CHAPITRE VIII
VENTILATION DES SALLES DE BAL, DE CONCERTS, DE RÉU- NIONS. — EFFET DES TOITURES VITRÉES. — LES SALONS DBS TUILERIES ET DE l'hOTEL DE VILLE. — VENTILATION DU GRAND AMPHITHÉÂTRE DU CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS. — VENTILATION DES ÉCOLES. — VENTILA- TION DES THÉATSES. — LE THÉÂTRE LYRIQUE A PARIS, — LE THÉÂTRE DE LA GAITÉ ET CELUI DU CHATELET. — LE THEATRE DU VAUDEVILLE.
Il nous reste à appliquer aux différents cas de la pratique les principes que nous venons d'exposer, et à apprécier ce qui a été fait en cette matière. Nous nous occuperons d'abord du cas le plus simple, c'est-à-dire des locaux dans lesquels un grand nombre de personnes se réunissent pendant un temps très-court, et qui demandent en général une ventilation énergique et de peu de durée, comme les salles de bal, de concert, de réunions publiques, les amphithéâtres des cours, les écoles et les théâtres*
Ventilation des salles de bal, de concert et de réunions publiques. ^En général, les salles de bal ne sont pas ventilées. C'est pour cela que les invités ne tardent pas à être pris de vé-
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imtHtmmim
Fîg. 252. — Système de ventilation des salies de réunions.
ritables souffrances, auxquelles on porte remède par le moyen, dangereux et grossier, qui consiste à ouvrir les fenêtres, quand la chaleur est devenue suffocante et l'air décidément irrespirable.
Non-seulement les salles de bal ne sont pas ventilées, mais le maître de la maison a grand soin, pour donner plus d'élégance à l'aspect du salon, de fermer le devant de la cheminée, avec des fleurs ou toute autre chose. Le tuyau de la cheminée pourrait oifrir une issue tutéîaire à l'air vicié par la respiration de centaines de personnes et par des certaines de bougies ; mais la fâcheuse habitude qui consiste à boucher le devant de la cheminée, ôte cette dernière planche de salut, et transforme le salon en une prison parfaitement close. Nous sommes toujours surpris quand nous voyons cette vicieuse coutume mise en pratique dans les bals et soirées donnés chez des hommes, pourtant fort instruits, des physiciens, des ingénieurs, des chimistes. Cela prouve combien les principes et Futilité
T. IV
de la ventilation sont encore mal compris et peu répandus.
En raison de la poussière soulevée par les mouvements précipités des danseurs, par suite de F augmentation de l'activité respiratoire qui est la conséquence de ces mêmes mouvements, en raison du grand nombre de personnes réunies dans le même lieu, les salles de bal devraient être soumises à une ventilation active. Mais, nous le répétons, partout on se contente d'ouvrir une fenêtre, quand les invités se plaignent ; du manque d'air ou de ia chaleur, et tout aussitôt un courant d'air froid fait irruption dans la salle, frappant des têtes et des épaules nues, prenant à Timproviste des personnes en état de transpiration, les exposant ainsi à des maladies sérieuses.
Le même reproche est applicable à la plupart des salles de concert, de conférences et de réunions publiques.
Nous proposons d'appliquer à ces salles la disposition représentée par la figure 252.
Au-dessus de la salle, en A, est un venti-
lateur mécanique quelconque, une vis de Moite, par exemple, qui pousse, dans un conduit , G , ménagé immédiatement au-dessus du plafond, Fair chaud provenant d'un calorifère, ainsi qu'une certaine quantité, variable, d'air froid amené du dehors, et que l'on règle à l'aide d'un registre, dont est munie Fouver- [ ture extérieure du canal G. Air chaud et air froid sont aspirés par le mouvement de la vis, et mélangés dans le parcours du conduit, lequel, par conséquent, sert aussi de chambre de mélange.
Des ouvertures nombreuses, C,C, percées dans le plafond, et autant que possiblé, dissimulées par les ornements, par exemple un grillage dont les orifices servent en même temps de décor, livrent passage à l'air pur. Cet air, pressé parles nouveaux volumes d'air lancés par la vis, descend en couches régulières jusqu'au bas de la salle, où il s'écoule par les ouvertures, B, B, aboutissant dans un conduit qui court sous le parquet et va 3' ouvrir au dehors.
C'est, on le voit, la ventilation renversée;
Fig. 553. ■- Vis de Motte.
le sens du mouvement est indiqué par la direction des flèches.
Nous avons dit que l'appareil destiné à produire le refoulement de l'air doit être un
ventilateur quelconque, et parexemple les vis de Motte. 11 sera donc utile de décrire ici cet organe, très-simple, très-efficace, et qui peut être établi partout.
La vis de Motte se compose de deux surfaces hélicoïdales s'enroulant en sens inverses autour d'un axe. Les hélices peuvent décrire un pas entier (fig. 253), ou seulement un demi- pas {fig. 234).
La vis C ainsi construite est placée dans un cylindre fixe, DD, ouvert à ses deux bouts, et communiquant d'une part avec le conduit d'arrivée de Fair, d'autre part avec le conduit de départ.
L'axe de la vis forme l'axe géométrique du cylindre, et le diamètre intérieur de celui-ci est égal au diamètre de la vis, ou, tout au moins, très-peu supérieur pour éviter av fant que possible les retours de l'air entre les bords de la vis et la paroi cylindrique.
Une force motrice quelconque donne le ; mouvement à la vis, par l'intermédiaire ! d'une poulie de renvoi qui fait tourner Faxe BB.
Cet appareil, d'une construction facile ,
Fig. 254. — Vis de Motte.
peut être installé partout, même dans des canaux cylindriques fort étroits.
Nous insistons pour que les bouches d'arrivée et desortie soient aussi nombreuses que ppssible, afin de rendre les courants in-
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sensibles par leur division même, et de mieux mettre en mouvement la totalité de l'air. Les ouvertures inférieures devront être percées un peu au-dessus du parquet : sans cette précaution, elles seraient rapidement encombrées par les ordures du balayage, et la ventilation en serait amoindrie ou arrêtée. Il est bon aussi, et pour la même raison, de munir leur entrée d'une grille mobile à mailles, serrées,
La disposition que nous venons de décrire entraînerait d'importantes modifications dans l'architecture d'une maison. Nous indiquerons un moyen plus simple, mais naturellement beaucoup moins efficace, pour ventiler une salle de bal ou de réunion. Ce moyen consiste à placer au bas de la cheminée du salon, que l'on maintient bien ouverte, deux ou trois becs de gaz. La chaleur du gaz produit un appel, qui n'est pas suffisant sans doute pour renouveler en entier l'air vicié, mais qui produit cet effet dans une certaine mesure.
M. le général Morin emploie pendant tout Tété, dans son cabinet, au Conservatoire des arts et métiers, ce petit système. Les becs de gaz, loin de chauflerla pièce — puisque, placés à une certaine hauteur dans la cheminée, ils ne rayonnent que dans un conduit, — amènent plutôt un abaissement de la température. Ils appellent l'air des caves, au moyen d'un conduit particulier s'ouvrant à l'extrémité du cabinet opposée a la cheminée.
Nous dirons ici, en passant, que par les grands froids, les plafonds vitrés causent une déperdition de chaleur énorme, et amènent une perturbation considérable dans la ventilation. Au contact du vitrage, l'air chaud de la salle se refroidit et tombe. Il est remplacé par d'autres couches d'air chaud, qui successivement éprouvent le même effet. La chaleur de la pièce se perd ainsi continuellement.
Des salons couronnés de vitraux, ou couverts d'une coupole de verre, exigent donc une attention plus grande et des dispositions
plus efficaces encore pour le chauffage et la ventilation.
Les vitrages verticaux des fenêtres ordinaires ne tendent guère à refroidir que Ja mince couche d'air qui passe à leur contact, en léchant la muraille. Cet air tombe, à la vérité, et de nouvelles couches froides le remplacent ; mais les courants sont loin d'être aussi prononcés que dans le cas précédent. Cependant, en raison de ces circonstances, il serait très-utile de faire usage de doubles fenêtres, qui enferment un air immobile, mauvais conducteur du calorique, et sont le meilleur
i moyen de conserver la chaleur des apparte-
j ments.
Nous disions tout à l'heure, qu'en général, les salles de bal ne sont pas ventilées. De ce fait, nous donnerons ici deux exemples éloquents.
Les grands salons du palais des Tuileries et ceux de l'Hôtel de ville de Paris, sont renommés par le luxe de leurs décors et de leur ameublement; mais ils sont un triste exemple de l'ignorance ou de l'indifférence universelle en matière de ventilation : ils ne sont aucunement ventilés.
Pendant les soirées de bal, la salle des Maréchaux, au palais des Tuileries, renferme jusqu'à six cents personnes à la fois, c'est-à-dire deux personnes par mètre carré du parquet. D'un autre côté, des milliers de bougies y versent des flots de lumière, car l'éclairage de cette salle équivaut à quatre bougies par mètre carré de parquet. Or, une bougie produit autant de chaleur, et vicie l'air autant que le fait un homme adulte. Avons-nous besoin dédire qu'au bout de quelques heures, l'air de cette salle est devenu parfaitement irrespirable? Les peintures qui décorent le plafond d'une autre salle des Tuileries, la salle d'Apollon, ont été presque entièrement effacées par la fumée des bougies.
Voilà quel est, en l'an de grâce 1869, l'état de la ventilation dans le palais des souverains de la France !
Fig. 255. — Système de ventilation de l'amphithéâtre du Conservatoire des arts et métiers.
L'immense salle des fêtes de l'Hôtel de ville, longue de 47 mètres, large de 10 mètres, haute de 12 mètres, reçut 420 convives, dans le dîner qui fut offert par la ville de Paris à l'Empereur , à l'occasion de son mariage. La salle était éclairée par mille bougies! A ces causes de viciation de l'air, ajoutons les émanations des mets, le nombre des domestiques de service, qui ne pouvait être moindre d'une centaine, et nous aurons la raison du chiffre énorme de 76,536 mètres cubes d'air par heure, que M. le général Morin demanderait pour ventiler cette salle, aux jours de pareilles solennités.
On a reculé devant les travaux considérables qu'exigerait ce système d'aération , de sorte que les salons de l'Hôtel de ville ne sont pas mieux ventilés que le palais des Tuileries, et que l'on continuera longtemps encore à y étouffer les jours de grand bal.
Ainsi, sous le rapport de l'insalubrité , les brillants salons du palais municipal de la ville de Paris, n'ont rien à envier à ceux du
palais des souverains de la France. 11 y aurait mauvaise grâce, après des exemples partis de si haut, à se montrer sévère à l'égard des simples particuliers, qui ne songent pas à ventiler leurs modestes salles de fêtes.
Ventilation des amphithéâtres des cours publics, — Nous signalerons un bon modèle de ce qui doit être fait pour la ventilation des amphithéâtres des cours publics, en décrivant le système qui a été établi dans l'amphithéâtre des cours du Conservatoire des arts et métiers de Paris, par M. Léon Duvoir-Leblanc, sur les indications de M. le général Morin.
La figure 255 fait comprendre le système de chauffage et de ventilation dont il s'agit.
Un calorifère à ëau chaude, A, placé dans les caves, et correspondant au fauteuil du professeur, chauffe de l'air, qui, par un tuyau vertical, BG, arrive au-dessus du plafond. Là, il se mêle à une certaine proportion d'air froid venu directement de l'extérieur par le canal D, qui est pourvu d'un registre pour en
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régler l'entrée et servir à opérer le mélange dans les proportions voulues, selon Fétat de la température extérieure. L'appel produit par le foyer d'une cheminée, EF, placée dans la cour, oblige l'air pur à descendre dans la salle et à se porter vers les gradins , où sont percées les ouvertures de sortie a, a, a. La route que suit l'air pour aller de ce point à la cheminée d'appel, E, en suivant le conduit HG, est indiquée sur la figure par des flèches.
M. Ch. Joly, dans l'ouvrage sur le Chauffage et la ventilation que nous avons déjà cité plus d'une fois, dit à ce propos :
« Ceux qui, dans leur jeunesse, ont fréquenté cet amphithéâtre pour écouter les Pouillet, les Du pin, les Clément Desormes, se rappelleront en- . core l'e'tat de l'atmosphère viciée par 600 ou 700 auditeurs, chez lesquels la propreté était certainement l'exception* Aujourd'hui, il n'est pas de salon à Paris où l'air soit plus pur, la température plus régulière; et combien coûte cet inestimable bienfait? D'après le rapport publié dans les Annales du Conservatoire^ il y a plusieurs cours recevant en moyenne dans les deux amphithéâtres 2000 personnes; les frais des foyers de chauffage et de ventilation ne se sont élevés qu'à 13 ou \ 4 francs par jour ; ajoutez-y l'intérêt des appareils et les frais accessoires, et déduisez-en le chauffage ordinaire qui aurait lieu dans tous les cas, il restera à peine une dépense de 10 centimes par auditeur et par jour. »
Cependant, ce système est loin d'être sans défaut. Il met en œuvre, il est vrai,, la ventilation renversée, mais il a pour base le système de l'appel et non le refoulement de l'air par une force motrice. Aussi, n'a-t-il pas donné tous les résultats qu'on se croyait en dioit d'en attendre. A moins de soins assidus et d'une surveillance extrême, de grandes variations se produisent dans l'aération de la salle. Il paraît aussi que toutes ses parties ne sont pas également ventilées. Enfin, la diminution de pression cause une lourdeur de l'atmosphère, d'autant plus accablante que l'appel e^t plus actif.
Comme ce système a été exécuté par
M. Duroir-Leblanc, le mode de chauffage est le calorifère à eau chaude k haute pression. Mais les appareils à eau chaude transmettent trop lentement et conservent trop longtemps leur chaleur, pour qu'ils soient économiques dans une circonstance où l'on ne doit chauffer que deux ou trois heures par jour. Ce système est donc assez dispendieux. En outre le calorifère à eau chaude et à haute pression, est toujours dangereux. «On frémit, dit M. Péclet, en songeant aux conséquences d'une explosion qui pourrait avoir lieu au-dessous de gradins chargés de huit cents personnes. »
Ventilation des écoles. — Parmi tous les projets de ventilation des écoles, ; dont nous avons pris connaissance, celui qui nous paraît avoir le moins de défauts, est celui de M. Guérin, ingénieur de M. Léon Duvoir- Leblanc, qui est décrit dans l'ouvrage de M. le général Morin, Études sur la ventilation.
Un poêle et son tuyau sont entourés d'une enveloppe cylindrique, et aboutissant à la cheminée qui doit fonctionner comme moyen d'appel de l'air vicié, en même temps qu'elle doit donner issue à la fumée et aux gaz du foyer du calorifère.
A mesure que l'air froid du bas de la salle est aspiré par l'effet de la chaleur du poêle, lescouches supérieures descendent jusqu'aux bancs des élèves, et l'air vicié est pris par des ouvertures percées à la base de ces bancs. Il passe sous le parquet, dans un canal communiquant avec la cheminée d'appel. Celle-ci loge le conduit de la fumée du poêle, et reçoit ainsi la chaleur nécessaire pour produire l'appel.
La figure 256 donne une coupe qui fera comprendre le système de ventilation des écoles proposé par M, Guérin. A, est le foyer d'un calorifère à air chaud, dont la cloche, D, et les tuyaux de fumée, H, H, sont logés au bas de la cheminée d'appel, G. L'air nou-
Fig. 25G. — Ventilation des écoles
veau arrive du plafond par un conduit N creusé a l'intérieur de la corniche, et il descend dans la pièce, comme l'indiquent les flèches placées près du plafond. Au-dessous du pupitre de chaque élève, est un orifice d'évacuation de l'air. Entraîné par l'appel du poêle, l'air passe, de chaque orifice d'évacuation, dans un conduit, et va rejoindre le tuyau de la cheminée d'appel, C, qui est échauffé par le passage du tuyau B du calorifère.
Le canal sert à loger en partie l'air des tuyaux du calorifère et à déverser à l'intérieur de la salle par le petit canal M, qui court le long du plafond, une partie de cet air chaud. Ce système de ventilation est-il irréprochable? Non. En premier lieu, la ventilation se fait par appel et non par insufflation, ce qui constitue un défaut. Les avantages de la ventilation par refoulement d'air, qui assurent un excès de pression dans les lieux
ainsi ventilés, sont si mal compris, que nous n'avons trouvé l'application de ce principe dans aucun des projets de ventilation des écoles que nous avons parcourus.
A notre sens, le meilleur moyen à adopter pour la ventilation des salles d'écoles, serait celui que nous avons proposé et représenté plus haut, page 377 [fig, 252), et qui peut s'appliquer à toutes les salles de réunion indistinctement.
Ventilation des théâtres. — L'assainissement des théâtres fut étudié sérieusement, pour la première fois, par d'Arcet. Les principes que posa ce savant hygiéniste étaient excellents pour l'époque à laquelle ils se rapportent et le genre d'éclairage qui était alors en vigueur. Les dispositions que recommandait d'Arcet, et qu'il développa dans un important mémoire publié dans les Annales d'hygiène publique furent mises à exécution dans plusieurs théâtres de la capitale et des
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départements, et les résultats furent irréprochables.
Il nous paraît utile de donner un exposé des règles posées dans cette circonstance, par d'Arcet. Nous emprunterons cet exposé à M. Philippe Grouvelle , qui, dans le Dictionnaire des arts et manufactures , résume en ces termes les travaux de d'Arcet sur l'assainissement des théâtres.
« Le chauffage d'un théâtre, dit M. Grouvelle, est, selon d'Arcet, lié intimement à sa ventilation; car pour pouvoir emporter au dehors des volumes considérables d'air vicié, il faut introduire dans la salle une quantité égale d'air pur, chaud en hiver et frais en été.
« Cet air, chauffé par des calorifères à air chaud, est versé à 25 ou 30 degrés centigrades dans les vestibules, dans les escaliers et dans les corridors des loges.
«Des poêles chauffés par la vapeur, ou mieux par îa vapeur et l'eau, suivant le système dont nous sommes inventeurs, doivent être établis dans les corridors, dans le foyer, et sur la scène ; enfin des boîtes à vapeur ou à vapeur et eau, sont logées | dans le dallage des vestibules, afin de servir à sé- j cher les pieds des personnes qui arrivent de l'ex- i térieur. !
« La combinaison de ces divers systèmes est in- ' dispensable à la bonne organisation du chauffage , d'un théâtre. !
« On pourrait aussi chauffer l'air destiné à la salle sur des calorifères à eau chaude et à vapeur ; l'air amené dans la salle serait certainement plus salu- ! bre ; mais la dépense d'établissement serait un peu plus considérable. On peut d'ailleurs ôter à l'air séché par un calorifère, comme nous l'avons dit, ses principaux défauts, en lui rendant la vapeur d'eau qui lui manque.
« Quant à la ventilation, les salles de spectacle ont naturellement un foyer d'appel très-puissant dans leur lustre; c'est un instrument qu'il faut utiliser, sans aller bien loin en chercher un autre. C'est ce que d'Arcet a fait avec grande raison.
« Il a d'abord déterminé les conditions à remplir :
« L'air doit y être maintenu à 16 degrés centigrades environ dans les corridors, les loges et toute la salle.
« Il faut que l'air de la salle soit continuellement renouvelé pour qu'il ne se charge pas de miasmes ni de gaz délétères, et que son oxygène ne diminue pas dans une proportion dangereuse. Il faut que cet air arrive sasis donner lieu à des courants trop vifs dans la salle. Enfin, il faut que cet air
soit saturé à moitié d'eau, à la température de 15 ou 16 degrés.
« Pour réaliser ces conditions, d'Arcet a fait établir au-dessus du lustre une large cheminée d'appel, B {fig. 257), couronnée d'un chapeau et fermée à volonté par une trappe à deux vantaux. Il a fait établir au-dessus de la scène une autre cheminée semblable, A. Nous dirons plus loin quel service font ces cheminés.
« Quant à l'air pur et chaud, c'est dans la salle môme qu'il doit être introduit, afin de chasser toujours l'air vicié qui s'y trouve.
« Pour obtenir ce résultat sur des volumes considérables sans gêner en rien les spectateurs, deux dispositions ont été proposées et employées par d'Arcet, toutes deux ayant pour but de fractionner indéfiniment les courants d'air introduits et de les répartir dans toute la hauteur de la salle. .
« Dans l'une, l'air chaud et pur des corridors, I (fîg. 257), est introduit dans la salle par de petits tuyaux passant à travers le plancher des loges, et débouchant au bas de leur devanture.
« Dans le second système, qui est le plus simple, un faux plancher est établi sous le plancher de chaque loge, et on s'en sert pour prendre l'air des corridors et îe faire déboucher dans la salle, un peu en arrière de la devanture. L'air, ainsi introduit dans la salle par des séries de tuyaux ou de faux planchers qui font le tour entier de chaque rang de loges, est dans les meilleures conditions pour assainir complètement la salle, sans jamais donner lieu à des courants nuisibles ou môme désagréables.
«La hauteur verticale des faux planchers est calculée de manière à suffire* largement à l'appel de la grande cheminée. Pour une salle qui peut contenir 2,000 .spectateurs, à 10 mètres cubes l'un, le volume à ventiler est de 20,000 mètres par heure, par seconde, 5m,55. En comptant sur une vitesse minimum de 2 mètres par seconde, facile à obtenir ici, et qui en pratique est de beaucoup dépassée, le volume de l'air débité avec une cheminée de 3 mètres carrés sera de 6 mètres par seconde ou 21,600 à l'heure.
« Pour l'introduction de ce volume d'air, il ne faut pas compter sur une vitesse supérieure à 0m,50 par seconde, ce qui donnera 12 mètres carrés pour la somme des sections d'arrivée de l'air dans la salle.
« Des expériences ont été faites par MM. Dumas et Leblanc sur l'air appelé par la cheminée du lustre dans des théâtres ventiléSj et on a trouvé des volumes énormes.
« Avec des conditions d'arrivée d'air dans la salle, comme celles que nous venons de poser, les portes des loges peuvent être alors ouvertes, sans que les spectateurs se trouvent dans un courant d'air dangereux ou désagréable. Pour obtenir aussi une lé-
gère ventilation au fond de chaque loge, on a établi, dans leurs cloisons, des tuyaux d'un petit diamètre, qui vont, de la loge à la cheminée d'appel, et de plus un vasistas avec un grillage maillé, qui permet encore d'introduire insensiblement de l'air dans la loge, quand la porte est fermée.
« Enfin, l'amphithéâtre du centre, quand il en existe, est ventilé par une gaîne communiquant directement, de son plafond, à la cheminée du lustre 8.
« En organisant ce système, d'Arcet a donné, comme toujours, des instructions complètes sur la conduite des appareils.
« Il insiste d'abord sur la nécessité de ventiler d'une manière continue et très-puissante, les lieux d'aisances du théâtre.
« Les calorifères à air chaud doivent être chauffés deux heures au moins avant la représentation et la température de la salle portée à 15 ou 16 degrés sans ventilation.
« Une heure avant l'ouverture des portes, la vapeur arrive dans les récipients, et on conduit de front les trois modes de chauffage de manière à maintenir la température à 15 ou 16 degrés environ, ce qui est facile, en forçant soit la ventilation, soit le chauffage.
« L'air chauffé dans les calorifères et dans tout le système des appareils, monte dans les corridors, pénètre dans la salle par les tuyaux d'amenée ou les faux planchers, et, entraîné par l'appel du lustre, il échappe au dehors à travers la cheminée des combles, en -ventilant la salle entière.
« Pour maintenir la même salle fraîche en été, on tient toutes les fenêtres et les portes ouvertes pendant la nuit, et soigneusement fermées le jour, alors on ventile la salle à l'ouverture des bureaux, d'abord avec l'air des souterrains, ensuite avec l'air extérieur pris au nord, quand la température extérieure est descendue à 15 degrés à peu près.
« La température des cheminées d'appel au-dessus du lustre est de 20 à 25 degrés centigrades. Pour forcer la ventilation, quand la température extérieure est à 20 degrés, il suffit de monter le , lustre un peu plus haut, la température de la cheminée s'élève et la ventilation s'établit de suite dans de bonnes conditions. C'est pour cela qu'il est toujours important d'avoir des cheminées d'appel de grande section.
« Ainsi, c'est en été que la ventilation est le plus difficile, mais avec de larges cheminées, et au besoin la manœuvre du lustre, on arrivera toujours à obtenir de très-bons résultats.
«Les dispositions que Ton vient d'indiquer ont de nombreux avantages.
« Les tuyaux de ventilation directs établis dans ]e fond des loges, permettent d'y faire arrivera volonté la voix de l'acteur, en fermant complètement
la cheminée d'appel de la scène et diminuant le passage de celle du lustre.
« Lorsque, dans une représentation, il est produit un dégagement de poudre brûlée ou de fumée, on ferme, au contraire, tous les appels de la salle, et on ouvre celui de la scène, et l'on évacue rapidement et sans gêner les spectateurs toute la fumée qui, sans cela, les incommoderait longtemps. La même cheminée d'appel permettra d'assainir aussi les loges des acteurs, en les faisant communiquer avec la scène par de petits tuyaux.
« D'Arcet a insisté sur la nécessité de faire surveiller administrativement l'assainissement des théâtres, qui aujourd'hui est facile à organiser avec des appareils simples, mais dont, trop souvent, on ne se sert pas (1). »
La figure 257 représente la disposition qui était recommandée par d'Arcet, et qui a été adoptée dans un si grand nombre de théâtres, depuis trente ou quarante ans. Le lustre est placé au-dessous d'une cheminée d'appel, B, dont on peut augmenter ou diminuer la section au moyen d'un registre. Une cheminée semblable surmonte les combles de la scène. L'air de la scène, J3 et celui de la salle sont attirés vers le haut par la chaleur du lustre. De l'air frais et nouveau est fourni par des conduits placés sous le plancher de la scène.
Depuis l'époque où d'Arcet fit ces études, les conditions des théâtres ont changé, au moins dans la capitale. On a substitué le gaz à l'éclairage à l'huile. On a posé en principe (principe fort contestable) qu'il faut établir les lustres dans un espace clos, sans communication avec l'air de la sàlle, pour évacuer immédiatement les produits de la combustion du gaz sans les laisser se répandre dans la salle. De tout cela est résultée la nécessité de modifier les mesures anciennement consacrées pour l'assainissement des théâtres. Le trou du centre étant supprimé et remplacé par un plafond lumineux , c'est-à-dire une paroi transparente de verre de toutes parts, on a dû avoir recours à des dispositions
(ï) Dictionnaire des arts et manufactures, article Ventilation.
LA VENTILATION
ur.uiGUtT
Fig. 257. - Ventilation des théâtres par l'appel, au moyen de la chaleur du lustre (système d'Arcet).
toutes particulières. Le système nouveau, dû aux ingénieurs de la ville de Paris, a été inauguré dans trois théâtres, le théâtre Lyrique, celui de la Gaîté et celui du Châtelet, enfin au théâtre du Vaudeville, en 1869. Nous parlerons surtout des deux premiers.
Le système d'assainissement et de ventilation établi au théâtre Lyrique et à celui de la Gaîté, à Paris, a été considéré comme la plus haute expression de l'état présent et des ressources de la science moderne, en fait de ventilation. M. le général Morin, chargé des projets, a trouvé là une occasion solennelle d'appliquer son système favori de la ventilation par appel, et de la méthode dite naturelie, c'est-à-dire à mouvement d'air de bas en haut.
L'insuccès de l'entreprise a été absolu. L'expérience de chaque soir le prouve avec
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évidence, et il est malheureux qu'ayant à inaugurer dans la capitale la ventilation appliquée à un grand théâtre, on ne soit arrivé qu'à un si triste échec. Cette démonstration étant acquise, éclairera sans doute à l'avenir, mais en attendant, les résultats, comme nous allons le montrer, sont déplorables.
Le système appliqué au théâtre Lyrique consiste à chauffer la salle et la scène avec des calorifères de cave, et à expulser, au moyen d'une cheminée d'appel, l'air vicié dont l'air chaud vient prendre la place. Le fourneau des cheminées d'appel est placé au bas de la salle sur le même niveau que le calorifère à air chaud.
La figure 258 représente le mode d'assainissement du théâtre Lyrique. L'air extérieur est pris dans le square de la Tour Saint-Jacques, à l'aide d'un puits circulaire mesurant
3m ,70 de diamètre. Cet air arrive sous le théâtre par les conduits C, et remplit une salle contenant les calorifères B, B, et les caisses dites de mélange d'air, M, M. Six gros tuyaux dirigent cet air chaud : 1° à la scène, 2° aux divers étages de la salle, 3° à la rampe. Cependant, disons tout de suite que les deux tuyaux qui aboutissaient à la rampe, durent être supprimés dès les premiers jours, parce que leurs ouvertures incommodaient les musiciens et les acteurs.
Les points d'arrivée les plus importants de l'air chaud envoyé par les calorifères, sont ceux de la salle. Ils sont percés, comme le montre la figure 258, au pourtour saillant du balcon de chaque rang de loges, et en outre dans le parquet de l'orchestre et du parterre, sous les pieds des spectateurs, partie qui n'est pas visible sur cette figure.
Tout a été calculé de manière à fournir 30 mètres cubes d'air, par heure, à chaque spectateur. Le théâtre peut contenir 4 472 personnes.
Gomment se fait l'évacuation de l'air vicié? La chaleur du lustre et des cheminées d'appel sont chargées d'opérer cette évacuation.
Les bouches d'aspiration de l'air vicié se trouvent : 1° sous les pieds des spectateurs dç l'orchestre et du parterre ; 2° à la partie postérieure du plafond de chaque loge.
L'air vicié des parties inférieures de la salle, s'écoule par des bouches d'aspiration aboutissant, grâce au conduit RR, au canal A,lequel est chauffé par le tuyau d'un poêle, F. Celui qui provient du reste delà salle est évacué au moyen des conduits, percés autour des loges et aboutissant à l'espace D chauffé par le lustre ou si l'on veut par le gaz qui forme l'espèce de couronne H.
L'air vicié est encore évacué vers les parties supérieures, D, par des conduits qui l'amènent dans la coupole, G, où la chaleur du lustre forme un appel très-puissant.
.- L'air vicié venant du parterre qui a suivi la cheminée d'appel, A, et l'air vicié venant des
loges et des galeries, se réunissent ainsi dans la coupole, G, aux produits de la combustion du gaz d'éclairage, et la cheminée d'appel commune le verse au dehors.
Nous n'avons esquissé que les grands traits de ce système d'assainissement. Le cadre de cette Notice ne nous permettrait pas d'en rapporter les complications infinies, ni de dire à quelles perturbations elle est sujette, quels soins minutieux il faut prendre pour s'en préserver, et quelles précautions ont été prises pour se défendre des violents courants d'air qu'entraîne ce système. Les doubles portes dont sont munies les entrées de l'orchestre, sont un palliatif insuffisant contre ces tempêtes de l'air.
Nous ferons la critique de ce système de ventilation et d'assainissement en un seul mot : c'est la ventilation par appel. C'est le système qui attire l'air de partout, et qui oblige de boucher scrupuleusement toutes les ouvertures autres que celles qui donnent accès à l'air envoyé par les calorifères de cave ; — c'est le système qui diminue la pression et cause la gêne de la respiration ; — le système qui raréfie Fair, et le rend moins propre à conduire le son.
Arrêtons-nous un instant sur ce dernier défaut, capital, on le conçoit, pour un théâtre de musique.
Par la perfection même de la méthode de ventilation par appel, on est arrivé à produire au théâtre Lyrique un nombre considérable de courants de sens divers, de densités différentes, de directions variables, lesquels n'apportent à l'auditeur fatigué qu'une musique atténuée, et certainement aussi modifiée dans les valeurs de ses notes.
On sait, en effet, que les sons transmis par un milieu peu dense, acquièrent de la gravité.^ Lorsque Dulong se remplissait les poumons de gaz hydrogène, pour montrer à ses auditeurs de la Sorbonne, que ce gaz n'est pas toxique, et lorsqu'il parlait, sa voix devenait remarquablement basse. A
LA VENT
ILAT10N.
l'inverse, les sons conduits par un milieu plus dense que l'air, sont plus aigus que dans l'atmosphère ordinaire. Comment veut-on que, parmi les bouffées inégalement dilatées de la salle du théâtre Lyrique, les accords de la scène et de l'orchestre conservent leur harmonie ?
Le défaut d'homogénéité des couches d'air diminue également la force du son. Le bruit de la chute du Niagara se fait entendre la nuit, à travers les forêts américaines, à une distance de 60 ou 80 kilomètres, parce que l'air, quoique coupé par les branches et les feuillages, est partout également dense. Le jour, quand le soleil donne sur les forêts, que les rayons, se partageant entre les feuilles, coupent l'air et le dilatent par traînées nombreuses, ce même bruit ne s'entend plus qu'à la distance de 8 ou 10 kilomètres.
Pendant la nuit du7 juillet 1786,où Jacques Balmal essayait seul l'ascension du mont Blanc, et où, contraint de s'arrêter par la longueur du chemin, il se coucha sur la neige, à la hauteur des rochers du Grand Mulet, il entendit un chien aboyer au plus profond de la vallée de Chamonix, à une distance telle que, par le plus beau soleil, son œil n'eût pas même distingué les maisons.
Les navigateurs qui ont tenté la découverte du passage Nord-Ouest, et qui, enfermés par les glaces, ont dû passer des hivers entiers dans les régions polaires, racontent combien la voix humaine s'entend de loin, portée par cet air condensé, égal et immobile.
Or, dans les théâtres soumis à la ventilation par appel, l'air est dilaté par la chaleur et par l'appel; il est troublé par les causes diverses de viciation, rompu par les courants et les densités inégales. 11 semble qu'on ait cherché à le rendre aussi impropre que possible à conduire les sons.
Ne soyons donc pas surpris si la direction du théâtre Lyrique a jugé convenable de se débarrasser du même coup des avantages et des désavantages de cette ventilation. Au-
jourd'hui, le système de ventilation du théâtre Lyrique est, par le fait, supprimé. On chauffe la salle par les calorifères à air chaud, lorsqu'il fait grand froid ; mais on ne se donne pas la peine de chauffer les deux poêles F, F, qui doivent faire fonctionner les deux cheminées d'appel. Le système de ventilation du théâtre Lyrique est tombé à l'état de ruine, peu après sa création.
Le théâtre Lyrique est donc tout simplement chauffé quand il fait froid ; mais il n'est plus ventilé ni par les temps froids, ni par les températures modérées. Il se trouve dès lors dans des conditions hygiéniques déplorables. L'air ne s'y renouvelle pas, et quand les calorifères sont chauffés, on éprouve tous les inconvénients ordinaires des calorifères à air chaud, c'est-à-dire l'émanation des gaz toxiques du charbon, l'acide carbonique et l'oxyde de carbone. Aussi un séjour dans ce théâtre est-il insupportable pour beaucoup de personnes.
On ne pouvait, on le voit, plus tristement échouer dans une entreprise que l'on avait annoncée, au contraire, comme devant représenter les progrès les plus récents de la science et de l'art.
La ventilation du théâtre de la Gaîté est faite un peu différemment de la précédente, mais elle est basée sur le même principe de; l'appel de l'air.
L'air qui arrive dans les caves, pour s'échauffer dans les calorifères, sedégage par les entretoises des loges. Aspiré par une cheminée d'appel qui est installée au sommet de l'édifice, il passe par les orifices de sortie ouverts sous les pieds des spectateurs, traverse des conduits situés dans les entretoises, et enfin aboutit au-dessus du lustre, à l'intérieur do la coupole à la base de la cheminée d'appel.
Ecoutons au sujet de la ventilation du théâtre de la Gaîté, comme aussi pour ce qui concerne le théâtre du Chàtelet, dans lequel ce même système a été adopté, un architecte instruit, qui a publié récemment dans
Fig. 258. — Plan sommaire de la ventilation du théâtre Lyrique.
la Revue moderne {{) un excellent travail sur la ventilation des théâtres.
«Les résultats obtenus au théâtre de la Gaîté, dit M, Dupiessis, auraient dû Être plus satisfaisants, si MM. les directeurs n'y eussent mis bon ordre. Par une modification qui a donné d'excellents résultats, aux prises d'air à fleur de (erre, on en a ajouté douze autres pratiquées dans les deux murs longitudinaux qui limitent le théâtre. Elles sont réparties sur deux rangs de chaque côté, et situées, dans l'un des murs, à 20 mètres au-dessus du sol, et dans l'autre, à 25. Grâce à ces ouvertures supplémentaires, grâce aussi à des orifices ménagés près du plafond des amphithéâtres supérieurs, l'air nou-
(1) 10 mai 1869.
veau peut rentrer en quantité suffisante, du moins l'hiver. Mais il n'en est pas de même pendant Tété, les voies supplémentaires que demandait la commission n'ayant pas été établies dans ce théâtre non plus que dans les deux autres. Quant à l'évacuation de l'air vicié, elle s'effectue convenablement, et, sauf les vices inhérents au système, la ventilation pourrait avoir lieu d'une façon ïégulière, si les prises d'air des deux murs longitudinaux n'étaient tenues fermées été comme hiver, et si là, de même qu'au théâtre Lyrique, on ne négligeait d'allumer le foyer d'appel si utile pour l'évacuation de l'air vicié du rez-de-chaussée.
« Quant au théâtre du Cirque ou du Châtelet, il est le plus mal aménagé de tous, et cela en grande partie, il faut le reconnaître, par la faute de l'architecte. Ce dernier, dans son projet, avait
LA VENTILATION
eu l'idée lumineuse de supprimer les orifices d' entrée ménagés à l'air au-devant des loges et galeries, c'est-à-dire les seuls qui, dans l'application, n'eussent pas présenté de trop sérieux inconvénients. Il les avait remplacés par un agrandissement notable de l'orifice concentrique à la rampe et placé entre cette dernière et l'orchestre ; par un autre orifice ou grille également concentrique à la rampe, mais situé du côté des acteurs; enfin, par des bouches ménagées dans le cadre du rideau. Plus tard, il est vrai, grâce à un ordre supérieur, les houches situées au-devant des loges et galeries furent rétablies, mais seulement au premier et au deuxième étage. Tout incomplète et tardive que fût cette mesure, il n'en est pas moins fort heureux qu'elle ait été prise, car ces bouches sont actuellement le seul moyen qui subsiste de faire affluer l'air nouveau. Bientôt, en effet, on dut supprimer les deux ouvertures concentriques à la rampe, parce qu'elles gênaient les acteurs et étaient intolérables pour les musiciens de l'orchestre. Puis le directeur ayant, de son autorité privée, supprimé celles ménagées dans le cadre du rideau, il ne resta plus pour alimenter la salle que les bouches des premières et secondes loges et d'autres ouvertures, fort gênantes pour te public, pratiquées au fond du parterre, dans la paroi verticale du mur. En réalité, le renouvellement de l'air s'effectue presque uniquement par la scène. M. Morin a constaté en effet, pendant la première représentation d'une pièce militaire à grand spectacle, qu'il s'établit de ce point vers la salle un courant d'air froid dirigé, non comme autrefois vers la voûte, mais vers le fond des loges, où sont situées les bouches de sortie, — courant tellement vif qu'il agite d'une façon sensible les plumes des chapeaux des dames. Il a constaté en outre que ce môme courant entraîne avec lui la fumée de la poudre, pour laquelle on n'a pas établi de cheminée d'évacuation an-dessus de la scène, et qui se répand dans les loges où elle provoque de nombreux accès de toux. Ainsi, non-seulement le théâtre du Châtelet n'est pas ventilé d'une façon régulière, mais le renouvellement de l'air s'y effectue dans des conditions moins favorables que dans les anciens théâtres.
* De pareils résultats n'expliquent que trop bien les récriminations soulevées par le travail de la commission, et tout en reconnaissant qu'elle ne doit être responsable, ni des fautes des architectes, ni des pratiques coupables des directeurs, on ne peut se dissimuler qu'une grande partie des inconvénients relevés par la critique sont inhérents au système adopté. »
Le nouveau théâtre du Vaudeville, inauguré en 1869, a été également doté de la ventilation par appel, selon les us et coutumes
des architectes de la ville de Paris, à laquelle cette salle appartient. Si nous ajoutons, dès lors, que l'orchestre, le parterre et les loges du théâtre du Vaudeville, sonthalayés, de minute en minute, par de véritables vents de tempête, par des ouragans, nous n'étonnerons pas nos lecteurs. Le lieu de réunion publique dans la capitale où se prennent aujourd'hui de préférence les fluxions de poitrine, les rhumatismes, ou tout au moins les rhumes et les coryzas, est le nouveau Vaudeville de la chaussée d'Antin.
S'il nous fallait faire un projet de ventilation pour un théâtre quelconque, nous nous servirions encore des mêmes moyens que nous avons proposés pour la ventilation des salles de réunion, c'est-à-dire d'un ventilateur mécanique envoyant de l'air pur au moyen d'un excès de pression. L'air arriverait dans la salle par la partie inférieure, c'est-à-dire sous les pieds des spectateurs de l'orchestre et du parterre. Nous proposerions aussi d'en revenir au système ancien d'éclairage, consistant en un lustre ordinaire, surmonté d'une large ouverture au plafond, par lequel s'évacuerait naturellement l'air vicié. Le renouvellement de l'air s'opérerait donc par deux actions différentes, par l'effet de l'impulsion de l'air envoyé par le ventilateur mécanique, et par l'appel puissant que déterminerait la chaleur du lustre.
On le voit, nous nous bornerions, pour progresser dans la question de la ventilation des théâtres, à revenir en arrière, c'est-à-dire à reprendre les idées de d'Arcet. Ce système fut vivement critiqué en 1862, dans une brochure qui portait ce titre : Le Théâtre et Var-
chitecte, par 'M. Emile Trélat. Le travail de M- Emile Trélat porta coup. C'est grâce à l'impression qu'il fit sur beaucoup d'esprits, que Ton fut mené à voir de mauvais œil l'antique lustre. Cet appareil d'éclairage a été finalement détrôné et les plafonds lumineux l'ont remplacé dans les nouveaux théâtres de la capitale. Or, de l'adoption des plafonds lu-