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LE TÉLÉGRAPHE BAUDOT, A TRANSMISSION MULTIPLE

Le problème de la transmission multiple a été résolu de la manière la pins rigoureuse, par le merveilleux appareil qui porte le nom de son inventeur, le télégraphe Baudot, lequel non seulement utilise le travail de plusieurs employés qui se succèdent, mais encore imprime les dépêches.

On peut en effet définir le télégraphe Baudot « un télégraphe permettant de transmettre à distance et par un seul fil le travail de quatre ou six employés, manipulant à la fois quatre ou six claviers alphabétiques distincts, et permettant de recevoir quatre ou six dépêches, qui s'impriment, à l'arrivée, en caractères typographiques, sur des bandes de papier, qvi'il suffit de coller sur une feuille de papier, et de faire par-

venir au destinataire, comme dans le système Hughes ».

Le nom de télégraphe multiple imprimeur lui convient donc parfaitement, puisqu'il réalise la transmission multiple, et qu'il j imprime la dépèche, à l'arrivée.

L'appareil Baudot comprend cinq parties principales, distinctes, qui se décomposent ainsi :

1° Le transmetteur ou manipulateur , véritable clavier à cinq touches, qui, grâce à 1 expédition de courants de la pile, tantôt positifs, tantôt négatifs, permet d'envoyer au poste récepteur les diverses combinaisons de courants répondant à des signaux de l'alphabet Morse.

2° Le récepteur, qui enregistre les émissions de courant du manipulateur correspondant, en agissant sur les armatures d'électro-aimants ;

3° Le distributeur, qui établit la concordance des communications entre les dilférents manipulateurs et les récepteurs correspondants, ainsi qu'entre les touches des manipulateurs transmetteurs et des électroaimants récepteurs ;

4° Uimprimeur, qui recueille la combinaison reçue par les électro-récepteurs, et la traduit par l'impression de la lettre, du chiffre ou du signe correspondant;

3° Ce système étant fondé sur le synchronisme absolu de la rotation de deux axes, il faut maintenir leur synchronisme. C'est ce que réalise le régulateur ?nétallique hélicoïdal, adopté par M. Baudot;, sorte de volant, déjà connu en mécanique, sous le nom de pemlule conique, et qui sert à régler le mouvement des organes du télégrapheimprimeur de Hughes. Ce régulateur, comme son nom l'indique, donne au mouvement du distributeur une égalité de marche parfaite, et absolument égale à celle de l'appareil placé à la station d'arrivée.

Comme dans l'appareil Hughes, le moteur de tout le système mécanique est un poids

de SO kilogrammes, qui, en s'abaissant, produit le mouvement de tous les rouages.

La vitesse de rotation d'un distributeur varie entre 155 et 180 tours par minute; ce n'est pas un maximum, car pour le service de certaines lignes on a souvent atteint la vitesse de 210 tours.

En prenant comme moyenne le nombre de 165 tours par minute, et en se rappelant que chaque employé transmet ou reçoit une lettre par tour, on trouve que, dans ces conditions, le rendement d'un fil de ligne desservi par un appareil Baudot simple est de 165 lettres, ou 25 mots environ par minute, soit 1,500 mots à l'heure; et pour un Baudot double, ou duplex^ 3,000 mots.

Avec les appareils télégraphiques actuellement en usage, ou obtient, par heure, les rendements suivants :

Morse simple, de 400 à 500 mots; en double [duplex)^ de 800 à 1,000 mots.

Hnghes simple, de 900 à 1,000 mots; en double [duplex), de 1,800 à 2,000 mots.

Afeye?- simple, de 1,800 à 2,000 mots.

Wheastone ûtcv^Xq, de 2,000 à 2,200; en double [duplex), de 2,600 à 3,000 mots.

Baudot simple, 1,500 mots; et en duplex 3,000 mots.

Le télégraphe midtiple de Baudot qui imprime, comme l'appareil Hughes, les dépêches en caractères typographiques, constitue, par son originalité, par sa précision et sa rapidité de transmission, l'une des inventions les plus ingénieuses de notre siècle. Aussi M. Baudot a-t-il obtenu, à l'Exposition internationale d'électricité de 1881, le diplôme d'honneur.

Nous allons essayer de l'aire comprendre son mécanisme, non dans son entier, ce qui exigerait un volume, mais dans ses données principales.

Le télégraphe Baiîdot peut fonctionner, soit à la manière ordinaire, comme le télé-

graphe imprimeur de Hughes, soit en duplex, par les procédés adoptés aujourd'hui, soit enfin comme appareil multiple. Dans ce dernier cas, qui est le plus fréquent, deux, trois, quatre, cinq, et même six appareils, avec le même nombre d'employés, peuvent transmettre ensemble leurs dépêches, sur un même fil. C'est ce cas particulier que nous considérons seulement ici.

Supposons deux postes de ce système dis posés, pour la transmission multiple, aux extrémités d'une seule et même ligne. Ils seront desservis par six employés, manœuvrant six manipulateurs, six récepteursimprimeurs, et un distributeur commun.

Voyons comment les signes envoyés sur le même fil, par les six employés, se succédant à tour de rôle, seront distribués sur le fil de ligne, et se transmettront à chacun des appareils récepteurs établis au poste d'arrivée.

Le manipulateur, représenté dans la figure431, comprend un clavier à cinq touches, divisé en deux parties inégales, entre lesquelles se place une manette M, qui sert à mettre le clavier en état de repos ou d'activité, c'est-à-dire en état de transmettre ou de recevoir. Les trois touches placées à droite sont manipulées avec le doigt indicateur (index), le majeur et l'annulaire de la main droite ; celles de gauche, avec l'index et le majeur de l'autre main. La boîte AB contient les pièces qui mettent en relation les différentes touches du clavier, tantôt avec la pile, tantôt avec le fil de ligne. C'est un pupitre sur lequel le télégraphiste place le manuscrit de la dépêche à expédier.

Lorsque le distributeur, que nous décrirons plus loin, est dans la position convenable, les cinq touches du clavier lancent à volonté, sur la ligne, des courants négatifs, ou des courants positifs. W s'ensuit qu'en attaquant une ou plusieurs touches à la fois, on peut produire 32 signaux distincts, résultant des 32 combinaisons possibles des I cinq touches ; car le nombre des combinai-

SUPPLÉMENT AU TÉLÉGRAPHE ÉLECTRIQUE

Fig. 431. — llanipulatour, ou clavier du télégraphe Baudot.

sons arithmétiques de cinq signes est 32.

Le tableau ci-dessous montre ces diverses combinaisons de courants, et par suite, le doigté qu'exécute l'employé sur les touches du manipulateur. Les signes + et — indiquent le sens des courants émis : les touches attaquées, qui transmettent des courants positifs, sont marquées du signe 4- et celles qui transmettent des courants négatifs, du signe — :

Repos

Erreui

A ou

ou

B ou

ou

C ou

ou

D ou

ou

E ou

ou

É ou

etc.

ou

F ou

ou

G ou

ou

H ou

ou

I ou

Wou

J ou

ou

K ou

ou

L ou

ou

M ou

ou

Blant-eliiïres

Blanc-lctlres

Durant la manipulation, el afin que l'employé soit averti de l'instant oiî il doit transmettre, un marteau, désigné sous le nom de frappeur de cadences^ actionné par un électro-aimant, tombe sur la boite du manipulateur, chaque fois que celui-ci est mis en relation avec la ligne, par l'intermédiaire du distribnteur .

Comment les courants venant du manipulateur sont-ils lancés dans le fil de la ligne, et reçus au poste d^arrivée? C'est le distributeur qui remplit cet office fondamental.

Le distributeur est formé d'un disque en matière isolante, portant sur sa surface des pièces métalliques qui, comme l'indique le diagramme suiA^ant (fig. 432), sont reliés aux touches du manipulateur. Ce disque est divisé en six secteurs égaux, A, B, C, D, E, F, affectés chacun à un poste, et portant cinq contacts reliés aux touches des six manipulateurs. Un septième secteur, X, dit de correction^ a pour but de transmettre le courant qui doit régulariser le mouvement, et en même temps, assurer le syn-

chronisme des distributeurs de chaque poste | de départ et d'arrivée.

Sur Taxe du disque se trouve uu levier mobile, L, auimé d'un mouvement uniforme

Fig. 432. — Diagramme de la transmission, dans le télégraphe multiple Baudot.

de rotation, et qui porte un frotteur, mis en communication constante avec la ligne. En tournant sur le disque, ce frotteur passe successivement sur les six secteurs (n'"' 1, 2, 3, 4, 5), recueille les courants qu'il reçoit de tous leurs contacts, et les lance dans la ligne, avec laquelle il est en rapport.

Dans le diagramme (fig. 432) qui représente le poste de transmission, les touches 1 et 3 du secteur A sont au repos ; tandis que les touches 2, 4 et 5 sont abaissées, et établissent la communication électrique. Lors donc que le frotteur viendra à passer sur les cinq contacts de ce secteur, les courants lancés dans la ligne seront exprimés par les

signes — i h-t- dont l'ensemble forme la

lettre M.

En continuant son mouvement sur les autres secteurs, le frotteur transmettra successivement et de la même manière les courants positifs ou négatifs, selon que l'employé placera la manette à l état de repos ou d'activité.

Comment les signaux ainsi envoyés au récepteur commun par les divers manipu-

I lateurs, et distribués par cet organe mécanique, sont-ils reçus à la station d'arrivée?

Il existe, à cette station, un récepteur tout pareil au transmetteur de la station de départ, c est-à-dire divisé de même en 6 secteurs, et animé d'un mouvement uniforme, absolument pareil à ce dernier. Le frotteur qui, sur le disque de départ, parcourt les divisions, passe au même instant sur chacune d'elles, le synchronisme de leur mouvement étant parfait. Chaque division du distributeur affecté à la réception est reliée à un petit électro-aimant, qui est excité toutes les fois que le courant lancé sur le fil de la ligne vient à l'atteindre. Une armature polarisée oscille entre les pôles de l'aimant, et est limitée dans sa course par deux butoirs, contre lesquels elle s'applique suivant le sens du courant transmis, jusqu'à

Fig-. 433. — Diagramme de la réception dans le télégraphe multiple Baudot.

ce qu un courant de sens contraire vienne la déplacer. Le diagramme ci-dessus (fig. 433) montre, en efl'et, que les armatures reliées aux touches 2, 4 et S sont inclinées vers la droite^ tandis que celles qui sont mises en relation avec les touches 1 et 3 sont inclinées vers la gauche, et traduisent la combinaison de la lettre M, que nous avons supposée transmise par la station de départ.

Voilà comment, en principe, s'effectue

SUPPLÉMENT AU TÉLÉGRAPHE ÉLECTRIQUE

Fig. 434. — Distributeur Baudot.

l'expédition, la distribution et la réception des dépêches. Mais nous avons, pour la simplicité, présenté le distributeur sous la l'orme d'un simple diagramme. Il importe de faire connaître exactement cet appareil, tel qu'il fonctionne dans la pratique.

Nous le représentons dans la figure 434.

Le distributeur Baudot comprend l'axe moteur d'une part; et d'autre part, les rouages, ou organes, mis en action par ce moteur.

Q est le poids de .50 kilogrammes qui, en s'abaissant, par l'etiet de la pesanteur, l'ait tourner, au moyen de la corde qui le soutient, la poulie P. Sur le même axe est un régulateur à hélice, R, ou pendule conique, qui a pour fonction de rendre uniforme le mouvement. L'arbre G porte, à son extrémité, un pignon, qui engrène avec une roue d'angle horizontale, A, dont l'axe porte le bras B, armé de dix frotteurs.

Le plateau horizontal et isolant, D, porte neuf rangées circulaires concentiùques de contacts, en métal, dont chacune est parcourue par l'un des frotteurs du bras B.

Les deux premières rangées, reliées la premièi-e avec la ligne et la seconde avec les manipulateurs, servent à la transmission ; les deux suivantes sont réservées à la réception. L'une sert au contrôle au départ et à Vimpression en local, etl'autre communique avec les électro-aimants des relais récepteurs que nous décrirons J)ientôt.

La cinquième rangée, dont le frotteur est relié à la huitième, assure le bon fonctionnement des relais, et corrige les défauts de synchronisme, en menant le courant à la terre, entre doux émissions consécutives.

La sixième rangée reçoit, par les frotteurs des rangées 6 et 7, le courant d'une pile locale. Ge courant traverse un certain nombre de contacts, dont l'un fait fonctionner le frappeur de cadence, et avertit l'employé qu'il peut transmettre un nouveau signal. Entin, le frotteur de la neuvième et dernière rangée est relié à un dixième frotteur, qui précède celui de la quatrième rangée, et reçoit le courant négatif d'une pile locale, dont le rôle est de ramener au re- ])0s les armatures des relais récepteurs.

Le septième secteur, destiné à la correction, envoie son courant dans un électroaimant spécial, qui a pour effet d'embrayer et de désembrayer le levier porte-frotteurs, lorsqu'on veut régler le mouvement du distributeur de départ.

Chaque relaisrécepteur(fig. 435) est formé par un aimant BB, à armature polarisée,

Fig. 435. — Relais récepteur du télégraphe Baudot.

et dont la lame transversale oscille soit à droite, soit à gauche, sous l'influence de celui des pôles d'un électro-aimant placé au-dessous, avec lequel l'armature est en communication. Les bobines de cet électro-aimant reçoivent les courants positifs et négatifs émis sur la ligne. Une tige de fer doux, dont la course est limitée par deux butoirs, l'un dit de repos^ et l'autre dit de travail^ amplifie les oscillations de l'armature. Les courants négatifs de la ligne font incliner la tige de fer doux vers la première, tandis qu'au contraire les courants positifs le font pencher vers la seconde. Noiis avons vu comment les bobines du relais sont reliées aux contacts du distributeur et à la terre. Quand donc les />o^^e?<r.S' de réception ont passé dans le secteur correspondant, toutes les armatures des relais consei'vent la combinaison reçue , puis la transmettent, par l'envoi d'un courant local, au contact du septième frotteur, et aux électro-aimants du récepteur-imprimeur.

Le mouvement général est imprimé.

avons-nous dit, à cet appareil, au moyen d'un poids de SO kilogrammes, comme dans le télégraphe Hughes. Mais, tandis que dans l'appareil Hughes il fallait que l'employé relevât le poids, au moyen d'une pédale, dès qu'il était arrivé au bas de sa course, ce qui lui occasionnait une grande fatigue, dans le télégraphe Baudot c'est un moteur électrique qui relève ce poids, dès qu'il est près de toucher le sol.

On sait que les dépêches du télégraphe Baudot s'impriment, comme celles du télégraphe Morse et du télégraphe Hughes.

Comment se produit l'impression de la dépêche? Comment les combinaisons des courants positifs et négatifs de la pile transmis par chaque section du distributeur, et reçus par les électro-aimants récepteurs de chaque secteur correspondant, viennent-elles

il y

Fig. 436. — Le récepteur-imprimeur Baudot.

se traduire en lettres d'imprimerie, sur la bande de papier sans fm qui se déroule à la station d'arrivée ? Le mode d'impression, dans le télégraphe Baudot, est peu différent, en principe, de celui àutélégrapJie imprimeur de Hughes, que nous avons décrit dans les Merveilles de la science (1). Mais il faut

(1) Tome II, page 142.

que la roue, ou molette, qui porte les lettres d'imprimerie, vienne s'appuyer^, au moment convenable, sur le papier, alors qu'elle doit réunir et combiner les mouvements des cinq armatures des aimants récepteurs, ainsi qu'on le voit sur la figure 436 (page 536) qui représente le récepteur-imprimeur Baudot. C'est là un problème difficile, que M. Baudot a parfaitement résolu, au moyen de relais, convenablement placés, actionnant un mécanisme particulier.

Ce mécanisme, qui a reçvi le nom de combinateur, est la partie la plus originale du télégraphe Baudot.

Le combinateur se compose d'un disque horizontal fixe, sur lequel sont cinq travées concentriques de l'axe du disque, divisées chacune en deux voies^ et séparées par des zones de même longueur que ces voies. Le tout est placé sur un cercle divisé en 360 degrés, sur lequel s'appliquent des secteurs.

Un chariot mobile parcourant ce disque actionne des leviers, qui, eux-mêmes, vont pousser les lettres typographiques par un mécanisme spécial, dans le détail duquel il serait difficile d'entrer ici. Bornons-nous à énoncer les conditions du problème, qui consiste à faire tourner la roue des lettres typographiques de manière à ce que chaque lettre vienne, au moment voulu, s'appliquer contre le papier tournant, et à dire que ce problème a été parfaitement résolu par l'inventeur.

Par son aspect extérieur, le récepteur-imprimeur Baudot diffère peu du récepteurimprimeur du télégraphe Morse, comme on peut le voir sur la figure 436 (page 536), qui représente cet appareil. On voit que la roue B, qui porte les lettres typographiques, actionnée par la roue A, imprime chaque lettre sur le papier P, que déroule le mouvement régulier du rouleau porte-papier D. Le courant qui, venant du combinateur, fait tourner la roue des lettres typographiques, se distribue à l'intérieur de l'appareil par les tiges conductrices C, C.

Tels sont les organes essentiels du télégraphe Baudot, pour la transmission et la réception. Voilà comment les six employés d'un poste occupés, chacun, à manœuvrer six appareils transmetteurs, peuvent, sur le même fil, expédier des signaux aux six employés du poste d'arrivée, affectés à autant d'appareils récepteurs-imprimeurs.

En résumé, le télégraphe Baudot, dont nous n'avons fait qu'exposer les données principales, est une des plus belles créations de l'art moderne de la télégraphie. Tout, dans ce remarquable système, est conçu dans un même but, tout est solidaire, tout concourt à un fonctionnement régulier et irréprochable. Le principe de la division du travail et la concordance des diverses opérateurs pour l'accroissement de la rapidité n'ont jamais été réalisés avec autant de bonheur.

Le dessin qui précède (fig. 437), pris au bureau central des télégraphes de la rue de Grenelle, à Paris, représente un poste de télégraphe Baudot. On y voit quatre employés ayant sous les yeux, sur un pupitre, le texte de la dépêche, manœuvrant, chacun, un clavier alphabétique [manipidateur) et ayant près de lui le récepteur, où s'imprime la dépêche envoyée par le correspondant.

Le distributeur est commun aux quatre appareils transmetteurs manœuvrés par les quatre employés. On reconnaît l'appareil que nous avons représenté plus haut (fig. 434, page 535) avec son régulateur héligoïdai horizontal (pendule conique), son cercle de distribution, et le poids qui, en s'abaissant, par l'action de la pesanteur, communique le mouvement à tout ce système mécanique.

Sur une travée longeant le mur, et peu distante du poste en activité, sont les relais, le parafoudre et une boussole.

Le cinquième employé, debout, est le surveillant, chargé de s'assurer du bon fonctionnement des appareils de ce poste.

Tous les appareils télégraphiques que

SUPPLÉMENT AU TÉLÉGRAPHE ÉLECTRIQUE

renferme la salle du bureau central des télégraphes de la rue de Grenelle, représentés sur notre dessin, ne sont pas des télégraphes Baudot. On voit, sur les bancs du fond de la salle, d'autres employés travaillant avec les télégraphes Morse et Hughes.

Un système télégraphique qui permet, quand le service l'exige, d'augmenter le nombre de dépêches expédiées, sans changer autre chose que le nombre des appareils, et sans avoir recours à des employés en nombre plus grand qu'à l'ordinaire, est éminemment précieux dans la pratique. Quand l'intensité du travail l'exige, à certaines heures de la journée, par exemple, un bureau central peut, s'il est muni d'un certain nombre d'appareils Baudot, les grouper sur la ligne à desservir, et le mode de transmission reste le même — c'est' le point capital — quel que soit le nombre des employés qui opèrent.

Ajoutons que la manipulation du clavier est simple et rapide, l'employé n'ayant à manœuvrer que cinq touches, et que l'impression, se faisant en caractères d'imprimerie, a l'avantage d'être conforme à nos habitudes en télégraphie.

Ces diverses considérations expliquent la faveur qui a accueilli le système Baudot en divers Etats de l'Europe.

Nous ne terminerons pas ce chapi tre sans dire un mot d'un procès criminel, jugé à Paris, au mois d'août 1888, et auquel a été mêlé le nom de l'appareil Baudot.

Un employé des télégraphes, Y. Mimault, avait découvert la manière de combiner les courants positifs et négatifs de la pile, pour composer un clavier à cinq touches, qui permettait de réaliser 32 combinaisons de signes télégraphiques. C'est là, sans doute, le principe du clavier télégraphique^ ou manipulateur^ de M. Baudot. Mais nous ne croyons pas que M. Baudot ait

j emprunté à V. Mimault cette idée, déjà conî nue, au point de vue arithmétique. D'ailleurs, le vocabulaire n'est pas tout, dans l'appareil Baudot. \\ faut voir dans cet appareil un perfectionnement admirable du télégraphe multiple de Meyer, qui faisait usage du synchronisme du distributeur^ qui envoyait plusieurs dépêches simultanées, mais avait le défaut de ne pas imprimer les dépêches. Le télégraphe que nous devons à M. Baudot renferme tant d'autres combinaisons ingénieuses ; il répond à tant d'indications importantes; il résout avec tant de bonheur de si nombreuses difficultés de détail, qu'il y aurait une injustice profonde à contester à son savant auteur l'invention de ce beau système mécanique.

n faut, dureste, s'applaudir que le nom d'un Evinçais soit venu s'attacher à l'une des plus importantes créations de la télégraphie moderne ; car jusqu'ici , les noms de savants étrangers, ceux de Wheatstone, de sir W. Thomson, de Hughes, de Caselli, de Bonelli, tous anglais, américains ou italiens, avaient seuls brillé dans cette glorieuse carrière.

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