CHAPITRE XI
LES TÉLÉPHO.\ES A PILE. — LEURS AVANTAGES. — TÉ- LÉPHONE A CHARBON ET A PILE DE M. EDISON. — EM- PLOI DE LA BOBINE d'iNDUCTION POUR TRANSFORMER LE COURANT ÉLECTRIQUE EN COURANT INDUIT, AC- CROÎTRE LA PUISSANCE DE LA TRANSMISSION, ET FRAN- CHIR DE PLUS LONGUES DISTANCES. — PERFECTION- NEMENTS APPORTÉS AU TÉLÉPHONE A CHARBON PAR MM. POLLARD ET GARNIER, ADER, lîÛUDET DE PAlUS, BLAKE ET HOPKINS.
Nous désignons le téléphone de Graham Bell sous le nom de téléphone magnétique, parce que l'aimant seul est l'agent qui produit les vibrations téléphoniques de la plaque de fer. En cet état, c'est-à-dire réduit à un simple aimant et à une mince plaque de fer, le téléphone de Graham Bell est un instrument parfait. Il suffit aux transmissions de la parole à de faibles distances, et dans ce cas, comme nous le disions plus haut, son jeu est absolument irréprochable. Ajoutez qu'il est du prix le plus minime Une paire de téléphones, c'est-à-dire le récepteur elle transmetteur, avec une certaine longueur de fils conducteurs, coûte 8 à 10 francs.
Par toutes ces causes, quand on veut correspondre à peu de distance, c'est-àdire, par exemple, à la distance de la traversée d'une rue , ou des divers étages d'une maison, le téléphone magnétique de M. Graham Bell est encore aujourd'hui le meilleur instrument à recommander.
Mais quand il s'agit de transporter la voix
à de grandes distances — et c'est le cas général, — le simple téléphone de Graham Bell est insuffisant.
De là les nombreux travaux qui furent entrepris, depuis 1876, pour augmenter la portée de l'instrument primitif.
Le perfectionnement le plus important qui ait été apporté au téléphone de M. Graham Bell, consiste dans l'emploi de la pile voltaïque. Un courant électrique lancé dans le fil qui transmet les ondulations sonores produites à l'intérieur de l'aimant, permet de lutter contre les courants anormaux qui se développent dans ces fils, par différentes influences.
La première idée de l'emploi de la pile pour renforcer les courants ondulatoires, c'est-à-dire les ondulations sonores, appartient à M. Edison, qui, dès l'année 1876, construisit le premier téléphone à courant électrique.
C'est dans le magnifique laboratoire de Menlo-Park, près de New-York, que M. Edison perfectionna ainsi le téléphone de Bell.
Comme récepteur du téléphone, M. Edison conserva celui de M. Graham Bell, mais son transmetteur est tout différent.
Le transmetteur téléphonique de M. Edison est fondé sur les variations de résistance électrique produites par les variations de pression qu'exerce la plaque de fer vibrante sur une pastille de charbon, lorsqu'on parle devant l'embouchure de l'instrument. La membrane métallique qui reçoit les vibrations de la voix, repose sur un petit disque de charbon, composé de noir de fumée de pétrole. Les mouvements oscillatoires de la plaque se transmettent au charbon, et les différences de pression produites par ces oscillations, font varier la résistance électrique du disque intercalé dans le circuit de la pile, et du récepteur, qui vibre synchroniquement avec le trans-
metteur. En outre, M. Edison appliqua à son transmetteur une disposition déjà employée par Elisha Gray. Il ajouta une petite bobine d'induction, qui reçoit le courant électrique, lorsqu'il a traversé le disque ; ce qui paraît augmenter, dans une certaine mesure, la puissance de la transmission.
L'adjonction d'un courant électrique aux simples courants ondulatoires magnétiques, mis en œuvre dans le téléphone magnétique de Graham Bell, accrut d'une manière inespérée la portée du téléphone. Seulement, le téléphone à pile et à transmetteur à pastille de charbon inventé par M. Edison, n'eut aucun succès, et ne put jamais entrer dans la pratique. Son transmetteur à charbon fonctionnait mal, et le récepteur qu'il avait proposé, fonctionnait plus mal encore; de sorte qu'Edison dut en revenir au récepteur ordinaire de Graham Bell, ou à sa modification de forme, c'est-à-dire à la disposition de l'aimant en demi -cercle, imaginée par M. Gower.
On a vainement essayé divers transmetteurs à charbon. Les dispositions proposées par MM. Pollard et Garnier, par M. Ader, par M. Boudet (de Paris), Blake et Hopkins, donnèrent des résultats supérieurs à ceux du transmetteur à charbon d' Edison, mais la portée des ondulations sonores en était peu augmentée.
Même avec l'addition du courant électrique, le téléphone n'aurait donné lieu qu'à des applications de peu d'importance, sans la découverte d'un admirable instrument, le microphone, qui vint apporter le puissant transmetteur que la science attendait.
C'est ce qui va être expliqué dans le chapitre suivant.
SUPPLÉMENT AU TÉLÉGRAPFIE ÉLECTRIQUE