‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [4], Éclairage, chauffage, ventilation, phares, puits artésiens, cloche à plongeur, moteur à gaz, aluminium, planète NeptuneChapitre 35 sur 143 · LES LAMPES POUB L'ÉCLAIRAGE AU PÉTROLE · texte numérisé non relu

LES LAMPES POUB L'ÉCLAIRAGE AU PÉTROLE

Les lampes à pétrole sont d'une grande simplicité. Elles sont formées de trois partiesessentielles : le récipient, la mèche, le verre.

Le récipient est d'une forme quelconque. Il importe cependant que la distance entre le niveau de l'huile et la flamme, n'excède jamais 10 centimètres, parce que la capillarité de la mèche aurait peine à faire monter la quantité d'huile nécessaire à un bon éclairage. Un niveau trop élevé amènerait l'effet contraire ; toute l'huile fournie au bec né serait pas brûlée, et la lampe donnerait de l'odeur.

Le réservoir des lampes à pétrole est en cuivre ou en verre, selon que Ton veut cacher ou laisser apparaître le liquide combustible. La figure 115 montre la forme habituelle des lampes à réservoir de métal , la figure 116 celle à réservoir de cristal. Les lampes à réci-

Fig. 115. — Lampe à pétrole.

pient translucide sont plus fragiles que celles construites en métal, mais il y a toujours avantage à connaître à chaque instant le niveau du liquide.

Quant aux mèches, elles sont ou plates, constituant ce que Ton nomme bec américain, ou cylindriques et à double courant d'air, semblables à celles des lampes à bec d'Argand. Les mèches cylindriques et à double courant d'air, donnent une flamme plus brillante que les mèches plates ; cependant ces dernières sont encore les plus usitées, parce que la construction de la lampe est plus simple, et son entretien plus facile.

Le bec à mèche plate, dit bec américain {fig. 115 et Hô), se compose : 1* d'un tube

Fig. 116. — Lampe à pétrole avec globe.

aplati, dans lequel glisse la mèche, 2° d'un cylindre de cuivre, étranglé vers le milieu, et dont la base renflée supporte le verre, 3* enfin, d'un capuchon ouvert en fente à son sommet, pour le passage de la flamme. Un bouton sert à hausser ou a baisser la mèche. 11 est fixé à une petite tige horizontale, munie de deux roues dentées, lesquelles mordent la mèche en s'appuyant contre le fond du tube ; suivant qu'on tourne le bouton dans un sens ou dans l'autre, celle-ci est élevée ou abaissée.

La figure 117, qui donne une coupe verticale de ce bec, fait bien comprendre ces dispositions : M, est la mèche glissant dans le tube de cuivre, pressée et poussée par fe bouton B ; C, est le capuchon de cuivre, renflé

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à sa base pour recevoir le verre, et rétréci au sommet, pour resserrer les vapeurs à leur; sortie. .

Fig. 117. — Coupe verticale de la lampe à pétrole.

L'air nécessaire à la combustion arrive dans le capuchon C par une multitude de petits trous, percés dans la partie renflée, DD, du cylindre de cuivre.

Le verre est la cheminée d'appel, cheminée qui malheureusement est sujette à se briser, surtout au moment où Ton vient d'allumer, parce qu'elle est inégalement dilatée par la chaleur. Les points les plus rapidement chauffés, sont les plus voisins de la flamme ; aussi ne donne-t-on jamais au verre la forme régulièrement cylindrique : on le renfle à sa partie inférieure. Dans ces derniers temps, on a même imaginé d'aplatir le renflement, pour que le contour du verre soit partout à égale distance de la flamme. Les tubes qui affectent cette dernière disposition sont connus dans le commerce sous le nom, hyperbolique et non grammatical, de verres incassables.

Il est toujours prudent de ne faire qu'une petite flamme au commencement, et de la grandir peu à peu, à mesure que le verre s'échaufle.

La flamme est d'autant plus grande et plus

T. IV

éclairante, que la mèche est plus élevée, et voici pourquoi. La seule force qui fasse monter l'huile jusqu'à la flamme, c'est la capillarité. Si la mèche était partout également imbibée, le mouvement ascensionnel s'arrêterait : c'est le cas de la lampe qui n'est pas allumée. Mais dès que la combustion, s'exerçant sur la portion libre de la mèche, y a détruit le pétrole, l'équilibre est rompu ; l'huile s'élève au point séché, et par conséquent, la quantité de pétrole consommée doit augmenter avec la surface d'évaporation, c'est-à-dire avec la hauteur libre de la mèche.

Le capuchon a pour effet d'amener tout l'air en contact avec l'huile vaporisée ; en outre, les deux lèvres de la fente, fortement échauffées, rayonnent sur la mèche et augmentent la vaporisation.

Le petit modèle de lampe représenté par. la figure 118, à\i porte-verre à bascule, a été imaginé en Angleterre ; il n'a d'autre avantage quer de permettre d'allumer la mèche sans toucher le verre avec les doigts.

Fig. 118. — Porte-verre à bascule.

La lampe Marmet {fig. 1 19), a été inventée pour calmer les terreurs exagérées de certaines personnes à l'endroit des explosions des lampes à pétrole.

Le récipient est partagé en deux capacités concentriques, MM et NN ; ces deux capa-

cités communiquent entre elles par le petit canal PP ; la capacité intérieure est fort petite

Fig. 119. — Lampe Marmet (coupe).

et réduite encore par un tube UU, plein d'air et qui en occupe le centre. Cette lampe fonctionne avec une mèche cylindrique et à double courant d'air, comme le bec d'Argand. Si, par accident, la flamme venait à pénétrer dans le récipient, elle ne pourrait alluniei que l'huile contenue dans Fespace annulaire NN, et s'éteindrait bientôt faute d'air. Comme dans les lampes à schiste, un petit disque, R, surmonte le bec, pour épanouir la flamme. On peut le hausser plus ou moins, à l'aide d'un bouton T, et d'une crémaillère, comme l'indique la figure. Quand on abaisse tout à fait le disque, R, il éteint la lampe. La tubulure S sert à introduire le pétrole.

Un fabricant français, M. Boitai, a appliqué d'une manière beaucoup plus simple, le bec d'Argand aux lampes à pétrole. M. Boitai appelle ce bec, cylindrique^ pour le distinguer des autres dispositions employées pour la combustion du pétrole.

Le bec cylindrique ou à double courant d'air, de M. Boitai, est formé d'un simple tube légèrement conique, fortement évasé à la base, et qui plonge dans le réservoir contenant le liquide. Cet évasement permet l'introduction d'une mèche, plate d'abord, mais qui, prise par un petit cric, monte dans le tube, en s'arrondissant progressivement, et arrive à l'orifice du bec, sous la forme tout à fait cylindrique. Le courant d'air, dont l'action est accrue et réglée par un étranglement du verre, saisit la mèche allumée, à environ un centimètre du foyer, brûle les vapeurs sans fumée, et donne une flamme longue , excessivement blanche, d'un pouvoir éclairant considérable.

On pouvait craindre à priori que le verre, étranglé presque à angle aigu, ne résistât pas à la chaleur si intense du foyer ; mais l'expérience de tous les jours, faite sur une vaste échelle, a prouvé que cet amincissement, au contraire, en facilitant la dilatation du verre, réduit à des proportions insignifiantes la casse par les coups de feu, qui est une des grandes calamités de l'éclairage aux huiles de pétrole.

Les figures 120 et 121, représentent la lampe à bec cylindrique de M. Boitai. La première fait voir la mèche aplatie, qui devient circulaire en s'engageant dans le cylindre. On voit sur la seconde figurer l'ensemble de la lampe. Le réservoir R {fig. 121) est en cristal. Grâce à la tige t qui descend dans le pied, et au bouton 6, qui arrête cette tige au ' , point désiré, on peut faire varier à volonté la hauteur de la lampe entière. *

M. Boitai a déjà exécuté six becs de calibres . différents, dont voici la consommation et le ] pouvoir éclairant: n° 1, brûlant 56 grammes ■ d'huile minérale par heure: pouvoir éclairant, 15 bougies; n° 2, brûlant 33 grammes

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Fig. 120. — Lampe Boitai.

Fig. 12 J. — Lampe Boitai

d'huile minérale par heure: pouvoir éclairant, 20 bougies; n° 3, 30 grammes d'huile minérale : pouvoir éclairant, 8 bougies ; n° 4, 27 grammes d'huile minérale : pouvoir éclairant, 6 bougies et demie ; n° 5, 22 grammes d'huile minérale: pouvoir éclairant, 4 bougies ; n° 6, 28 grammes d'huile minérale : pouvoir éclairant, 3 bougies.

Dix mille lampes du nouveau système ont été appliquées par M. Boitai, à l'éclairage de la ville de Moscou, et depuis environ deux ans, l'administration de la ville de Paris a confié à cet entrepreneur l'éclairage provisoire des voies nouvelles qu'elle fait ouvrir chaque jour. Les lampes de pétrole à bec cylindrique donnent une lumière fixe, blanche et brillante.

Rien ne s'opposerait à l'introduction de ces

lampes dans l'intérieur des appartements. La flamme ne blesse pas le regard; elle brûle toute sa fumée, et ne dégage pas cette odeur désagréable, qui a jusqu'ici empêché l'éclairage aux huiles minérales de se généraliser.

Le pétrole rectifié et privé d'essences légères, est seul employé dans les lampes dont nous venons de parler. Certaines lampes utilisent, pour l'éclairage, les huiles légères, intermédiaires de densité entre le pétrole ordinaire et les essences. Telle est la lampe sans liquide^ ou à gaz Mille.

Yoici le principe de cet ingénieux appareil.

Supposons que la boîte représentée par la figure 122, soit remplie de morceaux d'éponge , D que nous y versions une certaine

quantité d'huile minérale pouvant se volatiliser facilement, et qu'un courant d'air la traverse, en entrant par l'orifice A, pour sortir par le tuyau recourbé CB.

L'air se chargera de vapeurs en traversant

Fig. 122. — Principe de la lampe à gaz Mille.

l'essence, et deviendra inflammable. Nous pourrons donc allumer ces vapeurs à leur sortie du tube.

La figure 1 23 montre la lampe à gaz Mille,

Fig- 123. — Lampe à gaz Mille.

telle qu'elle est construite. La colonne, E, est creuse ; elle donne accès au courant d'air qui doit se charger de vapeurs inflammables, en passant à travers l'éponge imbibée d'essence. Le récipient contient une éponge, D, enfermée dans un réseau à mailles de fils de f

fer. On imbibe l'éponge en versant de l'essence par la tubulure supérieure, A; puis on renverse la lampe, pour ôter l'excès de liquide. On allume le courant gazeux à l'extrémité du tube CC. Bientôt un appel continu se manifeste, et les vapeurs peuvent être enflammées. L'écoulement des vapeurs est réglé à l'aide d'un petit robinet dont le tube CC est muni.

D'autres lampes à gaz Mille sont à récipient inférieur ; on les a pourvues d'une mèche, pour mieux assurer l'arrivée du gaz inflammable*

La flamme des lampes sans liquide est petite, mais très-éclairante. Ce procédé est plus économique encore que l'éelairage au pétrole ordinaire, puisque les essences légères de pétrole sont à plus bas prix que l'huile éclairante ordinaire. .

Nous terminerons en parlant de la fabrication de gaz avec l'huile de pétrole.

M. Youle-flind, industriel américain, a réussi à transformer l'huile minérale en gaz d'éclairage. Sa méthode est basée sur la décomposition réciproque des vapeurs de pétrole et de la vapeur d'eau, mêlées à une haute température. Dans ces conditions, l'oxygène de l'eau s'empare d'une portion du carbone de l'huile, et donne de l'oxyde de carbone, gaz combustible ; et son hydrogène s'ajoutant aux éléments constituants des carbures hydrogénés, il en résulte les hydrogènes proto et bicarbonés.

L'appareil qui sert h opérer cette réaction, est assez simple. C'est une cornue allongée, à fond plat, percée de trois ouvertures à sa partie supérieure ; ces deux ouvertures sont pourvues de deux tubulures. L'intérieur de la cornue est partagé en trois parties : les deux parties extrêmes sont vides, la partie moyenne est remplie de coke. On chauffe fortement la cornue dans un four, puis on fait arriver simultanément, par les deux tubulures, des filets d'eau et de pétrole. Ces liquides, tombant sur des briques inclinées et rougies par

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la chaleur, sont réduits en vapeurs. Le mélange traverse les fragments de coke, circule dans ces porosités ardentes, et la réaction s'achève. Enfin le gaz s'échappe dans la troisième portion de la cornue, d'où un tuyau le dirige dans le gazomètre.

Il paraît que le gaz ainsi produit, donne une flamme beaucoup plus éclairante que celle du gaz ordinaire, et que son prix de revient est moitié moindre, à égalité de lumière.

Cette question, toutefois, est encore à l'étude, et on ne saurait rien préjuger sur son avenir. Si les espérances conçues venaient à se réaliser, les petites villes qui ne sont pas assez riches pour monter une usine à gaz, pourraient utiliser la découverte de M. Youle- Hind, car les frais d^ établissement des appareils sont très-faibles.

Nous possédons le pétroie depuis si peu de temps, les savants le connaissent si peu et le manient si mal, qu'il n'est pas étonnant que divers accidents se soient manifestés, et que le public ait une grande appréhension contre son usage. On en est venu à croire que l'huile minérale détone à la manière de la poudre, et qu'elle fait explosion par le simple choc. Hâtons-nous de dire qu'en dehors du mélange préalable des vapeurs de pétrole avec l'oxygène de l'air, il nTest pas d'explosion possible. L'huile convenablement rectifiée est si peu inflammable qu'on peut la verser sur une bougie sans qu'elle s'allume , qu'on peut renverser impunément la lampe à proximité d'un foyer, et que le liquide ainsi répandu, loin de causer un incendie, ne fait que s'éteindre. Aussi quand le pétrole a été bien rectifié, son usage ne s*accompagne-t-il d'aucun danger. Les accidents qui ont été signalés ont eu pour cause des huiles mal purifiées. Mais dans ces cas, disons-le bien, les dangers sont réels. Le remède, c'est de s'approvisionner de pétrole parfaitement rectifié et exempt d'essences légères. L'examen du

point d'ébullition du pétrole dont on veut faire usage, est donc indispensable pour s'assurer de la bonne qualité du pétrole et garantir toute sécurité.

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