‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [4], Éclairage, chauffage, ventilation, phares, puits artésiens, cloche à plongeur, moteur à gaz, aluminium, planète NeptuneChapitre 41 sur 143 · PERFECTIONNEMENTS DE CE SYSTÈME D 'ILLUMINATION · texte numérisé non relu

PERFECTIONNEMENTS DE CE SYSTÈME D 'ILLUMINATION

— TRAVAUX DE MM. ARCHEREAU, ROUSSEAU, CARLEVA- RIS,ETC. — PRÉPARATION ÉCONOMIQUE DU GAZ OXYGÈNE»

— PROCÉDÉ DE M. BOUSSINGAULT PAR LA BARYTE. — PROCÉDÉ DE M. TESS1Ë DU MOTAY PAR LE MANGANATE DE SOUDE. — EXPÉRIENCES FAITES EN 1868, SUR LA PLACE DE L'HOTEL DE VILLE DE PARIS, ET EN 1869, DANS LA COUR DES TUILERIES. — DISPOSITION DES BECS. — AVENIR DE CE NOUVEAU MODE D'ÉCLAIRAGE. — PRODUCTION DE LA LUMIÈRE DRUMMOND SANS L'EMPLOI DU GAZ OXYGÈNE.

L'éclairage par le gaz oxy-hydrique consiste à brûler le gaz de l'éclairage, et mieux l'hydrogène pur, au moyen d'un courant d'oxygène. Personne n'ignore que le gaz d'éclairage, comme tous les combustibles, brûle au moyen de l'oxygène de l'air. Mais l'air ne contient que 21 pour 100 d'oxygène; le raisonnement indique donc que si, au lieu de prendre de l'air, qui renferme 21 pour 100 d'oxygène et 79 pour 100 d'azote, on prend de l'oxygène pur, la combustion sera singulièrement activée et la lumière accrue dans la même proportion, c'est-à-dire que la lumière deviendra quatre ou cinq fois plus intense.

11 y a déjà longtemps que ce principe est connu, et il a été bien des fois soumis à l'expérience. Les physiciens et les chimistes savent qu'on appelle lumière Drummond le système qui consiste à faire brûler le gaz hydrogène pur ou le gaz hydrogène bicarboné, c'est-à-dire le gaz d'éclairage, au moyen d'un

L'ART DE L'ÉCLAIRAGE

courant de gaz oxygène. La lumière émise dans ces circonstances , est tellement vive qu'elle vient au troisième rang après la lumière solaire et celle de l'arc électrique.

Durmmond était un officier de la marine anglaise. Il fit ses expériences au commencement de notre siècle, et comme nous l'avons dit dans l'histoire de la Télégraphie aérienne, qui fait partie de cet ouvrage (1), on fit Fessai de ce mode d'illumination lointaine, par l'ordre de l'empereur Napoléon Ier, dans le camp français de Boulogne, en 1804. Mais les dangers auxquels exposait le maniement de ce mélange gazeux empêchèrent de pousser plus loin les essais.

L*emploi de la lumière Drummond amena une découverte fondamentale. On reconnut que si, au lieu de faire brûler simplement les deux gaz , on interpose au milieu de la flamme, un corps étranger, infusible et fixe, et particulièrement un globule ou un cylindre de chaux, la lumière s'accroît dans des proportions considérables. Ce petit corps, interposé dans la flamme, devient lumineux, condense et dissémine au loin toute la lumière résultant de la combustion ; et ainsi se produit un foyer de lumière qui dépasse en intensité toutes les sources lumineuses connues, si Ton en excepte le soleil et la lumière électrique.

Les crayons de chaux appliqués à cet usage particulier, ont des inconvénients dans la pratique. Souvent ils éclatent en morceaux, surtout en se refroidissant. Un chimiste italien, M. Carlevaris, professeur à Turin, proposa de remplacer la chaux par la magnésie. M. Carlevaris prenait un morceau de coke des cornues à gaz ; il le taillait en forme de prisme triangulaire , et plaçait dans un trou creusé dans ce charbon, un fragment de chlorure de magnésium gros comme une fève. Ce morceau de coke était interposé dans la flamme du gaz oxy-hydrique,

<i) Tome II, pages 45, 48.

Par la chaleur de la flamme le chlorure de magnésium se décomposait, et laissait de la magnésie pure : ce globule devenait le centre d'une production de lumière resplendissante.

M. Carlevaris substitua ensuite au chlorure de magnésium pur, un mélange de chlorure de magnésium et de magnésie.

Il donnait à ce mélange, en le comprimant, la forme de lamelles plates. Cette forme avait l'avantage de laisser, après la décomposition du chlorure par la chaleur, des lames très-minces, poreuses et transparentes, qui répandaient la lumière dans tous les sens, et ne faisaient pas ombre, comme la chaux.

La lampe oxy-hydrique de M. Carlevaris avait été imaginée pour appliquer à la photographie ce mode d'illumination, et remplacer le soleil pour les tirages photographiques, ou pour les expériences d'optique. L'auteur voulait également l'appliquer à l'illumination des phares. Pour les expériences d'optique ou de photographie, on n'employait qu'une seule lame, avec un seul bec de gaz oxy-hydrique ; mais pour l'éclairage à grande distance, on dressait verticalement au sommet de la lampe, un certain nombre de lames, de manière à former un cylindre, et l'on faisait tomber sur ces lames les jets enflammés de deux ou trois becs. On obtenait ainsi des cylindres de lumière analogues à ceux des lampes à mèches concentriques de Fresnel, mais incomparablement plus intenses. Ce mode d'éclairage par des lames de magnésie illuminées, était très-curieux à voir.

Beaucoup d'essais ont été faits pour rendre pratique l'usage de l'éclairage par le gaz oxy-hydrique. Il n'existe pas moins de quinze brevets d'invention en France, et plus de vingt en Angleterre, pour des systèmes de ce genre. Nous nous bornerons à rappeler, qu'en 1834, un industriel et physicien d'un certain mérite, M. Galy-Cazalat, fit plusieurs

fois, à Paris, l'expérience de la lumière Drummond, en se servant d'un globule de chaux. En 1858, la même expérience fut répétée au bois de Boulogne. Elle fut reprise à Londres, en 1860. Enfin, en 1865, un physicien anglais, M. Parker, substituant au globule de chaux un globule de magnésie, augmenta l'intensité et la fixité de la lumière.

Déjà en 1 849, un chimiste de Paris, M. Emile Rousseau, avait eu l'idée d'alimenter une lampe ordinaire à modérateur avec un courant de gaz oxygène pur. Dans ces conditions, la lumière de la lampe à modérateur devenait cinq à six fois plus intense. La lampe à oxygène de M. Rousseau n'obtint pas de succès, par suite de la cherté du gaz oxygène à cette époque.

C'était, en effet, le haut prix auquel le gaz oxygène revenait dans l'industrie, qui constituait le principal obstacle à la généralisation de l'éclairage par le gaz oxy-hydrique. La préparation de ce gaz était du domaine exclusif des laboratoires de chimie ; elle ne s'effectuait qu'au moyen de la décomposition par le feu du bioxyde de manganèse. Dès lors son prix de revient considérable, arrêtait toute application industrielle. Il fallait trouver un procédé économique de préparation de l'oxygène, pour l'introduire dans l'industrie.

Un chimiste français, M. Boussingault, fit faire à cette question un pas immense, par la découverte d'un procédé économique de préparation du gaz oxygène. Ce procédé consiste à décomposer par la chaleur, le bioxyde de baryum, qui abandonne la moitié de son oxygène à une haute température; puis à réoxyder ce bioxyde de baryum au moyen d'un courant d'air, à une plus basse température. Le bioxyde de baryum, ainsi régénéré, abandonne de nouveau son oxygène, quand on le chauffe à une température convenable; si bien que ces désoxydations et réoxydations consécutives, donnent un excellent moyen do produire de l'oxygène pur avec économie.

Le procédé de M. Boussingault pour la préparation économique de l'oxygène, a fait époque dans l'histoire de la chimie appliquée à l'industrie. On l'a pendant vingt ans

Fig. i3i.— Boussingauli.

répété avec succès, dans tous les cours publics de chimie.

Cependant l'emploi du bioxyde de baryum présentait certaines difficultés dans la pratique. Un eomposé particulier, le manganate de soude, placé dans les mêmes conditions, est venu fournir un moyen éminemment économique d'extraire l'oxygène de l'air. C'est à un chimiste français, M. Tessié du Motay, qu'appartient la découverte de cette importante modification du procédé de M. Boussingault.

M. Tessié du Motay a reconnu que si l'on place dans une cornue de fonte, du manganate de soude, qu'on le porte à la température d'environ 450°- et qu'on fasse, en même temps, traverser la cornue de fonte par un courant de vapeur d'eau, l'acide manganique se décompose, en abandonnant une partie de

Fig, 135. — Appareil de M. Tessié du Motay, pour la préparation économique du gaz oxygène.

À, fourneau ; B, cornues ; C, foyer surchaufféur de vapeur ; D, foyer sùrch&uffeur d'air ; E, tuyau d'air ; G, tuyau d'oxygène allant au gaxomctre j H, tuyau de vapeur pénétrant dans le foyer surchauffeur ; LL', tuyau de vapeur ; M, tuyau amenant l'oxygène ; K, tuyau de tap/ur reliant le tube IX' aux batteries de gauche et de droite ; N, pénétration du tuyau M dans le tuyau G j P, tuyau d'air ; R, orifice d« charge du charbon ; S, S', foyers, cendriers ; T, tirant pour supporter la tuyauterie.

son oxygène. Si Ton dispose à l'extrémité de la cornue un tube pour le dégagement de l'oxygène, on peut recueillir et emmagasiner dans un gazomètre des quantités considérables d'oxygène.

Quand la décomposition est terminée, quand le manganate de soude a perdu une partie de son oxygène, pour passer à T état d'oxyde de manganèse, il n'est rien de plus facile que de reconstituer le manganate de soude primitif. Il suffit de faire traverser le tube qui le contient, par un courant d'air chaud. L'oxyde de manganèse s'empare de l'oxygène de l'air, et le manganate de soude se reforme. Ainsi reconstitué, le manganate \ de soude peut, de nouveau, perdre son oxy-

gène sous l'influence d'une température de 450° et d'un courant de vapeur d'eau*.

Par cette succession alternative d'opérations, le même manganate de soude peut donc fournir indéfiniment de l'oxygène pur: c'est comme une éponge qui s'imbiberait d'oxygène à une certaine température, et laisserait perdre cet oxygène à une température plus élevée, et cela presque indéfiniment/

Dans les expériences qui furent faites au laboratoire de chimie de l'Exposition universelle en 1867, 50 kilogrammes de manganate de soude donnèrent 400 litres d'oxygène par heure, même après 80 réoxydations succesr sives. Ajoutons que M. Tessié du Motay a si bien perfectionné la fabrication en grand du

manganate de soude, qu'il est presque certain de pouvoir livrer ce sel au commerce au prix de 30 à 40 centimes le kilogramme.

Tel est le procédé qui a permis de transporter dans la pratique l'éclairage au moyen du gaz oxy-hydrique, c'est-à-dire le système qui consiste à brûler le gaz ordinaire de l'éclairage par un courant de gaz oxygène.

Les matières réfléchissantes que Ton doit interposer au milieu de la flamme, ont été modifiées avec avantage par MM. Tessié du Motay et Maréchal. Ces deux expérimentateurs, après avoir fait, pendant quelque temps, usage des lamelles de chlorure de magnésium et de magnésie de M. Carlevaris, leur ont substitué des disques de magnésie pure. En effet, les disques magnésiens illuminés par le jet enflammé, faisaient un effet magique, mais ils duraient à peine une soirée, et se brisaient au moment où l'on y pensait le moins. MM. Tessié du Motay et Maréchal ont réussi à fabriquer, avec un mélange de magnésie et de charbon, des crayons cylindriques, qui ne laissent rien à désirer. Illuminés par trois jets de gaz oxy-hydrogène, ils deviennent des cylindres de feu éblouissants, et peuvent servir à l'éclairage pendant plus d'une semaine.

MM. Tessié du Motay et Maréchal ont poursuivi avec une rare persévérance, leur projet de faire adopter dans l'éclairage public le gaz oxy-hydrique. Une expérience publique relative à ce nouveau mode d'éclairage, se fit pendant deux mois de l'hiver de 1868, sur la place de l'Hôtel de ville. Quatre grands candélabres à six becs répandaient une clarté dont la vivacité et l'éclat rappelaient la lumière électrique. D'une certaine distance on pouvait porter les yeux sur le centre lumineux qui rayonnait dans un grand espace, sans craindre d'avoir les yeux blessés, comme il arrive avec la lampe électrique. Nous donnerons quelques détails sur cette expérience, pour renseigner nos lecteurs sur les procédés

techniques qui se rattachent à cette invention intéressante.

L'appareil était établi dans les caves de l'Hôtel de ville. Dans un fourneau de brique, s'étageaient sept cornues de fonte, longues d'environ 3 mètres, chauffées au rouge, et contenant le manganate de soude. Une chaudière à vapeur servait à diriger un courant de vapeur d'eau à l'intérieur de ces cornues. Le mélange d'oxygène et de vapeur d'eau sortant des cornues était dirigé, au moyen d'un tube, dans un réfrigérant où la vapeur d'eau se condensait, tandis qu'un tuyau supérieur servait à donner issue au gaz oxygène et à l'amener dans un gazomètre, où on le conservait pour les besoins de l'éclairage.

La seconde partie de l'opération, c'est-àdire la reconstitution du manganate de soude aux dépens de l'air atmosphérique, se faisait à l'aide d'un ventilateur, mis en action par une locomobile. Avant de s'introduire dans les cornues chauffées, l'air traversait un épurateur assez semblable à celui qui est employé dans les usines à gaz, et qui consiste en un vase de fonte contenant de la chaux. Dans cet appareil, la chaux absorbe l'acide carbonique de l'air, dont la présence nuirait à la réaction.

La figure 435 représente l'appareil employé par M. Tessié du Motay, pour préparer le gaz oxygène au moyen de la décomposition par le feu, du manganate de soude. Dans les cornues B, B, que renferme le fourneau A, se trouve le manganate de soude. La vapeur d'eau, sous l'influence de laquelle ce sel est décomposé facilement par la chaleur, arrive par le tube L, après s'être surchauffée dans le foyer C, dont le cendrier est placé en contre-bas S'. Le cendrier du fourneau est également placé en contre-bas (S). Quand le courant de vapeur et la température ont été maintenus un temps suffisant pour décomposer le manganate, l'ouvrier, en ouvrant un robinet, laisse arriver par le tube P de

l'air qui s*est préalablement surchauffé dans le foyer D. Cet air ayant rendu à l'oxyde de manganèse l'oxygène nécessaire pour le reconstitue^ l'ouvrier ouvre de nouveau le robinet, qui donne accès à la vapeur d'eau venant du tube L, et la décomposition du manganate de soude recommence.

L'oxygène provenant de ces décom positions successives se dégage par le tube G, et se rend au gazomètre.

On estime que la lumière du gaz oxy-hydrique est environ quinze fois plus puissante que celle du gaz ordinaire. Outre sa puissance éclairante, cette source lumineuse est d'une remarquable fixité. On remarqua, par exemple, pendant toute la nuit de tempête du 18 janvier 1868, que les quatre candélabres de l'Hôtel de ville, éclairés à la lumière Drummond, ne cessèrent de briller avec éclat, tandis que presque tous les becs des réverbères ordinaires se trouvaient éteints tout à l'entour, par la violence du vent.

L'essai public du gaz oxy-hydrique qui avait été fait à Paris pendant l'hiver de l'année 1868, a été repris, pendant l'année suivante, par ordre de l'Empereur, dans la cour des Tuileries.

Le gaz de l'éclairage était emprunté à la conduite delà rue. L'oxygène arrivait tous les jours aux Tuileries, à l'état comprimé, dans des voitures semblables à celles qui servent aû transport du gaz portatif.

La condition essentielle pour la permanence et Tégalité de la lumière que Ton obtient en brûlant le gaz de l'éclairage par l'oxygène, c'est que la pression soit toujours parfaitement régulière. Il est facile de régler l'émission du gaz avec les réservoirs dans lesquels l'oxygène est amené de l'usine. Mais le gaz d'éclairage, tel qu'il existe dans les conduites des rues, est soumis à une pression qui varie d'un instant à l'autre. Pour rendre cette pression régulière, on avait eu recours à des flotteurs mis en jeu par un courant d'eau d'une manière très-ingénieuse.

L'ensemble de ces dispositions élait établi dans une cabane placée en avant de la grille de la cour des Tuileries, près du guichet de l'Échelle.

La cour des Tuileries, dont la longueur est de 500 mètres environ, était éclairée au moyen de cinquante becs, placés sur trois rangées, et qui étaient de portée différente. Des lentilles, à foyer plus ou moins long, et des verres plus ou moins dépolis, disséminaient la lumière dans l'espace.

Deux becs, situés à droite et à gauche du pavillon de l'Horloge, projetaient sur l'arc de triomphe du Carrousel, des rayons parallèles très-intenses, qui faisaient apparaître cet édifice comme en plein jour. Un troisième bec à faisceau parallèle, placé du côté de l'arc de triomphe, éclairait aussi à giorno le cadran de l'horloge. De petits becs laissés nus, çà et là, à côté des becs armés de lentilles et de verres dépolis, excitaient agréablement Tœil, en donnant à l'ensemble de l'éclairage une certaine gaieté.

Dans cette nouvelle expérience les crayons de magnésie pure avaient été remplacés par un mélange de magnésie et de zircone, terre analogue à la magnésie par ses propriétés chimiques. L'addition de cette dernière substance paraît ajouter à l'éclat de la flamme.

Il nous reste à ajouter que les expériences faites en 1869, ayant paru de tout point satisfaisantes, l'Empereur a ordonné l'établissement définitif de ce système dans la cour du palais des Tuileries. Les appareils provisoires ayant servi à l'expérience, ont été enlevés, et remplacés par de nouveaux qui serviront désormais à l'éclairage habituel.

Nous avons décrit plus haut l'appareil qui sert à la préparation du gaz oxygène ; il nous reste à donner l'idée des becs dans lesquels s'effectue la combustion des deux gaz.

Ce bec se compose de trois parties : 1° le tuyau donnant issue au gaz oxygène ; 2° les tuyaux (ordinairement au nombre de trois)

qui amènent le gaz de l'éclairage ; 3° le crayon de magnésie et de zircone, qui doit produire reflet de concentration et de dissémination de la lumière.

deux, et les orifices de sortie dans chaqu; couple sont exactement apposés l'un à l'autre, de sorte que les deux jets soient lancés l'un contre Fautre et neutralisent en quelque sorte leur pression. La pression du jet d'oxygène reste donc seule permanente, et de plus, dans son écoulement, l't>xygène tend à faire le vide entre les deux jets d'hydrogène. Par cela même que la pression des jet& d'hydrogène est annulée, et que la pression de l'oxygène, que l'on règle à volonté, s'exerce seule, peu importe la pression à laquelle le gaz de la ville entre dans le bec, l'éclairage sera toujours parfaitement réglé. Le crayon réfléchissant C est placé au centre de tous ces petits jets gazeux.

'■■ Fig. 136. — Tessié du Motay.

La figure 137 représente ce bec.

: L'oxygène arrive par les tubes 0. Le gaz de Téclairage arrive par les tubes A', B' qui forment par leur réunion, autour du tube

Fi g. 137. — Bec h jets multiples.

central, comme une patte d'araignée, ou une couronne circulaire. Ces petits becs sont toujours en nombre, pair, ou groupés deux à

Fig. 138. — Bec oxy-hydrique à douze jets.

La figure 138 représente le bec oxy-hydrique qui vient d'être décrit, comprenant douze jets et entouré d'un globe de cristal. A est le tube conducteur du gaz oxygène, qui s'introduit dans le bec, quand on tourne le robinet E; B, le tube conducteur dû gaz de l'éclairage, qui arrive au bec quand le robinet F est ouvert. C est le crayon magné-

L'ART DE L'ECLAIRAGE

sien et zirconien ; D, la réunion des tubes : amenant les jets de gaz de l'éclairage; H, la clef qui sert à régler la hauteur des tubes de sortie du gaz.

1 La figure 139 représente cet appareil, non

Fig. f 39. — Lampe oxy -hydrique en cristal.

plus suspendu au plafond comme le précédent, mais posé sur une table à la manière d'une lampe ordinaire,

La figure 140 représente un système plus simple, dans lequel on n'emploie pas de crayon réfléchissant. Le tube C amène le gaz de l'éclairage ; le tube B apporte le gaz oxygène. A l'aide du robinet A, on règle la proportion de l'écoulement de ce dernier gaz.

La lumière du gaz oxy- hydrique est sou- -j vent employée, dans les cours de sciences physiques ou naturelles, pour opérer des agrandissements d'objets microscopiques,

Fig, 140. — Bec h gaz oxy-hydrique, composé, d'un bec d'Àrgand h double courant d'air.

c'est-à-dire pour remplacer l'éclairage du soleil dans le microscope solaire, La figure 141 fait voir cette disposition. La légende qui accompagne cette figure, montre le rôle de chacun des organes accessoires de la lampe et de l'appareil optique d'agrandissement et de projection.

Quel est le prix de revient du nouvel éclairage, comparé à celui de l'éclairage au gaz ? C'est une question sur laquelle nous n'avons pas de renseignements précis, et à vrai dire, nous n'en désirons aucun. En effet, dès l'annonce de cette tentative nouvelle, les intérêts nombreux engagés dans les compagnies du gaz, et les directeurs des grandes entreprises d'éclairage public, ont suivi avec inquiétude les progrès de l'expérience faite sur la place de l'Hôtel de ville, et recherché l'impression qu'elle produisait sur le public. Nous n'avons qu'une faible sympathie pour les compagnies d'éclairage au gaz, car elles font payer le gaz un prix exorbitant, 30 centimes le mètre cube, aux particuliers de la capitale, tandis qu'elles le livrent à moitié prix, à 15 centimes le mètre cube, à la ville de Paris,

inégalité injuste et choquante, qui s'exerce aux dépens de toute lapopulation parisienne, et qui donne la mesure des bénéfices que doivent réaliser ces entreprises. Toute in-

Fig. 141. — Lampe oxy-hydrique pour les projections.

Ar introduction du gaz oxygène; fi, introduction du gaz hydrogène; C, tube conduisant le gaz à la caisse D; E, petit tube de sortie du gaz mélangé; F, crayon de zircone; G, vis de pression pour faire varier la hauteur de l'appareil d'agrandissement et de projection; H, charnière; L, lentille de réflexion ; N, robinet pour régler la combustion du gaz; R, pavillon réflecteur.

dustrie fait habituellement profiter les consommateurs des réductions qui peuvent survenir, soit dans la matière première, soit dans les progrès de sa fabrication. Seules, les compagnies *du gaz, avec leur tarif fixe et inébranlable, persistent à tenir le consommateur

parisien en dehors des améliorations qui peuvent résulte r pour elles du progrès et des perfectionnements de leur fabrication. Nous verrions donc sans déolaisir un nouveau système d'éclairage s'offrir aux habitants de la capitale, pour les soustraire à un monopole tyrannique.

Ce rôle est-il réservé au nouveau gaz ? A vrai dire, nous ne l'espérons pas. Il y a bien des dangers dans le maniement simultané de l'oxygène et du gaz de l'éclairage. Or, la première condition pour l'éclairage public ou privé, c'est une sécurité absolue. Non-seulement cette sécurité n'est point garantie avec le mélange d'oxygène et d'hydrogène, si bien désigné dans les laboratoires sous le nom de gaz tonnant ; mais tout ferait craindre, au contraire, qu'il n'arrivât des accidents assez graves le jour où l'on abandonnerait à des mains inexpérimentées ou malhabiles le maniement d'un tel mélange. Dans nos théâtres, où l'on fait usage aujourd'hui de ce mélange gazeux, pour remplacer la lumière électrique, il est arrivé plus d'une fois des explosions, qui ont peu de gravité sans doute, en raison du faible volume de gaz employé, mais qui donnent à réfléchir pour le cas où ce mode d'éclairage se généraliserait. Une explosion qui arrive dans nos maisons, par l'effet d'une fuite de gaz d'éclairage, est déjà un accident redoutable ; mais ses conséquences ont rarement beaucoup de gravité. Il en serait tout autrement, si, par une perte des deux gaz hydrogène bicarboné et oxygène , un mélange explosif venait à se produire dans une pièce fermée. L'inflammation d'un certain volume de ce mélange gazeux, c'est-à-dire de gaz tonnant, aurait les plus terribles conséquences. Cette éventualité suffira peut-être à faire proscrire le nouveau gaz de l'intérieur de nos j demeures, et à le réserver pou* l'éclairage I des places et des rues.

j D'un autre côté, la canalisation, c'est-àdire la distribution du gaz oxygène dans des tuyaux enfouis sous le sol, donnerait lieu

V ART DE L'ECLAIRAGE

peut-être à de sérieuses difficultés, en raison de l'oxydation prompte que provoquerait l'oxygène humide sur les métaux composant les tuyaux de conduite.

Nous nous arrêtons dans cette critique, qui a le défaut d'être prématurée, car les éléments précis manquent en ce moment pour porter avec confiance un jugement sur l'avenir de cette question* Assurément nous ne sommes pas en présence d'une révolution dans nos moyens d'éclairage, mais rien ne prouve qu'une heureuse modification apportée à ce système nouveau, ne viendra pas faire disparaître une partie des inconvénients qui lui sont propres, et dissiper les préventions qu'il fait naître.

Cette question est à l'étude, et déjà une suggestion très-ingénieuse s'est manifestée et a pris de la consistance. Le préparateur du cours de physique de la Sorbonne, M. Bourbouze, a proposé de supprimer l'oxygène, ce qui débarrasserait tout de suite de la coûteuse installation des usines à oxygène et de la préparation quotidienne de ce gaz comburant. M. Bourbouze voudrait exécuter en grandce qu'on fait en petit dans les laboratoires, c'est-à-dire mélanger simplement au gaz de l'éclairage un certain volume d'air ordinaire.

On fait arriver dans une même capacité du gaz d'éclairage et de l'air. Le mélange de ces deux gaz étant opéré, on lui fait traverser une plaque percée d'un grand nombre de petits trous, ce qui le divise en un grand nombre de minces filets. Pour éviter la communication de la flammé avec le mélange détonant, on n'enflamme pas directement ces petits jets; on les fait passer à travers une toile métallique de platine, tressée d'une manière particulière, et que l'auteur appelle point de crochet, L'interposition de cette toile métallique empêche, comme dans la lampe de sûreté de Davy, la communication de la flamme extérieure avec le gaz tonnant contenu dans la capacité inférieure. En même temps, la toile de platine

jouant le rôle du globule de chaux ou de magnésie de l'éclairage Drummond, donne à la flamme un éclat extraordinaire et une grande fixité.

M. Bourbouze estime qu'avec cette disposition, on réaliserait une économie de 15 pour 100 sur l'emploi du gaz ordinaire.

Tout cela prouve que la question de la combustion du gaz d'éclairage par un courant de gaz oxygène, n'en est qu'à ses débuts, et qu'il faut encore attendre pour se prononcer sur son avenir. L'éclairage au gaz ordinaire a déjà trouvé dans l'huile minérale de pétrole un concurrent redoutable ; nous espérons, dans l'intérêt de tous ceux qui ont recours à l'éclairage artificiel, que la concurrence ne s'arrêtera pas là

Nous terminons avec la question de la lumière oxy-hydrique, l'examen du groupe des sources lumineuses que nous avions réunies sous le nom de lumières éblouissantes^ c'est-à-dire la lumière électrique, l'è» clairage au magnésium et la lumière oxyhydrique. De ces trois sources lumineuses, la lumière électrique est celle qui paraît appelée à l'avenir le plus sérieux. Chaque année on met en avant un projet nouveau pour appliquer dans les villes l'éclairage au moyen de l'arc voltaïque.Il est probable que ces tentatives incessantes conduiront à faire établir un certain nombre de ces éclatants foyers électriques qui distribueront dans Paris, et plus tard dans les autres villes de la France, leur radieux éclat, comparable à celui de l'astre solaire.

Quelques personnes, plus hardies encore, adoptant la pensée d'Arago, vont jusqu'à proposer que l'on élève au-dessus de chaque ville, en un point culminant, un foyer lumineux unique, énorme gerbe d'une clarté sidérale, qui éclairerait à la fois toute l'étendue d'une cité. Les esprits enthousiastes et amoureux du progrès, aiment à devancer en imagination l'époque où un phare éleetri-

2iO MERVEILLES

que élevé au-dessus d'une ville, projettera sur tous ses quartiers l'éclat puissant de ses rayons. Ne condamnons pas trop vite une telle espérance; qui peut assigner une limite aux prodiges que la science nous réserve pour l'avenir ?

Si cette conception magnifique devait se réaliser un jour, si jamais un immense foyer électrique venait à se dresser au centre de Paris, illuminant la ville entière, il y aurait là l'occasion d'un rapprochement assez curieux. Sous le#«* deux premières races de nos rois, Paris demeurait plongé, durant la nuit, dans d'épaisses ténèbres. Les grandes abbayes de Sainte-Geneviève, de Saint- Germain des Prés, de Saint-Victor et de Saint-Martin des Champs^ entretenaient sur la tour la plus

haute de leurs murailles, un foyer qui ne s'éteignait qu'aux premiers rayons du jour, et dont la clarté pouvait seule intimider les malfaiteurs qui désolaient la ville. Celui qui, à notre époque, verrait briller au-dessus de Paris, le nouveau phare électrique, reporterait sans doute ses souvenirs vers les temps que nous venons de rappeler, et verrait avec bonheur une pensée, due à la pieuse sollicitude de la religion de nos pères, si admirablement réalisée par la science de nos jours. Et l'humble fanal des moines du moyen âge, comparé au resplendissant éclat du flambeau voltaïque, montrerait assez de quels progrès admirables, de quelles forces nouvelles le progrès des sciences modernes a enrichi l'humanité y

fin de l'éclairage

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