‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [4], Éclairage, chauffage, ventilation, phares, puits artésiens, cloche à plongeur, moteur à gaz, aluminium, planète NeptuneChapitre 65 sur 143 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

COMPARAISON ENTRE LES DEUX SYSTÈMES DE VENTILATION PAR APPEL ET DE VENTILATION PAR REFOULEMENT d'aIR. SUPÉRIORITÉ DU SYSTÈME PAR REFOULEMENT. — MAU- VAIS EFFETS DE l'AIR ASPIUË J BONS EFFETS DE L'AIR INSUFFLÉ. — RÉFUTATION DE L'OPINION DE M. LE GÉNÉ- RAL MORIN.

Des deux modes de ventilation que nous venons de décrire, la ventilation par appel au moyen d'un foyer, et le refoulement de l'air par un appareil mécanique , quel est celui qu'il faut préférer pour le renouvellement de l'air dans les habitations privées et les édi-

Fig. 247. — Machine aspirante ou soufflante employée pour la ventilation des mines.

fices publics? Le système le plus en faveur, iî faut le reconnaître, c'est la ventilation par appel. Seulement, nous ne nous rangerons pas ici à l'opinion générale, et nous espérons que les considérations qui vont suivre, amèneront le lecteur à* partager notre sentiment à cet égard.

La ventilation par appel est entachée d'une foule d'inconvénients, que nous allons énumérer.

En premier lieu, quand elle fonctionne clans une maison d'habitation, elle gêne et entrave le tirage de toutes les cheminées.

Supposons qu'une bonne cheminée d'appel, semblable à celle que nous avons représentée plus haut (fig. 244), soit adaptée à une maison, pour la ventiler. Le tirage des cheminées et des autres appareils de chauffage, sera contrarié par le tirage puissant de ce foyer d'appel. Tous les appartements de la maison se rempliront de fumée. Bien plus, si Faction de la cheminée d'appel est plus forte, le gaz des fosses d'aisances et les odeurs des cuisines, répandront partout leur infection. Les locataires seront obligés de s'abriter contre cet appel désastreux, de se pré-

server, en se clôturant, des bienfaits d'une , malencontreuse ventilation.

Il ne faut pas croire que les choses se passent autrement partout où la ventilation est faite par appel. Dans les théâtres, où la ventilation par appel est établie, l'air froid des couloirs s'engouffre dans les loges. Dès qu'on ouvre une porte, des vents coulis sifflent continuellement par les joints. A leur iour les couloirs se remplissent des odeurs de toutes les parties de l'édifice. On répond qu'il faut chauffer l'air des couloirs pour éviter cette impression fâcheuse ; mais alors, ©ù est l'économie? Ce n'est qu'éloigner la difficulté, et non la résoudre (1).

Les salles des hôpitaux sont à chaque instant infectées par les émanations des fosses d'aisances; et pourtant on tâche de ventiler ces fosses par un appel plus puissant que celui des salles.

La ventilation par refoulement écarte tous j ces inconvénients. Grâce à l'excès de pression, les cheminées ne flambent que mieux et n'ont pas de tendance à fumer; les odeurs, Jes émanations diverses, sont refoulées dans leurs conduits, et ne peuvent s'écouler qu'au dehors. Cette ventilation est réelle, efficace au plus haut point; car l'air, amené de cette manière, se disperse mieux, comme nous le montrerons dans un instant. L'ouverture accidentelle des fenêtres ou des portes, n'amène aucune perturbation ; seulement la pression diminue pendant ce moment, et l'écoulement de l'air refoulé est plus rapide.

Ventiler par appel, c'est se priver des bienfaits de l'air condensé; c'est se soumettre continuellement à la gêne de respiration que Ton éprouve quand le baromètre baisse et que le temps est à l'orage.

Tout le monde sait que l'on respire plus facilement dans une atmosphère dense que

(1) Au grand amphithéâtre du Conservatoire des arts et métiers de Paris, M. le général Morin a dû faire établir des doubles portes, et chauffer le couloir pour éviter l'entrée «îans l'amphithéâtre de l'air froid du dehors.

dans un air raréfié ; et il n'est plus douteux aujourd'hui que les pressions atmosphériques considérables n'aient une influence favorable sur la santé. C'est pour cela que M. Gubler, professeur à la Faculté de médecine de Paris, propose d'établir une station médicale dans la vallée de la mer Morte, qui se trouve a 430 mètres plus bas que le niveau de l'Océan.

L'air conduit d'autant mieux les sons qu'il est plus dense. C'est pour cela que ventiler les théâtres par appel, est, à nos yeux, une hérésie scientifique.

Les ingénieurs et les physiciens objectent que la différence de pression entre lès deux systèmes est faible, et qu'elle n'équivaut pas même aux variations du baromètre. Mais, lorsqu'il s'agit d'air respirable, les petites variations acquièrent une grande importance. La ventilation par excès de pression est, I comme nous l'avons déjà dit, plus économique que celle par appel, puisqu'elle permet d'employer les appareils mécaniques mus par la vapeur, et dans lesquels la force motrice est mise à profit avec une économie remarquable.

En été, les cheminées d'appel sont médiocrement efficaces et coûtent très-cher, vu la dépense du combustible, parce que l'air à expulser est sensiblement à la température extérieure. Au contraire, les ventilateurs mécaniques agissent en toute saison avec la même régularité.

Les appareils mécaniques sont aussi ceux qui conviennent le mieux à la ventilation renversée.

Sur tous ces points nous sommes en complet désaccord avec un savant qui s'est consacré d'une manière toute spéciale à l'étude de la question qui nous occupe, M. le général Morin. L'honorable directeur du Conservatoire des arts et métiers est un partisan décidé de la ventilation par appel, et il l'a prouvé en installant ce système dans tous les établissements et édifices, théâtres et hôpitaux, pour

LA VENTILATION

la ventilation desquels il a été consulté. Nous ne terminerons pas ce chapitre sans essayer de réfuter les arguments que M. le général Morin a produits en faveur de son système de prédilection. Nous prouverons ainsi l'estime que nous faisons de ses opinions et de son autorité.

« La ventilation par insufflation ou par appareils mécaniques exige, dit M. ïe général Morin dans un Manuel pratique du chauffage et de la ventilation, outre les cheminées et les conduits d'évacuation communs aux deux systèmes, des machines soufflantes et des machines motrices, avec des conduits particuliers pour l'amenée de l'air insufflé. Elle nécessite l'intervention d'ouvriers spéciaux, mécaniciens et chauffeurs, et des frais d'entretien (1). »

Nous répondrons à cet argument, que le système par insufflation n'exige point «des

Fig. 248, — Le général Morin.

cheminées et des conduits d'évacuation », comme le système par les cheminées d'appel. Ces quelques lignes de l'ouvrage de M. le général Morin tendraient à montrer que le système par appel est le plus économique, ce qui est contraire aux faits.

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« Pour les hôpitaux ou pour les bâtiments ayant plusieurs étages de salles, continue M. Morin, le système de l'insufflation n'offre pas les mômes garanties que le système de l'aspiration contre la diffusion de l'air vicié d'une salle dans une autre, ni contre les rentrées d'air vicié par les orifices des canaux d'évacuation ou par les fissures de leurs parois, quand une circonstance accidentelle, comme l'ouverture des portes ou des fenêtres, vient troubler l'état habituel de pression et de mouvement intérieur des salles. »

Nos lecteurs verront plus loin que nous n'adoptons ni l'un ni l'autre de ces systèmes pour la ventilation des hôpitaux. Le système que préconise le général Morin n'est pas autre chose que la méthode dite naturelle^. dont nous montrerons tout à l'heure les inconvénients. C'est la ventilation par appel qui soulève les poussières et les corpuscules miasmatiques, et dont les orifices d'arrivée produisent des vents si désagréables. Que l'on y ajoute le défaut de pression, déjà par luimême défavorable à la santé, et qui de partout attire infailliblement toutes les émanations imaginables, et Ton décidera s'il est logique de préférer la méthode de l'appel à celle de l'insufflation.

Fig. 249. — Veine d'air insufflée..

Dans un autre de ses ouvrages (1) M. le général Morin montre comment se comporte une veine d'air amenée par appel ou par insufflation dans un espace quelconque :

(l) Études sur la ventilation, t. I, p, loi et suir.

La Yeine d'air insufflée s'éparpille bientôt en tourbillon* C'est ce que représente la figure 249.

Appelée, au contraire, elle s'étire de loin, sans émouvoir les couches voisines, comme le montre la figure 250.

Fig. 250. — Veine d'air aspirée.

Naturellement, il y a moins de pertes de forces dans le second cas que dans le premier.

M. Morin croit pouvoir conclure de ce fait, que la ventilation par appel demande moins de travail, est plus économique, que le système par refoulement. Le savant auteur paraît oublier que pour faire passer à travers une salle un volume d'air quelconque, et cela, dans l'un ou l'autre des deux systèmes, on se sert de deux orifices; que si, à la première ouverture, il y a insufflation, il y aura appel à la seconde, et inversement ; de telle sorte que la compensation est établie.

S'il pouvait y avoir supériorité d'un coté, ce serait évidemment en faveur du système par pulsion, et avec la ventilation renversée, puisqu'ici l'ouverture à effets insensibles est celle qui est la plus proche des personnes qui séjournent dans le lieu considéré, et. que la dispersion opérée par la bouche éloignée qui souffle, est au moins utilisée à répandre l'air pur d'une manière plus égale.

L'expérience prouve, en effet, que Ton

peut sous les pieds mêmes des personnes, et sans qu'elles s'en aperçoivent, opérer l'extraction de l'air vicié.

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