‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [4], Éclairage, chauffage, ventilation, phares, puits artésiens, cloche à plongeur, moteur à gaz, aluminium, planète NeptuneChapitre 37 sur 143 · CHAPITRE XXX11I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX11I

TABLEAU DES GISEMENTS ACTUELLEMENT CONNUS DANS LES DEUX MONDES, DE L*HUILE MINÉRALE DE PÉTROLE,

On vient de voir le rôle considérable qui est réservé dans l'avenir, à l'emploi des huiles minérales, tant pour l'éclairage que pour le chauffage. Un gisement de pétrole est évidemment une source de richesse pour un pays. C'est ce qui nous engage à placer ici | l'exposé de l'état actuel de nos connaissances concernant la distribution de cette précieuse substance dans les différentes parties du monde.

Nous avons déjà fait connaître la situation des principaux gisements du pétrole en Amérique. Nous ajouterons seulement ici quelques renseignements empruntés à une notice publiée en 1864, par MM. Stapfer et Sautter, à leur retour d'un voyage aux Etats-Unis. Ces deux explorateurs ont parcouru d'un bout à l'autre les États qui possèdent les gisements les plus abondants de pétrole, et ils ont recueilli et fait connaître les données numériques et techniques les plus précises sur l'état actuel de l'exploitation des huiles minérales.

L'ART DE L'ÉCLAIRAGE

Fig. 124. — Vue de Seyssel (département de l'Ain) et des montagnes contenant le calcaire asphaltique*

Les terrains houillers de l'Aile ghany, où se trouvent les gisements de pétrole, couvrent une superficie d'environ 170,000 kilomètres carrés, répartis sur le territoire des huit États, parmi lesquels les plus riches sont la Pensylvanie, la Virginie, l'Ohio, le Kentucky et l'Alabama. Les sources les plus importantes se trouvent dans l'ouest de la Pensylvanie. Les monts Alleghanys, qui traversent cet État, sont formés de terrains houillers, bordés de rocs calcaires, dans les fissures desquels se rencontrent les dépôts» de pétrole. C'est, comme nous l'avons déjà dit, .sur le parcours de TOil-Creèk, tributaire de la rivière Alleghany, que sont échelonnés les principaux puits. Recueillies sur les bords de rOil-Creek et mises en barils, les huiles sont expédiées sur Oil-City (Ville -du- Pétrole) ou sur Titusville, d'où elles prennent

T. IV

le chemin des marchés du littoral. New- York et Philadelphie sont les deux grands débouchés de l'Est pour l'exportation et la consommation.

On ne craint pas l'épuisement des dépôts, bien que le rendement des puits diminue au bout d'un certain temps. L'huile se vend sur place. On fixe la valeur moyenne d'un puits de pétrole à 5000 francs par baril d'huile qu'il débite par jour.

Les principales usines d'épuration du pétrole se sont établies dans le voisinage de Pittsbourg. Elles ont le charbon à leur portée, et l'huile leur arrive par F Alleghany. Dans quelques cas, le rendement en huile d'éclairage épurée, s'élève jusqu'à 90 pour 100; on s'inquiète peu des produits secondaires de la distillation. Le rendement moyen est d'environ 75 pour 100. Souvent

les naphtes et autres résidus, servent au chauffage. Il arrive beaucoup d'accidents avec les huiles de pétrole, mais cela paraît tenir uniquement aux sophistications dont l'huile épurée est l'objet de la part des spéculateurs, qui la mélangent d'essences légères.

La vallée de FOil-Creek, qui a été le principal centre de production du pétrole, n'est pas le seul point du bassin de l'Alleghany qui soit exceptionnellement riche en pétrole. Dans un petit territoire voisin, nommé Wood's farm, on a commencé, en avril 1868, à percer trente nouveaux puits, de 250 mètres de profondeur. Enfin, l'attention a été éveillée aussi, par quelques sondages heureux, sur le territoire d'Oil-City, située au confluent de FOil-Creek sur la rivière Aîleghany.

Ces faits confirment l'opinion que la grande région de pétrole de F Amérique du Nord n'est pa.c précisément la vallée qu'arrose TOil-Creek, mais une zone qui englobe la moitié inférieure de ce cours d'eau et les ruisseaux qui l'alimentent, et qui remonte ensuite vers le nord-nord-est, dans la direction même de la grande fracture du fleuve Saint-Laurent.

Nous ajouterons que les gisements pétrolifères ne se bornent pas aux régions de l'Amérique du Nord, dont nous venons de parler. Il existe aux Antilles, dans l'île de la Trinité, une source abondante de bitume, anciennement connue, et qui continue à envoyer ses produits en Europe. Enfin, dans

la république de l'Equateur, aux environs de Guayaquil,on a découvert récemment des gîtes de pétrole qui commencent à fixer l'attention.

Passons maintenant rapidement en revue les principaux gisements d'huile minérale pétrolifere dans l'ancien continent, en commençant par l'Europe.

Il ne faut pas chercher en Europe des sources jaillissantes de pétrole, comme elfes

existent en Amérique. Un calcaire bitumineux, connu sous le nom de calcaire asphaltique, qui consiste en carbonate de chaux imprégné de substances bitumineuses, telle est la substance minérale qui fournit les bitumes. Dans des cas plus rares, on trouve le bitume à l'état liquide, à certaines profondeurs dans le sol, et il porte alors le nom de pétrole ; mais jamais, en Europe, il ne sort de terre à l'état de source jaillissante, comme en Amérique.

Le calcaire asphal tique qui est exploité à Seyssel, dans le département de l'Ain, et qui appartient à l'étage néocomien du terrain crétacé, est un calcaire fortement imprégné de pétrole, c'est-à-dire contenant 12 pour 100 de ce liquide. Mais on n'en extrait pas le bitume liquide, ou pétrole. On emploie cette roche, après lui avoir fait subir quelques préparations fort simples, pour lé pavage et le dallage dans les grandes villes. Elle porte le nom asphalte ou de bitume^ et son usage pour le pavage des trottoirs des rues, est devenu universel.

L'asphalte de Val-Travers, village suisse près de Neufchâtel, est le plus renommé après celui de SeysseL La mine de Val-Travers, plus puissante, mais moins étendue que celle de Seyssel, s'élève sous la forme d'un mamelon, sur la rive droite de la Reuss, au-dessus du vallon célèbre par le séjour qu'y fit Jean-Jacques Rousseau.

C'est cette mine qui, découverte pour la première fois en 1700, par un médecin d'origine grecque, résidant en Suisse, nommé d'Eyrinis, donna l'éveil sur la richesse des gisements que possèdent la Suisse et la Savoie. Les mêmes gisements qui sont exploités au val Travers, se prolongent, en effet, dans les départements de la Savoie et de la Haute- Savoie. A 10 kilomètres d'Annecy (Haute-Savoie) est le gisement de Chavaroche, coupé en deux par le torrent le Fier

Dans le. département du Bas-Rhin, à Lob» sann, non loin de Sou ltz-sous- Forêts, on ex-

ploite un calcaire asphaltique appartenant au terrain tertiaire. A 2 ou 3 kilomètres, à Bechelbronn , se trouvent des couches de sable imprégnées de pétrole. On a récemment creusé un puits et des galeries, pour exploiter ce sable bitumineux. Le sable rend de 4 à 5 pour 100 de bitume ; mais cette exploitation n'est que d'une très- faible j importance, puisqu'elle ne produit annuel- j lement que 70 à 80 tonnes de bitume. A Schwabwiller, localité à 6 kilomètres de Bechelbronn, le même bitume se présente à Tétat plus liquide.

Dans le département du Haut-Rhin, à Hirtzbach, on a rencontré dans le terrain tertiaire des indices de pétrole; mais les explorations pour sa recheche ont eu peu de succès.

Dans les terrains tertiaires de la Limagne (département du Puy-de-Dôme), il existe divers gîtes bitumineux, qui paraissent remplir des failles d'origine éruptive, se rattachant aux produits des volcans de cette région pendant la période tertiaire. L'exploitation industrielle de ces calcaires imprégnés de bitume, s'est faite d'abord près de Dalle t, entre Pont-du-Château et Clermont-Ferrand. On exploite plus particulièrement aujourd'hui les grès bitumineux à Lussat.

Les autres gisements bitumineux propres à la France, se rencontrent aux environs de Manosque (département des Basses- Alpes) ; aux environs d'Alais (département du Gard). Les couches de terrain tertiaire lacustre de Servas et de Saint-Jean-de-Marvejols (département de l'Hérault), qui rappellent celles de Lobsann (du département du Bas-Rhin), contiennent du calcaire bitumineux. Des produits analogues se trouvent dans le département des Basses-Pyrénées, et près de Bastennes (département des Landes). Mais ce dernier gisement est épuisé.

Nous ne devons pas oublier dans cette énumération, la source de Gabian, village du département de l'Hérault, qui se distingue de

tous les gîtes bitumineux précédents en ce que le bitume y coule à F état liquide. Il exsude, mêlé à de l'eau, de la surface du sol, en formant cette huile de Gabian , fort anciennement connue, qui était employée autrefois en médecine, et qui sert aux chimistes de nos jours, sous le nom à1 huile de naphtey à conserver le potassium et le sodium.

L'Espagne et le Portugal contiennent des gisements bitumineux. Un calcaire asphaltique, qui rend de 12 à 14 pour 100 de bitume, et qui fait partie du terrain crétacé, est exploité à Maestu, province d'Alava, près de Vittoria. Le même terrain fournit du calcaire asphaltique à Burgos et à Santander.

Ce sont des grès bitumineux faisant partie de l'étage inférieur du terrain crétacé, connu sous le nom étage Wealdien, qui existent en Portugal. Ils ont un grand développement dans le district de Leiria. Le seul gîte que L'on exploite est celui de Granja, près de Monte- Real.

Les effluves gazeux d'hydrogène carboné, que l'on a si souvent signalés en plusieurs régions de l'Italie, se rattachent à des gisements de bitume et de pétrole. Aux environs de Plaisance, de Parme et de Modène, on rencontre des couches bitumineuses de quelque importance. On a creusé, vers 1860, une vingtaine de puits de pétrole dans ces diverses localités, mais leur production est très-faible. Ils fournissent à peine une vingtaine de kilogrammes de pétrole par jour. Cinq puits nouveaux ont été forés aux environs de Voghera.

Dans les Abruzzes, h Ghieti (Abruzze citérieure), on a foré un puits de 60 mètres de profondeur, qui paraît devoir fournir un assez abondant produit d'un pétrole très-pur.

Les couches géologiques qui fournissent le pétrole, dans ces différentes régions de l'Italie, appartiennent à l'étage moyen (miocène) du terrain tertiaire. Le pétrole est souvent accompagné, dans tous les gisements italiens, de sulfate de chaux, de soufre, de sel

gemme, ainsi que de lignite. Souvent des effluves de gaz hydrogène carboné annoncent , à l'extérieur, ces dépôts souterrains.

Ce n'est que dans les parties méridionales de l'Allemagne que se trouvent quelques gisements d'asphalte ou de pétrole. On exploite ces gisements bitumineux à Bantheim, Hanovre et Peine. Ils appartiennent en général au terrain crétacé (étage néocomien) et parfois au terrain jurassique. Sur quelques points, l'huile de pétrole sort du diluvium.

Ce dernier fait est curieux à signaler, car il prouve que le pétrole existe dans presque toute la série des terrains de notre globe, depuis les plus anciens, comme les terrains silurien et devonien, qui sont la grande source de l'huile américaine, jusqu'aux terrains tertiaires, le principal gisement du pétrole européen, et, comme on vient de le voir, jusqu'au diluvium même,qui n'est autre chose que le terrain contemporain. Cette variété extraordinaire d'origine rend assez difficile, il faut l'avouer, l'explication de la véritable provenance géologique de ce liquide précieux.

Pour terminer cet exposé de la distribution géographique des gîtes de bitume et de pétrole dans les deux mondes, nous aurons recours au Rapport sur les substances minérales, présenté au jury international de l'Exposition de 1867, par le savant professeur du Muséum d'histoire naturelle de Paris, M. Daubrée. Dans ce travail, M. Daubrée fait connaître avec beaucoup d'exactitude la distribution des gisements de pétrole actuellement connus dans la partie orientale de l'Europe, et dans plusieurs régions de l'Asie.

« Galicie» — La partie de la Galicie, dit M. Daubrée, que borde, vers le nord, la chaîne des Karpathes, renferme une série de gîtes de pétrole, qui s'étendent dans la région orientale de cette province et en Bukowine.

* Les localités dans lesquelles on a découvert ces gîtes, constituent une zone qui, mesurée parallèlement à la chaîne, a une longueur d'environ 250 kilomètres. Dans cette étendue, on a ouvert, depuis i858, des exploitations régulières. D'autres, en très-

grand nombre et situées surtout dans la partie orientale, consistent seulement en orifices peu profonds, que creusent les paysans. Il n'y a pas moins de 5,000 de ces petits bassins, répartis dans une douzaine de localités des environs de Boryslaw.

« La variété intéressante connue sous le nom d'oxokfrite, a été trouvée avec une abondance remarquable, dans plusieurs mines de la Galicie, particulièrement près de Mœhrisch-OËstrau, où on l'exploite, surtout depuis trois ans, pour la fabrication de ïa paraffine, ainsi qu'en Roumanie.

« D'après une enquête que la chambre de commerce de Vienne a récemment faite, la production, qui appartient surtout à la Galicie orientale, s'élevait â :

tonnes.

Pétrole 9,107

Ozokérite (Erdwachs) 2,520

« Ces matières sont raffinées et distillées dans 36 établissements, et fournissent des huiles, à brûler et à graisser, en même temps que de la paraffine, qui a donné 10,150 kilogrammes de bougies.

« Le pétrole de la Galicie se trouve dans les terrains tertiaires. Les gîtes sont disposés sur une ligne de fractures parallèles aux Karpathes et, dans quelques points, en relation avec des sources thermales. Ils sont aussi associés à du sel gemme •

« Croatie et JDalmatie. — Comme exploitation de bitume des provinces autrichiennes, également représentées à l'Exposition, il convient de signaler les gîtes de la Croatie, situés aux environs de Moslawina, et qui paraissent se rattacher à ceux que l'on connaît également en Dalmatie et en Albanie.

« Albanie. — Les gisements bitumineux de l'Albanie sont principalement concentrés entre Kanina, au sud d'Avlona, et le méridien de Bérat, notamment aux environs de Selenitza. Ils appartiennent au terrain tertiaire, et, d'après une exploration récente de M. Coquand, à l'étage le plus récent ou pliocène. Ici le bitume a été, en général, amené à l'état solide ou asphalte.

• « C'est encore au même étage pliocène qu'appartiennent les couches d'où sort, dans l'île de Zante, le bitume qu'Hérodote a déjà signalé.

«Principautés Danubiennes, — Les dispositions géologiques de la Galicie se retrouvent dans les Principautés Danubiennes, qui forment comme leur continuation, à travers la Bukowine.

« La position heureuse de la Valachie, par rapport au Danube, lui a permis de diriger sur Marseille une partie de ses pétroles; et si la Moldavie, moins favorisée, n'a pu emprunter le fleuve pour écouler ses produits, le voisinage des possessions autrichiennes lui a donné la possibilité de faire franchir les Karpathes à ses pétroles bruts et raffinés, et d'alimenter Cronstadt, ainsi que les centres de population les plus importants de la Transylvanie.

« Dans les Principautés Danubiennes, le pétrole,

ainsi que le sel gemme qu'on y trouve en quelques points, appartiennent également au terrain tertiaire. D'après l'étude récente qu'en a faite M. Coquand, ces deux substances paraissent y occuper deux niveaux distincts. L'un, à la partie supérieure de l'étage dit éocène, contemporain à la fois des gypses de Montmartre, du sel, du gypse et du soufre de la Sicile, des sels gemmes des hauts plateaux de l'Algérie (Outaia, Milah, etc.), est représenté, en Moldavie, par le sel gemme exploité à Okna, d'où proviennent lés belles masses exposées, ainsi que par les exploitations de pétrole de Moniezti et de Teskani. L'autre, appartenant à un niveau plus élevé, au terrain tertiaire moyen ou miocène, correspond au gypse et au sel gemme de Volterra, en Toscane, et de la province de Saragosse. Ge niveau supérieur est principalement représenté en Valachie, et renferme également des lignites et du succin, dont on voit aussi de nombreux échantillons à l'Exposition.

« Ainsi, les gîtes bitumineux des Provinces Danu- . biennes, de môme que ceux de la Galicie, qui comptent parmi les principaux de l'Europe, bordent la chaîne des Karpathes.

« On remarque que, sur iOO puits forés pour recueillir le pétrole, la moitié à peine rencontrent celte substance ; ce qui montre que les zones oléifères sont très étroites et séparées par des terrains stériles. Les puits ne sont distants les uns des autres que d'un intervalle de W mètres, et seraient plus rapprochés encore, si les règlements l'autorisaient. Il est indispensable d'en agir ainsi pour drainer tout le pétrole ; cai*les argiles qui le renferment ne lui permettent pas de se mouvoir facilement. En général, on considère comme excellent un puits qui donne 500 litres par jour, pendant la première année. Au-dessous de 380 litres, il est considéré comme médiocre. On voit combien ces puits sont loin de ceux des États- Unis.

« On ne connaît aucun exemple d'huile jaillissant des puits, comme aux États Unis. Dans les Karpathes, elle suinte tranquillement des parois. La pauvreté en pétrole des terrains de la Moldavie et de la Valachie, ne permet pas d'exploiter au moyen de la sonde ; on pratique un puits circulaire d'un mètre de diamètre. Quand le pic a entamé les couches pétrolifères, le dégagement du gaz hydrogène carboné est quelquefois assez abondant pour causer l'asphyxie de l'ouvrier qui travaille au fond du puits.

« Empire russe. — La région qui entoure le Caucase est encore plus privilégiée par l'abondance du pétrole, et paraît constituer la principale zone pétrolifère de l'Europe.

« La Russie envoie une collection des environs de Bakou et de la presqu'île d'Apschéron, localité plus remarquable encore par l'abondance du pétrole que parles feux éternels ou sacrés, qui l'ont depuis longtempi rendue célèbre,

« Le pétrole est renfèrmé dans les terrains tertiaires,

qui bordent l'extrémité orientale du Caucase et forment le littoral occidental de la mer Caspienne, aux environs de Bakou et dans la presqu'île d*Apschéron.

« On l'exploite au moyen de puits, dans lesquels il continue à suinter depuis des temps reculés. Le plus abondant des 85 puits actuellement en exploitation, fournit par jour plus de 2,000 litres, et cela, depuis un temps très-long, sans qu'on remarque de diminution notable dans le rendement. H importe de l'extraire chaque jour; car, si on laisse quelques jours seulement le puits abandonné à lui-môme, le niveau y reste stationnaire.

« En outre, on trouve, à la surface môme du sol, un revêtement formé de bitume à peu près solide ou ozokérite, que l'on exploite également, particulièrement pour la fabrication de la paraffine. Ces dépôts superficiels, qui ont la forme de coulées, partent de certains orifices et s'étendent sur plusieurs centaines de mètres, avec des épaisseurs de 2 à 3 mètres ; ils paraissent provenir de l'oxydation et de la transformation du pétrole qui s'est épanché anciennement.

« Lebitume est également exploité, mais en moindre quantité, tant au nord qu'au sud et à l'ouest de Bakou, jusqu'à des distances de 130 et 150 kilomètres de ce centre principal.

« Les nombreuses sources thermales qui jaillissent dans la môme région prouvent, en même temps que d'autres phénomènes, que l'activité volcanique n'y est pas éteinte*

« La production annuelle de cette région, comprenant les districts d'Apschéron, de Lenkoran et de Derbent, peut ôtre évaluée à :

kilogrammes.

Naphte blanc 32,000

Naphte noir 8,636,000

Total... 8,668,000

« La moitié environ de cette production est employée dans le voisinage ou expédiée sur Astrakan ; l'autre moitié est dirigée sur la Perse.

« Une compagnie a fondé, en 1 857, une fabrique diî photogène, à 14 kilomètres de Bakou, et, en 1860, une autre compagnie a établi, à la pointe de la presqu'île d'Apschéron, dans l'île de Swjetoy, une fabrique de paraffine où Ton traite surtout l'ozokérite.

« On connaît depuis longtemps les volcans boueux, et les dégagements de gaz hydrogène carboné, accompagnés d'une certaine quantité de pétrole, qui sont situés à l'extrémité occidentale de la chaîne du Caucase, des deux côtés du Bosphore <ummérien, d'une part en Crimée, dans la prësqu'île de Kertch, d'autre part dans la presqu'île de Taman. . Ils forment la contre-partie, en quelque sorte symétrique, des abondants gisements de pétrole qui se trouvent à l'extrémité orientale de cette grande fracture, et à environ 1,000 kilomètres de distance,

« Dans la presqu'île de Kertch, où les Tatars rc-

cueillaient, depuis un temps immémorial, du pétrole, principalement pour graisser leurs voilures et pour l'éclairage, une compagnie américaine s'est établie, en 1863, pour l'exploiter au moyen de puits. Après avoir foré jusqu'à 160 mètres, on a reconnu que la plus grande quantité se trouve à une profondeur moindre, c'est-à-dire seulement de 8 à 26 mètres.

« Plus récemment encore, l'attention s'est portée sur les indices de pétrole que l'on connaissait depuis longtemps de l'autre côté du Bosphore, dans la presqu'île de Taman et dans le bassin du Kouban, dans une partie qui n'a été définitivement conquise qu'en 1863 et 1864. On s'est empressé de faire des recherches actives, commencées par M. le colonel Novosylzeff et habilement continuées par M. le capitaine du corps des mines, de Koschkull, à l'obligeance duquel je dois une partie de ces détails, ?insi qu'au savant éminent, M. Abich, qui a récemment visité la localité.

« Dans cette région, les sources naturelles et indices de pétrole constituent quatre groupes, dont les extrêmes sont distants de 170 kilomètres : ces groupes, situés au pied du Caucase, sont disposés suivant une ligne droite, exactement parallèle à l'axe de la chaîne. Cette longue zone, en même temps jalonnée par de nombreuses sources thermales, a environ 7 kilomètres de largeur.

« Un puits foré à \ 2 kilomètres de la forteresse de Krysmskoyé, a atteint successivement quatre nappes de pétrole, à des profondeurs de 16, 40, 60 et 80 mètres. Ces diverses nappes, d'abord jaillissant, par l'impulsion du gaz, de môme qu'aux États-Unis, jusqu'à une hauteur de 16 mètres, ont donné des quantités de pétrole différentes et croissant avec la profondeur : la quantité d'huile minérale fournie pendant 139 jours a été de 1,440,000 litres. Le bitume était mélangé à de l'eau qui formait de un neuvième à un dixième du volume total.

« A part ces deux régions principales, il en existe encore deux autres qui produisent du pétrole : l'une dan? le district de Tiflis, où le puits dit du Tzar, produit 96,000 litres ; l'autre non loin de Grosnaja, où se trouvent quatre puits, remontant aussi à une époque inconnue, et fournissant annuellement 1,120,000 litres.

« Dans le prolongement du grand alignement dont il vient d'être question, et sur le bord oriental de la mer Caspienne, l'île de Naphte ou de Tschéleken, appartenant à la Perse, présente des émanations semblables. Le pétrole, également accompagné de sources salées et chaudes, est exploité par des milliers de petits bassins. Quelques-uns, au moment où ils viennent d'être foncés, fournissent jusqu'à 600 kilogrammes par jour; mais leur rendement diminue bientôt, et quelquefois, au bout de six mois ou deux ans, ils sont abandonnés. 11 en est d'autres toutefois qui sont beaucoup plus longtemps productifs.

* Il est à remarquer que le naphte est également

connu au sud de la mer Caspienne, dans la province de Mazandéran.

« Enfin, il convient d'ajouter que des indices de pétrole reconnus dans la région moyenne de la Russie, dans les gouvernements de Samara et de Simbirsk, ont donné lieu à des forages qui s'exécutent depuis 1865, d'après les indications de M. le général de Helmersen.

« Perse. — Jl est des gîtes que Ton exploite depuis une antiquité très-reculée, en Perse, dans la vallée de l'Euphrate, et à Cbiraz, dans le Kurdistan. C'çst toujours dans des conditions assez analogues, dans des terrains tertiaires, et ils en occupent deux étages, d'après les recherches de il, Ainsworth ; ils sont accompagnés de vastes dépôts de gypse et de soufre et associés à des sources thermales.

« Birmanie. — Le pétrole abonde également dans l'empire Birman, qui fournit à l'Europe des quantités considérables de cette huile, connue en Angleterre sous le nom de Rangoun-tar ou de Burmè$e~ napkta. Dans le bassin de la rivière Iraouaddy, on a foré des puits nombreux qui atteignent jusqu'à 60 mètres de profondeur. En 1862, ils étaient au nombre de 520 et fournissaient ensemble 18 millions de litres d'une huile minérale caractérisée par l'abondance de la paraffine qu'elle renferme.

« Java. — Enfin, à la suite de cette énumération des gîtes exploités, on peut citer l'île de Java, où de nombreuses sources de bitume, situées à proximité de sources thermales, jaillissent de terrains tertiaires qui contiennent du lignite dans le voisinage des volcans. »

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