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LA STÉNO-TÉLÉGRAPHIE. — APPAREILS DE MM. ESTIENNE ET CASSAGNE

On doit à M. Estienne, d'une part, et à M. A. Cassagne, d'autre part, des appareils télégraphiques, qui non seulement transmettent les dépêches avec une grande rapidité, mais encore facilitent l'emploi des abréviations. Ce système, qui se rattache aux transmissions multiples^ porte le nom de la sténo-télégraphie.

Le principe surlequel repose le télégraphe Estienne est le même que celui de l'appareil Morse. Toutefois, sa construction présente des différences caractéristiques. Au lieu de porter un seul style, tr-açant sur

le papier une succession de points et de traits, dont la combinaison forme les signaux usités, l'appareil de M. Estienne possède deux styles séparés, l'un pour les points, l'autre pour les traits. Grâce à cette disposition, qui dispense de faire varier la durée des courants pour obtenir des signaux brefs ou longs, on peut réduire à leur minimum toutes les émissions, et transmettre avec une rapidité beaucoup plus grande.

L'impression des signaux, faite entravers de la bande de papier, facilite encore la lecture des dépèches. Enfin, on peut obtenir des signaux distincts, en augmentant la durée des émissions du courant, et faire usage, par ce moyen, des abréviations en télégraphie.

Comme le télégraphe Morse, l'appareil de M. Estienne (fig. 438) comprend un manipulateur et un récepteur. Le manipulateur, M, est un simple inverseur de courant, qui permet, en touchant les plaques A ou B, de lancer dans la ligne des courants, tantôtpositifs tantôt négatifs. Ces courants arrivent au récepteur par un électro-aimant à armature polarisée. Cette armature, qui se déplace dans un sens ou dans l'autre, suivant la nature du courant transmis, se termine par une

petite fourchette f, sur chaque branche de laquelle repose un levier articulé autour d'un point fixe, et dont l'extrémité libre porte une petite plume d'acier. Cette plume est garnie d'une languette de peau, dont un bout trempe dans une capsule remplie d'encre, G, et dont l'autre frotte sur le papier p, dès que l'armature est mise en action.

La clef C est destinée à tendre le ressort d'horlogerie qui provoque le déroulement du papier.

Pour pouvoir indifféremment lancer un courant positif ou négatif dans la ligne, M. Estienne a muni son manipulateur de deux leviers et de deux ressorts reliés, les premiers à la ligne et les deux autres à la terre. Lors donc qu'on vient à abaisser un de ces leviers, il lance dans la ligne l'un des pôles de la pile, et soulève en même temps le ressort de terre correspondant, qui fait communiquer avec le sol le pôle de nom contraire.

Au repos, le courant de la ligne arrive au récepteur, par l'intermédiaire d'un troisième ressort, placé entre les deux leviers, et s'appuyant normalement sur la borne de contact. Il n'en est plus de même pendant la

SUPPLÉMENT AU TÉLÉGRAPHE ÉLECTRIQUE

Fig. 439. — Transmetteur du sténo-télégraphe Cassagne.

R, roue phonique. — 1, 2, 3, contacts isolés, en communication avec les bornes e, e, et avec les touches correspondantes, — A, axe de la roue, mobile avec elle, et sur lequel est fixé le frotteur. — B, cuvette en bois, faisant partie de la roue et remplie de mercure formant volant. — b, borne faisant communiquer le frotteur avec la ligne. — E, électro-aimant de la roue. — E', électro du di.ipason D. — r, r, réglage des pôles de l'électro. — C, contact (invisible).

transmission, car le ressort est soulevé par celui des deux leviers mis en jeu.

L'Allemagne, l'Italie, la Russie, la Belgique, la Suède, ont adopté le télégraphe de notre ingénieux compatriote. Il n'est employé en France, à litre d'essai, que depuis quelques années, malgré les incontestables services qu'il peut rendre, toutes les fois que l'importance du transit dépasse la limite de 20 à 23 dépêches par heure.

Expérimenté entre Paris et Marseille, et sans relais intermédiaires, malgré la distance de 860 kdomètres qui sépare ces deux villes, cet appareil a permis de transmettre 2,500 mots (125 dépêches de 20 mots) à l'heure, en se servant d'une bande perforée à l'avance. C'est là un résultat remarquable et qui fait le plus grand honneur à l'inventeur.

he sténo-télégraphe de M. A. Cassagne, ingénieur-directeur des Annales industrielles, est une heureuse application à la télégraphie du principe de la machine sténo graphique de M. Antoine Michela. On sait que la machine sténographique, qui fut expérimentée au Sénat, à la Chambre des députés, et au Conseil municipal de Paris, en 1881, peut enregistrer, avec la vitesse de la parole, et en les représentant graphiquement, par les

combinaisons d'un très petit nombre de signes, environ 200 mots à la minute, soit 12,000 mots à l'heure.

Le problème à résoudre pour appliquer la méthode sténographique de M. Michela à la télégraphie consistait à combiner un appareil de transmission télégraphique rapide, qui, tout en augmentant le rendement des fils, n'exigeât qu'un personnel restreint.

Par l'emploi de la roue phonique d'un télégraphiste danois, M. Paul La Cour, M. A. Cassagne est parvenu à construire un système télégraphique qui a donnéles meilleurs résultats, et qui est appelé à un grand avenir.

Voici, en quelques mots, la disposition de cet appareil, qui se compose d'un transmetteur et d'un récepteur-imprimeur.

Le transmetteur (fig. 439) comprend un manipulateur, formé de 20 touches, dont les contacts électriques sont reliés alternativement aux pôles positif et négatif de deux piles, mises par leur milieu en communication avec la terre. Ces touches sont encore reliées à des segments de contact d'un disti'ibuteur L.

Un frotteur, calé sur l'axe. A, de la roue dentée en fer doux, R, est animé d'un mouvement de rotation continu et rapide, que lui imprime un rouage d'horlogerie. Ce

Fig. 440. — Imprimeur du sléno-tôlégraphe Cassagne.

E,E, électro-aimants des poinçons /),p (cachés par la partie centrale). — a, a', armatures soulevant les poinçons et les appliquant contre la bande de papier A, A, par l'intermédiaire du ruban R imbibé d'encre. — ■ 6,6, bornes et fils reliant le butoir de travail de chaque relais à l'une des extrémités des électros E,E. — M, électro aimant inséré également dans le circuit des électros E et produisant, par l'abandon de l'armature F, l'avancement d'une dent de d, et, par suite, du papier à la fln de la réception d'une ligne sténographique. — B, borne à laquelle aboutissent les extrémités des (ils de tous les électros c, et en communication avec la pile locale. — engrenage assurant un déplacement lent du ruban imbibé d encre. — G, rouleau porteur du papier.

frotteur passe sur chacun des contacts du distributeur et les met alternativement en relation avec la ligne.

Au poste d'arrivée, les courants ainsi transmis arrivent dans un distributeur, en tout semblable au premier, et dont le frotteur, qui tourne en synchronisme parfait avec celui du poste de départ, les fait passer danslesbobines des relais polarisés qu'ils actionnent. Ceux-ci forment alors les circuits de la pile locale, laquelle fait fonctionner les poinçons de l'appareil imprimeur correspondant aux touches du manipulateur de l'appareil de transmission. Dès que ces poinçons ont imprimé leurs signes sur la bande de papier, celle-ci avance d'une certaine longueur et se trouve prête à recevoir une nouvelle série de signes.

Uimprimeitr (fig. 440) comprend 20 poinçons, portant des caractères sténographiques, qui s'impriment sur la bande de pa-

pier, chaque fois qu'ils sont poussés par l'armature de l'électro-aimant avec lequel ils communiquent. Chacun de ces 20 poinçons est relié à l'une des 20 touches du clavier transmetteur.

Chaque fois que l'armature a, du distributeur, passe sur l'un des contacts, par exemple sur celui qui porte le n° 3, le trotteur a' de l'appareil de transmission arrive sur le contact 3'; le courant amène alors l'armature du relais sur le butoir correspondant ; le circuit de la pile se trouve fermé à travers l'électro E', et le poinçon mû par la roue, d, vient appuyer sur la bande de papier qui se déroule, venant du rouet G.

Le synchronisme des distributeurs de transmission et de réception est obtenu au moven d'un électro-diapason, D, représenté à gauche du transmetteur (fig. 439), et dont les vibrations sont produites par le passage intermittent du courant d'une |)ile dans les

SUPPLÉMENT AU TÉLÉGRAPHE ÉLECTRIQUE

bobines de l'électro-aimant, E' (fig. 439). Ces intermittences sont entretenues par les vibrations mômes du diapason D dont l'une des branches ferme et ouvre alternativement le circuit. Les vibrations de la seconde branche ont pour efl'et d'envoyer par intermittences les courants d'une seconde pile dans l'électro-aimant E', dont les noyaux se trouvent, suivant le sens du courant, aimantés ou désaimantés. Ces alternances produisent des attractions successives sur la roue dentée R, en fer doux, qui acquiert ainsi un mouvement uniforme de rotation.

Plusieurs expériences ont été faites entre Paris et les principales villes de Finance, avec l'appareil de M. A. Cassagne, et toutes ont démontré les avantages de cet ingénieux système au point de vue de la rapidité.

En octobre 1886, M. Cassagne a pu, sur une ligne de 350 kilomètres, obtenir un rendement de 400 mots par minute, soit environ 24,000 mots à l'heure. Pour une distance de 7S0 kilomètres, la vitesse de transmission a été de 17,000 mots à l'heure; enfin, dans le même espace de temps, et sur une ligne de 900 kilomètres, la transmission s'est effectuée avec une vitesse de 12,000 mots.

Tout récemment, M. Cassagne a apporté à son télégraphe de nouveaux perfectionnements, qui en augmentent encore la vitesse. Ils consistent dans l'emploi d'un perforateur à clavier, indépendant du système sténotélégraphique, et qui permet de manipuler avec une vitesse extraordinaire. On peut aussi, grâce à cette nouvelle disposition, desservir simultanément, et par le passage de la même bande, un nombre facultatif de postes, pourvu que les résistances dans les circuits restent constantes.

Le montage des appareils en duplex peut donner un rendement encore plus considérable.

Le ^tt'nO' télégraphe de M. A. Cassagne semble répondre à tous les désiderata, car

il résout, tout à la fois, le difficile problème de la transmission des signes de la sténographie et de la correspondance à bon marché.

La rapidité de transmission des dépêches, avec les divers appareils actuellement en usage en télégraphie, varie dans des proportions assez notables. En supposant une ligne aérienne d'environ 600 à 700 kilomètres, on peut admettre, approximativement, les chiffres ci-après, pour le nombre de dépêches (composées de 20 mots) qu'il est possible d'expédier en une heure.

Appareil Morse 25

— en duplex 4o

Appareil Hughes 60

— en duplex 11 0

Appareil Wheafstone à composition

préalable 90

Id. en duplex 100

Appareil Meyer, 2o par clavier, soit

pour 4 claviers 120

Id. 6 claviers 180

Appareil Baudot, pour 4 claviers. . . 160

Les appareils Morse et Hughes sont aujourd'hui de beaucoup les plus employés.

Le télégraphe Baudot , réservé pour certaines grandes lignes, ne dessert que les bureaux des villes importantes situées à une assez gi'ande distance de Paris, telles que Lyon, Amiens, Marseille, etc.

Nous avons donné les dessins des télégraphes de Wheatstone et de Baudot. Il ne sera pas inutile démettre sous les yeux du lecteur ceux du télégraphe de Morse et de Hughes, les plus répandus aujourd'hui, ainsi qu'il vient d'être dit. Nous avons déjà représenté ces deux appareils , dans notre Notice des Merveilles de la Science (1); mais la forme qu'on leur donnait à l'origine a été modifiée depuis. Les figures 441 et 442 donnent le dessin exact des deux appareils télégraphiques que l'on voit aujourd'hui le plus frcquem-

(1) Tome II, pages FiO et 143.

Fig. 441. — Télégraphe Morse (récepteur).

A, rouleau à papier. — B, électro-aimant, attirant son armature,*. — C, ressort à boudin ramenant l'aimature à sa position d'immolnlité, quand le courant cesse de passer. — t, appareil encreur et style traçant les traits sur le papier. — p, papier déroulé au-devant du style.

ment sur les lignes françaises, comme dans les bureaux de l'étranger.

La figure 441 représente le récepteur du télégraphe Morse, à encre, dit système à tampon, construit par M. Bréguet. Un rouleau est chargé d'encre, un autre rouleau produit les traits et les points avec l'encre empruntée au premier.

Nous ne donnons pas le dessin du titansmetteur, vulgairement nommé clef de Morse, parce que c'est le même que nous avons représenté dans les Merveilles de la science (1).

La figure 442 montre quelle est la disposition donnée au télégraphe imprimeur de Hughes par M. Bréguet, dessin qui diffère de celui que l'on trouve dans les Merveilles de la science (2). La légende qui accompagne cette dernière figure fait connaître la destination des divers organes mécaniques de cet appareil.

(1) Tome II, page 138 (flg. 58).

(2) Id., page U3.

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