CHAPITRE X
LE TÉLÉPHONE. — SON ORIGINE. — • RECHERCHES DE M. GRAHAM BELL. — TRAVAUX ANTÉRIEURS DE PAGE, BOURSEUL, ETC. — LE PHONAOTOGRAPHE DE LÉOi\ SCOTT. — TÉLÉPHONES DE PHILIPPE REIS ET DK M. ELISHA GRAY. — TÉLÉPHONE PARLANT DE M. GRAHAM BELL. — EXPÉRIENCES FAITES ENTRE BOSTON ET MAL- DEN. — PROCÈS ENTRE GRAHAM BELL ET ELISHA GRAY, AU SUJET DE l'invention DU TÉLÉPHONE. — DROIT DE PRIORITÉ ACCORDÉ A M. GRAHAM BELL. — I.E TÉLÉ- PHONE MAGNÉTIQUE DE M. GRAHAM BELL. — PERFEC- TIONNEMENTS DU TÉLÉPHONE PAR E. GRAY, GOWER, SIEMENS, ADER, d'aRSONVAL, COLSON, ETC.
Nous placerons, comme suite au Sufplément au télégraphe électrique^ la description du téléphone, de sa construction première, de ses perfectionnements, de sa théorie et de son emploi général.
On peut rattacher ce merveilleux instrument à l'électricité : 1° parce que le téléphone primitif, le téléphone de M. Graham Bell, consiste en un barreau aimanté, dont les variations d'intensité magnétique provoquent dans une membrane de fer des ondulations sonores; 2° parce que le téléphone à pile, d'Edison, qui est venu centupler la puissance du téléphone Bell, fait emploi, comme l'indique son nom, d'un courant électrique.
C'est à un modeste professeur de l'institution des sourds-muets de Boston, M. Graham Bell (1), qu'est due l'invention de cet admirable appareil, qui transmet à distance la voix humaine, et que sir William Thomson proclama, dès l'origine, « la pbis grande merveille de la télégraphie ».
(1) M. Graham Bell, qui s'est fait naturaliser Américain, en 187C, est né à Edimbourg (Ecosse).
SUPPLÉMENT AU TÉLÉGRAPHE ÉLECTRIQUE
Passionné pour les sciences physiques et naturelles, M. Graham Bell, tout en instruisant ses jeunes élèves, étudiait le mécanisme de la parole, et poursuivait les travaux de son père, Alexandre Melvill Bell, sur un système nouveau àe. phonographie ^ et sur la reproduction des sons de la voix humaine.
On raconte qu'il s'appliqua à faire parler une jeune sourde-muette, sa pupille, et qu'il y parvint, après deux mois d'enseignement. Il songeait déjà, à cette époque, au téléphone, et comme le nom seul de cette invention future excitait de l'incrédulité parmi ses amis, il dit, un jour, à ceux qui l'entouraient : « J'ai fait parler des « sourds-muets; je ferai parler le fer. »
Ne possédant, toutefois, que quelques notions de physique élémentaire, et comprenant que pour atteindre le but qu'il se proposait, il devait se familiariser avec cette science, M. Graham Bell demanda des leçons au professeur J. Hellis, et au savant docteur Clarence Blake. M. Hellis, auquel il avait fait part de ses recherches, et du moyen qu'il employait pour déterminer la hauteur des sons, à l'aide d'un diapason, encouragea le jeune observateur, et le mit au courant des expériences de ce genre faites avant lui par le physicien allemand Helmholtz.
C'est grâce aux leçons de ces deux maîtres que M. Graham Bell fut mis au courant des travaux que les physiciens avaient déjà entrepris dans cette direction et des résultats qu'ils avaient obtenus.
Helmholtz était parvenu à reproduire, au moyen de diapasons de difTérentes hauteurs, mis en rapport avec un électro-aimant, non seulement les sons musicaux, mais encore les sons articulés de la voix. D'un autre côté. Page, Auguste de la Rive et Philippe Reis, avaient fait, sur la transmission des sons, différentes recherches, dont sut profiter le jeime chercheur.
I Résumons ces premiers travaux, qui j furent les avant-coureurs de ceux de ! M. Graham Bell.
En 1837, le physicien américain Page avait reconnu que si un électro-aimant est soumis à des aimantations et à des désaimantations très rapides, les vibrations transmises à l'atmosphère par le barreau aimanté émettent des sons, qui se trouvent être en rapport avec le nombre des émissions et interruptions du courant qui les provoque. C'est ce que Page appelait la musique galvanique.
De 1847 à 1852, Mac Gauley, Wagner, Heef, Froment et Pétrina, combinèrent des vibrateurs électriques, qui transportaient fort nettement les sons musicaux à distance. Toutefois, jusqu'en 1854, personne n'avait encore entrevu la possibilité de transmettre la parole, lorsqu'un simple employé des lignes télégraphiques françaises, Charles Bourseul, à la stupéfaction des savants, qui considéraient cette idée comme un rêve, publia une Note dans laquelle il laissait entrevoir le moyen de transmettre au loin la voix humaine.
Ce n'était là sans doute qu'un aperçu théorique; mais il est à regretter que Charles Bourseul n'ait pas été mieux encouragé, car notre ingénieux compatriote avirait peut-être créé le téléphone s'il avait pu construire l'appareil qu'il méditait de réaliser.
C'est un physicien allemand, Philippe Reis, qui, en 1860, construisit le premier téléphone, fondé, quant à la reproduction des sons, sur les effets découverts par le physicien Page en 1837, et pour leur transmission électrique, sur le système des membranes vibrantes qui avait été utilisé dès 1855, par Léon Scott, dans son phonautographe.
Philippe Reis, né le 7 janvier 1834, à Gelmhausen (principauté de Casselj, était,
à cette e'poque, professeur de physique dans une école de Friedrichsdorf, où, quelques années auparavant, il était entré comme élève. Tout en faisant ses cours et dirigeant ses classes, il s'occupait de musique, et c'est en répétant l'expérience de Page que lui vint l'idée de transmettre au loin les sons musicaux, au moyen des émissions et interruptions d'un courant électrique.
L'appareil que construisit Philippe Reis, à l'école de Friedrichsdorf, était rudimentaire, il est vrai, mais il n'en fit pas moins l'admiration de la Société libre allemande de Francfort et de V Association des naturalistes allemands, auxquels l'inventeur les présenta, en 1862 d'abord, puis en 1864.
Tel que l'ont perfectionné MM. Yeates et Vander, le téléphone (1) de Reis consiste en deux instruments distincts : le transmetteur sons et le récepteur (fig. 451).
Le transmetteur se compose d'un tube E, débouchant dans une boite sonore A, à la partie supérieure de laquelle se trouve une membrane bien tendue a, c, qui vibre à l'unisson des ébranlements qu'elle reçoit. Au centre de cette membrane est un petit disque de platine, o, qui communique, par la borne m, avec l'un des pôles d'une pile voltaïque P, et qui transmet le courant au fil de ligne, chaque fois que la membrane soulevée par les sons émis devant l'embouchure de l'instrument vient à rencontrer l'extrémité du fil conducteur aboutissant à la borne m. L'autre pôle de la pile est relié à la terre.
Le récepteur est constitué par une tige de fer F, autour de laquelle est enroulé un fil de cuivre, recouvert de soie. Cette tige portée sur deux chevalets, t/, d, est placée
(1) Le mot téléphone (du grec xijXe, loin, et çojvr], Yoix) appliqué à un iustrument de physique a été employé pour la première fois par Philippe Reis. Cependant, F. Sudre avait déjà appelé tcléplionie un système de télégraphie acoustique dont il est l'inventeur, et que nous avons longuement décrit dans les Merveilles de la science {Le Télégraphe aérien, tome II, pages 69-7G).
sur une boite creuse très sonore, D, qui renforce les vibrations produites par les interruptions successives du courant dans la tige métallique. Le fil de ligne arrive à l'une des extrémités, /, de la spirale de cuivre, et le circuit est complété par l'autre extrémité, qui communique à la terre.
Fig. 451. — Téléphone de Reis (transmetteur et récepteur).
Ce récepteur reproduit synchroniquement toutes les vibrations de la membrane «, b, c, de l'appareil de transmission, et cela à tel point que la mesure et la tonalité des mélodies sont fidèlement exprimées.
Quand on parle, qu'on chante, ou qu'on joue d'un instrument devant l'embouchure E, du transmetteur ^ la membrane a, b, c, qui recouvre la boite sonore A, entre en vibrations, par l'effet des mouvements de l'air occasionnés par la parole, à l'intéi-ieur de la boîte. Pendant ces vibrations la pointe de la tige et du disque o, qui est un véritable
SUPPLÉMENT AU TÉLÉGRAPHE ÉLECTRIQUE
interrupteur de courant^ éprouve une série de contacts et de disjonctions avec la membrane vibrante. Ces alternatives de contact et d'écartement se transmettent à la tige F du récepteur^ par le til condvicteur, m, de la pile, P; après que le courant a traversé l'électro-aimant B, lequel agit comme un relais, pour accroître la puissance du courant. La tige F du récepteur, qui est un électro- aimant d'une certaine puissance, éprouve ainsi des aimantations et des désaimentations successives, correspondant à celles du transmetteur^ et il se produit des résonnances vocales ou instrumentales parfaitement semblables à celles que l'on a fait entendre devant le pavillon E.
Le téléphone de Philippe Reis n'eut pas le succès qu'il méritait. Personne ne sut entrevoir l'avenir réservé à ce remarquable appareil, que les physiciens allemands regardèrent comme un simple perfectionnement du vibrateur de Page.
Il existe en Allemagne un recueil scientifique qui fait autorité, les Annales de physique dePoygendorff^ publication à peu près équivalente à nos Annales de chimie et de physique, et dans laquelle sont publiés tous les travaux de physique ayant une véritable valeur. Philippe Reis sollicita de Poggendorff l'insertion de son mémoire dans ce recueil magistral; mais Poggendorff ne daigna pas donner asile à l'œuvre d'un pauvre instituteur, inconnu du monde savant.
Philippe Reis, découragé, abandonna son idée, et le 14 janvier 1874, une maladie de poitrine emporta le pauvre instituteur, au moment où il allait présenter son nouvel appareil à \ Association des naturalistes allemands. Tel est le sort que réserve trop souvent aux hommes de génie l'implacable destinée !
M. Graham Bell, qui connaissait les tra-
vaux de Reis sur la transmission du son, chercha à résoudre ce problème mieux que son prédécesseur, et il eut le bonheur d'y parvenir.
Le premier appareil que conslriiisit M. Graham Bell, en 1874, de concert avec le docteur Blake, n'était autre qu'une modification du téléphone de Reis et du pho-
Fig. 462. — Graham Bell.
nautographe de Léon Scott. Il représentait, quant à la forme, une oreille, dont le tympan, formé par une membrane flexible enduite de glycérine, faisait vibrer un léger style. En parlant, ou en chantant devant cette membrane, le style reproduisait exactement, sur une plaque de verre noircie, toutes les vibrations de l'air ébranlé par la voix.
Peu satisfait de cet incomplet résultai, M. Graham Bell combina, l'année suivante, un véritable téléphone. L'appareil auquel il s'arrêta comprenait deux parties distinctes : le transmetteur et le récepteur.
Fig. 453. — Premier téléphone de Graham Cell (transmetteur).
Le transmetteur (fig. 453), qui était réversible, c'est-à-dire susceptible de fonctionner indifféremment comme récepteur et comme transmetteur, se composait d'un électro-aimant, E, dont l'armature, constituée par un disque mince de fer, se trouvait placée au fond de l'ouverture d'un pavillon, P. On pouvait tendre ce disque de fer servant d'armature, à l'aide d'une vis, V.
Le récepteur (fig. 4S4) consistait en un électro-aimant tubulaire. A, de forme cylindrique. Le fil conducteur du courant pénétrait dans l'intérieur du tube . L'armature, BC , de cet électro-aimant, se trouvait au-dessus du cylindre; ce qui donnait à l'appareil l'aspect d'une boîte dont l'armature était, en partie, le couvercle, C.
M. Graham Bell fit le premier essai de ce téléphone dans la salle dos conférences de l'Université de Boston. Le transmetteur était disposé dans la salle même, et le récepteur dans une pièce de l'étage inférieur, où se tenait un élève, prêt à répondre aux questions du maître. M. Graham Bell, très ému, ayant prononcé devant l'embouchure du transmetteur, ces mots : « Comprenez-vous ce que je dis ? » fut très agréablement surpris, en entendant cette réponse, un peu confuse, mais cependant très perceptible : « Je vous entends ».
Fig. 454. — Premier téléphone de Graham Bell (récepteur).
La joie qu'éprouva notre inventeur est difficile à décrire, mais on se l'imaginera sans peine, en songeant à l'importance d'une aussi merveilleuse découverte : le transport à distance de la voix humaine!
Le téléphone magnétique de M. Graham Bell fut présenté par l'inventeur, à l'Exposition internationale de Philadelphie, en 1876. Le célèbre physicien de Londres, Sir William Thomson, qui se trouvait en Amérique, à cette époque, eut le mérite de deviner toute la valeur de ce nouvel instrument.
Voici ce qu'il écrivait à V Association britannique de Glasgow :
« Au département Canadien, j'ai entendu la parole moyennant un fil télégraphique. C'est certainement la plus grande merveille de la télégraphie électrique ».
M. Graham Bell s'occupa de prendre un brevet pour son appareil, en Angleterre et en Amérique. Dans ce but, il pria le ministre des Etats du Canada.
M. Brovvn, qui, au mois de septembre 1875, se disposait à partir pour l'Europe, de prendre, en Angleterre, un brevet en son nom, pendant que lui-même en prendrait un autre en Amérique. Malheureusement, M. Brown mourut à Londres, avant d'avoir pu exécuter sa promesse; ce qui mit M. Graham Bell dans l'impossibilité
d'obtenir, aussitôt qu'il l'aurait voulu, son brevet en Europe.
Notre inventeur résolut alors de remplir sans retard cette formalité en Amérique, et le 14 février 1876, il se rendit au bureau des patentes américaines de Washington, pour y déposer sa demande de brevet. Or, ce même jour, il se produisit un fait étrange, et peut-êti*e unique dans l'histoire des découvertes scientifiques. A peine M Graham Bell était-il sorti du bureau des brevets, qu'un autre physicien, M. Elisha Gray, déposait une demande de brevet pour la même invention, et remettait, avec son mémoire, deux appareils, pouvant très bien fonctionner pour la transmission de la parole, quoiqu'ils différassent totalement de celui de M. Graham Bell.
Le transmetteur de M. Elisha Gray, au lieu d'agir par des interruptions de contact avec une membrane métallique comme celui de Graham Bell, agissait par la résistance variable qu'opposait une goutte cVeau^ plus ou moins comprimée, au passage du courant électrique.
Bien que la demande de M. Graham Bell eût été déposée deux heures avant celle de M. Elisha Gray, il n'y en eut pas moins contestation pour le droit de priorité, et comme conséquence, un procès entre les parties. Le tribunal de Washington, qui jugea l'afl'aire, en premier ressort, considérant, d'une part, que le dépôt du modèle de M. Graham Bell avait été fait antérieurement à celui de M. Elisha Gray, et d'autre part, que la demande de brevet de M. Graham Bell était formulée en bonne et due forme, tandis que M. Elisha Gray n'avait pris qu'un caveat^ c'est-à-dire une simple demande de protection pour son droit d'inventeur, accorda le privilège à M. Graham Bell (1)
(i) Ce n'est pourtant qu'en 1880 que s'est terminé, à l'avantage de M. (irahaui Bell, Is procès entre les deux inventeurs.
A peine son brevet obtenu, notre inventeur songea à perfectionner encore sa découverte. C'est alors qu'il construisit le nouvel appareil, auquel il donna le nom de téhqjhone magnétique^ et qui est l'appareil en usage aujourd'hui.
Nous allons décrire ce téléphone; mais auparavant, nous dirons quelques mots d'un petit instrument populaire, le télégraphe à ficelle, lequel, croyons-nous, a dû mettre M. Gtraham Bell sur la voie de sa merveilleuse découverte.
Le télégraphe à ficelle (fig. 455) se compose de deux cornets, en bois ou en métal, dont le fond est fermé par une membrane de parchemin. Un fil de coton, ou mieux de soie, fixé par un nœud, au centre de chacune des membranes, réunit les deux membranes. Ce fil étant bien tendu, si l'on vient à parler devant l'embouchure de l'un des cornets, les paroles seront entendues par la personne qui aura placé son oreille contre l'embouchure du second cornet
Le téléphone magnétique que M. Graham Bell imagina, en 1876, ressemble au télé graphe à ficelle. M. Graham Bell remplaça le fil du télégraphe à ficelle par un conducteur métallique, et la membrane de parchemin des deux cornets par une plaque mince de tôle, ou de fer-blanc.
Dans le téléjihone magnétique de M. Graham Bell la transmission des sons est produite par des courants d'électricité d'induction qu'engendrent, dans un aimant, les mouvements d'une petite lame de fer placée devant l'un des pôles de cet aimant, et qui est mise en vibration par les ondulations sonores de la voix.
On sait que les courants d'induction sont des coui-ants électriques formés, soit par l'influence d'autres courants, soit par l'influence d'aimants naturels, soit enfin pur l'influence magnétique de la terre. Ils se divisent en trois groupes bien distincts, à
savoir : 1° les courants volta-électriques, produits par les piles ; 2° les courants magnéto-électriques ^ engendrés par les aimants; S** les courants telluriques, produits par le magnétisme terrestre.
Rappelons, pour l'intelligence de ce qui va suivre, qu'en physique on appelle magnétisme la propriété que possède l'aimant d'attirer le fer, et par extension, l'ensemble des phénomènes qui en résultent; — que l'aimant naturel, ovl pierre d'aimant, est un minerai de l'er possédant deux pôles magnétiques, qui exercent une action particulière sur l'aiguille aimantée [boussole) ; — que les aimants artificiels sont des aiguilles, des lames ou des barreaux d'acier, auxquels on a communiqué, soit par un courant électrique, soit par simple friction contre une pierre d'aimant, la puissance attractive de ce minerai ; — qu'on noxnmQ pôles d'un aimant les points de sa surface où sa force
d'attraction est le plus intense; — qu'enfin, on donne le nom électro-aimant à un barreau de fer, entouré, en spirale, d'un long fil de cuivre, recouvert de coton, de soie ou de toute autre matière isolante, et qui acquiert les propriétés de l'aimant naturel chaque fois (et seulement alors) qu'on fait passer un courant électrique dans le fil qui entoure ce barreau de fer.
Revenons maintenant à l'appareil de M. Graham Bell, et voyons la disposition qu'il a donnée à son téléphone magnétique, que l'on voit représenté dans les figures 456 et 437, eii perspective et en coupe.
Une petite boîte circulaire en bois. S, S, est adaptée à un manche de bois creux et cylindrique, T, qui renferme vm barreau aimanté, A, A. Ce barreau est fixé, au moyen d'une vis V, au fond du manche, et disposé de manière à ce qu'on puisse régler sa hauteur, lors-
SUPPLÉMENT AU TÉLÉGRAPHE ÉLECTRIQUE
Fig. 450 et 457. — Le téléphone magnétique de Graham Bell (perspeclive et coupe).
qu'on serre ou desserre la vis, A l'extrémité supérieure du barreau est ajustée une bobine magnétique, B, formée d'un grand nombre de spires de fils, isolés par de la soie. Les bouts du fil de cette bobine aboutissent à deux boutons d'attache, /, /', placés sur les côtés du manche. Au-dessus, et très près de l'extrémité polaire du barreau aimanté, se trouve un disque mince de fer-blanc, P, P, qui constitue la membrane vibrante. Ce disque est fixé fortement par ses bords sur la périphérie de la boîte, qui, à cet effet, est formée de deux parties, pouvant s'ajuster l'une sur l'autre, au moyen devis. Enfin, l'embouchure E, devant laquelle on parle, et dont la forme est plus ou moins évasée, termine la partie supérieure de l'instrument.
Lorsqu'on parle devant cet appareil qui peut être à la fois — qu'on le remarque bien — transmetteur et récepteur, la voix fait vibrer la plaque de fer, P,P, dont les mouvements oscillatoires modifient l'état magnétique de l'aimant A, A, et engendrent.
dans les fils de la bobine, un courant d'induction. Ce covirant se transmet, par le fil de ligne /,/', à l'appareil tout semblable qui sert de récepteur, et dans lequel le môme phénomène se reproduit, mais en sens inverse. Le courant arrive dans la bobine du t('léphone récepteur, et modifie, par induction, le magnétisme de la tige aimantée de cette bobine. Celle-ci attire alors, avec une puissance proportionnée à l'énergie du courant qui la traverse, laplaque de fer qui se trouve placée devant elle, et la fait vibrer, à l'unisson de celle du transmetteur. Ces vibrations déterminent dans l'air une série d'ondulations, plus ou moins vives, qui reproduisent exactement la parole de la personne avec laquelle on correspond. Articulation, timbre, hauteur de son, tout est fidèlement reproduit à distance, d'un instrument à l'autre.
Tel est le téléphone magnétique^ ou tHêphoîie de Bell, instrument absolument irréprochable en soi, et qui répond merveilleusement à son office, si on ne lui demande
pas de transmettre les sons à une trop grande distance.
Le téléphone de M. Graham Bell a été perfectionné par MM. Edison, Elisha Gray, Phelps, Trouvé, Gower, Siemens, Ader, d'Arsonval, etc.
Pour augmenter la puissance du téléphone magnéto-électrique, M. Elisha Gray replia l'aimant en forme de fer à cheval, et plaça devant chacun des pôles, une membrane vibrante. Cette disposition renforce considérablement les sons , et donne à la parole une plus grande netteté. En effet, dans le téléphone de Graham Bell, un seul pôle est utilisé pour les vibrations des plaques : ici, les deux pôles sont en action.
M. Phelps emploie aussi un aimant double ; mais les noyaux magnétiques des bobines sont constitués par des tubes de fer fendus longitudinalement; ce qui fait disparaître les réactions d'induction insolites qui se produisent quelquefois dans les téléphones ordinaires. De plus, les membranes vibrantes de cet appareil sont munies de bagues élastiques, et de ressorts, qui les éloignent du système magnétique, et empêchent les vibrations centrales des lames de se
compliquer de celles des bords. L'ensemble est renfermé dans une boite sonore, pourvue d'une embouchure, et présente la forme d'une tabatière oblongue, d'un maniement très facile.
M. Gower utilisa les deux pôles d'un fort aimant, et concentra leurs efîets sur une seule membrane. Il fit usage, en outre, de bobines méplates, qui semblent devoir donner de meilleurs résultats que les bobines cylindriques, parce qu'on peut les rapprocher davantage du centre de la membrane.
Le même électricien munit son appareil d'un sifflet avertisseur, analogue à ceux des porte-voix, et qui fonctionne sans le secours d'aucune pile. Ce sifflet consiste en un petit tube à anche vibrante, fixé au-dessus de la membrane, et qui résonne lorsqu'on souffle fortement dans l'embouchure du transmetteur. L'appareil est enfermé dans une boîte de laiton, d'un volume très réduit, et dans laquelle, pour éviter toute résonnance, on n'a réservé qu'une cavité extrêmement étroite. Un tube acoustique d'un mètre de long permet d'entendre et de parler sans déranger l'instrument, et facilite l'emploi du sifflet avertisseur. Les figures 458-460 représentent le téléphone magnétique Gower.
SUPPLÉMENT AU TÉLÉGRAPHE ÉLECTRIQUE
On voit dans la figure 458 l'appareil ouvert et mettant à nu l'aimant AB, replié et forme de fer à cheval, et dont les deux pôles sont en regard l'un de l'autre. Autour de ces deux pôles sont enroulées les deux bobines électro-magnétiques dans lesquelles doit se développer le courant d'induction engendré par la vibration de la membrane métallique extérieure.
Cette membrane, qui forme le couvercle de la boîte, se voit sur la figure 459. C'est une lame de fer-blanc, M, fixée sur les bords de la boîte circulaire, qui ferme cette boîte et forme une caisse sonore. La boîte est en cuivre, et le diaphragme M est fortement appliqué sur ses bords.
Il n'y a pas d'embouchure à ce téléphone, comme dans le téléphone magnétique de Bell; mais un tuyau acoustique, C, terminé par un pavillon, D, s'adapte au couvercle de la boîte, qui est percée d'un trou, pour le recevoir. C'est ce que l'on voit représenté sur la figure 460
Le téléphone Gower est réversible, comme celui de Bell, c'est-à-dire qu'il sert indifl'éremment de récepteur ou de transmetteur ; mais il faut un moyen de prévenir le correspondant du moment où l'on va parler.
A cet effet, Gower avait eu l'idée d'avertir le correspondant par un coup de sifflet. Pour cela, il avait pratiqué sur la plaque vibrante, M, une petite ouverture oblonguc dans laquelle s'engageait une anche d'harmonium, adaptée à une queue en cuivre, a. En soufflant par l'embouchure du tube excentrique, l'air pénétrait dans ce trou, et se mettait en vibration , en produisant un bruit de sifflet.
L'appel étant ainsi produit, le correspondant répondait de la même manière, et la conversation pouvait commencer.
En résumé, le téléphone Gower n'est qu'une forme particulière donnée au téléphone de Graham Bell. L'aimant, au lieu d'être rectiligne, est recourbé en fer à cheval.
et les autres organes sont ceux de l'instrument de Graham Bell.
Le téléphone de Gower est d'une sensibilité telle qu'on peut, en se mettant à quelques mètres du transmetteur et en parlant à haute voix, se faire entendre par plusieurs personnes réunies dans l'enceinte où se trouve le récepteur. Cependant il n'est pas resté dans la pratique.