CHAPITRE XV
LES APPLICATIONS DU TÉLÉPHONE AUX USAGES DOMES- TIQUES, AUX OPÉRATIONS MILITAIRES, A LA MARINE, A l'industrie, a la SCIENCE, ETC.
Nous terminerons ce qui nous reste à dire
du téléphone, en mentionnant les principales applications de cet admirable appareil.
Le téléphone appliqué aux usages domestiques est un auxiliaire des plus utiles et des plus précieux. Il permet de correspondre d'un étage à l'autre d'une maison; d'établir une communication rapide et sûre j entre une habitation et un atelier, entre un I bureau et une usine, etc.
Lorsque la distance qui sépare les deux postes que l'on se propose d'établir n'excède pas une centaine de mètres, le simple téléphone magnétique de Graham Bell est assurément celui auquel on doit accorder la préférence. Cet instrument est, en effet, peu coûteux et d'une installation facile. Toutefois, comme, avec cet appareil, la sonnerie n'existe pas, on est obligé d'avoir recours, soit à la sonnerie électrique, qui se trouve aujourd'hui dans tant de maisons, ou à l'ancienne sonnette à fil de fer, soit à des appareils avertisseurs électro-magnétiques, c'està-dire à des timbres qui retentissent par l'action d'un électro-aimant mis en mouvement par la main. Une simple manivelle faisant tourner l'électro-aimant développe un courant électrique, qui suffit pour actionner un timbre.
Supposons donc, en premier lieu, qu'on veuille, sans le secours d'une pile, établir une communication téléphonique entre deux points donnés. Pour cela, il suffira, soit de prendre deux téléphones de Bell et de les réunir par deux fils bien isolés, soit de relier l'une seulement des bornes de chaque téléphone par un fil, et de faire communiquer l'autre borne de ces appareils avec la terre, une conduite d'eau ou de gaz.
Mais si, pour les courtes distances, le simple téléphone magnétique est suffisant, il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit d'établir une communication téléphonique entre deux points éloignés, ou dans des
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locaux qui ne sont pas silencieux; car la trop grande distance ou le bruit seraient un égal obstacle à la transmission de la parole.
Dans ce cas, les téléphones à pile sont indispensables. Ils permettent de correspondre aux plus longs éloignements, et transmettent la parole avec force et netteté.
L'installation des postes de ce genre est rendue très simple, grâce à la disposition qui leur a été donnée par nos constructeurs. On les établit sur uneplanchette, qui porte, en outre, des bornes, avec indication pour le placement des fils.
Plusieurs inventeurs et constructeurs,
Fig. 477. — Téléphone mobile Ader-Bell, à colonne.
parmi lesquels nous citerons MM. Bréguet, Trouvé, Ullman, Barbier, Mildé, Fortin, Ader, etc., ont imaginé de petits postes téléphoniques, dont le montage est très simple, et qui réunissent la sonnerie, les téléphones et le bouton d'appel. Des bornes, portant les mots :pile, sonnerie, téléphone, indiquent où doit être attaché chaque fil.
Dans ces derniers temps, la Société générale des téléphones, sous la direction de M. Berthon, a donné beaucoup d'extension à la téléphonie domestique , en construisant une série d'appareils, qui fonctionnent avec une grande régularité, et sont d'un usage très commode.
L'un des meilleurs appareils de ce genre, c'est le téléphone Ader-Bell, à colonne, qui n'est que le transmetteur ordinaire Ader- Bell posé sur une console de bois, et pouvant être déplacé.
Nous représentons cet appareil dans la figure 477.
Le bouton A, que l'on voit au pied de la colonne , actionne la sonnerie électrique placée dans le poste de réception.
Fig. 478. — Transmetteur mici'ophonique d'appartement.
0 n voi t , dans la fi gure ci-dessus, le transmetteur microphonique d'appartement, système de M. Berthon, directeur delà Société générale des téléphones. La surface qui reçoit r impression delà voix est le transmetteur Berthon, qui sert aux employés des bureaux centraux pour correspondre avec les abonnés, et que nous avons déjà décrit et représenté par la figure 47d (page 583). A est ce transmetteur; B, le récepteur Ader-Bell; a, b, c, d, sont les bornes auxquelles on fixe les fils allant aux différents appels à produire ou à recevoir. La sonnerie électrique S est au-dessous du transmetteur. On applique contre le mur la boîte contenant le microphone transmetteur. Le récepteur B est sus-
pendu à un cordon, et fonctionne par le mécanisme ordinaire.
Une autre forme du même appareil est représentée sur la figure ci-dessous. C'est un
Fig. 479. — Appareil combiné Berthou-Ader.
appareil combiné Berthon-Ader. Le transmetteur A est le transmetteur Berthon, à plaques de charbon et à grenaille de charbon. Le récepteur B est le récepteur ordinaire Ader-Bell. Il est relié par un cordon souple à une applique C, munie de six bornes métalliques, a, ^, c, d, <?, /, destinées à recevoir les fils conducteurs aboutissant aux différents appels à produire dans la maison. D est le bouton d'appel, et E un crochet commutateur automatique où l'on suspend le tout.
Ce petit appareil est le téléphone de bureau par excellence, parce que, laissant
libre la main droite, il permet d'écrire, en même temps qu'on écoute.
Fig. 480. — Autre transmetteur Berthon-Ader.
Une forme mobile du Transmetteur microphonique système Berthon est représentée
Fig. 481. — Poste central mobile, avec transmetteur Ader.
sur la figure 480. C'est un appareil transportable, monté sur un socle en bois noir.
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et composé d'un transmetteur rnicroplionique Berthon, à charbon (A), et d'un récepteur Ader-Bell (B), suspendu à un crochet conmutateur, comme dans les téléphones ordinaires.
La Société des téléphones construit des appareils de téléphonie intérieure plus ijnportants que les précédents, car ils cons-
Fig. 482. — Poste central mobile, avec appareil combiné Berthou-Ader.
tituent de véritables postes téléphoniques mobiles, c'est-à-dire portant des annonciateurs et des commutateurs.
La figure 481 représente un poste central mobile, composé d'une planchette verticale, munie de bornes, pour l'altache des fils conducteurs, d'«n?<o/ic«V/?6'?<r.s, avec disque (A) découvrant le numéro d'appel, comme les annonciateurs des bureaux centraux. De
même aussi que dans un bureau central, l'appareil est pourvu de commutateurs Jack- Knife (J) et d'un crochet, pour suspendre les cordons de communication. Le transmetteur (T) est le pupitre à microphone Ader.
La figure 482 représente une forme différente du même appareil, c'est-à-dire un
Fig. 483. — Poste central mobile, avec transmetteur
Berthon-Ader.
poste central mobile, avec annonciateurs.
Il se compose d'une planchette verticale, munie de bornes, avec annonciateurs à disque (A), d'un fil conducteur, avec commutateur Jack-Knife, J, et d'une sonnerie S. Ici, c'est le transmetteur Berthon- Ader, T, T', qui sert à parler et à écouter.
Dans la figure 483, on voit le même poste central mobile, dans lequel le transmetteur
est le pupitre Ader. Il se compose d'une planchette verticale, munie de bornes (1, 2, 3, 4) avec annonciateurs à drapeau, A, commutateur Jack-Knife, J, crochet pour suspendre les cordons de communication, et transmetteur Ader, T.
D'autres appareils ont reçu une disposi-
ter. Le tout, monté sur un pied de fonte, peut être déplacé, en raison de l'extensibilité du fil conducteur.
La figure ci-dessous représente une autre forme du même appareil, présentant, comme le précédent, des leviers L, qui
Fig. 484. — Poste central mobile avec leviers-commutateurs et appareil Berthon-Ader.
tion différente, qui facilite leur déplacement.
On voit sur la figure 484 un poste central mobile, composé d'une planchette horizontale, supportant une boîte en forme de pupitre, sur laquelle sont établis des leviers, jouant le rôle de commutateurs. La face de devant du pupitre porte de petits annonciateurs. Avi crochet commutateur on suspend l'appareil téléphonique combiné Berthon-Ader, qui sert à parler et à écou-
Fig. 485. — Autre poste central mobile.
jouent le rôle de commutateurs, des a?«nonciateurs à disque, A, sur la face antérieure, et un crochet commutateur automatique G, qui sert à mettre le poste en communication avec le correspondant .
L'appareil servant à parler et à écouter est l'appareil combiné Berthon-Ader T, T'. La colonne mobile de fonte permet de déplacer l'appareil à volonté.
Difl;érents constructeurs de Paris s'ap-
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pliquent aujourd'hui à combiner des téléphones domestiques. Nous citerons, en particulier, MM. Mildé et Fortin, dont les appareils se voient dans beaucoup d'ateliers.
Dans tous ces appareils, il faut un signal d'appel. Les sonneries électriques qui existent presque partout remplissent cet office.
A défaut de sonnerie électrique, on munit aujourd'hui les télégraphes domestiques de sonneries mises en action par un courant électrique, courant que développe un aimant, mis en état de rotation au devant d'une armature. On produit ainsi un appel suffisant.
La Société générale des téléphones construit des appareils à sonnerie électromagnétique, permettant, comme il vient d'être dit, do se passer de sonnerie électrique, ou de sonnerie ordinaire.
La figure 487 montre un poste à sonnerie magnéto-électrique, vu à l'intérieur, et la figure 486, le même appareil, vu à l'extérieur.
C'est un appareil Berlhon-Ader combiné, T,T', porté sur une planchette, munie de bornes métalliques, et sur laquelle est fixée une sonnerie électro-magnétique, composée d'un aimant naturel, M (fîg. 487). On fait tourner cet aimant au moyen de la poigîTée A, devant son armature, ce qui produit UQ courant électrique dans les bobines a, h. Le courant électrique ainsi développé va actionner la sonnerie trembleuse B. L'appareil renferme un commutateur automatique C, une bobine d'induction, et une pile Lecîanché P, pour produire le courant électrique destiné à la ligne téléphonique.
On donne d'autres dispositions, représentées dans les figures 488 et 489, aux
postes téléphoniques avec sonnerie électromagnétique.
Fig. 488. — Poste mobile, avec sonnerie électroraagaétiquc.
Le premier (fig. 488) est pourvu d'un transmetteur der, avec un commutateur
Fig. 489. — Poste mobile, avec sonnerie électromagnétique.
automatique C, une bobine d'induction et des bornes métalliques. La sonnerie électromagnétique est contenue dans une boîte fermée A.
Le second (fig. 489) porte un transmetteur microphonique Berthon-Ader T, avec les mêmes organes que l'appareil précédent.
La sonnerie électro-magnétique est également enfermée dans une boîte A.
Après l'application du téléphone aux communications à l'intérieur des maisons, ateliers et bureaux, il importe de signaler le fait extraordinaire de la transmission à grande distance, au moyen du téléphone, des , représentations musicales. Tout le monde sait qu'en 1881 on a vu, pour la première fois, réalisé à Paris, le phénomène merveilleux des pièces de l'Opéra entendues au Palais de l'Industrie, grâce à l'instrument qui nous occupe.
Comment était-on parvenu à ce résultat, inoui jusque-là? M. Ader, l'ingénieur de la Compagnie des téléphones^ avait disposé le long de la scène de l'Opéra, de chaque côté du trou du souffleur, douze transmetteurs téléphoniques, en tout semblables à ceux qui sont employés pour la correspondance entre particuliers. Des fils souterrains mettaient ces transmetteurs en communication avec le Palais de l'Industrie, où une salle avait été convenablement aménagée pour amortir les bruits extérieurs. Là, les amateurs, l'oreille collée au récepteur téléphonique ordinaire, entendaient, avec une profonde surprise, les chœurs, les chants et les divers bruits de la salle de l'Opéra.
Rien ne peut donner l'idée de ces auditions théâtrales aveugles^ pour ainsi dire, où, sans rien voir, mais seulement par le sens de l'ouïe, on recevait l'impression toute vibrante de la représentation qui se donnait à l'Opéra, à deux kilomètres de là.
Le succès de cette magnifique expérience, faite à Paris, en 1881, eut beaucoup de retentissement, et on s'empressa de la reproduire sur divers théâtres étrangers, pour des auditions, à distance, de concerts ou
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do représentations théâtrales. A Paris, en d88 1 , on donnait au Musée Grévin des auditions des chansonnettes et scènes du caféconcert de l'Eldorado, situé à un notable éloignemcnt.
Au mois de décembre de la même année, une liaison téléphonique fut installée, à Berlin, entre l'Opéra et une salle du bureau téléphonique du quartier de la Leipzigen- Strasse. On entendait parfaitement les chanteurs et les chœurs ; on reconnaissait chaque artiste au timbre de la voix, et l'on percevait toutes les nuances des divers instruments de l'orchestre, autant toutefois que les instruments de cuivre ne dominaient pas la mélodie du chant.
A Bordeaux, pendant la même année, plusieurs personnes réunies au bureau central de la Société des téléphones de la place des Quinconces écoutèrent un artiste qui jouait du violon avec une grande supériorité, dans une maison des allées de Tourny. On saisissait les sons les plus faibles de l'instrument.
AOldham, bourg situé prèsdeManchester, pendant la même année, des artistes et des chanteurs, dans York Street, furent parfaitement entendus du bureau des téléphones de la ville.
A Charleroi, le 14 août 1884, la Compagnie des téléphones Bell fit à ses abonnés la surprise d'un concert à domicile. Chaque abonné avait reçu, le matin, l'avis suivant :
Conrerl-Téléphone. — Dimanche, 14 août, concert au bureau central du téléphone Bell. Toutes les communications seront établies à onze heures précises du matin. Mettre le cornet à l'oreille, à l'heure juste, sans avertir le bureau central.
Le concert eut lieu à l'heure dite, et fut très applaudi des abonnés.
A Bruxelles, en septembre 1884, on installa une communication avec le châlet de la reine des Belges à Ostende et le théâtre royal de la Monnaie. La reine put ainsi entendre, à une distance de plus de 230 kilo-
mètres, Guillaume Tell, et le lendemain, la répétition générale du Barbie?^ de Séville.
Après la mort du roi d'Espagne, la cour de Bruxelles ayant pris le deuil, la reine ne paraissait plus au théâtre. On établit une ligne téléphonique, avec les appareils nécessaires, entre le théâtre de la Monnaie et le château de Laëken, où résidait la reine ; de sorte que la royale Majesté put assister, de loin, aux représentations de l'Opéra. Il paraît même quelle se plaisait à écouter les répétitions.
Un journal de Bruxelles a raconté, à ce propos, une anecdote curieuse. La reine suivait, un jour, par l'appareil téléphonique, la répétition de l'opéra des Templiers.
Tout à coup, elle eut un tel mouvement de brusque surprise, que le téléphone lui tomba des mains. C'est qu'elle venait d'entendre le chef d'orchestre, dans un moment d'impatience contre les chœurs, lancer le nom du Très-Haut d'une manière qui n'avait rien d'édifiant.
Depuis ce jour, les répétitions au théâtre de la Monnaie furent conduites, dit-on, de la façon la plus correcte.
En septembre 1884, on put entendre, de la gare d'Anvers, la musique du Vauxhall de Bruxelles. Non seulement les morceaux d'ensemble étaient perçus avec la plus grande netteté, mais le solo de violon, exécuté par M. Ilermann, sur la Méditation de Goimod^ put être entendu à Anvers sans qu'aucun détail de l'exécution échappât aux auditeurs. Et chose extraordinaire, on faisait, à ce moment môme, des expériences de transmission simultanée par le téléphone et le télégraphe, par le système Van Rysselberghe; de sorte que, tandis qu'on entendait à Anvers la musique de Bruxelles par le fil du téléphone, ce même fil remplissait son service ordinaire et continuait à envoyer des dépêches télégraphiques !
On voit sur la figure 490 comment il faut disposer les transmetteurs micropho-
niques le long de la scène du théâtre, des deux côtés de la boîte du souffleur, pour recueillir les sons, les chants, les paroles, et les transporter au loin.
Des sermons et des exercices de piété ont été transmis à distance parle môme moyen.
A Mansfield (États-Unis), en 1879, on fit entendre les sermons et le service religieux à des personnes âgées et infirmes, qui ne pouvaient quitter leur demeure. Le téléphone, entouré de fleurs, était placé sur une table, devant le prédicateur, et les fils, qui rampaient le long du mur de l'escalier, établissaient les communications avec les chambres des malades, qui pouvaient distinctement écouter les paroles de l'officiant.
Le Courrier des Etats-Unis du 22 avril 1880 assure qu'un téléphone installé dans l'église Plymouth, à Brooklyn (ville attenante à New- York), et relié aux résidences de MM. Reach, à New- York, et Henry Pope d'Elizabeth, à New-Jersey, permit à ces gentlemen d'entendre de leurs chambres, tout en se livrant au plaisir du jeu, le sermon du révérend Beecher.
A la suite de l'installation de Brooklyn, l'église du prédicateur Talmage, de la même ville, fut pourvue d'un appareil télépho nique, permettant aux paroissiens malades d'entendre, de chez eux, la messe.
A Hartford (Connecticut), chaque dimanche, une centaine d'abonnés sont mis téléphoniquement en communication avec leur église; et ils peuvent entendre ainsi, sans quitter leur demeure, le sermon du pasteur en chaire.
A Bradford (Angleterre), on peut écouter, chaque dimanche, par le téléphone, les psaumes et le service religieux célébré dans une des chapelles de la ville d'Halifax.
A Birmingham et à Bradfort, d'autres églises sont pourvues d'un système semblable de communication.
A Greenock, depuis le mois de juin 1882,
l'église de Saint-Georges-Square est reliée au réseau central de cette ville par un téléphone.
A Paris, en 1882, M. Léon Say, alors Président du Sénat, désirant se rendre compte des effets du téléphone appliqué aux séances de la haute assemblée, fit placer deux microphones à droite et à gauche de la tribune. Les paroles de l'orateur furent ainsi parfaitement transmises au palais du Petit-Luxembourg, dans un des bureaux de la présidence du Sénat.
Lin secrétaire-rédacteur les percevait aussi nettement que s'il eut été placé au pied de la tribune.
Le même essai eut lieu à l'Assemblée des députés de Berlin. La tribune était mise en relation téléphonique avec une salle éloignée dite salle des machines. Les transmetteurs étaient appliqués des deux côtés de la tribune Dans la salle des machines, on entendit, non seulement chaque mot que prononçait l'orateur de la Chambre, mais encore les colloques des députés placés près de lui
Voilà, certes, des résultats extraordinaires, et qui justifient bien le cachet de merveilleux qui s'attache au téléphone !
L'instrument qui nous occupe est aujourd'hui appliqué aux opérations militaires.
On s'en est d'abord servi pour juger des effets du tir dans les écoles de tir et les polygones d'artillerie.
Le même instrument peut être d'un grand secours pour la défense des places, pour la transmission des ordres du commandant aux batteries, pour l'échange des correspondances avec des ballons captifs planant au-dessus des champs de bataille, etc.
C'est le téléphone Go ver qui est eQ usage dans l'armée, parce qu'il fonctionne sans pile vollaïque. Le fil est déroulé, et placé sur les épaules d'hommes, échelonnés à des distances convenables.
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La Société générale des téléphones construit un poste militaire^ système Berthon^ qui est un excellent appareil téléphonique. Il est composé (fig. 491) d'une boîte en chêne, contenant une machine magnéto-électrique M, que met en mouvement la poignée P, et qui actionne la sonnerie d'appel, S, — d'un appareil combiné Berthon-Ader A pour transmettre et recevoir les paroles, — d'un commutateur pour la pile du microphone, — d'une bobine d'induction, — de trois éléments de pile en vases d'ébonite, E, et de bornes pour le raccord des fils avec la ligne que l'on pose entre les deux stations.
La sonnerie électro-magnétique peut faire un appel à toute distance. La pile qui ne sert qu au microphone, est parfaitement étanche : l'appareil peut être renversé, sans qu'il en résulte aucune avarie pour les éléments.
Selon les besoins, la boîte peut être portée simplement à la main, par la poignée de cuivre ; ou si l'appareil sert à des excercices ou à des opérations en campagne, elle peut être fixée au moyen du sac sur le dos du soldat ou portée en bandouillère.
Pendant les manœuvres de la fin d'avril 1882, le colonel Leperche, du 89° régiment de ligne, fit fonctionner le téléphone
d'une manière très régulière. Des soldats posaient les fils, et des communications verbales furent établies de l'Arc de Triomphe de l'Étoile au pont d'Asnières.
Fig. 491. — Poste militaire Berthon.
En août 1882, pendant les manœuvres et exercices de tir du camp de Wimbledon, près de Londres, la téléphonie militaire
fut appliquée au service, avec une remarquable activité. Les télégraphistes du 24° régiment de volontaires du Middlessex ne téléphonèrent pas moins de deux cent dix mille huit cents mots (210 800), pendant les cinq jours que durèrent les manœuvres.
Dans la marine, le téléphone est appelé à rendre de grands services. Il permet d'établir des communications entre les électrosémaphores, les navires mouillés en rade et les forts de la côte. Au bord des navires, il peut servir à la transmission des ordres.
Nous avons vu que sur les paquebots de premier ordre, comme ceux de la Compagnie française transatlantique, le téléphone est à la disposition du commandant.
Le fil téléphonique peut être encore utilisé pour la mise à feu des torpilles, pour vérifier l'état de ces projectiles, et reconnaître si la continuité du circuit au sein des amorces, ne présente pas de défectuosités.
Le commandant Aug. Trêves, mort en 1883, et qui s'était fait connaître par un grand nombre d'applications de l'électricité à l'art de la guerre, fit, en décembi'e 1882, une très intéressante expérience. Il mit en rapport, sous les eaux, l'île d'Aix, Saint- Pierre-d'Oléron, la tour de Chassiron et un aviso en rade de Toulon. Les paroles prononcées dans une des stations choisies pour ces expériences, furent, à l'instant, entendues dans les autres, par le passage du courant dans le câble sous-marin téléphonique.
En juin 1882, une communication fut établie, en rade du Havre, entre le cercle Marie-Christine et un bâtiment ancré à quinze cents mètres. On croyait que le mouvement des flots troublerait les transmissions, mais il n'en fut rien. Plusieurs habitants du Havre causèrent, grâce au téléphone, avec le commandant du navire.
Dans les travaux qui s'effectuent sous l'eau, aussi bien dans les rivières que dans la mer. le téléphone est un excellent
moyen de correspondre du niveau de I cau avec l'intérieur de la cloche à plongeur ou du scaphandre. En 1882, dans des travaux qui se faisaient sur la rivière Wear, en Angleterre, on se servit journellement du téléphone pour parler, du rivage, aux ouvriers scaphandriers.
Les bateaux-feux, ces îles flottantes destinées à servir de bouées indicatrices, qui jusque-là, étaient isolés en mer, seront prochainement reliés à la côte par des téléphones.
Une application importante du même instrument, a été faite pour la transmission des ordres et la surveillance de la ventilation dans les mines.
En médecine et en physiologie, les appareils téléphoniques et microphoniques reçoivent quelques emplois. M. E. Ducrétet a construit un microphone stéthoscopique, qui permet d'entendre, dans plusieurs téléphones à la fois, les plus faibles pulsations des artères. Cet appareil se compose de deux tambours à membrane vibrante, de M. Marey, accouplés à un microphone à charbon. L'un sert d'explorateur, et l'autre fait fonction de récepteur. Un tube de caoutchouc réunit les deux tambours, et transmet au microphone tous les mouvements de l'explorateur. On règle la sensibilité de l'instrument au moyen d'un contre-poids, mobile sur un levier à coude, auquel est fixé l'un des crayons de charbons du microphone. L'appareil est placé dans le circuit d'une pile de quelques éléments, et d'un téléphone, qui reproduit les plus faibles battements de l'artère.
Le téléphone a été appliqué à l'étude de la balistique, autrement dit au calcul de la vitesse d'un projectile, calcul qui, jusqu'à présent, ne s'effectuait que par l'observation visuelle de la flamme qui accompagne la sortie de ce projectile.
SUPPLÉMENT AU TÉLÉ
GRAPHE ÉLECTRIQUE
Nous rappellerons encore, parmi les innombrables applications dont le téléphone est susceptible, celle qu'a faite M. Hughes, dans la construction de sa balance d'induction électrique.
L'instruction judiciaire a trouvé dans le téléphone un moyen de pénétrer les secrets d'un accusé. En 1884, un juge de New- York eut, dit-on, l'idée de l'aire placer un transmetteur microphonique contre le mur d'une celkile de prison, en recouvrant l'ouverture avec du papier mince, percé de petits trous, à peine visibles. Dans cette cellule on fit entrer les complices ou les parents d'un prévenu; puis on les laissa ensemble, sans surveillant. Pendant qu'ils s'entretenaient, un agent, ou un gardien de la prison, tenait son oreille collée au transmetteur. Ce moyen réussit parfaitement. Le prévenu, ne soupçonnant rien, causa librement, avec ses complices, du crime dont il était accusé; et la justice obtint ainsi des révélations qui n'auraient pu être arrachées au prisonnier par aucun autre moyen.
A Montevidéo, en 1883, ime conspiration militaire, ayant pour but de renverser le Président de la république de l'Uruguay, fut découverte par le téléphone.
Deux officiers causaient entre eux, par l'intermédiaire du bureau central de la ville. Un commandant entend, par hasard, la conversation ; aussitôt il s'empare du téléphone, en faisant tenir en respect l'officier dont il venait de surprendre les paroles dites à trop haute voix, puis il continue à converser, à sa place, avec l'interlocuteur qui parlait de la conspiration. Le commandant apprit ainsi quel était le signal convenu et le moment de la révolte, et il fit arrêter les officiers et soldats mêlés au complot.
Le téléphone sert à des usages plus
pacifiques. Dans plusieurs villes d'Angleterre, il est le moyen de communication entre des joueurs d'échecs, qui, de leurs maisons, ou de cercles éloignés l'un de l'autre, font des parties, sans se déranger.
Au mois de mars 1882, les cercles d'échecs des villes de Rrigthon et de Clichestre, à 23 milles de distance, organisèrent un grand tournoi de pions et de fous, qui charma les amateurs, pendant toute une journée.
Au mois de mars 188i, une grande partie d'échecs eut lieu par le téléphone entre CardifF et Swansea, en Angleterre, et, en octobre de la même année, une partie d'échecs fut jouée par téléphone, entre huit membres du cercle des échecs à Rradford et un nombre égal de membres du cercle do Wakefield, à la distance de 23 milles.
En mai 1883, à Scarborough, dans le comté d'York, entre les rues Newborough et South, des amateurs purent jouer aux échecs au moyen du téléphone Gower Bell.
En octobre de la même année, des habitants de Wolverhampton et de Birmingham jouèrent aux échecs d'une ville à l'autre, au moyen du téléphone. Les joueurs étaient installés dans les bureaux de la National Téléphone Company, tandis que ceux de Birmingtham s'étaient établis à Cur/on-IIall. Circonstance particulière, le jeu eut lieu avec des pièces vivantes, c'est-à-dire avec des hommes et femmes qui se mouvaient, dans leurs costumes bariolés, sur un vaste échiquier.
Nous pourrions prolonger longtemps la liste des curieuses récréations scientifiques et autres, auxquelles a donné lieu l'invention de Graham Bell; mais il faut savoir s'arrêter, môme quand on raconte les merveilles réunies de la science et de l'art.