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CHAPITRE VIII

LES ÏNOUVELLES APPLICATIONS DU TÉLÉGRAPHE ÉLEC- TRIQUE. — EMPLOI GÉNÉRAL DE l'ÉLECTRICITÉ POUR LE SERVICE DES CHEMINS DE FER. — APPLICATIONS DU TÉLÉGRAPHE ÉLECTRIQUE A LA MÉTÉOROLOGIE, PARTICULIÈREMEiST A l'ANNONCE DES TEMPETES. — • LES CRUES DES FLEUVES ANNONCÉES PAR LE TÉLÉ- GRAPHE. — LE TÉLÉGRAPHE ET LES PÊCHERIES. — LES SÉMAPHORES ÉLECTRIQUES. — LES STATIONS FLOTTANTES AVEC FILS TÉLÉGRAPHIQUES. — LE RÉSEAU TÉLÉGRAPHIQUE DES VILLES, POUR l'aNNONCE DES INCENDIES. — EMPLOI DU TÉLÉGRAPHE ÉLECTRIQUE PAR LES ARMÉES EN CAMPAGNE.

Dans notre Notice sur le télégraphe électrique des Merveilles de la science,

î nous avons traité sommairement des applij cations de cet appareil (1). Mais son invention était alors de date trop récente pour qu'il eût reçu des applications nombreuses. Nous nous bornions à signaler l'utilité du télégraphe électrique pour les rapports entre particuliers, pour la dénonciation des crimes ou attentats, et la poursuite des criminels. Nous signalions quelques applications de la télégraphie à la science, particulièrement à l'astronomie, pour la détermination des longitudes, et à la météorologie, pour l'annonce de l'état du ciel, de la mer et de l'atmosphère, à différentes stations de la France et de l'étranger.

A cela se bornaient les applications, alors connues, du télégraphe électrique. Mais depuis l'année 1870, comme il était facile de le prévoir, les applications du télégraphe électrique sont devenues aussi importantes que variées, et nous consacrerons ce chapitre à l'exposition des différents emplois que l'appareil de Morse a reçus depuis cet intervalle jusqu'au moment actuel

On pourrait sans doute étendre beaucoup plus que nous n'allons le faire le cercle des applications du télégraphe électrique aujourd'hui réalisées; mais désirant nous borner aux faits acquis, et négligeant les simples projets, nous signalerons les applications des messages électriques :

1° Au service et à l'exploitation des chemins de fer ;

2° A la météorologie, particulièrement à l'annonce de l'état du ciel et la prévision des tempêtes;

3° A l'annonce des crues rapides des rivières et des fleuves, au moment des grandes pluies ;

4° A l'annonce des pêcheries maritimes, le long des rivages où s'exerce cette industrie.

5° Aux sémaphores des grands ports

(I) Tome II, pages 178-184.

SUPPLÉMENT AU TÉLÉGRAPHE ÉLECTRIQUE

de commerce, et aux stations flottantes;

6° Au réseau télégraphique établi à l'intérieur des grandes villes, pour l'annonce des incendies;

7° A l'expédition des ordres et avis divers entre les corps militaires, pendant les campagnes.

Application du télégraphe électrique au service et à l'exploitation des chemins de fer. — L'emploi du télégraphe électrique pour le service et l'exploitation des chemins de fer est d'une importance tout à fait hors ligne. Le fil télégraphique est devenu l'auxiliaire obligé, indispensable, de l'exploitation des voies ferrées, non seulement pour annoncer entre les stations les passages des trains, mais pour actionner une série d'appareils physico-mécaniques, destinés à former divers signaux, assurant la sécurité de la voie. Cette question a été traitée, avec tous les développements nécessaires, dans le Supplément à la Notice sur la Locomotim et les Chemins de fer, qui fait partie de ce volume. Nous nous bornons, en conséquence, à renvoyer le lecteur auxpagesdece Supplément oh cette question est traitée(l).

Application du télégraphe électrique à la prévision du temps et ci l'annonce des tempêtes. — C'est à un savant anglais, l'amiral Fitz-Roy, que l'on doit l'idée de signaler par le télégraphe les perturbations atmosphériques, plusieurs jours à l'avance. En 1858, l'amiral Fitz-Roy obtint du gouvernement de la Grande-Bretagne la création, sur les côtes du Royaume-Uni, de 20 stations météorologiques, devant expédier à Londres l'état du temps, d'où il serait télégraphié à tous les ports de l'Angleterre.

L'amiral Fitz-Roy exposait ainsi son projet ;

'< Commeles instruments météorologiquessignalent ordinairement les cliangements importants plusieurs jours d'avance, nous examinons quel temps et quel vent on doit attendre d'après les

(1) Pages 280, 298, 303-3UG, 309-3i2.

observations du matin, comparées à celles des jours précédents, et nous en concluons, pour chaque lieu, le temps probable du lendemain et du surlendemain. Nous prenons une moyenne de ces indications locales, pour former celle de la région, et nous calculons alors les effets qui doivent se produire. Nous plaçons sur une carte des fiches mobiles qui indiquent le sens du courant et la possibilité descj-clones et nous notons la direction, l'étendue et la marche de ces vents autour de leur centre, suivant qu'ils se rencontrent, se combinent ou se succèdent. »

L'état de l'atmosphère dans chacune des régions de l'Angleterre, une fois annoncé à Londres, l'Observatoire de cette ville expédie aux ports qui peuvent être menacés l'avis qui les concerne. Les commandants de ces ports hissent immédiatement un signal d'alarme, que les marins connaissent tous, et qui signifie : Soyez sur vos gardes, l'atmosphère est troublée.

En France, c'est à Le Verrier que I on doit la création d'un service télégraphique, I destiné à prévoir les temps nuageux, pluvieux, et môme les tempêtes. Depuis l'année 1860, d'après le plan de Le Verrier, nos côtes sont divisées en régions, qui contiennent des ports maritimes; et le télégraphe électrique leur expédie, chaque jour, les indications du temps et la prévision des orages prochains.

L'Observatoire météorologique installé depuis plusieurs années sur le sommet du Pic du Midi, par le général de Nansouty, rend de grands services pour la prévision du temps et l'annonce des inondations, dans les vallées des Pyrénées et dans toute la région du sud-ouest de la France.

Le cable atlantique est un instrument précieux de prévision du temps, pour les ports de l'Europe situés au nord-ouest. Il a été reconnu que c'est généralement dans le golfe du Mexique que se forment les grands cyclones que le gidf-stream entraine avec lui, et qu'il jette sur les côtes de lAngleterre et de la France occidentale. Eu signalant aux ports de ces deux pays la for-

matioii de ces cyclones, ou l'apparition de simples perturbations atmosphériques, le câble atlantique permet souvent d'annoncer avec exactitiide le jour de l'arrivée d'une de ces grandes agitations de l' atmosphère, une fois leur vitesse déterminée sur la côte américaine. S'il s'agit d'un cyclone, les météorologistes américains, lorsqu'ils ont réussi à déterminer l'intensité, l'étendue et la direction des mouvements tournants qui constituent ce redoutable météore, ainsi que sa vitesse de transport, annoncent aux ports d'Europe placés dans sa direction le jour probable de son arrivée à tel ou tel point géographique de notre continent. Sans doute, de nombreuses causes perturbatrices peuvent faire dévier sur sa route la tempête ainsi annoncée; mais il est rare que ces indications soient reconnues erronées, et les avis reçus de l'Observatoire central créé à New-York par le commandant Maury, et dirigé aujourd'hui par ses successeurs, ont certainement évité de graves sinistres à nos côtes maritimes de l'ouest.

Annonce des crues des rivières et des fleuves. — Au moment des grandes pluies, le télégraphe rend de réels services aux ingénieurs des Ponts et chaussées de nos départements, pour signaler les^crues anormales qiii se manifestent en amont des fleuves. A Paris, par exemple, le service hydrographique recevant des avis de la hauteur des différents cours d'eau dont la Seine est tributaire, et de la quantité de pluie tombée dans les vallées riveraines, peut prédire, à un centimètre près, la hauteur que la Seine pourra présenter à un jour donné. Les avertissements donnés de cette manière aux habitants des bords de la Seine situés en aval permettent à ceux-ci de prendre toutes les mesures nécessaires contre les effets des inondations.

Le service hydrographique est parfaitement établi en France, non seulement pour

la Seine, mais pour tous les grands cours d'eau du pays. Dans les débordements de la Seine, en 1876, la commission hydrométrique, alors dirigée par Belgrand, fournit des prévisions qui furent de la plus grande utilité; et les inondations de la Garonne, en 1875, avaient été également annoncées plusieurs jours à l'avance, par l'Observatoire du Pic du Midi.

Sémaphores électriques. — Les sémaphores qui ont été créés primitivement pour la défense de nos côtes ont été utilisés, grâce à la télégraphie électrique, pour fournir à l'Observatoire de Paris le bulletin du temps présent et du temps probable. Beaucoup de nos sémaphores envoient, deux fois par jour, les observations météorologiques au ministère de la marine.

Les postes électro-sémaphoriqiies sont placés sous la surveillance de l'inspecteur du télégraphe de la localité. Les employés j des postes élcctro-sémaphoriques (guetteurs) sont au nombre de deux dans chaque poste. Les capitaines de frégate sont chargés du service d'inspection des électro-sémaphores, concurremment avec l'inspecteur du télégraphe.

Les postes électro-sémaphoriques reçoivent également des dépêches des navires qui se trouvent en station dans la rade. Seulement, ce n'est pas un câble sous-marin qui leur transmet les observations prises en mer. Les navires correspondent avec les postes électro-sémaphoriques^ en se servant du code commercial de signaux maritimes, ou code Reynold, que novis avons décrit dans la Notice sur le télégraphe aérien des Merveilles de la Science (1).

Le télégraphe électrique et les pêcheries. — Autrefois, les pêcheurs de harengs perdaient beaucoup de temps et laissaient souvent échapper leur prise, s'ils n'étaient pas avisés des points de la côte où le poisson se montre,

(n Tome II, pages 81-84.

SUPPLÉMENT AU TÉLÉGRAPHE ÉLECTRIQUE

mais disparait très vite, après avoir déposé son frai. Aujourd'hui, en Norvège, oii la pêche du hareng est parfaitement organisée, on signale le hanc dès qu'on l'aperçoit au large; et on peut toujours le reconnaître par le flot qu'il soulève. Des câbles sousmarins relient des stations situées à des intervalles rapprochés, et ces stations communiquent avec les villages habités par les pêcheurs. Dès que le hareng a pénétré dans une baie, ou fiord, le télégraphe annonce à chaque village la baie où le banc de hareng s'est montré.

Avis des incendies. — Il existe à Paris 133 postes de secours contre l'incendie.^ et 40 postes-vigies sont en communication télégraphique avec l'une des 11 casernes des sapeurs-pompiers. En outre, chaque caserne est reliée par un fil télégraphique à l'État-major du régiment des sapeui-spompiers, situé boulevard du Palais, qui est le centre du réseau général.

Le réseau télégraphique qui relie entre eux les postes-vigies à l'État-major du régiment permet aux sapeurs-pompiers de s'avertir mutuellement. Mais, en outre, et par une disposition plus récente, on a posé dans les rues de la capitale, en des points convenablement choisis, des boulons avertisseurs, qui permettent aux particuliers eux-mêmes de donner avis, instantanément, d'un incendie qui vient de se déclarer.

Le bouton avertisseur est placé dans une boîte rouge en bois dont la paroi intérieure est vitrée. Il suffit de casser la vitre et de presser le bouton, pour signaler le feu au poste le plus voisin, ainsi qu'à l'État-major général des sapeurs-pompiers.

Nous représentons dans la figure 447 le petit appareil électrique avertisseur des incendies qui est posé au coin d'un certain nombre de rues de Paris. Ainsi qu'il est indiqué sur l'avis imprimé placé au-dessous de l'appareil, les habitants de la rue, en cas d'incendie, doivent casser la glace qui forme

la partie transparente de la boîte, et tirer le bouton, pour avertir les pompiers. La sonnerie fait connaître, dans le poste des sapeurspompiers, la rue et la maison qui font l'appel ; et tout aussitôt, les pompiers se mettent en route, avec leur matériel et outillage. L'avis imprimé fait également connaître par quelle rue les pompiers vont arriver, pour qu'on puisse aller à leur rencontre.

Un dernier avis (manuscrit) fait savoir que pour un simple feu de cheminée il est

Fig. 447. - Bouton avertisseur des incendies, posé dans les rues de Paris.

inutile de faire usage de ce signe d'appel, et donne l'adresse du poste de police auquel il faut aller demander du secours, dans ce dernier cas.

Ce système d'appel public a déjà rendu des services à Paris : mais Paris avait été précédé dans cette création par l'Amérique et l'Allemagne.

En Amérique, le télégraphe d'incendie., actionné par un bouton avertisseur, est en service dans 80 villes des États-Unis et au Canada. Il est patronné par les Compagnies d'assurances, qui l'entretiennent à leurs frais;

ce qui leur économise de grandes dépenses, en réduisant, d'une manière sensible, la gravité des incendies.

En Allemagne, l'emploi du réseau télégraphique avertisseur d'incendies a permis de réduire dans une grande proportion le nombre d'incendies graves (1).

A Hambourg, il y a deux stations centrales, l'une pour l'incendie, l'autre pour la police. Chaque station centrale est reliée par un fil télégraphique aux faubourgs de la ville; de sorte que les postes de police et d'incendie sont avisés immédiatement du lieu où le feu s'est déclaré. On voit, en outre, dans les rues principales, les boutons avej'tùseurs, dont il est parlé plus haut. Ils sont, comme en Amérique et à Paris, placés sous une boite en verre, que l'on brise, pour avertir de l'existence du feu. On compte à Hambourg 40 boutons avertisseurs sous verre, et 47 stations télégraphiques, recevant l'appel des avertisseurs. Les lignes télégraphiques qui constituent ce réseau particulier sont en partie souterraines et en partie aériennes.

A Francfort, le télégraphe d'incendie est d'un autre type. C'est un circuit de télégraphie électrique rayonnant, et muni de divers embranchements. On compte huit circuits principaux et trente-huit circuits de ramification. Les premiers servent à relier les stations pourvues de boutons avertisseurs ; les autres correspondent des stations munies seulement de signaux d'alerte. Il y a, en tout, vingt-cinq stations pourvues de l'appareil Morse, et cinquante boutons avertisseurs automatiques. Les boutons avertisseurs aboutissent à de simples sonneries placées dans les bureaux des chefs de brigade et dans les postes de police.

Toutes les lignes qui relient le poste central aux appareils Morse et aux bou-

(I) On appelle incendies graves, en Amérique et en Allemagne, celui qui exige, pour l'attaquer, l'emploi de plus de deux pompes.

tons avertisseurs ont, à Francfort, un développement de 3,03o mètres.

Le conducteur est un câbJe enfoui sous terre. Outre les lignes souterraines, il y a 1,782 mètres de lignes aériennes.

A Amsterdam, comme à Francfort, le réseau est circulaire. On a divisé la ville en trois grands cercles, avec une station centrale, qui communique avec les bureaux des trois régions auxiliaires. Ces cercles comprennent des brigades d'incendie et des postes de police, et les stations sont reliées de telle sorte que les postes de police sont placés dans une moitié, et les brigades d'incendie dans l'autre moitié des cercles. Par suite de cet arrangement, les deux séries de stations peuvent être divisées et communiquer séparément avec leur bureau central propre.

Outre ces trois cercles de la ville, il y a un cercle suburbain formé de fils aériens, tandis que les cercles principaux sont reliés par des lignes souterraines. Sur les bords des canaux une forte sonnerie à déclenchement avertit, en cas d'incendie, les stations de bateaux.

A la station centrale se trouve un inducteur magnétique ^ qui peut déclencher les sonneries d'alarme de toutes les stations. Des sonneries particulières et convenues permettent à la station centrale d'appeler une station séparément, ou toutes les stations ensemble. Le mécanisme de la cloche d'alarme est mis en mouvement par un poids, et le courant n'a qu'à opérer un seul déclenchement, comme dans le système d'avertissement sur les chemins de fer à une seule voie.

Application de la télégraphie électrique aux opérations militaires. — C'est en 1857, •à l'époque de la conquête de la grande Kabylie, que la télégraphie électrique militaire fut employée pour la première fois, dans les armées françaises.

Le maréchal Randon fit organiser ce ser-

Fig. 448. — Officier et soldat déroulant le fil conducteur de l'appareil de télégraphie militaire volante.

vice par le chef du bureau télégraphique d'Alger, M. Lair, qui suivait la marche du quartier général, en suspendant aux branches des arbres le fîl télégraphique.

Les appareils télégraphiques en usage dans nos armées sont à peu près les mêmes que ceux dont on se sert à l'intérieur des villes et d'une ville à l'autre. Ils sont enfermés dans des ^;o/^^«'^?A'-;305/e5, qui contiennent, en outre, les piles et tous les accessoires. Des chariots porte-bobines servent au transport des câbles, qui, en général, sont formés de deux conducteurs isolés, dont l'un fait fonction de fil de terre et l'autre de fil de ligne. Ces chariots peuvent contenir douze bobines, de 3 kilomètres de fil chacune, disposées sur deux rangs, et entre lesquelles on place les lances, ou poteaux mobiles, les isolateurs, et en un mot, tous les outils indispensables à l'établissement de la ligne.

Dans les pays accidentés on se sert de mulets, pour le transport du matériel.

Des soldats, dressés à ce genre de service, et qui forment un corps d'électriciens, sont chargés de placer les lances, de dérouler les câbles, et de les poser sur leurs supports.

Une demi-heure suffit, généralement, pour installer un kilomètre de ligne.

Voici comment on procède, en campagne, pour établir un poste télégraphique .

Les officiers reconnaissent le terrain, et déterminent le tracé de la route.

Il faut, pour construire la ligne, un sousofficier, deuxcaporaux et douzehommes. Les chariots porteurs de bobines ouvrent la marche. Ils sont suivis de la voiture-poste. Un sergent trace la ligne, et les soldats, divisés en trois groupes, se partagent le travail comme il suit.

Le premier groupe, si la ligne doit être aérienne, creuse les trous, pour y planter les lances. Il creuse des rigoles, si elle doit être souterraine.

Le second groupe porte les bobines. Il déroule le fîl, fait les joints, et prépare le fil, pour le remettre aux soldats chargés de le poser sur les lances ou dans les rigoles.

Le troisième groupe attache le fil aux lances, et les dresse. S'il s'agit d'une ligne non aérienne, il fixe le câble à terre et le cache dans les rigoles.

On laisse ordinairement un espace de oO à l 60 mètres entre chaque lance.

Pour relever le fil, quand il s'agit de supprimer la ligne, cinq ou six hommes suffisent ; etils opèrent à la vitesse du pas de route.

La conservation des lignes qui fonctionnent est confiée à de petites escouades de soldats, échelonnées, qui sont chargées de réparer les détérioriations survenues au matériel. En outre, des patrouilles ont mission de défendre la ligne contre les rôdeurs ennemis.

Le général en chef, les commandants de corps d'armée et les chefs de l'Etat-major général, peuvent seuls envoyer des dépêches. Elles sont toujours écrites ; aucun ordre verbal n'est accepté, afin de garantir la responsabilité du télégraphiste. Sur un champ de bataille, c'est un officier d'Etatmajor qui est chargé de porteries dépêches, et il a l'ordre de confirmer par une lettre, dans les 24 heures, la dépêche télégraphique qu'il a été chargé de remettre.

Le poste central de la télégraphie suit le général en chef. C'est dans ce poste que sont centralisées toutes les dépêches. On fait toujours usage d'un langage chifl^ré, pour être à l'abri des indiscrétions. Un employé spécial est chargé de traduire ce chiffre. Il n'est pas difficile, en effet, de surprendre une dépêche, en établissant une sorte de dérivation sur la ligne télégraphique. Il est même possible, en tenant un fil de dérivation à la main, ou mieux à la bouche, de sentir tous les courants transmis, et de comprendre les signaux qu'ils représentent. De là la nécessité d'un langage secret.

Une dépêche en caractères et en langue ordinaires pourrait être surprise par un employé télégraphiste ennemi. On connaît l'histoire émouvante de M"'' Dodu, qui surprit ainsi, pendant plusieurs semaines, des dépêches envoyées par les Prussiens, pendant la guerre franco-allemande de 1870 et qui faillit payer de sa vie cet acte de courage.

Pendant leur guerre civile, les Américains ont intercepté, de cette manière, plus d'une dépêche.

Il peut être utile en campagne d'installer rapidement une communication télégraphique, soit entre deux détachements de troupe n'ayant pas à leur disposition le matériel indiqué plus haut, soit pour effectuer une reconnaissance. On aimaginé,pour ce cas particulier, plusieurs appareils portatifs, qui répondent parfaitement aux besoins de cette opération.

Le plus employé des appareils portatifs de télégraphie militaire est dû à M. Trouvé. Il se compose d'un câble à deux fils, destiné à réunir deux stations, d'une pile pour chaque poste, et d'un appareil de correspondance. Le câble est enroulé sur une bobine, qu'un soldat télégraphiste porte sur le dos. Le fil se déroule à mesure que ce militaire s'éloigne du point d'observation. Sur le crochet qui supporte le câble, se trouve également une pile, ainsi qu'une boite contenant un petit appareil télégraphique, qvi'à un moment donné le soldat prend en main, pour recevoir ou pour envoyer une dépêche à l'officier, qui se tient à l'autre extrémité du fil conducteur, et qui, lui aussi, porte en bandoulière une pile, et tient à la main un appareil télégraphique, de la grosseur d'une montre.

Le câble qui relie les deux appareils a une longueur d'environ un kilomètre; les deux conducteurs qui le forment sont isolés par de la gutta-percha et recouverts d'un ruban caoutchouté qui les protège contre la pluie et permet de les poser à terre ou de leur I faire traAerser un ruisseau (t).

Au moment de la séparation des deux télégraphistes, l'officier attache à sa pile les deux fils qui aboutissent à l'extrémité du

(1) L'emploi de deux conducteurs est ici motivé par l'impossibilité où l'on est souvent de se servir du sol comme fil de retour.

SUPPLÉMENT AU TÉLÉGRAPHE ÉLECTRIQUE

câble qu'il a entre les mains; puis il s'assure que les appareils fonctionnent convenablement. Cette opération terminée, le soldat s'éloigne, comme le montre la figure 448, page 561, en choisissant de préférence les endroits boisés. Tandis que le câble se dé-

Fig. 449. — Coupe du Parleur télégrapliique de M. Trouvé.

roule, un aide le suspend aux. branches d'arbres, ou le place de façon à ce qvi'il ne soit pas rompu ni écrasé par les voitures. Au retour, il décroche le câble, et l'enroule de nouveau sur la bobine, au moyen d'une manivelle ; ce que ne pourrait faire seul le soldat télégraphiste.

Lorsque la distance à parcourir doit excéder un kilomètre, le télégraphiste mobile est accompagné d'un ou plusieurs porteurs de câbles, qui relient ces câbles au premier, à l'aide de petits mousquetons, très ingénieusement combinés.

Une demi-heure suffit pour établir une ligne volante, d'une longueur de 3 kilomètres; ce qui est très avantageux en campagne, où l'on n'a généralement pas une minute à perdre.

Le pelit appareil de la télégraphie volante, dit parleur Trouvé, qui sert à transmettre ou à recevoir les signaux, est représenté, eu coupe, dans la figure 449. Il a la dimension

Fig. 450. — Crochet porteur du matériel de télégraphie militaire volante.

d'une grosse montre de poche. Il est en laiton nickelé, et renferme un pelit électro-aimant, dont l'armature, placée en dessous, est pourvue d'un appendice, qui, lors du passage du courant, vient frapper sur un bouton fixé au fond de la boîte. Ces coups, renforcés par la sonorité de la boîte, suffisent pour interpréter les signaux conventionnels qui constituent la dépêche.

Le manipulateur est une clef Morse, formée d'un pelit levier qui pivote autour d'un axe, et dont l'une des extrémités relevée permet, en pressant avec le doigl le bouton extérieur B, d'envoyer ou d'interrompre le passage du courant.

Trois conducteurs très fins, parfaitemeiil isolés, et recouverts de soie de différentes couleurs, afin qu'on ne puisse pas les con-

fondre, sont tressés ensemble, et terminés par autant de crochets numérotés, dont les chiffres correspondent à ceux du câble et de la pile.

On voit sur la figure 4S0 le crochet que le soldat, qui déroule le câble, porte sur ses épaules, et qui renferme : 1° un kilomètre de câble enroulé sur une grosse bobine, 2° une boite de sapin contenant à Fintérieur une pile Trouvé de 9 éléments, et le parleur télégraphique.

M. Breguet a construit un petit télégraphe à cadran très portatif, applicable aux opérations militaires; mais il a été abandonné, à cause de la trop grande délicatesse de son mécanisme.

Pendant le siège de Paris, les armées allemandes tirèrent un grand parti d'un fil télégraphique qui circonscrivait la ville entière. L'Empereur d'Allemagne a dit que sans le télégraphe il n'eût pas été pos sible de faire aboutir le siège.

Les fils télégraphiques entourant Paris n'avaient pas moins de 40 lieues, distance qui n'aurait pu être occupée par des soldats, et qui suppléait à leur surveillance. On avait établi une ligne double, hors de la portée de nos projectiles. Chaque ligne se composait de quatre fils, qui établissaient des communications avec vingt-quatre stations, distribuées sur la ligne. C'est ainsi que des milliers de dépèches étaient transmises chaque jour, autour de la ville assiégée.

La ligne télégraphique circulaire dont nous parlons ne servait pas seulement à relier les corps de troupe échelonnés autour de Paris ; elle servait encore à assurer l'approvisionnement des armées allemandes.

C'est par cette ligne que l'on demandait aux villes de l'Allemagne l'expédition de provisions pour les troupes opérant sur le pays envahi-.

Pour défendre le circuit télégraphique

qui entourait Paris, des patrouilles prussiennes le parcouraient sans cesse. Il était rare, en effet, que la ligne pût se maintenir en bon état pendant plus de vingtquatre heures. Aussi les travaux de réparation étaient-ils incessants.

Les Prussiens s'étaient servis, pour la construction de ce circuit télégraphique, de l'immense matériel télégraphique qu'ils avaient trouvé en France.

La télégraphie militaire constitue, dans les armées d'Europe, un corps spécial, dont le mode de recrutement et les attributions varient suivant les pays.

En Angleterre, la télégraphie militaire rentre dans les attributions de l'arme du génie ; mais un certain nombre d'auxiliaires empruntés au personnel de la télégraphie civile lui est adjoint.

En Prusse, des sous-officiers pris dans l'armée sont exercés aux manœuvres du télégraphe, et envoyés dans les chefs-lieux des grandes circonscriptions militaires.

En Italie, des officiers et soldats du génie sont exclusivement chargés de ce service.

En Russie, il existe quatre compagnies de télégraphistes militaires et deux de télégraphistes civils.

En Autriche, c'est l'administration de la télégraphie civile qui est chargée de ce service, avec l'adjonction de quelques télégraphistes militaires.

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