CHAPITRE XXXVI
i/ÉCLAIRAGE AU MAGNESIUM — PROPRIÉTÉS DE CE MÉTAL. — LAMPE POUR L'ECLAIRAGE AU MAGNESIUM. — APPLICA- TION SPÉCIALE A LA PHOTOGRAPHIE.
En 1864, deux physiciens allemands, MM. Bunsen et Roscoë, ayant constaté le prodigieux éclat que répand, en brûlant, le magnésium réduit à l'état de fil, eurent l'idée de tirer parti pour l'éclairage, de cette précieuse propriété. Le magnésium brûle avec une flamme très-eclatante et très-tranquille, en laissant une traînée de magnésie.
Le magnésium est un métal analogue à l'aluminium par ses propriétés physiques et chimiques, et qui s'obtient, dans les laboratoires, parles mêmes procédés. Ce métal fut découvert en 1827, par M. Bussy ; mais il resta, jusqu'ànotre époque, rare et peu connu. Les travaux de M. Sainte-Claire-Deville ayant révélé les propriétés inattendues de Talumi-
nium, et rendu pratique un procédé pour retirer ce métal des sels d'alumine, on s'empressa d'appliquer la même méthode aux composés analogues à l'alumine, tels que la magnésie, la zircone, Fyttria, la silice, etc. C'est ainsi que Ton parvint à extraire à peu de frais le magnésium de la magnésie et à constater ses curieuses propriétés physiques et chimiques, qui le rapprochent beaucoup de son congénère, l'aluminium.
Le magnésium est aussi blanc et aussi éclatant que l'argent. Sa densité est de 1,75; il pèse six fois moins que Fargent, et un peu plus que le verre. On le prépare dans les laboratoires ou dans l'industrie, en traitant par le sodium le chlorure de magnésium pur. Pour le réduire à l'état de fils, on le comprime, à l'aide d'une presse hydraulique, dans un moule en acier, chauffé et m uni à sa partie inférieure d'une ouverture qui a pour diamètre celui du fil que Fon veut obtenir.
Le magnésium fond vers 425°, c'est-à-dire à peu près à la même température que le zinc. Chauffé en vases clos, il se réduit en vapeurs. Inaltérable dans Fair sec, à la température ordinaire, il se ternit au contact de Fair humide. Chauffé au contact de l'air, il brûle avec une flamme très-brillante. Un fil d'un tiers de millimètre de diamètre, répand, en brûlant, autant de lumière que soixante- quatorze bougies stéariques , du poids de 100 grammes chacune. Pour entretenir cette vive lumière pendant une minute, il suffît de brûler un fil de 0ra,9 de longueur, pesant 12 centigrammes; pendant une heure, 72 grammes de fils de magnésium. 1 gramme de magnésium brûlant dans Foxygène produit un éclat égal à celui de 110 bougies.
Le caractère particulier de la flamme du magnésium, c'est sa grande activité comme agent chimique. Aussi la photographie at-elle tiré parti de cette précieuse action.
La magnésie, qui n'était connue jusqu'à ce dernier temps que des pharmaciens,
s'est donc élevée, de nos jours, au rang de luminaire.
Ce luminaire, toutefois, n'a pas pris encore grande extension. On a appliqué la combustion du fil de magnésium à remplacer la lumière naturelle pour des tirages photographiques; mais c'est là un rôle bien borné et de bien peu d'importance.
Cette application du magnésium à la photographie, a été faite pourtant, dans une occasion intéressante. M. Piazzi-Smith, astronome royal d'Ecosse, la fit servir à l'éclairage de l'intérieur de la grande pyramide de Memphis, j pour pouvoir photographier les particularités 1 les plus intéressantes de cet antique monu - | ment, les étudier et les mesurer. On peut : signaler à ce propos, la série de photogra- I phies du célèbre coffre de granit de la cham- | bre royale, qui, d'après les archéologues , serait une mesure de capacité contenant exactement 1162ut,724.
La lumière du magnésium est très-employée en Amérique par les photographes.
La lampe qui sert à brûler ce métal, éclaire pendant une heure et demie ou deux heures, et sa consommation est de moins de 30 grammes. Le magnésium est fabriqué, à Boston, sur une assez grande échelle.
L'appareil, fort simple, que Fon a construit en France pour brûler les fils de magnésium, et appliquer Féclatde cette flamme à la photographie, a été combiné par M. Sa- ' lomon, et est construit par M. Greslé. | Conduit par deux rouleaux, que met en | action un mouvement d'horlogerie, le fil | traverse une boîte de métal, et arrive devani un réflecteur d'argent : c'est là qu'on l'allume. La figure 133 représente la lampe à magnésium.
A est un cylindre garni de fil de magnésium ; — B le fil passant à travers la boîte D ; — D est la boîte contenant deux roues garnies de gutta-percha, qui sont mise& en mouvement par un système d'horlogerie. C'est entre ces deux roues que se trouve pincé le
fil, qui avance ainsi à mesure que sa combustion a lieu ; — E est un récipient qui reçoit la magnésie formée par la combustion ; — F, le bouton d'une crémaillère permettant
Fig. 133. — Lampe à magnésium.
d'avancer ou de reculer le miroir réflecteur ; — : F', une languette servant à mettre le mouvement d'horlogerie en marche ou à l'arrêter à la fin de l'opération ; — G, une clef pour monter le ressort du mouvement d'horlogerie.
Pour avoir plus de lumière, on peut tresser ensemble trois fils de magnésium , ou deux fils de magnésium avec un fil de zinc. Seul, le fil de zinc brûlerait mal, mais associé au magnésium, il brûle parfaitement.
Une autre application intéressante de ce même métal, devenu utile tout à coup, a été faite par le commandant Martin de Brettes, professeur à l'école d'artillerie de la garde impériale. M. Martin de Brettes avait beaucoup prôné autrefois la lumière électrique, appliquée à un système particulier de signaux militaires et à une foule d'autres usages pratiques. La lumière du magnésium devait se recommander à son attention par la simplicité des appareils qu'elle exige; et M. Martin de Brettes s'est empressé d'en faire l'essai dans les circonstances où il avait con-
seillé d'employer l'éclairage électrique. Les expériences qu'il a faites dans cette direction, lui ont fait espérer que le magnésium pourra servir avec avantage à une foule d'usages dans la pyrotechnie civile et militaire, lorsqu'il s'agit d'obtenir de brillants feux d'artifice ou des signaux plus économiques et plus efficaces que les baltes à feu dont on se sert aujourd'hui.