‹ Les merveilles de la science, ou Description populaire des inventions modernes (volume 3)Chapitre 116 sur 149 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DÉVELOPPEMENT ET ÉTAT ACTUEL DU RÉSEAU TÉLÉGRA- PHIQUE SOUS-MARIN ENTRE LES NATIONS DES DEUX MONDES.

Il existe aujourd'hui 17 Compagnies de câbles sous -marins. En outre, quatre gouvernements possèdent, en toute propriété, des câbles : ce sont ceux de la France, de l'Angleterre, de la Russie et de ritalie.

La France a placé 12,018 milles de câbles dans la Méditerranée, et l'Angleterre en possède autant dans l'Océan Indien. Sur les 17 Compagnies transatlantiques, 8 sont établies à Londres, 4 à New- York et 2 à Copenhague.

Le nombre des dépêches télégraphiques expédiées par les câbles sous-marins, qui était de 0 :

en 18f)0

passait à 5.50 000 en . . . 1860

à 5 000 000 en 1870

à 15 000 000 en 1880

à 26 175 000 en 1883

et à plus de 26 300 000 en . 1886 Voici l'énumération des grandes lignes sous-marines qui relient les continents.

En 1884, l'Europe était en communication directe avec le continent américain du nord, par huit câbles, dont cinq sont angloaméricains, et partent de Valentia (Irlande) et deux sont français, et partent de Brest, pour aboutir à Trinity-Bay, dans l'île de Terre-Neuve, et à Saint-Pierre-Miquelon, puis gagner, de là, le territoire des États- Unis.

La conception du second câble atlantique français est due à M. Pouyer-Quertier, de Rouen.

Jusque-là les câbles transatlantiques, y compris celui de Brest à New- York, malgré son origine française, appartenaient tous à des Compagnies anglaises. C'est ce qui ré-

SUPPLÉMENT A LA TÉLÉGRAPHIE SOUS-MARINE

sultera du court résumé historique qui va suivre.

Les deux premiers câbles transatlantiques ont été posés, ainsi que nous l'avons raconté dans notre Notice des Merveilles de la science, par la Compagnie du télégraphe anglo- américain [Anglo-american Telegraph Company) en 1865 et 1866.

Le capital initial de cette Compagnie était de 42 millions de francs. Ses deux câbles réunissaient l'Irlande à File de Terre-Neuve, et représentaient une longueur totale de 3 700 milles marins.

Cette première Compagnie eut pendant deux ans le monopole de la transmission des dépêches transatlantiques. Aussi réglat-elle son tarif à son gré, et fit-elle payer le mot, d'abord 25 francs, puis 12 francs 50.

Les bénéfices considérables qu'elle réalisait déterminèrent, en 1868, la constitution d'une première concurrence. A l'instigation de M. le baron d'Erlanger, un câble atlantique français fut créé. Ce câble, partant de Brest, touchait à l'île de Saint- Pierre (Terre-Neuve) et atterrissait aux États-Unis, à Duxbury, près de Boston. Il fut posé en juillet 1869.

Malgré la concurrence des câbles anglais, cette nouvelle Compagnie, dont l'exploitation était desservie par un seul câble, réalisait d'assez importants bénéfices. La Compagnie Anglo-Américaine, prévoyant le succès qu'assurait au câble de Brest sa situation particulièrement avantageuse au point de vue des centralisations télégraphiques, lui proposa une alliance, qui fut acceptée, et par laquelle la Compagnie française était assurée de 36 0/0 des recettes totales, à la seule condition que les deux Compagnies adopteraient le même tarif.

Après diverses négociations entre la Compagnie Anglo- Américaine et la Compagnie du câble français de Brest à New- York, la Compagnie française, séduite par l'appât d'un bénéfice considérable et im-

I médiat, consentit à vendre sa ligne à sa rivale.

Mais à peine cette première concurrence était-elle absorbée par la Compagnie Anglo- Américaine, qu'il en surgit une autre.

Ce fut une ligne anglaise, qui fut, établie d'Irlande à Tor-Bay (Nouvelle-Écosse) par la Compagnie du Câble direct des États- Unis.

Dès les premiers mois de son exploitation régulière, cette nouvelle Compagnie, qui ne possédait qu'un seul câble d'Europe en Amérique, s'étant emparée d'environ 30 0/0 des dépêches, son acquisition fut aussitôt résolue par la Compagnie Anglo- Américaine. Cette nouvelle absorption fut réalisée par un traité d'alliance qui place la Compagnie du Câble direct sous sa dépendance pendant vingt-cinq ans.

C'est pour affranchir nos communications commerciales avec l'Amérique du Nord de toute dépendance et de toute immixtion étrangères, que M. Pouyer-Quertier fonda une Compagnie française.

Cette Compagnie, qui fut définitivement constituée sous le nom de Compagnie française du télégraphe de Paris à New-York, avait pour objet la création de lignes télégraphiques entre la France et les États-Unis d'Amérique d'une part, et l'Angleterre et l'Amérique d'autre part; l'établissement, l'entretien, l'exploitation, tant des câbles sous-marins destinés à relier les deux continents, que de toutes les autres lignes terrestres ou sous-marines pouvant, soit desservir les points intermédiaires, soit s'embrancher sur la ligne principale, la compléter ou la prolonger.

Le réseau de la Compagnie française du télégraphe de Paris à New-York comprend deux grandes communications télégraphiques complètes entre l'Europe et l'Amérique du Nord, en passant par l'île française de Saint-Pierre (Terre-Neuve).

La première de ces communications relie la France à New- York.

La seconde, qui a pour objet de doubler la première ligne, réunit l'Angleterre à la Nouvelle-Ecosse.

Les lignes sont les suivantes :

!■> Câble de Brest à Saint-Pierre, /

(Terre-Neuve), longueur 2 395 milles -S

20 Câble de Saint-Pierre ou cap I g

Cod (États-Unis), longueur. . 860 >. | «;

3°CapdeLand's-EndauxilesScilly, I g ^

longueur 30 » 1 q "g

4° Câble des iles Scilly à Saint- l'CjS

Pierre, longueur 2 285 » 1 9

5» Câble de Saint-Pierre à Tor-Bay, | £ S

longueur 270 » | ^

e» Câble de Brest aux îles Scilly, f ^

longueur 108 » 2

7" Ligne terrestre américaine. 1 ^

Un steamer spécialement construit et outillé pour surveiller le réseau, permet de maintenir constamment les câbles en bon état et de réparer sans retard les plus petits accidents.

Le câble a été construit par une maison anglaise, MM. Siemens frères, qui se sont également chargés de la pose et de l'atterrissage.

Le câble français fut posé pendant l'été de 1850.

Depuis 1885, un neuvième câble, dû à l'initiative de MM. Mackay et Bennett, directeurs du journal américain le New-Herald, relie Paris et le Havre à New- York. Le point d'atterrissage, sur la côte française, se trouve au Havre ; il estsitué, sur la côte américaine, un peu au nord de Boston, à Canso (Nouvelle-Ecosse). A partir de ce point, la ligne se dédouble. Pendant que l'un des fils se dirige sur New-York, l'autre aboutit au cap Ann (Boston). Ce dernier est destiné à desservir le nord des États-Unis et le Canada. L'autre est plus spécialement affecté aux communications avec le sud, et au cas où il viendrait à se rompre, les dépêches n'en parviendraient pas moins à New- York, par une ligne aérienne spéciale, venant du cap Ann.

Le grand avantage de cette combinaison, dit M. W. Huber, est que les fils, soustraits aux influences atmosphériques, peuvent fonctionner partons les temps, sans que le service soit entravé ou interrompu, comme il arrive quelquefois par les temps d'orage.

«Le câble de Waterville à Canso est composé, dit M. Huber, auteur d'une statistique récente sur le télégraphe électrique, de deux fils montés en duplex, ce qui permet d'expédier, par le même fil, deux dépêches simultanément dans les deux sens, soit quatre dépêches à la fois. De Waterville au Havre, le fil est simple, mais toutes les éventualités ont été prévues et la compagnie a acquis le droit de réquisitionner, en cas d'avaries, un fil de la Submarine Company, allant du Havre à Londres.

L'Amérique du Sud est aussi reliée à l'Europe par une ligne sous-marine, qui passe par Lisbonne, Madère, les îles du Cap-Vert, et aboutit à l'extrémité la plus orientale de l'Amérique, au cap Saint- Roque (Brésil). »

En résumé, malgré la cession à l'Angleterre du premier cable français, Paris se trouve aujourd'hui en communication par un fil spécial avec New -York, par le Havre.

Nous avons dit que l'exécution de ce travail est due à l'initiative de M. Mackay et de M. Bennett, directeur du New-York- Herald, qui seuls ont fourni les capitaux considérables nécessités par une semblable entreprise. Ces deux hardis gentlemen ont mené l'opération avec une rapidité à laquelle nous sommes peu habitués en France, et qui ne laisse pas que de nous causer quelque surprise. A peine le projet était-" il conçu, que déjà on se mettait à l'œuvre. Construire le câble, qui mesure 520 milles de longueur, et le poser au fond de l'Océan, fut chose accomplie en moins de temps qu'il n'en aurait fallu à une Société française pour discuter seulement le projet.

D'après un relevé récent, dû au Bureau international des administrations télégraphiques de Berne, il existe aujourd'hui, c'est-à-dire en 1889, 12 câbles transatlan-

SUPPLÉMENT A LA TÉLÉGRAPHIE SOUS-MARINE. 617

tiques, appartenant tous à des Compagnies privées anglo-américaines ou françaises.

La carte qui accompagne la page 613 donne le tableau exact des câbles transatlantiques reliant l'Angleterre et la France avec le nouveau monde.

Deux câbles sous-marins mettent les Indes en communication télégraphique avec l'Europe. Ces deux câbles passent par la mer Rouge, puis par la Méditerranée. Ils se réunissent en diverses branches, qui vont en Sicile et en Italie, en France, et enfin en Angleterre, en côtoyant le Portugal, d'où elles gagnent la pointe sud-ouest de la Grande-Bretagne, par l'Atlantique.

D'autres lignes sous-marines se ramifient également, à partir du golfe Persique, en plusieurs lignes aériennes, qui gagnent la Russie, l'Allemagne, la Syrie.

L'Australie communique par un câble sous-marin, avec le réseau indien; de sorte qu'une dépêche partie de Sydney, arrive directement à New-York ou à Boston ; et de là, par le télégraphe qui traverse le continent américain, jusqu'à San-Francisco, sur les bords de l'Océan Pacifique, à 270 degrés de longitude. En distance effective, plus de 30 000 kilomètres sont franchis par les signaux électriques, en moins d'une heure.

Ces derniers renseignements statistiques sont empruntés au travail de M. W. Huber, déjà cité. M. W. Huber les fait suivre de quelques résultats, propres à donner une idée de la rapidité des communications télégraphiques sous-marines.

« Le i" octobre 1880, dit M. A. Huber, à l'occasion de l'inauguration de l'Exposition de Melbourne, un télégramme expédié à la reine d'Angleterre par le conmissaire général, à midi 50 minutes (heure de Melbourne), c'est-à-dire à 3 heures 10 minutes du matin (heure de Londres), arriva dans cette ville à 3 heures 48 minutes du matin. La durée du trajet, pour une distance de plus de 16 000 kilomètres, fut donc de 38 minutes. Le télégramme, formé de 66 mots, mit 2 minutes pour être expédié de Marseille à Londres.

Citons encore ce fait curieux d'une dépêche qui, expédiée de Penang, Arrive à Singapore, en passant par l'Europe, la Russie, la Sibérie, la Chine et la Cochinchine. La réponse payée repassa le même jour par Paris, et fit deux fois le trajet de 27 000 kilomètres en moins de 36 heures. Ce détour singulier avait été nécessité par la rupture du câble qui unit directement Singapore à Penang, et dont la longueur n'est que de 600 kilomètres. »

Un relevé statistique du nombre et du trajet des câbles télégraphiques sous-marins actuels a été publié, en 188-7, par le Bureau des admmistratiuns télégraphiques de Berne^ qui a dressé la nomenclature exacte des câbles formant le réseau sousmarin du globe tout entier.

Voici le tableau donné par le Bureau télégraphique de Berne.

Page 1