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CHAPITRE PREMIER

PROGRÈS DE LA TÉLÉGRAPHIE SOUS-MARINE. — FABRI- CATION MODERNE DES CÂBLES. — LA GUTTA-PERCHA ET LE CAOUTCHOUC. — ISOLANTS ET ARMATURES DES CABLES. — DIVERS MODÈLES DE CÂBLES. — POSE, SONDAGES ET ATTERRISSEMENT. — APPAREILS RÉCEPTEURS DES SIGNAUX. — l'aNCIEN GALVANO- MÈTRE A MIROIR. — LE NOUVEL APPAREIL RÉCEPTEUR OU LE SIPHON ENREGISTREUR. — LES RELAIS DE LA TÉLÉGRAPHIE SOUS-MARINE.

Lorsque, on 1866, le premier câble transatlantique fut enfin posé au fond de l'océan, après toutes sortes de difficultés et d'efforts, on considéra, non sans raison, comme une merveille du génie humain, la réussite de l'entreprise qui consistait à dérouler au fond de la mer un câble de 800 lieues de longueur, sans aucune interruption. Cette opération, entourée autrefois de tant de difficultés et même de périls, s'exécute maintenant avec la plus grande facilité, et aujourd'hui il n'existe pas moins de 12 câbles télégraphiques reliant les deux mondes.

La télégraphie sous-marine a été l'objet,

depuis 1866, de nombreuses études, et a reçu divers perfectionnements, qui ont porté à la fois sur les machines destinées à fabriquer les câbles, sur les engins dépose et sur les appareils de transmission des signaux télégraphiques. Grâce à ces nouveaux progrès, l'échange des dépèches à travers les plus grandes lignes sous-marines, est devenu aussi simple, aussi commode que leur expédition sur les fils aériens.

Pour construire les câbles sous-marins, avec toutes les garanties de sécurité qu'on leur donne aujourd'hui, il faut pouvoir disposer d'un outillage spécial, puissant et coûteux. Longtemps, en France, on a reculé devant la nécessité d'immobiliser de grands capitaux pour cette industrie, et l'Angleterre seule était restée en possession du privilège de fabriquer les instruments et appareils qui constituent le matériel de la télégraphie sous-marine.

L'Angleterre était, d'ailleurs, particulièrement intéressée à établir avec ses colonies lointaines des communications rapides,

SUPPLÉMENT A LA TÉLÉGRAPHIE SOUS-MARINE. 60S

dont nous ne ressentions pas le besoin au même degré.

Mais nos relations commerciales et politiques avec l'Extrême-Orient s'étant augmentées, par suite des conquêtes du Tonkin et de l'Annam, il a fallu songer à étendre nos lignes de télégraphie sous-marine, et à construire des câbles en nous passant des fabriques anglaises.

A la Seyne, près Toulon, on fabrique aujourd'hui les câbles les plus compliqués, avec cette perfection qui caractérise notre industrie; et l'État parait disposé à prendre sous sa direction cette intéressante manufacture.

La machine nécessaire à l'établissement des câbles, est, au fond, très simple. Il faut, toutefois, bien se pénétrer de ce fait, que le plus petit défaut dans la fabrication d'un câble océanien, peut devenir funeste par la suite, lorsque le conducteur, noyé dans les grands fonds, ou sur les roches à fleur d'eau, sera en butte aux attaques des nombreux agents destructeurs qui le menacent.

Dans notre Notice des Merveilles de la science^ sur le Télégraphe sous-marin et le câble atlantique^ nous avons donné la description de la manière dont on procède pour fabriquer les câbles destinés à être immergés sous les eaux profondes des mers (1). Les procédés de fabrication que nous avons décrits dans ce chapitre, sont restés les mêmes, ou n'ont subi que des perfectionnements de détails, dans lesquels il serait superflu d'entrer.

Nous n'avons donc pas à recommencer la description, ni à donner de nouveaux dessins de la fabrication des câbles. Nous nous bornerons, pour la clarté de ce qui va suivre, à résumer les opérations successives de cette fabrication.

Un câble, nous le savons, se compose de trois parties principales :

(1) Tome II, pages 234-233.

1° L'Orne conductrice ;

2" L'enveloppe du fil, destinée à l'isoler électriquement;

3° L'enveloppe générale, qui protège cette dernière.

h'âme du câble, c'est-à-iire le conducteur électrique, est formée d'un faisceau de fils de cuivre. La conductibilité du cuivre étant liée à la pureté du métal, il faut choisir le cuivre le plus pur. La vitesse de transmission est, en efTet, directement proportionnelle à la conductibilité du fil.

L'enveloppe isolante résulte de la superposition de plusieurs couches de guttapercha, qui enserrent l'dme, et qui l'isolent, tout à la fois électriquement et mécaniquement, du contact de l'eau.

La troisième enveloppe, dont la force doit s'accroître selon sa destination côtière ou d'eau profonde, est ordinairement formée d'un groupage rigide en fils de fer, serrés autour de l'enveloppe isolante, dont ils empêchent la désagrégation. On comprend, sans qu'il soit nécessaire d'insister davantage, que l'épaisseur de cette gaine protectrice, ainsi que le diamètre des fils qui la composent, doivent être d'autant plus considérables que le câble doit subir des frottements, des chocs, des tractions plus grands, surtout près des côtes ou sur les récifs à fleur d'eau.

h\hne du câble, ordinairement formée de 7 fils de cuivre tordus ensemble, se fabrique avec une très grande rapidité, par la rotation d'une table ronde, garnie d'autant de bobines quil doit y avoir de fils autour de l'âme. Nous avons donné, dans les Merveilles de la science le dessin de cette table, qui tourne autour d'un axe horizontal. Le toron de cuivre, à mesure qu'il est produit par la rotation de la table, est entraîné, d'un mouvement continu, autour d'un tambour, qu'actionne la môme machine à vapeur.

La conductibilité électrique étant proportionnelle au diamètre du conducteur,

on donne aux fils qui forment Vâme du câble, un diamètre calculé sur la vitesse de transmission que l'on veut obtenir.

Avant de recevoir la première couche de matière isolante, c'est-à-dire la gutta-percba, les fils sont préalablement enduits d'une première matière isolante, et tout à fait imperméable, le chatterton.

Le chatterton se compose d'une partie de résine, ime partie de goudron de Stockliolm et trois de gutta-percba. Il adhère fortement au cuivre, ainsi qu'à la substance isolatrice (la gutta-percha) de manière à en former un tout absolument imperméable à l'eau.

A l'origine de la fabrication, le cJiatterton était inconnu, et l'eau de mer, filtrant peu à peu à travers les pores de la gutta, pouvait atteindre les fils, et les suivre sur une partie de leur longueur. Il en résultait des oxydations désastreuses, et de grandes perturbations dans l'échange des télégrammes.

La gutta-percha se place en plusieurs couches superposées, entre lesquelles on a soin de faire un enduit de chatterton, dont le but est de réunir intimement les diverses couches. Comme ce revêtement des fils s'est fait à chaud, afin de ramollir la guttapercha et le chatterton, il faut, après l'opération, refroidir le câble, en le traînant dans des augets pleins d'eau fraîche. Après ce refroidissement, on le laisse encore plongé dans l'eau, pendant un temps assez considérable.

La gutta-percha a été longtemps la seule matière employée pour la confection de la gaine isolante des câbles sous-marins, parce qu'elle possède la qualité fondamentale de se conserver indéfiniment sous l'eau. Mais depuis quelques années, le caoutchouc a été substitué, dans certaines usines, à la gutta-percha. Les câbles du système Hooper sont isolés au moyen de caoutchouc, que l'on vulcanise, pour lui communiquer

une plus grande résistance mécanique.

La vulcanisation se fait à la température de-|- 120°. Le caoutchouc étant mis en présence de 6 pour 100 de soufre et 10 pour 100 de sulfure de plomb, on y ajoute environ 25 pour 100 d'oxyde de fer, dont la présence suffit à préserver les fils de cuivre contre la sulfuration qui proviendrait de la vulcanisation du caoutchouc.

Le caoutchouc a l'avantage de donner au câble une rapidité double, dans l'échange des signaux, parce qu'il possède une capacité inductive relativement très faible. Expliquons cette particularité.

On sait, et nous l'avons suffisamment expliqué dans notre Notice des Merveilles de la science, qu'un câble sous-marin est une véritable bouteille de Leyde, dans laquelle le courant intérieur agit, par influence, à travers le corps non conducteur interposé sur les fils métalliques qui forment son armature. A l'extérieur, règne sans cesse un courant électrique, de nom contraire à celui qui parcourt le fil intérieur; et c'est ce courant extérieur qui, paralysant le courant principal, et diminuant son intensité, retarde le passage de ce dernier. Or, le caoutchouc possède une propriété inductive beaucoup plus faible que la gutta-percha. Dans un câble isolé par le caoutchouc, le courant principal est donc beavicoup moins influencé et moins retardé que dans un câble isolé par la gutta-percha. De là la préférence que l'on tend à donner aujourd'hui au caoutchouc, dans la confection des câbles sous-marins.

Au-dessus de la matière isolante, quelle qu'elle soit, on prend toujours la précaution, avant de confectionner la carcasse métallique, d'enrouler, avec un serrage assez erand, une et môme deux couches de chanvre imbibé de tannin. Cette interposition d'une matière élastique, donne plus de souplesse au conducteur.

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La soiuliire des conducteurs entre eux doit se faire avec le plus grand soin; de telle sorte que, tout en offrant une solidité suffisante, elle ne forme pas de surépaisseur, dont l'interposition correspondrait à une diminution de la quantité de matière isolante en ce point, une fois la pose faite.

Il reste à armer le câble, ainsi préparé, de son enveloppe métallique préservatrice. Cette dernière enveloppe se compose de 9 à 18 fils de fer galvanisé. On l'applique, sans grand serrage, au moyen d'ime machine analogue à celle qui a fabriqué l'dme, c'est-à-dire au moyen d'une table roulante contenant les fils de fer, et qui enroule ceux-ci autour du câble.

Le câble est ensuite guipé avec de l'étoupe enduite de poix minérale ou de bitume, et tout aussitôt, on le plonge dans l'eau froide.

Un câble bien arme doit supporter un effort de traction de 2 000 kilogrammes par mètre.

Telle est la fabrication des câbles sousmarins, du modèle courant, c'est-à-dire de la partie qui doit être immergée au fond de la mer. Mais aux abords des rivages, lâ où le câble doit porter sur des rochers, des récifs, ou être exposé aux rencontres des ancres des navires ou d'obstacles mécaniques divers, il faut lui donner une force de résistance mécanique bien supérieure.

Les câbles des côtes ont une armature énorme : ils pèsent jusqu'à il tonnes par kilomètre. Tel est le câble océanien qui va de Brest à Saint-Pierre de Miquelon (câble français). Chaque toron de conducteur est formé de trois fîls, alin de rendre la rigidité moins considérable que s'ils étaient formés de fils massifs.

Les câbles noyés dans les grands fonds de l'Océan, tels que ceux de l'Atlantique, qui reposent à 5 000 mètres de profondeur sous l'eau, et ceux de l'Océan Indien, qui

[ dépassent 3 800 mètres, doivent être légers j et très résistants, pour ne pas rompre sous leur propre poids, pendant la pose. L'armature qu'on leur donne^ au lieu d'être uniquement en fer, est formée de fils de ce métal, recouverts de chanvre ou de jute filé.

La machine qui sert à dérouler le câble au bord des navires chargés d'en effectuer la pose au fond de la mer, est la même qu'autrefois, et ne diffère pas de celle dont nous avons donné le dessin dans les Merveilles de la science (1).

On commence toujours par effectuer, avant de dérouler le câble, une série de sondages, pour lesquels on emploie l'appareil de sir W. Thomson, manœuvré à la vapeur. La ligne de sonde est en fer, et la sonde elle-même permet de ramener à la surface la ! valeur d'une poignée de sable du fond.

On relève ainsi, tout à la fois, la profondeur et la nature du sol, en réalisant, comme on le voit, la même opération que pratiquent les ingénieurs des chemins de fer ou des Ponts et chaussées, lorsqu'il faut déterminer le profil en long d'une route ou d'une voie ferrée.

La pose d'un câble océanien s'effectue aujourd'hui, grâce à l'expérience acquise, avec une promptitude et une facilité sans pareilles. Cette opération n'est pas évidemment sans présenter des difficultés ; mais l'habitude que prennent les marins chargés de cette opération, enfin la discipline sévère qui régit les hommes du bord, assurent d'avance et à coup sùr le succès d'une opération, qui, au début de la télégraphie océanienne, offrait toutes les difficultés et même les périls que nous avons rapportés dans notre Notice sur le Câble atlantique des Merveilles de la science.

On est arrivé à poser un câble sous-marin dans des profondeurs moyennes, avec

(1) Tome II, page 261.

la vitesse énorme de 10 à 12 kilomètres de déroulement du conducteur à l'heure.

L'une des opérations les plus délicates est celle de l'atterrissement des bouts côtiers, qui ne peut plus se faire par le vaisseau lui-même, mais avec le secours d'une mviltitude de bateaux plats.

On laisse tomber le câble au fond de l'eau, dès que son extrémité est parvenue à la cabane du télégraphe située sur le rivage.

Si des récifs empêchent les bateaux d'approcher, on arrime au câble une quantité convenable de tonneaux, qui le soutiennent à quelques mètres au-dessus du fond, et dont on pourra couper les amarres, en temps opportun.

Quelquefois, on fait entrer dans l'eau une file d'hommes, pour soutenir et porter le câble depuis le navire jusqu'à la plage. Nous avons représenté cette curieuse opération dans les Merveilles de la science, en parlant de la pose du câble indien aux embouchures de l'Euphrate et du Tigre (1).

Dans bien des cas, surtout lorsque la côte forme une falaise, cette opération est difficile, sinon dangereuse.

Avant même d'avoir touché terre, le câble peut être tiré par une locomobile, ou mieux par la machine à vapeur du vaisseau luimême, au moyen d'une corde et d'une poulie de retour, passant sur une autre poulie de renvoi, amarrée à la côte.

En résumé, la fabrication des câbles électriques sous-marins a subi peu de changements depuis la publication de notre Notice ; et la machine de dévidement servant à poser le câble arrimé à bord d'un navire, est la même que celle que nous avons décrite. Des perfectionnements d'ordre secondaire, et surtout l'habitude qu'ont pris les marins des équipages spéciaux anglais et français auxquels ce travail est confié, assurent le suc-

(1) Tome II, page 225.

cès d'une opération si intéressante dans sou objet, et si merveilleuse dans ses résultats.

Seul, l'instrument de physique chargé de recevoir les signaux, a subi, de nos jours, une transformation complète. Nous avons décrit dans les Merveilles de la science (1) le galvanomètre à miroir, ou galvanomètre de Sir William Thomson, qui servait à recevoir les signaux de l'alphabet télégraphique. Cet appareil est encore conservé par plusieurs Compagnies américaines, par exemple par VAmerican Telegraph Cable Company. Mais le plus grand nombre des Compagnies l'ont remplacé par le siphon enregistreur du même physicien.

Dans les Merveilles de la science, nous n'avons point donné de figure de galvanomètre à miroir de Thomson. Nous réparons cette omission en mettant sous les yeux du lecteur une vue perspective d'ensemble de cet intéressant appareil.

Le galvanomètre à miroir consiste en une aiguille aimantée, qui est mise en mouvement par le courant électrique, et dont les mouvements à droite ou à gauche composent un alphabet télégraphique : l'alphabet Morse. Pour amplifier et rendre plus sensibles les mouvements, l'extrémité de l'aiguille est pourvue d'un petit miroir, et la lumière d'une lampe venant tomber sur ce miroir, se réfléchit, et va produire au loin, c'est-à-dire à la distance de 2 mètres, sur un tableau, des éclairs et des interruptions de lumière à droite ou à gauche de la ligne médiane correspondant aux signaux du vocabulaire Morse.

La figure 492 donne la vue d'ensemble du galvanomètre à miroir tel qu'il existe à la station du câble atlantique de Brest, correspondant avec Saint-Pierre de Miquelon (Amérique).

A l'intérieur de la boîte de laiton, G, est une aiguille aimantée, autour de laquelle

(I) Tome II, pages 253-254.

vient circuler le courant électrique venant du câble. Ce courant fait dévier l'aiguille de sa position. Si c'est le courant négatif, l'aiguille est déviée à gauche, si c'est le courant positif, elle est déviée à droite. Au-dessus de l'aiguille on a placé un fort aimant, A, qui ramène par son influence l'aiguille dans le plan du méridien magnétique, en d'autres termes rend l'aiguille asiatique, c'est-à-dire indifférente à l'action magnétique du globe, de sorte qu'elle n'est influencée que par le courant du câble.

L'aiguille, contenue dans la boîte G, porte à son extrémité, un miroir très léger, qui réfléchit la lumière d'une lampe à pétrole placée à l'intérieur de la boîte. Les rayons lumineux projetés sur ce petit miroir, sont réfléchis et renvoyés au dehors, à travers un trou pratiqué dans la boîte. Grâce à cette ampliation, le moindre mou-

vement de l'aiguille, qui serait imperceptible à l'œil nu, se trouve accusé par un grand déplacement de l'image projetée sur un écran horizontal, S. Les positions que cette image occupe successivement, à droite ou à gauche de la ligne de repère de l'échelle portant un o, répondent aux traits et aux points de l'alphabet Morse. Le zéro de la division répond à l'immobilité de l'aiguille. A chaque passage du courant du câble, et selon que ce couz'ant est négatif ou positif, le rayon lumineux oscille à gauche ou à droite du zéro.

Pour rendre la lecture plus facile, l'échelle de division est placée dans l'obscurité, et est visible par transparence, grâce à la lampe à pétrole, \a, qui se trouve derrière l'écran. Les mouvements de l'aiguille correspondant aux signes du vocabulaire Morse sont ainsi faciles à saisir. Un employé lit ces signaux,

la vitesse énorme de 10 à 12 kilomètres de déroulement du conducteur à l'heure.

L'une des opérations les plus délicates est celle de l'atterrissement des bovits côtiers, qui ne peut plus se faire par le vaisseau lui-même, mais avec le secours d'une multitude de bateaux plats.

On laisse tomber le câble au fond de l'eau, dès que son extrémité est parvenue à la cabane du télégraphe située sur le rivage.

Si des récifs empêchent les bateaux d'approcher, on arrime au câble une quantité convenable de tonneaux, qui le soutiennent à quelques mètres au-dessus du fond, et dont on pourra couper les amarres, en temps opportun.

Quelquefois, on fait entrer dans l'eau une file d'hommes, pour soutenir et porter le câble depuis le navire jusqu'à la plage. Nous avons représenté cette curieuse opération dans les Merveilles de la science, en parlant de la pose du câble indien aux embouchures de l'Euphrate et du Tigre (1).

Dans bien des cas, surtout lorsque la côte forme une falaise, cette opération est difficile, sinon dangereuse.

Avant même d'avoir touché terre, le câble peut être tiré par une locomobile, ou mieux par la machine à vapeur du vaisseau luimême, au moyen d'une corde et d'une poulie de retour, passant sur une autre poulie de renvoi, amarrée à la côte.

En résumé, la fabrication des câbles électriques sous-marins a subi peu de changements depuis la publication de notre Notice; et la machine de dévidement servant à poser le câble arrimé à bord d'un navire, est la même que celle que nous avons décrite. Des perfectionnements d'ordre secondaire, et surtout l'habitude qu'ont pris les marins des équipages spéciaux anglais et français auxquels ce travail est confié, assurent le suc- Ci) Tome II, page 225.

cès d'une opération si intéressante dans son objet, et si merveilleuse dans ses résultats.

Seul, l'instrument de physique chargé de recevoir les signaux, a subi, de nos jours, ime transformation complète. Nous avons décrit dans les Merveilles de la science (1) le galvanomètre à miroir, ou galvanomètre de Sir William Thomson, qui servait à recevoir les signaux de l'alphabet télégraphique. Cet appareil est encore conservé par plusieurs Compagnies américaines, par exemple par VAmericati Telegraph Cable Company. Mais le plus grand nombre des Compagnies l'ont remplacé par le siphon enregistreur du même physicien.

Dans les Merveilles de la science, nous n'avons point donné de figure de galvanomètre à miroir de Thomson. Nous réparons cette omission en mettant sous les yeux du lecteur une vue perspective d'ensemble de cet intéressant appareil.

Le galvanomètre à miroir consiste en une aiguille aimantée, qui est mise en [; mouvement par le courant électrique, et dont les mouvements à droite ou à gauche [ composent un alphabet télégraphique : l'alphabet Morse. Pour amplifier et rendre plus sensibles les mouvements, l'extrémité y de l'aiguille est pourvue d'un petit miroir, 1 et la lumière d'une lampe venant tomber sur ce miroir, se réfléchit, et va produire au loin, c'est-à-dire à la distance de 2 mè- î, très, sur un tableau, des éclairs et des in- j terru plions de lumière à droite ou à gauche ; de la ligne médiane correspondant aux signaux du vocabulaire Morse.

La figure 492 donne la vue d'ensemble du galvanomètre à miroir tel qu'il existe à la station du câble atlantique de Brest, correspondant avec Saint-Pierre de Miquelon (Amérique).

A l'intérieur de la boîte de laiton, G, est une aiguille aimantée, autour de laquelle

(1) Tome II, pages 253-254.

SUPPLÉMENT A LA TÉLÉGRAPHIE SOUS-MARINE

4mp A

Fig. 492. — Galvanomètre à miroir de Sir William Thomson (vue prespectivc d'ensemble).

vient circuler le courant électrique venant du câble. Ce courant fait dévier l'aiguille de sa position. Si c'est le courant négatif, l'aiguille est déviée à gauche, si c'est le courant positif, elle est déviée à droite. Au-dessus de l'aiguille on a placé un fort aimant, A, qui ramène par son influence l'aiguille dans le plan du méridien magnétique, en d'autres termes rend l'aiguille asiatique^ c'est-à-dire indifférente à l'action magnétique du globe, de sorte qu'elle n'est influencée que par le courant du câble.

L'aiguille, contenvie dans la boîte G, porte à son extrémité, un miroir très léger, qui réfléchit la lumière d'une lampe à pétrole placée à l'intérieur de la boîte. Les rayons lumineux projetés sur ce petit miroir, sont réfléchis et renvoyés au dehors, à travers un trou pratiqué dans la boîte. Grâce à cette ampliation, le moindre mou-

vement de l'aiguille, qui serait imperceptible à l'œil nu, se trouve accusé par un grand déplacement de l'image projetée sur un écran horizontal, S. Les positions que cette image occupe successivement, à droite ou à gauche de la ligne de repère de l'échelle portant un o, répondent aux traits et aux points de l'alphabet Morse. Le zéro de la division répond à l'immobilité de l'aiguille. A chaque passage du courant du câble, et selon que ce courant est négatif ou positif, le rayon lumineux oscille à gauche ou à droite du zéro.

Pour rendre la lecture plus facile, l'éclielle de division est placée dans l'obscurité, cl est visible par transparence, grâce à la lampe à pétrole, \j, qui se trouve derrière l'écran. Les mouvements de l'aiguille correspondant aux signes du vocabulaire Morse sont ainsi faciles à saisir. Un employé lit ces signaux,

et les dicte à un aide, qui les enregistre, au fur et à mesure de leur énonciation.

C, estle commutateur àeVai^parei\. Quand l'employé du poste a reçu l'avis qu'une dépèche va être transmise, il met son commutateur à la réception, puis il regarde l'échelle et lit les signaux.

P, est la pile qui envoie le courant dans le câble, et qui est formée de 20 éléments de Daniell. T, est la communication avec la terre; D,une boîte de résistance, pour modifier, au besoin, l'intensité du courant.

La figure 493 représente le transmetteur des signaux du cable atlantique. Pour former ces signaux, à la station du départ, on se sert d'un simple inverseur du courant tel que le représente la figure ci-dessous. Selon

Fig. 493.— Inverseur de courant pour l'expéditioû des signaux du câble atlantique.

que l'employé, avec la manivelle M, met la borne A, ou la borne B, en communication avec la terre, il fait passer dans le fil le courant Amenant du pôle positif ou du pôle négatif de la pile.

Si l'on nous demande pourquoi l'on ne fait pas tout simplement usage, pour recevoir les signaux du câble atlantique, du récepteur Morse ou du récepteur Hughes, employés sur les lignes aériennes, nous répondrons que l'on ne peut admettre dans un câble sous-marin que des courants électriques très faibles, ceux que font naître, par exemple, dix éléments seulement de la pile Callaud. Si l'on faisait circuler dans un câble atlantique des courants intenses, tels que ceux qui résulteraient de l'emploi de SO à 60 éléments Callaud, les matières isolantes. 1 a gutta- percha, legoudron, seraient altérées, et le câble serait mis rapidement hors de ser-

vice. Mais des courants d'une aussi faible intensité ne sauraient actionner le récepteur des appareils Morse et Hughes. On est ainsi forcé de recourir, pour rendre les signaux sensibles à l'extrémité du câble, de recourir à l'appareil connu en physique sous le nom de galvanomètre, qui se compose d'une simple aiguille aimantée suspendue librement à un fil vertical, et qui est déviée de sa direction naturelle vers le nord par le plus faible courant électrique, que l'on fait circuler autour d'elle, dans un long circuit de fil isolé par de la soie.

Le galvanomètre à miroir de Sir William Thomson, qui est employé pour former les signaux du câble atlantique, et que nous venons de décrire, n'est autre chose, ainsi qu'on l'a vu, qu'une petite aiguille aimantée, que le courant électrique qui parcourt le conducteur, fait dévier de sa direction naturelle, et détourne vers la droite ou vers la gauche, selon que le courant du câble est positif ou négatif.

Ajoutons que si les câbles sous-marins sont d un faible parcours, on se contente du récepteur Morse pour recueillir les signaux. Tel est le cas du câble de Brest à Londres. ,

Le galvanomètre à miroir de Sir William Thomson était d'un maniement facile, et donnait d'excellents résultats. Mais, de nos jours, on a renoncé partout aux télégraphes simplement visuels, tels que le télégraphe à cadran et le télégraphe dit anglais, qui ne donnent que des indications fugitives, et ne laissent aucune trace. On accorde, en tout pays, la préférence au télégraphe imprimeur, qui laisse un témoignage écrit de la dépêche.

Les télégraphes Morse, Hughes, Baudot, qui impriment les dépêches, sont seuls en usage dans la télégraphie électrique actuelle. La télégraphie sous-niarine a dû se conformer à cet usage, et le galvanomètre de Thomson a disparu de la plu-

SUPPLÉMEMÏ A LA TÉLÉGRAPHIE SOUS-MARINE

Fig. 494. — Vue d'ensemble du Siphon-vevurdcr de sir Williain Thoaisoii.

part des stations de télégraphie océanienne.

Pour remplacer le galvanomètre à miroir par un appareil imprimeur, Sir William Thomson a inventé un nouvel instrument, qui est d'une sensibilité et d'une certitude merveilleuses.

Sir William Thomson a donné à ce nouveau récepteur des signaux électriques, le nom de siphon enregistreur [siphon-reeorder), parce que l'organe principal de la transmission est une sorte de très petit siphon, laissant couler des goutelettes d'encre, pour imprimer la dépêche.

La principale difficulté à surmonter, c'était d'obtenir des images parfaites d'un corps très léger, mis en mouvement rapide. Ce résultat a été obtenu, au moyen d'un minuscule tube capillaire en verre, recourbé en forme de siphon, par l'extrémité duquel une solution légère d'encre d'aniline bleue est lancée sur une bande de papier, qui se déroule au-dessous du siphon, d'un mouvement uniforme, comme dans les télégraphes de Morse, Hugues, etc.

Le siphon- recorder que sir William Thomson a construit est d'une grande com-

plication, l'inventeur ayant voulu réunir dans le même appareil et actionner par l'électricité les organes d'impression, ainsi que le déroulement du papier. Une machine d'électricité statique envoie des étincelles dans le réservoir d'encre d'aniline, ce qui fait cracher les gouttelettes d'encre sur le papier mobile, et le déroulement du papier est produit par un effet électro-magnétique du courant du même appareil.

On appelle mouss-mil, ou moulin électrique^ l'organe qui produit à la fois les projections de l'encre et le déroulement du papier.

La fig. 494 représente le siphon-recorder.

La bande de papier, P, se déroule, au-dessous du siphon, B, par l'action électro-magnétique du mouss-mil, M, appareil qui développe à la fois de l'électricité sous forme de courant et de l'électricité statique. La première fait agir les organes de déroulement du papier, la seconde projette l'encre sur le papier. On voit, en C, la poulie qui, actionnée par le mouss-mil, tire le papier disposé sur la roue R. On engage l'une des extrémités de la bande de papier sous la plus longue branche du siphon B. Ce papier passe sous le siphon, d'un mouvement régulier.

Quant aux signaux, ils sont produits ainsi qu'il suit. Le fil terminal du câble sousmarin s'enroule autour d'une petite bobine formant un cadre rectangulaire mobile. Le siphon, B, qui doit être mis en mouvement à droite ou à gauche, selon que le courant est positif ou négatif, est attaché au milieu de cette sorte de galvanomètre à cadre mobile, et il est, par conséquent, entraîné dans les mouvements du cadre.

Ce système est placé entre deux gros électro-aimants, E, E, actionnés par une pile locale. Le courant qui parcourt le cadre, ou bobine, provoque ses mouvements. Il le dévie à droite ou à gauche, selon le sens de ce courant. Tant que le cadre ne bouge pas, il se produit une ligne droite par la chute de l'encre et la marche du pa-

pier. Mais le déplacement du cadre à gauche entraine le départ vers le haut de la bande de papier, produit une marque sinueuse, un crochet, sur le papier. Tout déplacement vers la droite forme un crochet vers le bas. Ces écarts, plus ou moins accentués, de part et d'autre de la ligne du milieu de la bande, représentent les traits et les points de l'alphabet Morse.

Le siphon B plonge, par sa branche la plus courte, dans un petit réservoir, A, plein d'encre d'aniline, et la branche la plus longue de ce siphon laisse écouler l'encre sur le papier qui se déroule. Un flux d'électricité statique venant du mouss-mil et qui traverse le réservoir d'encre. A, projette cette encre contre le papier. Selon que le

Fig. 495. — Siphon du recorder.

siphon se dévie à droite ou à gauche de sa situation primitive, il décrit, de part et d'autre de cette ligne, une série d'ondulations transversales, qui forment, ainsi qu'il vient d'être dit, autant de signaux répondant aux caractères de l'alphabet Morse, et par conséquent, faciles à traduire.

Le siphon, que nous représentons à part (fig. 495), se fait avec un tube de verre excessivement fin, qu'on recourbe aux points voulus. La suspension de ce siphon au cadre, s'effectue au moyen de deux fils de cocon.

Sur cette figure, on voit, en B, le cadre

mobile contenant la bobine de fils parcourus parle courant et suspendue par un fil de soie, a. Le siphon t, t est fixé sur ce cadre. La branche la plus courte du siphon plonge dans le réservoir d'encre, E. Quand le cadre se déplace, par l'influence de l'aimant qui le fait dévier à droite ou à gauche, la branche la plus longue du siphon vient déposer l'encre sur le papier, P.

Le courant de la ligne arrive au cadre mobile B par le fils métallique b. Les fils, a, b, placés l'un au-dessus, l'autre au-dessous, et une fois tendus, servent d'axe de rotation.

\jQ sip h on-re corder est d'un réglage beaucoup plus délicat que celui du galvanomètre Thomson à miroir^ si longtemps employé, et que plusieurs Compagnies conservent, d'ailleurs, encore, ainsi qu'il a été dit plus haut. On a supprimé le mouss-mil, ce qui a rendu l'appareil beaucoup plus simple. Au lieu de faire dérouler la bande de papier par le même courant électrique qui anime l'appareil, on fait dérouler le papier par un poids et un ressort d'horlogerie, indépendants de l'appareil principal.

D'autres constructeurs ont encore modifié le siphon-recorder ^ en remplaçant les électro-aimants qui provoquent le déplacement du cadre mobile, ou bobine^ par de simples aimants, d'une force suffisante.

Aujourd'hui, le siphon-re corder de sir William Thomson, avec les mo-difications que nous venons d'énumérer, fonctionne sur la ligne sous-marine d e Marseille à Alger.

Dans le câble d'Algérie, le papier est tiré par un poids et un mouvement d'horlogerie. Les aimants, d'une grande puissance, sont placés verticalement. Enfin, en 1888, M. Brahsic a appliqué à cet appareil le perforateur Wheatstone, en transmettant au moyen de bandes perforées, ce qui permet d'accroître notablement la vitesse des transmissions.

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