes abandonnaient «es pieds, et il lui en fallait absolument une paire neuve pour pouvoir patiner dans l'eau et la boue. ■Craintif et tremblant, comme nous pouvons le supposer, John Shaw se dirigea vers la boutique voisine et étant sans le sou, demanda, Ô dure nécessité! une paire de bottes à crédit. Il ne nous a pas été donné de constater si le refus a été bienveillant, dicté par l'esprit de défense personnelle que bien des commençants doivent en certains cas adopter aussi, ou si, au contraire, il laissait percer le dédain du négociant opulent vis-à-vis de son humble voisin, toujours est-il que les bottes fia rentre fusé es à JohnShaw, qui dut retourner à son puits, l'esprit plus contristé .que quand il le quitta, protestant qu'il abandonnerait son travail ce jour môme, si ses efforts n'étaient pas couronnés de succès, et qu'il décrotterait la boue d'Ennis-Killen de ses vieilles bottes et s'orienterait vers des parages plus propices à sa destinée. Morne et abattu, il reprend son outil perforateur et le frappe dans le roc, quand tout à coup un son liquide arriva jusqu'à ses oreilles, bouillonnant et sifflant à la sortie de sa prison séculaire ; et le courant, loin de diminuer, augmente en volume à chaque minute ; il remplit le tuyau, il comble le puits, et encore il ne cesse de monter. Cinq minutes, dix minutes, en quinze minutes il a atteint le sommet du puits, il déborde, il remplit une bâche qu'il finit par déborder aussi, et tous les efforts pour contrôler l'intensité de ce courant sont vains; et surmontant toute résistance, il se jette ^omme une rivière abondante dans le Black- Creek, ■où il est entraîné par les eaux vers le Saint-Clair et les lacs. 11 serait impossible de décrire en ce moment l'émotion qu'éprouvait John Shaw; les spectateurs n'ont pas constaté si, à cette vue, il a versé des îarmes ou s'il a élevé son chapeau et poussé des hourrahsl On aurait excusé toute démonstration -extravagante dans un pareil moment. Nous sommes d'avis que, comme un philosophe yankee, il a dû se mettre en besogne pour récolter l'huile. Mais le bruit du puits jaillissant se répandit comme l'éclair, •et le « territoire de John Shaw » devint hientôt un centre d'attraction. Le matin de cet heureux jour, il s'appelait encore le vieux Shaw, mais après il était salué partout monsieur Shaw. 11 recevait des avalanches de félicitations, et pendant qu'il se tenait devant son puits tout couvert d'huile et de boue, Arrive le marchand qui lui avait refusé des bottes.
L'homme de commerce sut appre'cier la situation, il s'inclina devant ce soleil levant, et embrassant presque ce luminaire fangeux, il dit: « Mon cher monsieur Shaw, n'y aurait-il pas quelque chose dans mon magasin dont vous ayez besoin? Je vous prie, ne vous gênez pas pour le dire ! » Quel heureux moment pour Shaw! IVbus ne répéterons pas sa réponse, car elle était par trop énergique pour que nous puissions la reproduire. Le puits jaillissait déjà à une vitesse qu'il eût été impossible de constater avec précision, il produisait deux fûts de chacun 180 litres en une minute et demie, lequel, à raison de 1 fr. 40 c. l'hectolitre (le cours le plus bas', produirait 3 fr. 36 c. par minute, 201 fr. 60 c. par heure, 4,838 fr. 40 c. par vingt- quatre heures, et 1,500,000 fr. 60 c. par an, abandon fait des fractions et sans compter les dimanches. Ni les auteurs illustres quoique inconnus des Mille et une nuits, ni même Alexandre Dumas, n'ont pu enfanter dans leur imagination, une transformation aussi subite que celle de John Shaw, le matin ua mendiant et le soir en état de satisfaire tous les besoins qu'on peut se procurer à prix d'argent. »
L'histoire finit d'une manière lugubre. Un autre journal the Oil~ Trade-Review (dans le numéro du 4 avril 1863, date bien rapprochée de la première) racontait comment John Shaw trouva la mort dans ce même puits qui avait fait sa fortune.
Un tuyau du tubage de fonte s'était rompu. Pour réparer l'accident John Shaw se fit descendre, au moyen d'une chaîne de fer, jusqu'à la profondeur de 4™, 50. Il se retenait d'une main à la chaîne, et avait le pied passé dans un étrier de fer. Il atteignit ainsi la surface de l'huile. La cause de l'accident reconnue, Shaw ordonna qu'on le remontât. Mais aussitôt, il parut suffoqué; ses mouvements étaient précipités et anxieux: il était évidemment menacé d'asphyxie. Il fit quelques efforts, puis sa main abandonna la chaîne. Il tomba à la renverse, et disparut dans le pétrole, trouvant ainsi la mort dans la source même de ses subites richesses.
Fig. lu. — Fût métallique pour le transport du pétrole.