‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [4], Éclairage, chauffage, ventilation, phares, puits artésiens, cloche à plongeur, moteur à gaz, aluminium, planète NeptuneChapitre 7 sur 143 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

GUILLAOME CARCEL INVENTE LA LAMPE A MOUVEMENT D'HORLOGERIE. — VIE ET TRAVAUX DE CARCEL. — LA LAMPE A POMPE DU MIDI DE LA FRANCE SERT DE PRÉ- LUDE A L'INVENTION DE CARCEL . DESCRIPTION DE CETTE LAMPE.

Cependant, le seul moyen qui put permettre de parer au vice capital de la projection de l'ombre du réservoir, c'était- de placer ce réservoir à la partie inférieure de la lampe, afin que la flamme éclairât à la manière d'une chandelle, c'est-à-dire circulairement et sans produire aucune ombre. Outre l'inconvénient de ne pas éclairer partout uniformément, les lampes astrales et les lampes sinombres présentaient, comme nous l'avons dit, un défaut : le niveau de l'huile ne pouvait s'y maintenir rigoureusement constant; aussi l'intensité de la lumière décroissait-elle à mesure que l'huile s'abaissait dans le réservoir. Il était donc devenu indispensable, pour ces deux motifs, de construire des lampes dans lesquelles le réservoir, placé au-dessous du bec, pût fournir constamment à la mèche toute Ja quantité d'huile nécessaire à la combustion, et qui éclairassent sans projeter aucune ombre.

Guillaume Carcel, horloger de Paris, né le 1 i novembre 1750, mort le 13 novembre 1 812, résolut admirablement ce problème, en imaginant de placer à la partie inférieure d'une lampe à becd'Argand, un mécanisme d'horlogerie, faisant mouvoir une petite pompe foulante, dont le piston élevait constamment jusqu'à la mèche, l'huile contenue dans le réservoir. L'huile ainsi élevée est plus abondante que celle qui est nécessaire à la combustion; il y a donc une circulation constante d'huile autour de la mèche. Cet afflux continuel du liquide a l'avantage de refroidir le bec, et d'empêcher par conséquent l'huile de s'échauffer, comme cela arrive dans les lampes ordinaires, où l'huile, par suite du voisinage de; la flamme, se trouve vapori-

sée sans profit pour la combustion, et répand dans Fair des vapeurs irritantes.

Dans la lampe Carcel, la mèche brûle à blanc, comme on dit, ce qui signifie qu'une partie de la mèche reste sans se consumer, parce qu'elle est constamment humectée d'huile fraîche. Dès lors, elle ne donne pas ces champignons fumeux, qui, absorbant à leur profit une portion de la chaleur de la flamme, diminuent la production de la lumière.

La découverte de la lampe Carcel a marqué un progrès fondamental dans l'histoire de Téclairage par les corps gras liquides. ïl sera donc nécessaire d'entrer dans quelques détails sur l'histoire de cette invention mémorable.

Dans la rue de l' Arbre-Sec, derrière l'église Saint-Germain l'Auxerrois , on voit encore une modeste boutique, qui porte pour enseigne : Carcel inventeur. C'est là qu'a pris naissance et que s'est développée lentement la lampe mécanique.

Dans les derniers mois de l'an de grâce e1 de victoire 1800, trois personnes achevaient un repas, dans l'arrière-boutique de ce même établissement. Le repas était silencieux, malgré le babil d'une jeune fille et les récriminations de la ménagère, qui ne cessait de provoquer à la conversation, son mâri, Bernard-Guillaume Carcel , petit homme de cinquante ans, maigre et pâle, aux cheveux grisonnants et aux formes anguleuses.

« Enfin, Guillaume, s'écria la maîtresse du logis, il est dit que tu resteras muet ou à peu près, tout le reste de ta vie !

— Tu te trompes, femme, répondit celui-ci, je cherchais...

— Ah! oui, tu cherchais, comme toujours, et comme toujours tu ne trouves pas. Tu ferais mieux de songer à tes montres et à tes pendules, que de te rompre la tête à ta maudite invention. »

Un long silence suivit ces paroles. Puis, tout à coup , on vit l'horloger se lever

T. IV

^brusquement de table, et se précipiter vers son établi, situé dans le fond de l'arrière-boutique, en s'écriant, comme le mathématicien de Syracuse : « J'ai trouvé! f ai trouvé l »

Fig. 2L — Guillaume Carcel.

, La ménagère haussa les épaules; car ce n'était pas la première fois que cette exclamation retentissait à ses oreilles, et elle s'occupa de faire disparaître les traces du repas, en maugréant contre le fatal entêtement que mettait son mari à poursuivre une chimère ruineuse.

Quelques instants après , une personne entra dans la boutique, d'un air familier, et demanda le maître.

Le nouveau venu était un pharmacien du voisinage, nommé Carreau.

x II est à l'atelier, travaillant à son invention, comme toujours, » lui répondit -on, d'un accent un peu aigrelet.

Le bruit des pas du visiteur entrant dans l'atelier, fit lever la tête au travailleur /qui s'écria :

« Ah ! c'est vous, citoyen Carreau ? Vous ne douterez plus maintenant, car j'ai enfin levé

le dernier obstacle, pour l'application aux lampes du mouvement des horloges. Voyez plutôt. »

Et il présenta au pharmacien une petite pièce de cuivre, véritable miniature de pompe aspirante et foulante, qui, en effet, contenait la solution sans réplique du problème de l'éclairage par les huiles. Carreau examina longtemps ce chef-d'œuvre de l'art, le fit adapter devant lui au tuyau de la lampe, préparé à cet effet, et put se convaincre de la perfection du mécanisme.

« Bravo ! s'écria-t-il enfin; il n'y a plus rien à désirer. A compter d'aujourd'hui notre association commence, et à bientôt la fortune ! Vous recevrez demain les fonds nécessaires pour le commencement de la fabrication, et pour la prise du brevet qui portera nos deux noms. »

Ayant dit, le citoyen Carreau sortit de la boutique, non sans jeter sur la ménagère un regard de triomphe, qui se croisa avec le regard courrouce que cette dernière lui lançait.

Huit jours après, on lisait sur l'enseigne de la boutique :

Page 1