‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [4], Éclairage, chauffage, ventilation, phares, puits artésiens, cloche à plongeur, moteur à gaz, aluminium, planète NeptuneChapitre 74 sur 143 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

MOYENS DE RAFRAÎCHIR l'AIR EN ÉTÉ, DANS LES HABITA- TIONS ET LES ÉDIFICES PUBLICS. — MÉTHODES PROPOSÉES JUSQU'ICI. — APPAREIL DE PÉCLET. — EXPÉRIENCES DE M, LE GÉNÉRAL MORIN, — NOUVEAUX PROCÉDÉS.

Nous terminerons cette Notice par quelques mots sur' l'art de rafraîchir, pendant l'été, les édifices publics et les habitations privées.

Il est inutile de beaucoup insister pour faire comprendre combien il serait agréablé et salutaire à la fois, de pouvoir rafraîchir, en été, les édifices publics et les habitations particulières. Il y a même lieu de s'étonner que, dans une civilisation qui se prétend aussi avancée que la nôtre, rien de sérieux n'ait encore été fait dans cette direction.

L'échauffement des toitures par les rayons solaires, rend, chaque été, presque inhabitables les combles des maisons. L'élévation de température qui en résulte, persiste long/ temps après le coucher du soleil, et transforme en véritables fours les ateliers établis sous les toits. La chaleur est surtout intolé^

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rable quand les couvertures sont en cuivre, I en plomb ou en zinc, posées sur des voliges très-minces, et plus encore quand une partie de la couverture est simplement formée par des vitrages. Il n'est pas rare de voir, dans les ateliers relégués sous les combles, le thermomètre monter à 40 et à 45 degrés, alors que la température extérieure, à l'ombre, ne dépasse point 30 degrés.

Cet échauffement extraordinaire des logements exposés au rayonnement direct du soleil d'été, aurait dû, depuis longtemps, éveiller la sollicitude des autorités spéciales. On prodigue aux architectes les instructions et les règlements, pour assurer la salubrité des habitations, mais on a jusqu'ici oublié de s'occuper de l'aération des étages supérieurs, que les rayons solaires frappent d'aplomb pendant tout l'été. Aussi les gares des chemins de fer, par exemple, malgré les ouvertures permanentes pratiquées vers le faîtage, sont-elles, chaque été, de véritables étuves, dont le séjour n'est pas seulement très-pénible, mais dangereux pour les agents obligés de manœuvrer le matériel.

Dans l'immense gare du chemin de fer de Paris à Lyon, la température dépassa 40 degrés, aux premiers jours du mois de juillet 1865. Dans celle du chemin de fer de l'Est, elle s'est élevée à 46 degrés, et dans celle de Strasbourg, elle a même atteint 48 degrés.

En présence de ces faits, il est urgent de songer à quelque moyen pratique d'aérage et de refroidissement des toitures des édifices ou des maisons particulières. Des mesures de ce genre sont même nécessaires pour les bâtiments déjà soumis à une ventilation régulière, car l'élévation durable de température que l'insolation produit dans l'intérieur des combles, est un obstacle sérieux au bon fonctionnement des ventilateurs. On sait, en effet, que, dans la plupart des cas, il faut établir, dans les parties supérieures des édifices, des chambres de mélange où l'air chaud, fourni par

I les appareils de chauffage, se mêle avec une certaine quantité d'air froid, pour pénétrer ensuite par les plafonds, dans les locaux qu'il s'agit d'assainir. Mais il est clair que cette disposition, convenable pour les saisons d'hiver, de printemps et d'automne, présente, en été, le grave inconvénient de faire arriver dans les salles à ventiler, un air trop chaud, parce qu'il a traversé les combles. Cette difficulté se fit sentir à l'occasion des projets de ventilation du grand amphithéâtre du Conservatoire des arts et métiers, de la salle de séances de l'Institut, de la salle des réunions de la Société d encouragement^ etc., etc. Elle se reproduirait presque partout où les conditions locales ne permettent pas de faire passer par des caves suffisamment fraîches, vastes et salubres, l'air nouveau que l'on fait affluer dans les salles.

La recherche des moyens à employer pour éviter réchauffement excessif de l'air dans les combles des édifices, n'est donc pas moins importante pour les ateliers, les salles de réunion, les gares de chemin de fer, etc., que pour les bâtiments publics ou les maisons qui doivent être ventilés d'une manière régulière.

Les solutions de ce problème d'hygiène publique peuvent être de deux sortes : on peut se proposer de rafraîchir l'air à introduire dans les salles, ou bien tenter d'empêcher réchauffement préalable des locaux par lesquels cet air doit passer, ou dans lesquels il doit être admis. Rien n'empêcherait d'employer concurremment ces deux modes de refroidissement, s'il se trouvait que l'un et FauÊre fussent praticables et peu coûteux. Nous allons, d'ailleurs, les examiner successivement Fun et l'autre.

Rafraîchissement de l'air. — Le moyen auquel on a le plus naturellement songé pour le rafraîchissement de l'air destiné à être introduit dans les appartements, c'est l'arrosage. C'est aussi le moyen le plus ancien* Dans leurs cirques et leurs amphithéâ-

très, les Romains tendaient le vélum, qui n'était qu'une vaste tente, que Ton arrosait continuellement avec de l'eau.

De nos jours, on a fait usage du même moyen, en Angleterre, pour rafraîchir la salle de la Chambre des Lords. On faisait traverser à l'air, servant à la ventilation ordinaire , des capacités remplies de toiles mouillées, et continuellement arrosées par des jets d'eau nombreux. L'air qui s'introduisait dans l'enceinte de l'assemblée, était ainsi trèschargé de vapeur d'eau.

Evidemment cet air venant du dehors et chargé de vapeur d'eau , était plus frais que celui de l'intérieur de la salle, mais est-il sain de respirer une atmosphère ainsi saturée d'humidité ? Et d'ailleurs obtient-on de ce moyen l'effet désiré ? On n'a pas réfléchi que,, le corps humain perdant naturellement sa chaleur par la transpiration cutanée et pulmonaire, cet effet sera affaibli, si l'air est déjà saturé de vapeurs d'eau ; — que les indications thermométriques ne tranchent pas la question ; — et qu'un vent chaud et sec est bien moins pénible qu'un air chaud et humide.

M. Léon Duvoir, chargé, il y a plusieurs années, de rafraîchir la salle des séances de l'Institut, à Paris, tomba dans cette même erreur. Le procédé qu'il essaya, consistait à faire arriver l'air dans la salle, par des tubes en fer, a l'intérieur desquels coulait sans cesse une nappe d'eau. Les académiciens n'eurent pas beaucoup à se louer de cette méthode, à laquelle on renonça bien vite.

M. Péclet proposa alors de perfectionner cette disposition , en faisant passer l'air à refroidir dans un appareil composé d'un grand nombre de petits tubes mouillés, non plus à l'intérieur, comme le faisait M. Léon Duvoir, mais à l'extérieur. Chaque tube aurait été entouré d'une toile toujours humide, et Févaporation aurait été activée par l'insufflation d'un ventilateur énergique. De cette manière, l'air serait arrivé dans la

I salle avec la quantité de vapeur d'eau qu'il doit normalement contenir.

Un moyen plus efficace repose sur le refroidissement de l'air produit au contact de vases contenant de la glace, ou des mélanges frigorifiques. La meilleure disposition à adopter pour obtenir ce résultat est représentée par la figure 262.

Fig. 262. — Appareil pour rafraîchir l'air.

Le conduit de l'air, CC, traverse un manchon, AB, formé d'une double enveloppe. La capacité intérieure, D, entourant le conduit d'air, renferme de la glace. La capacité suivante, B, est remplie de tan, ou mieux d'édredon ou de ouate, afin d'éviter la déperdition du &oid. Un robinet, R, fait couler dans le vase, M, l'eau provenant de la fusion de la glace.

Le conduit d'air, GC,est rempli de petites ailettes métalliques qui augmentent les surfaces de contact de l'air avec les parois refroidies par la glace. Ces ailettes métalliques sont portées sur un axe vertical, et plaeées par rangées successives, mais dans des plans différents; ce qui multiplie davantage encore les surfaces de contact de l'air avec les parois métalliques refroidies.

Un mélange frigorifique composé de sel

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marin et de glace, est plus avantageux que la glace pure, si le prix de la glace est élevé, ou si la surface du manchon est petite, relativement à la réfrigération qu'on veut obtenir.

Ce moyen a été employé avec succès ; mais il est loin d'être économique. On a calculé que pour l'appliquer à V hôpital Lariboisière, par exemple, il faudrait dépenser autant pour rafraîchir les salles pendant l'été, que pour les réchauffer pendant l'hiver , même en ne se basant que sur le prix, fort bas, de 5 centimes le kilogramme de glace.

Un troisième moyen de rafraîchir l'air qui doit être introduit dans les maisons ou les édifices, est celui qu'utilise pour son cabinet du Conservatoire des arts et métiers, M. le général Morin. Ce moyen consiste à puiser l'air frais dans des caves ou des souterrains. Un tel procédé est économique, à la vérité, mais il serait difficile de l'appliquer sur une grande échelle, car il faudrait des souterrains bien vastes pour fournir, à un édifice public, à un théâtre, par exemple, le volume d'air nécessaire pour une soirée.

A Paris, on pourrait se servir des Catacombes comme réservoir d'air frais. Il règne dans ces lieux souterrains, une température constante, d'environ 11 degrés. Seulement, pour que cet air fût salubre, il faudrait arrêter les suintements, qui proviennent des égouts et des cimetières, et pratiquer bien d'autres réparations encore.

On a pris quelquefois Fair frais à une grande hauteur dans l'atmosphère, grâce à des cheminées spéciales, ou en se servant des clochers et autres édifices élevés. A l'hôpital Lariboisière, où ce moyen est employé, l'appel de l'air au haut du clocher est déterminé, comme nous l'avons déjà dit, par un ventilateur mécanique, placé dans le bâtiment à ventiler*

A l'hôpital Guy, à Londres, où cette méthode paraît avoir été employée pour la pret. iv.

mière fois, on se sert, pour attirer l'air pur venant des régions élevées, d'un petit foyer placé au bas du clocher, comme le montre

Fig. 263. —-L'hôpital Guy à Londres, et son système de ventilation d'été.

la figure 263 . L'air attiré du haut du clocher, A, au moyen du foyer, d'une cheminée, B, placée au bas du clocher, parcourt les salles, t,J, de l'hôpital, et est attiré à l'extérieur par une seconde cheminée, placée dans les com-

bles, C} ce qui produit une circulation d'air continue à travers toutes les salles.

Malheureusement, les couches des régions élevées de l'atmosphère ne possèdent pas toujours, en été, une température qui diffère assez de la température ambiante, pour que ce moyen de rafraîchissement soit très-efficace.

Le dernier moyen, qui nous reste à faire connaître, est plus satisfaisant. 11 repose sur le principe suivant, bien connu en physique. Quand on condense un gaz, il s'échauffe, comme le montre l'expérience connue sous le nom de briquet à air ; quand on le dilate, au contraire, il se refroidit. Or, supposons que, dans un récipient quelconque, nous ayons condensé une certaine quantité d'air, et qu'ayant abandonné pendant quelque temps l'appareil, contenant et contenu se soient mis en équilibre avec la température ambiante. Si nous donnons issue à l'air du récipient, il se trouvera dans le cas d'un gaz qui se dilate, et pour revenir à la pression atmosphérique, il se refroidira d'autant plus qu'il aura été plus condensé.

Ce principe a été appliqué aux Indes orientales, pour la fabrication artificielle de la glace, ce qui prouve qu'au besoin, on peut obtenir, par cette méthode, un froid intense.

Malheureusement, ce procédé ést à peu près impraticable, à cause de la dépense. Il faudrait employer de jj à | de cheval- vapeur, par

chaque malade d'un hôpital, pour obtenir la /or ce motrice destinée à condenser l'air.

Tou s les moyens que nous venons de décrire, pour refroidir l'air avant de l'introduire dans les pièces, ont été expérimentés en 1865, par M. le général Morin, et aucun n'a fourni des résultats satisfaisants. Dans une série d'expériences ayant pour but d'éclairer la question qui nous occupe , M. le général Morin a essayé de faire passer de Tair à travers un jet d'eau réduite à l'état pulvérulent.

L'abaissement de température obtenu de cette manière, n'était que de 2 degrés, et les frais, en revanche, étaient considérables, en raison du grand volume d'eau nécessaire pour l'opération, et de la force motrice qu'il fallait employer.

M. le général Morin a mis également en pratique le système recommandé par M. Péclet, et que M. Léon Duvoîr avait tenté d'appliquer au palais de l'Institut de Paris : faire passer l'air à travers des tubes métalliques» à l'intérieur desquels circule un courant d'eau froide. Or, ce système a exigé des surfaces d'un développement énorme, par rapport au volume d'air rafraîchi, même dans le cas où l'eau était refroidie artificiellement par de la glace dont le poids, en kilogrammes, était à peu près égal au nombre de mètres cubes d'air ainsi rafraîchi î On conviendra que la pratique devra exclure tout d'abord les moyens de cette nature, dont l'effet serait si disproportionné à la dépense qu'ils exigeraient.

Rafraîchissement direct des locaux.- — Nous nous trouvons ainsi ramené, par voie d'exclusion, au système du refroidissement direct des locaux. Dans le mémoire dont nous parlions plus haut, et qui a été présenté en 1865, à l'Académie des sciences, M. le général Morin a fait connaître les deux dispositions qui, selon lui, offriraient le plus d'avantages pour préserver de l'excès de chaleur les maisons et les édifices.

Ces moyens sont: Yaération continue par des orifices nombreux et largement proportionnés, et Y arrosage des toitures.

Le premier procédé n'exige pas de dispositions particulières. Il faudra calculer les orifices d'évacuation de manière que l'air soit renouvelé au moins deux fois par heure, mais sans que la vitesse d'écoulement dépasse 40 à 50 centimètres par seconde. Les cheminées d'évacuation devront être en tôle à leur partie extérieure, afin que l'action du soleil, en les échauffant, en active le tirage; on leur don-

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nera 3 mètres et plus de hauteur au-des- i sus des toits. Les orifices d'admission de l'air seront aussi nombreux que possible, et ouverts de préférence sur les côtés qui ne reçoivent pas les rayons du soleil. Leurs dimensions seront telles que l'air ne les traverse pas avec une vitesse de plus de 30 à 40 centimètres par seconde (un peu moindre que la vitesse d'écoulement de l'air évacué), et que le volume d'air introduit remplace celui qui est expulsé.

Pour les ateliers, et en général pour tous les locaux éclairés au gaz, il faudra, en outre, assurer l'évacuation des produits de la combustion, soit directement à l'extérieur, soit indirectement par les cheminées de ventilation, dont la marche sera ainsi activée. Ces cheminées devront être d'ailleurs munies de registres pour en régler Faction suivant les circonstances.

L'emploi des persiennes et des stores se recommande ici, comme moyen accessoire d'empêcher l'accès des rayons directs du soleil. Les fenêtres en forme de châssis à tabatière, pourront être recouvertes de toiles arrosées d'eau.

Le deuxième procédé, c'est-à-dire Yarrosage, pourra être appliqué à la plupart des édifices et des habitations dès que la nouvelle distribution d'eau de la ville de Paris sera organisée. C'est un procédé éminemment approprié aux grandes villes. Il imite Jes effets naturels de la pluie, et il est trèsefficace. Un peu plus d'un mètre cube d'eau par heure suffirait pour mouiller 100 mètres carrés de toiture, et les mettre à l'abri de réchauffement produit par la radiation solaire. Appliqué dès le matin et continué pendant tout le temps que le soleil agit, ce procédé non-seulement s'opposerait à réchauffement des toits, mais il pourrait même servir à entretenir les parois intérieures des édifices à une température inférieure à celle de l'atmosphère, et à refroidir convenablement l'air qui pénètre dans les combles. \

Ce service d'arrosage étant accidentel et ne devant jamais s'appliquer à plus de 60 jours par an, les frais qu'il entraînerait seraient très-modiques. Pour une vaste gare, comme celle du chemin de fer d'Orléans, qui a 138 mètres de longueur sur 28 de largeur, la dépense annuelle d'arrosage ne s'élèverait probablement pas à 1,000 francs.

Ces deux procédés proposés par M. le général Moriri, à savoir, l'aération continue et l'arrosage artificiel, se recommandent donc également par leur simplicité et par la modicité de la dépense qu'ils occasionneraient. Leur emploi, qui permettrait d'assurer, en toute saison, la ventilation intérieure deslieux de réunion, constituerait pour la salubrité publique un véritable progrès.

La présentation à l'Académie des sciences, du Mémoire de M. le général Morin, donna occasion à M. Regnault de revenir sur un projet d'aérage qu'il avait soumis, en 1854, au ministère d'Etat, et qui devait servir pour les bâtiments de l'Exposition universelle de 185*5. Dans ce projet, l'illustre académicien avait repoussé les procédés fondés sur le refroidissement de l'air des salles par les moyens physiques artificiels, aussi bien que tous ceux où la ventilation est produite par des machines. Ces moyens lui avaient paru inefficaces, embarrassants et trop coûteux, comme à M. Morin lui-même. Au lieu de recourir à des mécanismes compliqués, il suffirait, selon M. Regnault, d'emprunter la force motrice nécessaire pour la ventilation, à la chaleur même qui est engendrée par le rayonnement solaire. On n'aurait qu'à poser une toiture double en zinc, pourvue d'un certain nombre de cheminées, pour obtenir une ventilation automatique, sous l'influence du soleil lui-même, qui se chargerait de chauffer par appel, ce vaste appareil d'évacuation.

Les bâtiments de l'Exposition universelle de 185 5 se composaient du Palais de Y Indus*

trie, d'une grande galerie établie sur le Cours-la-Reine et longeant Ja rivière, et d'une construction provisoire faite aux Champs- Élysées.

Pour la galerie du Cours-la-Reine, M. Regnault demandait que la grande couverture demi-cylindrique en zinc, fût double, avec un intervalle de 20 centimètres entre chaque toiture. La toiture supérieure aurait reçu les rayons solaires; sur son arête supérieure se trouvaient des cheminées nombreuses en tôle, de section rectangulaire, afin de présenter leur plus large face à faction du soleil.

L'intervalle des deux couvertures constituait donc une vaste cheminée, chauffée par le soleil, et qui puisait Fair dans la galerie à la hauteur de la naissance de la voûte et suivant une très-grande section.

M, Regnault voulait ensuite que l'air frais fût amené du dehors, par un grand nombre de petits canaux en briques, sous le sol, et terminés au dehors, par de courtes cheminées-pilastres appuyées contre le mur. A l'intérieur, Forifice de chacun de ces canaux aurait été surmonté d'une colonne en fonte de dm,50 de haut, servant à supporter les objets exposés. L'air du dehors serait ainsi venu se déverser dans la salle, à la hauteur de la tête des visiteurs, sans produire ces courants désagréables qui sont occasionnés par des orifices ouverts au niveau du sol. Ces canaux dissimulés par les colonnes, et la toiture-cheminée, chauffée par le soleil, auraient constitué un excellent appareil de ventilation et de refoulement de Fair.

Les mêmes principes furent proposés par M. Regnault pour ventiler et empêcher Féchauffement excessif du Palais de l'Industrie qui, avec les bâtiments du Cours-îa-Reitie, composait l'ensemble de l'Exposition universelle de 1855. Si Fon avait suivi ses indications, il est probable qu'on aurait évité la température intolérable qui régnait dans les galeries du premier étage pendant Fété. Des oppositions de tout genre entravèrent les tra-

vaux qui furent entrepris dans cette direction. Ce n'est que dans les bâtiments destinés à l'exposition de peinture et qui étaient relégués à l'avenue Montaigne , que les projets de M. Regnault purent être réalisés, grâce au bon vouloir de l'architecte, M. LefueL Les toitures à châssis vitrés y ont été faites doubles, et surmontées de cheminées d'aspiration* L'air du dehors se déverse dans les salles par des piédestaux creux qui portaient des objets d'art. Ce dispositif, parfaitement rationnel, s'est montré aussi efficace qu'on pouvait le désirer.

Malheureusement, comme l'a fait remarquer M. le général Morin, il conduit à l'établissement permanent d'une double couverture des bâtiments, pour remédier à des inconvénients dont la durée accidentelle n'est que de quelques semaines chaque année. Et si Fon voulait éviter les frais d'une pareille construction , il faudrait recourir à l'installation temporaire d'une doublure , c'est-à-dire d'une surface intérieure à la toiture, ce qui aurait bien aussi ses inconvénients, sans parler des dépenses qui en résulteraient dans la plupart des cas. Enfin, l'introduction de Fair nouveau par des orifices ménagés sous le sol^ présente toujours de grands inconvénients dans les locaux livrés à la circulation publique, et il serait peutêtre impossible d'en multiplier assez le nombre pour que la vitesse d'arrivée restât dans les limites convenables.

Ces considérations doivent nécessairement diminuer, aux yeux des praticiens ; le mérite du système proposé par M. Regnault; et, en fin de compte, on donnera probablement la préférence à Faérage continu et à l'arrosage, proposés par M. Morin, à cause de la simplicité de ces moyens.

A ce propos, nous placerons ici une suggestion assez ingénieuse, qui nous a été communiquée par M. Pradez, de Genève.

Pour vaincre les difficultés que soulèvent

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dans la pratique, les problèmes en apparence les plus simples, il faut, dit M, Pradez, consulter et imiter la nature.

Or, que fait la nature pour rafraîchir la tête du nègre, appelé à vivre dans la zone torride? Elle lui donne une chevelure crépue que le soleil frappe sans parvenir jamais jusqu'au crâne. Dès que l'air emprisonné dans ses cheveux s'échauffe plus que Fair ambiant, la ventilation s'opère d'elle-même, d'une manière naturelle et régulière. Le nègre qui reste tête nue se trouve mieux protégé contre l'ardeur des rayons solaires, que l'Européen avec son chapeau.

Faisons l'application de ce principe aux gares de nos chemins de fer. Il suffirait de garantir les couvertures métalliques contre le soleil, de la même manière que nous garantissons les fleurs de nos serres contre la gelée, c'est-à-dire par des rouleaux de paille ou de chaume, d'un mètre de longueur et d'une épaisseur convenable. On établirait simplement au faîte des toits, un abri en zinc, pour préserver ces* rouleaux de paille contre les intempéries de l'air, pendant la saison froide. L'abri de tôle longerait le faîte et les bords du toit ; les couvertures y resteraient enroulées jusqu'à ce qu'on en eût besoin. Dans la saison des grandes chaleurs, on enverrait des hommes d'équipe les dérouler. Il est à peu près certain qu'avec ce nouveau moyen les chaleurs de 48° ne se produiraient plus dans les gares.

« Ayant habité le Brésil pendant vingt-deux ans, dît M. Pradez, je sais ce que c'est que la chaleur du soleil. Dans les courses que j'eus l'occasion de faire dans l'intérieur, je me suis souvent arrêté sous des toits de chaume, en m'extasiant toujours sur la fraîcheur relative que procure ce genre de toiture. En effet, comme dans le cas de la chevelure du nègre, le soleil échauffe la couche extérieure de la paille, mais n'y pénètre pas, car plusieur? couches d'air s'interposent entre ses rayons et la toiture métallique, et dès que ces couches d'air deviennent plus chaudes que l'air ambiant, une ventilation naturelle les remplace et les renouvelle. »

La dépense de quelques rouleaux de paille serait peu de chose, et la toiture de zinc se conserverait mieux sous un pareil abri. Le moyen de M. Pradez, analogue dans ses effets à la double toiture proposée par M. Regnault, aurait donc l'avantage d'être plus simple et moins coûteux.

Ce qui empêche d'ordinaire l'emploi des toits de chaume , c'est la crainte de l'incendie. M. Pradez ne s'est pas dissimulé cet inconvénient. Mais il pense que si on peut rendre le bois et les tissus incombustibles par l'application de certains procédés chimiques, rien ne nous dit que ces mêmes procédés ne pourraient pas être appliqués avec avantage à la préparation des couvertures de paille. Comme, d'ailleurs, les gares sont ordinairement isolées et leurs toits assez élevés, comme les locomotives marchent toujours lentement au départ et à l'arrivée , ce qui diminue beaucoup le danger provenant de la projection des étincelles, on voit que les nattes de paille ne seraient pas fort exposées.

Au surplus, on n'aurait à se préoccuper de ces risques que pendant deux mois de l'année seulement. Les compagnies des chemins de fer, qui dépensent des sommes énormes pour l'architecture et l'embellissement des gares, pourraient bien aussi songer enfin à la question hygiénique, et faire quelques légers sacrifices dans l'intérêt des voyageurs et des employés. Pourquoi ne ferait-on pas l'essai du moyen ingénieux que propose notre correspondant? Les frais ne seraient pas considérables, et on serait bientôt fixé sur la valeur de ce moyen si simple et si commode.

En résumé, des expériences particulières seraient nécessaires, si l'on voulait fixer la valeur des différents procédés que nous venons de faire connaître pour arriver à rafraîchir les maisons et les édifices publics pendant l'été. Si l'on songe aux souffrances auxquelles le Parisien gui reste dans la ville, pendant l'été,

se voit condamné chaque année, dans les théâtres, dans les salles de réunions, dans les expositions publiques , et surtout dans son propre appartement, pour peu qu'il soit exposé au soleil, on ne peut qu'appeler de tous ses vœux l'intervention efficace de la science dans cette question de salubrité publique.

Chauffer les maisons pendant la saison d'hiver, les rafraîchir pendant la saison d'été : voilà deux problèmes, en apparence fort simples, et dont la solution n'embarrasse pas le plus petit écolier; ce qui n'empêche pas que l'on n'étouffe en été et qu'on ne gèle en hiver, depuis que Paris a été bâti.

FIN DE LA 'VENTILATION

LES P H A R ES

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