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CHAPITRE PREMIER

LES BALLONS PENDANT LE SIÈGE DE PARIS. — CONS- TRUCnO.N DES PREMIERS BALLONS A LA GARE d'oRLÉANS ET A LA GARE DU NORD. — LES BALLONS-POSTE.

Les habitants de Paris, étroitement bloqués par les Prussiens, dans leur enceinte de pierre, et privés de tout moyen de sortie par les routes de terre ou de rivière, n'eurent, pendant de longs mois, d'autre moyen

de communiquer avec le reste de la France que la voie de l'air et l'expédition de ballons montés. Mais il aurait fallu pouvoir diriger à son gré les globes aérostatiques, pour les lancer hors de la ville assiégée, et les faire revenir ensuite, par la même voie, à leur point de départ.

On se flatta, pendant les premières semaines du siège, que le ballon dirigeable allait surgir, et donner le moyen d'arracher la garnison et les habitants de la capitale à leur désastreux isolement.

Quand on se rappelait que depuis la fin du dernier siècle, mille cerveaux s'étaient mis en ébullition à la poursuite de cette idée ; quand on savait que nos corps académiques sont perpétuellement assaillis de communications relatives à ce problème ; quand on avait vu les inventeurs fatiguer l'Académie des sciences et les journaux scientifiques de l'annonce de leurs découvertes dans l'art de la navigation aérienne dirigeable ; quand on se rappelait les tranchantes assertions des partisans du plus lourd que lair, on pouvait s'attendre à voir tant de promesses flatteuses et d'annonces affirmatives aboutir au résultat si désiré.

Hélas! quelle déception ! quelle amère et triste déi'ision ! De tous ces hommes qui, depuis si longtemps, fatiguaient le public, l'Académie et les Sociétés savantes de leurs élucubrations, aucun ne put produire le plus faible échantillon de son savoir, ni de son pouvoir. Pendant les premiers mois du siège de Paris, l'Académie des sciences, ainsi que les comités scientifiques établis dans les divers arrondissement de Paris, par le gouvernement de la Défense nationale, furent, il est vrai, assaillis de toutes sortes de projets de navigation aérienne, avec direction. Mais aucun de ces projets ne contenait une idée sérieuse. Les auteurs tiraient leurs vieux mémoires des cartons où ils dormaient depuis longtemps d'un sommeil mérité, et ils les adressaient à

l'Académie des sciences, avec force calculs à l'appui. Aucun de ces inventeurs n'invoquait la plus petite expérience, le plus simple résultat pratique. Pour expliquer cette absence totale d'essais pratiques, on alléguait les frais considérables de ces sortes d'expériences : ce qui est vrai. Cependant ce motif était si universellement invoqué, qu'on ne pouvait s'empêcher d'y voir un prétexte à éviter l'expérimentation, ce juge suprême de toute affirmation d'un inventeur. Tous les auteurs des projets concluaient, d'ailleurs, à la demande, adressée au gouvernement ou à l'Académie, d'une forte somme d'argent, pour procéder à la construction de leurs appareils.

L'Académie des sciences avait nommé une commission, pour examiner les projets relatifs à la direction des aérostats; mais quand elle se fut bien convaincue de la parfaite inanité de tous les plans qui lui avaient été soumis, elle se refusa à présenter aucun rapport, parce qu'elle n'aurait eu à formuler sur cette question que des conclusions négatives.

La même chose arriva aux comités scientifiques. Ces comités ne pouvaient accorder les sommes d'argent qu'on leur demandait pour procéder à des expériences, et d'ailleurs, le temps n'aurait pas permis d'entreprendre un essai sérieux.

Il fallut donc renoncer à l'espoir de faire partir de Paris des ballons dirigeables, la seule chance de salut qui restât aux assiégés. On dut se borner à organiser les départs de ballons, que l'on lançait quand le vent était favorable. Montés par un homme déterminé, les aérostats s'en allaient, à la garde de Dieu, tombant tantôt dans les lignes prussiennes, tantôt dans des localités sûres, d'autres fois, hélas ! allant se perdre dans la mer. Il en est plus d'un dont le sort est resté un secret entre Dieu et les infortunés passagers.

Nous allons donner une rapide énumé-

ration des principales ascensions qui eurent lieu pendant le siège de Paris, jusqu'à l'armistice du 28 janvier 1871.

C'est à la gare d'Orléans que fut établi, sous la direction d'Eugène Godard, le premier atelier pour la construction des ballons. La gare du chemin de fer du Nord servit bientôt au même travail, sous la direction de MM. Yon et Camille d'Artois.

Pendant le siège, toutes les gares de chemins de fer étaient nécessairement vides. Ces immenses espaces reçurent les ouvriers chargés de la construction des ballons, et servi-

rent de magasins pour ces énormes globes de soie, au fur et à mesure de leur fabrication.

Nous représentons dans la figure cidessus la gare d'Orléans transformée en atelier pour la confection des ballons. On voit, d'vme part, les globes terminés, gonflés d'air et couchés sur le flanc, pour permettre au vernis qui les recouvre de se sécher plus vite ; et, d'autre part, des ouvriers occupés à coudre, sur un long banc de bois, les bandes de soie composant l'appendice de la sphère aérostatique.

Les premiers départs de ballons eurent

lieu de la place Saint-Pierre, à Montmartre, un des points les plus élevés de la capitale.

C'est le 23 septembre i 870 que partit, de la place Saint-Pierre, le premier aérostat parisien, qui n'était, d'ailleurs, qu'un petit ballon, vieux et usé, le Neptune, appartenant à un aéronaute de profession, M. Duruof. M. Nadar s'était efforcé de réparer ce petit ballon, qui était tout percé de trous, et perdait le gaz par mille déchirures. Cependant Duruof n'hésita pas à se confier à ce dangereux engin.

En présence du directeur des postes, M. Rampont(l), et de quelques délégués du gouvernement de la Défense nationale, Duruof embarque dans sa frêle nacelle 125 kilogrammes de dépêches du gouvernement, ainsi que quelques lettres de particuliers ; et c'est au milieu d'une indicible émotion que les assistants voient le Neptune se perdre dans les nues.

Le lendemain, à onze heures du matin, le Neptune effectuait heureusement sa descente près d'Evreux.

La poste aérienne était créée.

Deux jours après, le 25 septembre, un ballon, appartenant à Eugène Godard, la Ville de Florence, partait, à onze heures du matin, du boulevard d'Italie, monté par un aéronaute de profession, M. Mangin, et un passager sans notoriété, M. Lûtz.

La Ville de Florence emportait trois pigeons voyageurs, et le but de son voyage, c'était d'expérimenter le retour des pigeons au colombier natal.

Le soir même, les trois pigeons revenaient à Paris, apportant au Directeur des postes une dépêche de l'aéronaute parti le matin. Eugène Godard avait atterri dans le département de l'Oise, à Vernouillet.

ho, poste aux pigeons était créée.

(1) M. Rampont, depuis sénateur, était médecin à Chablis (Yonne) quand il fut envoyé, par ses concitoyens, à l'Assemblée constituante de 1848, puis au Corps législatif de 18G9. Il est mort en novembre 1888.

Louis Godard partit, le 29 septembre, de l'usine à gaz de la Villelte, avec M. Coustin. D'après un bizarre et dangereux agencement, dont il avait pris l'habitude, dans ses ascensions publiques, Louis Godard avait attaché ensemble, par une traverse horizontale, deux ballons, de petites dimensions. En cet équipage, il passa au-dessus de Montmartre, et tomba aux environs de Mantes.

Henri Giftai'd, le célèbre ingénieur dont nous avons rapporté les beaux travaux aérostatiques, dans notre Notice sur les Aérostats, des Merveilles de la science, possédait un petit ballon, le Céleste. On le gonfla, à l'usine à gaz de Vaugirard, et il partit, le 30 septembre, à neuf heures du matin, emportant M. Gaston Tissandier, le savant écrivain scientifique, qui s'est toujours montré aéronaute consommé.

Le Céleste passa par-dessus Vei'sailles,

où il fut salué par une fusillade prus-

sienne, et tomba, à onze heures du matin, aux environs de Dreux.

Ces quatre voyages avaient été exécutés avec un matériel dans le plus piteux état; mais cette insuffisance même de l'appareillage faisait compi^endre qu'avec de bons aérostats on pouvait compter sur le succès de la poste aérienne. Aussi le gouvernement s'empressa-t-il de fournir les fonds nécesj saires pour la fabrication de ballons bien conditionnés. L'atelier de la gare d'Orléans, dirigé par Eugène Godard, et celui de la gare du Nord, dirigé par MM. Yon et Camille d'Artois, reçurent des commandes de ballons, de la capacité de 2 000 mètres cubes, qui furent confectionnés en quelques jours. Des marins et des cordiers étaient les travailleurs attachés aux ateliers aérostatiques des gares d'Orléans et du Nord.

Nous reproduisons dans la figure 498 l'aspect de la nacelle d'un ballon-poste parisien. Deux passagers et l'aéronaute occu-

SUPPLÉMENT AUX AÉROSTATS

pent la nacelle. Ils sont un peu serrés dans leur panier, car le fond est garni d'une grande quantité de sacs de lest, qui prennent beaucoup de place. Le sable qu'ils emportent est destiné à être répandu dans l'espace. Quand les cordes, le guide-rope, et l'ancre, seront descendus ou fixé3 convenablement autour du cercle, les passagers seront un peu plus à l'aise.

Les sacs de la poste, sont très volumineux,puisqu'ils sont remplis d'envii'on cent mille lettres, pesant quatre grammes chacune. Les pigeons voyageurs sont suspendus dans leur cage, aux bords de la nacelle. Voyageurs, sacs de sable, cordages , ancre , fjuide-ropc^ paletots et couvertures des passagers , vivres et approvisionnements, sont entassés pêle-mêle au fond de la nacelle.

On croirait que sous le poids de tant

d'objets l'aérostat devra rester cloué au sol ; mais quand le « lâchez tout ! » s'est fait entendre, la machine s'élève, et emporte nacelle et bagages, avec la légèreté d'un oiseau.

L'apparition des premiers ballons dans les départements avoisinant Paris excita un enthousiasme universel. Les aéronautes, porteurs de dépêches et de lettres, étaient accueillis avec des larmes de joie, par les familles, qui recevaient, par la voie des airs, des nouvelles de ceux qui leur étaient

Fig. 498. — Nacelle d'un ballon-poste.

chers. Quand un ballon touchait terre, les habitants des localités prochaines se précipitaient en foule vers l'aérostat, et des centaines de bras se dressaient pour amortir sa chute.

D'un autre côté, les Allemands voyaient avec colère que le blocus qu'ils avaient si savamment organisé autour de la capitale pouvait être forcé. Ils regardaient non sans inquiétude les hardis messagers qui passaient par-dessus leur tête, et ils essayaient en vain de tirer en l'air quelques coups de fusil, dont les balles retombaient, inertes, dans leur camp, et dont se jouaient les aéronautes (fig. 499).

On a fait grand bruit d'un prétendu mousquet à ballon^ construit par Krûpp, et qui fut promené orgueilleusement, par les Prussiens, dans les rues de Versailles.

La vérité est qu'un ballon ne peut jamais être atteint par une balle de fusil quand il flotte à la hauteur de 300 mètres seulement; car le tir de bas en haut d'un projectile, sollicité verticalement par la pesanteur, a toujours peu d'effet.

Le fonctionnement certain et facile de la poste aérienne avait été démontré par les quatre premiers voyages exécutés dans le premier mois du siège. C'est le 7 octobre

que commença la série des ascensions avec des ballons neufs.

La première devait laisser un grand souvenir dans l'histoire de la guerre francoallemande. C'est, en effet, le7 octobre 1870, que Gambetta, Ministre de l'intérieur, quitta Paris, en ballon, pour aller organiser en province la défense nationale.

Dès le matin, de nombreuse estafettes étaient échangées entre le ministère et la place Saint- Pierre, à Montmartre, où devait s'effectuer le départ du ballon, VArmand- Barbès, emportant Gambetta et sa fortune. A deux heures, Gambetta, accompagné de M. Spuller, son alter ego^ s'élevait vers le ciel.

\J Arma7id - Barbes avait, d'ailleurs, un compagnon de

route : c'était le Georges-Sand, monté par deux citoyens américains, qui avaient voulu voyager de conserve avec lui. Nos deux Yankees auraient pu quitter Paris sans un tel appareil, en se bornant à demander un sauf-conduit à leur ambassadeur; mais ils avaient préféré partager les péripéties qui pouvaient signal le voyage du futur dictateur.

Ces péripéties, d'ailleurs, ne manquèrent

l''ig. 499. — Un aérostat du si d'un camp

pas. Le Georges-Sand toucha terre sans avaries notables ; mais il en fut autrement de V Armand-Barbès.

Conduit par un aéronaute de profession, le ballon qui enlevait Gambetta et M. Spuller s'abattit dans un champ que des soldats

Prussiens venaient de quitter peu d'mstants auparavant. S'il fut parti de Paris un quart d'heure plus tôt, le jeune tribun aurait été pris par les soldats de Guillaume, et fusillé.

Du reste, le ballon s'était un moment telle ment rapproché du sol que des balles allemandes avaient sifflé autour de la nacelle.

On s'empressa de jeter du lest, pour quitter ce dangereux point d'atterrissage ; mais le ballon ne put monter, et partit horizontalement, à travers les arbres d'une forêt, dont les branches déchiraient son tissu fragile, et meurtrissaient cruellement les trois voyageurs. Heureusement, ils finirent par s'accrocher à un arbre, et le ballon s'arrêta, jetant pêle-mêle sur le sol, les voyageurs tout meurtris. La forêt n'était pas occupée par les x-VUemands. Gambetta et M. Spuller purent donc gagner, sans autre accident, la ville de Tours, but de leur voyage. •

ège de Paris, passant au-dessus prussien.

Quelques instants après, un pigeon lancé par les aéronautes, qui venaient de prendre terre, rentra à Paris, et apprit au gouvernement l'arrivée de Gambetta dans la ville de Tours.

Après les six premiers ballons sortis de la capitale, onze autres franchirent, sans obstacles, les lignes ennemies, du 12 au 27 octobre.

Le 12 octobre, le Washington partait, enlevant MM. Van Roosebeke, propriétaire de pigeons, et Lefebvre, consul de Vienne.

Le Louis-Blanc , conduit par M. Farcot, accompagné de M. Tracelet, propriétaire de pigeons, quittait Paris le même jour. Le premier de ces aérostats descendit près de Cambrai; le second toucha terre dans le Hainaut, en Belgique.

Le 14 octobre eut lieu le départ de deux aérostats. Le premier, le Cavaignac^ conduit par Godard père, emportait M. de Kératry et deux voyageurs; le second, le Jean-Bart, monté par M. Albert Tissandier, avait pour passagers MM. Ranc et Ferrand.

Le 16 octobre, le Jules-Favre s'élevait, à 7 heures 20 minutes du matin, de la gare d'Orléans, suivi, à 9 heures 50 minutes, du Lafayette.

Le 18 octobre, le Victor-Hugo partait du jardin des Tuileries, à 11 heures 45 minutes.

Le 19 octobre, avait lieu le départ de la Béjmblique-Universelle ; le 22 octobre, Tascension du Garibaldi; le 23 octobre, le départ du Montgolfier ; enfin, le 27 octobre, celui du Vauban.

Jusqu'au 27 octobre, la poste aérienne fonctionna très régulièrement. On avait adopté un modèle uniforme de ballons, qui était économique et d'un aspect assez élégant. Leur volume était d'un peu plus de 2000 mètres cubes. On en fabriqua, dans toute la durée du siège, 54, qui coûtèrent 4 OOOfrancs chacun. Le siège de cette fabrication était la gare du chemin de fer du Nord. Des

marins et des femmes étaient les ouvriers de cet atelier improvisé (fig. 501).

Trois millions de lettres, du poids de 4 grammes, représentant une recette de neuf cent mille francs, furent transportés par les ballons-poste.

Revenons aux départs effectués après le 27 octobre.

Cette dernière date est funeste dans l'histoire des ballons-poste ; car elle marque la première de nos catastrophes aériennes, c'est-à-dire la première capture d'un ballon par l'ennemi.

Le 27 octobre 1870, le jour même où Metz était forcée de capituler, le ballon la Bretagne s'élevait, à midi, de l'usine à gaz de la Villette, emportant MM. Vœrth, Hudin et Manceau, sous la conduite d'un aéronaute, M. Cuzon.

Depuis deux heures il planait dans l'air, quand l'aéronaute tira la corde de la soupape, pour atterrir. Par une fatale erreur, ayant mal reconnu le pays, il tombait en plein camp prussien! Une vive fusillade l'accueille, et l'un des passagers, M. Vœrth, confiant dans sa nationalité d'Anglais, saute à terre, et parlemente avec les soldats allemands. Mais le ballon, ainsi subitement allégé, à l'improviste, s'élance dans l'air, avec une rapidité vertigineuse. Les aéronautes demeurés dans la nacelle lâchent du gaz, redescendent, et la Bretagne touche encore la terre. MM. Hudin et Cuzon sautent ensemble sur le sol, et M. Manceau, demeuré seul, est aussitôt emporté à d'incommensurables hauteurs. Le froid le saisit, le sang lui sort des oreilles. Il parvient, néanmoins, à tirer la corde de la soupape : l'aérostat descend aux environs de Metz. M. Manceau s'élance de la nacelle; mais il a mal calculé sa hauteur, il tombe de quelques mètres, et se casse la jambe.

Le lendemain, des soldats du 4" Uhlans s'emparent du voyageur. Malgré sa fracture,

SUPPLEMENT AUX AEROSTATS.

on le fait marcher à coups de crosse ; on le conduit à Mayence, où on le jette dans un cachot, et le malheureux fut sur le point d'être fusillé.

Le 29 octobre et le 2 novembre, les ballons le Colonel-Charras et le Fulton faisaient un heureux voyage, de Paris en province; mais le 4 novembre, le Galilée^ monté par MM. Ilusson et Antonin, atterrissait près de Chartres, entre les mains des ennemis.

Le 12, du même mois, le Daguerre^ avec MM. Pierson et Nobcourt, descendait à Ferrières, au milieu d'un bataillon prussien, qui s'empara de l'aérostat. Au même moment, le Niepce, monté par MM. Pagomes, Dagron, Fernique et Poisot, échappait miraculeusement à la capture.

Plus tard, dans le courant du mois de décembre, la Ville-de-Paris, montée par MM. Delamarne, Morel et Billebault, et le Généi'al-Chanzy ^ conduit par M. Venecke, tombaient en Allemagne. Le premier fut fait prisonnier à Wertzburg, en Prusse ; le second à Bottemberg, en Bavière. Les voyageurs eurent à subir des mauvais traitements et une pénible captivité ; mais, contrairement à ce qui a été écrit, ils ne furent pas fusillés.

La prise du Galilée et la catastrophe du Daguerre avaient répandu l'alarme dans Paris. L'administration des postes crut avoir trouvé le moyen d'éviter de semblables désastres, en faisant partir les ballons de nuit.

Triste expédient, hâtons-nous de le dire, car se confiner dans les ténèbres, pour faire partir un ballon, c'est exposer les aéronautes à toutes sortes de dangers.

Pour se rendre compte de sa position au milieu des ténèbres, il fallait emporter un fanal assez puissant. Celui dont se servaient quelques aréonautes était, comme le représente la figure S02, une lampe à pétrole, munie d'un réflecteur : la lampe et

le réflecteur étaient renfermés dans une boîte, et le faisceau lumineux s'élançait par une ouverture pratiquée à la paroi de la boite.

Un moyen dont se servaient également les aéronautes du siège, pendant les ascensions nocturnes, pour reconnaître la direction qu'ils suivaient, c'était de confier à l'air de petits morceaux de papier blanc, qui s'envolaient selon le vent.

Une flèche en papier suspendue au bras horizontal d'une tige de bois verticale leur servait également à se renseigner svir la direction du vent.

Mais tous ces moyens étaient bien précaires, et un départ eff"ectué la nuit exposait, nous le répétons, à de grands dangers.

La suite ne le démonti'a que trop ; et nous allons avoir à raconter une triste série de naufrages aériens.

Le 18 novembre, le ballon le Général- Uhrich, monté par MM. Lemoine et Thomas,' partait, à 11 heures 15 minutes du soir, de la gare du Nord. La nuit, noire et sombre, donnait un aspect fantastique au globe aérien, qui bondit dans l'espace, au milieu de l'émotion générale des assistants. L'aérostat flotta toute la nuit dans l'obscurité, et chose singulière, après ce long voyage, il descendit dans le département de Seine-et- Oise, àLuzarches. Il est probable que, ballotté par des contre-courants, il suivit, à différentes altitudes, des directions opposées, qui ne lui permirent pas de s "éloigner davantage de Paris.

Six jours après, MM. Rolier et Bézier s'élevaient, à minuit, de la gare du Nord. Ils allaient entreprendre, à leur insu, la plus étonnante ascension que les annales aérostatiques aient jamais comptée; car leur traversée alla du nord de la France à la Belgique, à la Hollande et à la mer du Nord, pour aboutir en Norvège.

SUPPLÉMENT AUX AÉROSTATS

Fig. 502. — Uue asceusiuu uocturue pendant le siège de Paris.

C'était le 23 novembre 1870; Paris, assiégé depuis 67 jours, comptait sur la grande sortie de Ducrot, qui devait le dégager, avec le concours de l'armée de province. Tout semblait préparé à cet effet. Le général Ducrot voulait expédier au général d'Aurelle de Paladines, commandant en chef de l'armée d'Orléans, forte de 200 000 hommes, l'annonce de cette sortie, fixée au 30 novembre, et lui demander de faire avancer ses troupes vers Paris, pour concerter les deux attaques. Il donna l'ordre.

à 6 heures du soir, de tenir un ballon prêt à partir, pendant la nuit, avec les dépêches du gouvernement et celles des particuliers. D'après la direction du vent et la rapidité de la marche des nuages, on pensait que le ballon, ne devant parcourir que 3 ou 4 lieuee à l'heure, descendrait, le lendemain, aux environs de Dunkerque, ou d'Hazebrouck.

Son voyage, on va le voir, devait avoir une tout autre durée.

Le ballon la Ville de Florence^ monté par un ingénieur civil, M. Relier, et un

franc-tireur, M. Léon Bezier, partit, àminuit, emportant six pigeons messagers, cinq sacs, qui pesaient 300 kilogrammes et contenaient environ 100 000 lettres, un paquet de dépêches du gouvernement, pour la commission de la défense nationale à Tours et pour le général d'Aurelle de Paladines à Orléans, et une dépêche privée, adressée à Gambetta.

La Ville de Florence s'éleva rapidement jusqu'à 800 mètres, hauteur à laquelle elle se maintint longtemps. On jeta du lest, pour monter plus haut, et le sable lancé de la nacelle tomba sans doute dans un camp prussien, car plusieurs détonations demousqueterie se firent entendre aussitôt.

On atteignit ainsi la hauteur de 2 700 mètres.

Vers 3 heures et demie du matin, les voyageurs aériens commencèrent à entendre un bruit sourd, uniforme et prolongé, qu'ils attribuèrent au passage d'un train de chemin de fer.

Rolier résolut de faire descendre l'aérostat, pour s'assurer de la cause de ce bruit, dont la persistance et la monotonie commençaient à l'inquiéter ; car il n'entendait jamais le sifflet qui accompagne, d'ordinaire, le passage d'un train sur une voie ferrée.

Quand le ballon se fut abaissé, un brouillard intense vint l'envelopper. Au lever du jour, ce brouillard se dissipa, et laissa apparaître au-dessous de la nacelle un fond noir, assez mal défini, que l'on considéra comme ime forêt.

Mais cette explication fut vite démentie, car, à mesure que le jour augmentait, on distinguait, dans le fond ténébi'eux, de petites taches blanches.

Rolier attribua ces taches à de la neige, qui devait couvrir certaines parties du sol.

Seulement, le même bruit de bourdonnement sourd et monotone, qui continuait de se faire entendre, rendait douteuse l'explication des taches blanches par l'existence de la neige sur le sol.

Les voyageurs n'étaient donc rien moins que rassurés.

En fixant attentivement une de ces taches, on reconnut qu'elle se déplaçait. Toutes les autres se déplaçaient également, et le bruit augmentait d'une lugubre façon.

Une sueur froide couvrit le corps de Rolier : il venait de reconnaître, avec épouvante, que le gouffre obscur au-dessus duquel il planait depuis trois heures n'était ni une voie ferrée, ni une forêt, ni la terre couverte de neige, mais la mer !

C'était, en effet, sur la mer du Nord que planaient les malheureux aéronautes. Les taches mobiles étaient le résultat du mouvement des vagues.

Il était alors 6 heures du matin.

Quelle triste situation que celle de ces deux hommes, que la destinée avait d'abord livrés aux caprices dé l'air, pour les précipiter ensuite dans les flots, sans espoir de salut.

Au lever du soleil, le brouillard s'était dissipé ; ce qui leur permettait de mieux embrasser l'étendue immense de l'Océan, et la grandeur du péril.

Les rayons du soleil qui venaient frapper le ballon dilataient fortement le gaz, et le faisaient sortir en partie par l'orifice inférieur de l'appendice, lequel, devenu flasque et plissé, flottait au gré du vent; ce qui accélérait encore la perte du gaz.

Poussée par un vent assez fort, la Ville de Florence rasait la surface des flots.

Elle était ainsi entraînée depuis une heure au-dessus des vagues, quand un navire se montra à l'horizon, paraissant s'avancer dans sa direction. Mais il y avait encore entre le navire et les malheureux naufragés une distance de ,500 mètres.

Une violente secousse vint les arracher à leur préoccupation. La nacelle n'était plus qu'à 4 ou 5 mètres des vagues : ils allaient être engloutis (fig. 503)!

Rolier s'empresse de jeter deux sacs de

lest; mais le ballon reste immobile, le vent le tourmente furieusement, et incline la nacelle vers les flots : ils vont périr!

S'élançant alors vers les sacs de dépêches suspendvis au bord extérieur de la nacelle, Rolier coupe la corde qui retenait un des plus gros ; et déchargée subitement d'un poids de 123 kilogrammes, la Ville de Florence part avec une telle vitesse que dix minutes après, elle flottait à 4S00 ou oOOO mètres de hauteur.

Disons, en passant, que ce sac de dépêches fut aperçu par l'équipage du navire que les naufragés avaient reconnu, au loin. Il fut repêché et envoyé en France par le capitaine.

Cependant, l'excessive expansion du gaz dans ces hautes régions menaçait de faire éclater l'enveloppe de soie du ballon. Rolier ouvrit largement l'orifice de l'appendice, pour laisser au gaz un écoulement plus facile.

L'aérostat cessa alors de monter. Le vent le poussait horizontalement, dans la direction de l'est, et l'on parcourait une zone de brouillards, ou plutôt de nuages, tellement épaisse qu'on ne voyait absolument rien autour de soi.

Le ballon continuant à perdre du gaz, Rolier sort de la nacelle, et se tenant aux cordages du filet, il saisit à deux mains l'appendice, et le tord, de façon à empêcher la fuite du gaz. Selon la tension ou l'aplatissement de l'envéloppe, il serrait ou relâchait l'orifice, de manière à se maintenir à la même hauteur; et il conserva pendant une heure cette pénible position.

Harassé de fatigue et le corps meurtri par les cordages du filet, il redescend dans la nacelle.

Le froid est si vif que les vêtements des deux voyageurs sont raidis par la glace, et qu'ils s'enlèvent le givre du visage, comme ils pourraient le faire sur un carreau de vitre, après une nuit d'hiver. Leurs cheveux et leur barbe sont blancs et hérissés de petits glaçons.

L'aérostat descendait au milieu du brouillard, qui ne les avait pas quittés, et l'on entendait au-dessous un mugissement sinistre. Mais bientôt, ce bruit cessa, et une odeur de soufre brûlé prit les aéronautes à la gorge, au point qu'ils se sentirent à demi asphyxiés. C'était sans doute l'effet de quelque phénomène électrique de l'air, s'accomplissant au milieu des nuages

Le poids de l'enveloppe de glace qui couvrait le sommet de l'aérostat accélérait sa descente, et faisait craquer l'étoffe, menaçant de l'effondrer. La soie était tendue par le gaz, au point d'éclater. Il fallut encore que Rolier remontât vers l'appendice, pour maintenir ouvert son orifice, et laisser perdre le gaz, afin d'éviter la rupture de l'enveloppe, qui paraissait imminente.

Cependant, le compagnon du courageux Rolier lui signale une tache noire au-dessous de la nacelle. Etait-ce encore la mer qui allait les engloutir? Était-ce la mort qui les attendait?

Non, c'était la vie!

En effet, la tache s'éclaircissait, et de noire elle devenait verte. C'était une forêt qu'ils avaient sous les pieds : les taches noires qui avaient frappé leurs yeux étaient les pointes des plus hautes branches des sapins.

Ce qui se passa en ce moment dans l'âme des deux voyageurs, flottant depuis deux jours entre le ciel et l'eau, entre la clarté et les ténèbres, au milieu des brouillards et des glaçons, avec une fin terrible en perspective, est plus facile à comprendre qu'à exprimer. Depuis trois heures ils attendaient la mort, et la Providence les sauvait !

« Détachez l'ancre, et lancez-la par-dessous, » crie Rolier à son compagnon. Mais, Bezier, blessé à la main, ne peut exécuter l'ordre, et le ballon frappe rudement le sol, puis s'enfonce dans la neige.

Rolier saute hors de la nacelle, mais Bezier ne peut le suivre, et il est traîné sur le sol, tout embarrassé dans les cordages. Il peut

enfin se laisser tomber à terre, et le danger du choc est amorti par la neige. Il se relève à moitié étourdi ; et rassemblant ses forces, il essaye, avec Rolier, de retenir le ballon, que le vent entraîne, et qui tend à remonter, allégé du poids du dernier passager.

Mais leurs efforts sont vains, la corde leur échappe, et c'est le cœur serré qu'ils voient le ballon s'envoler, emportant toutes les ressources sur lesquelles ils pouvaient compter.

C'était le vendredi 25 novembre, à 2 heures 20 minutes, et le pays au milieu duquel ils venaient défaire cette dramatique descente, c'était la Norvège ! Ils se trouvaient sur la pente du mont Lick (fig. 504).

Ils marchèrent longtemps au milieu de champs de neige durcie, qui couvraient la pente delà montagne, et arrivèrent enfin aune cabane à demi enfoncée dans la neige ; ils y pénétrèrent par le toit, grâce à une lucarne.

Dans l'intérieur de lachaumière, qui devait être lapropriété de chasseurs de la montagne, ils trouvèrent un abri tranquille, et piirent passer la nuit, bien défendus du froid, après avoir pris quelque nourriture, grâce à des provisions qu'ils furent assez heureux pour trouver dans cette habitation solitaire.

Le lendemain, au lever du jour, les propriétaires de cette maison rustique arrivèrent, pour s'y établir.

C'était une famille de paysans aisés, qui se préparaient à aller chasser dans la montagne. Ils accueillirent avec la plus grande cordialité les malheureux Français, et leur prodiguèrent leurs soins avec le plus touchant empressement.

Quand ils furent remis de leur fatigue par un repos suffisant, leurs hôtes les conduisirent, à petites journées, jusqu'à la capitale de la Norvège, Christiania, distante de cent lieues de la montagne du Lick, où ils avaient atterri.

Sur leur passage, les habitants des villages qu'ils traversaient, connaissant leur nationalité et les causes de leur présence

en Norvège, leur faisaient le plus chaleureux accueil. Dans une petite ville, on les fit passer sous un arc de triomphe de feuillage, et la foule les entourait, ne cessant de les féliciter et de leur rendre hommage.

C'est que le nom de la France éveillait, dans ces régions septentrionales, la plus vive sympathie et les vœux les plus sincères pour le succès de nos armes.

Le consul de France à Christiania recueillit ses deux compatriotes, et les rapatria.

Tel fut cet étonnant et dramatique voyage, le plus long et le plus accidenté de tous ceux qui serattachent à l'histoire du siège de Paris.

Mais en ce qui concerne le siège de la capitale et le sort de la France, la perte de la Ville de Florence eut des conséquences funestes.

Le général Ducrot comptait sur l'armée d'Orléans pour appuyer sa sortie, et comme nous l'avons dit, il envoyait, par le ballon de Rolier, l'ordre au général d'Aurelle de Paladines de faire avancer ses troupes vers la capitale,au reçu de sa dépêche. Celle-ci n'étant pas parvenue, le général d'Aurelle ne put donner l'ordre du départ, bien que tout fût prêt pour la campagne. Dès lors, les événements prirent la tournure déplorable que chacun sait.

Dans les discours prononcés le 14 juillet 1888, à l'inauguration du monument de Gambetta, sur la place du Carrousel, à Paris, M. de Freycinet, ministre de la guerre, a rappelé le douloureux épisode du général commandant l'armée d'Orléans, attendant inutilement, pendant toute une semaine, avec ses troupes, l'arme au pied, l'ordre de marcher sur Paris, et perdant ainsi un temps précieux, au grand détriment du reste de la campagne.

Selon M. W. de Fonvielle, qui, pendant le siège, prit une part active à l'expédition des ballons, la cause du désastreux résultat du voyage de la Ville de Florence fut le départ effectué la nuit. Une excursion préparée et commencée dans les ténèbres

empêche de prendre toutes les mesures nécessaires à la sécurité d'un voyage aérien. C'est ce que notre savant et courageux confrère ne cessait de répéter aux membres du gouvernement qui avaient décidé de faire partir les ballons la nuit, pour dérober leur départ à l'ennemi.

Le 23 novembre M. W. de Fonvielle devait quitter Paris en ballon, et il fit demander, le matin, aux membres du gouvernement, des dépêches officielles à emporter, ainsi que des sacs de dépêches privées. Mais le tout lui fut refusé, sous le prétexte que, voulant partir de jour, il serait infailliblement pris par les Prussiens. Rolier partant la nuit suivante recevrait, fit-on répondre à M. W. de Fonvielle, le dépôt officiel des messages du gouvernement.

Il arriva tout le contraire de cette prévision. La Ville de Florence alla tomber dans des régions hyperboréennes, perdant toutes ses lettres et dépêches, tandis que le ballon de M.W. de Fonvielle descendait tranquillement, le 24 au matin, hors des lignes prussiennes.

Quand il raconte ce triste et fatal épisode de l'histoire des ballons du siège de Paris, et ses conséquences désastreuses pour la France, M. W. de Fonvielle blêmit encore, d'un désespoir patriotique.

Le mois de décembre fut fertile en navifrages aériens. Le 24 novembre, à une heure du matin, M. Buffet partit de la gare d'Orléans, dans le ballon V Archbnède. Il suivit la même direction que Rolier, mais il aperçut la mer au nord de la Hollande, et fut assez heureux pour toucher terre sur le rivage, près de la ville de Castebie.

Le 30 du même mois, un drame épouvantable attendait le Jacquard^ qui quitta Paris à 11 heures du soir monté par un matelot, du nom de Prince, qui était seul dans la nacelle. Homme de résolution et d'énergie, il

s'était offert comme aéronaute, malgré son inexpérience des voyages aériens.

Lorsqu'il partit, il s'écria, avec enthousiasme : « Je veux faire un voyage immense On parlera de mon ascension. »

Il s'éleva lentement, par une nuit noire...

Un navire anglais aperçut un ballon, en vue de Plymouth, mais il le perdit de vue, et nul autre ne le signala depuis.

Quelles émotions terribles dut ressentir l'infortuné Prince, avant de trouver la plus horrible des morts ! Seul, du haut des airs, il contemple l'étendue de l'Océan, qui doit fatalement l'engloutir. Il compte les sacs de lest, et ne les sacrifie qu'avec une parcimonie scrupuleuse. Chaque poignée de sable qu'il lance est un lambeau de sa vie qu'il jette à la mer. Arrive enfin le moment suprême, où tout a passé par-dessus bord. Alors, le ballon descend, et se rapproche du gouffre de l'Océan. La nacelle heurte la cime des vagues; elle glisse à la surface de l'eau, entraînée par l'aérostat fiottant, qui, par l'action du vent, se creuse comme une grande voile.

Combien de temps dura cette sinistre traînée? Elle dut se prolonger jusqu'à ce que la mort eut saisi l'aéronaute, qui succomba à la faim et au froid.

Quel navrant tableau que celui de ce malheureux ballotté sur l'immensité de la mer, et cherchant vainement à apercevoir au loin un navire, qui ne se montre pas, et laisse l'infortuné aux prises avec le désespoir et la mort.

Le jour même de ce sinistre, MM. Martin et Ducauroyeux étaient également poussés vers l'océan Atlantique. Partis de Paris, à minuit, dans le Jules-Favre, ils aperçurent la mer, au lever du jour. Par un hasard providentiel, le vent les poussa au-dessus de la petite île de Belle-Ile-en- Mer, où ils tombèrent, avec une rapidité effrayante. Forcés de subir un traînage

terrible, ils furent blessés et contusionnés, mais leur vie fut sauve.

Enfin, le 27 janvier, au moment de l'armistice, l'aéronaute Lacaze terminait la liste, déjà trop longue, des sinistres aériens. Il s'éleva à 3 heures du matin, dans le ballon le Richard-Wallace passa près déterre, en vue de Niort, mais au lieu de descendre il jeta du lest et repartit dans les hautes régions de l'air. Continuant son trajet il traverse, à 200 mètres de haut, la ville de La Rochelle. Tout le monde croit que le ballon va descendre à terre, mais il continue sa route, et les assistants attirés sur le rivage le voient avec effroi se perdre dans les profondeurs de l'océan.

Le malheureux Lacaze y trouva son tombeau.

Lacaze était le soixante-troisième aéronaute sorti de Paris en ballon. Le lendemain, le soixante-quatrième et dernier ballon, le Général-Cambronne allait porter à la France la nouvelle de l'armistice.

Nous croyons devoir résumer et compléter les récits qui précèdent, en réunissant en un tableau la liste des SI ascensions qui ont eu lieu pendant le siège de Paris avec les ballons de l'administration des postes:

Le 7 octobre, départ de V Armand-Bar bé s; il emporte Gambetta et les premiers pigeons de l'administration : parti à 11 h. do m. de la place Saiot- Pierre, il est arrivé à Épineuse à 3 h. 30. Nous avons dit les circonstances critiques de sa descente, qui faillirent livrer Gambetta aux Prussiens.

Le même jour le George-Sand, accompagne YArmand-Barbés ; il emporte deux citoyens d'Amérique.

12 octobre, départ de deux ballons, Washington et Louis-Blanc^ avec des lettres de M. Truchet, propriétaire de pigeons.

14 octobre, le Godefroy-Cavaignac, conduit par Godard père, emmenait M. de Kératry et ses deux secrétaires. Il atterrit à Grillon, près de Bar-le-Duc. Le même jour, le Guillaume-Tell emmenait BL Ranc.

16 octobre, départ du Jules-Favre.

18 octobre, départ du Victor-Hugo.

19 octobre, départ du Lafayette, emmenant M. A. Dubast.

23 octobre, départ du Garibaldi, emmenant M. Jouvencel.

25 octobre, départ du Montgolfier.

27 octobre, départ du Vauban, qui tomba près de Verdun, dans les lignes prussiennes, les aéronautes ont pu fuir.

29 octobre, départ du Général-Charras.

2 novembre, départ du FuUon.

4 novembre, départ du Flocon et du Galilée, lequel fut capturé; les aéronautes furent conduits dans une forteresse allemande.

6 novembre, départ du Châteaudun.

8 novembre, départ de la Gironde.

12 novembre, départ du Daguerre; ce ballon fut aussi capturé par les assiégeants.

Le Niepce, parti le même jour, eut un sort plus heureux.

18 novembre, départ du Général-Ulirich.

21 novembre, départ de VArchimède, dont la descente s'effectua en Hollande.

23 novembi^e, départ delà ViZ/e-d'O^-feans, qui atterrit en Norvège; nous avons donné le récit de cette course aérienne fantastique.

Le 23 novembre l'Égalité monté par M. VV. de Fonvielle.

28 novembre, départ du Jacquard.

30 novembre, départ du Jules-Favre, deuxième du nom, qui paraît s'être perdu en mer.

1*"^ décembre, départ du Général-Benaut.

5 décembre, départ du Franklin.

7 décembre, départ du Denis-Papin.

13 décembre, départ de la Ville-de-Paris. Ce ballon, monté par M. Delamarre, est tombé dans le Nassau, l'aéronaute a publié le récit de son voyage chez les Allemands.

17 décembre, départs du Parmentier et du Gutcnberg.

18 décembre, départ du Davy.

20 décembre, départ du Général-Chanzy .

22 décembre, départ du Lavoisier.

23 décembre, départ de la Délivrance.

27 décembre, départ du Tourville.

29 décembre, départ du Bayard.

31 décembre, départ de V Armée-de-la-Loire. 4 janvier 1871, départ du Newton.

9 janvier, départ du Duquesne.

10 janvier, départ du Gambetta.

H janvier, départ du Képler.

13 janvier, départ du Faidherbe.

13 janvier, départ du Vaucanson.

18 janvier, départ de la Poste-dc-Paris.

20 janvier, départ du Bourbaki.

22 janvier, départ du Daumesnil.

24 janvier, départ du Torricelli.

27 janvier, départ du Richard-Wallace .

28 janvier, départ du Général-Cambronne.

En tenant compte des lieux de départ de

Fi". 505. — L'aéronaute Prince emporté sur la Mer du Nord (page 635).

ces ballons, qui se sont suivis si régulièrement, on trouve que :

26 départs ont eu lieu de la gare d'Orléans.

16 de la gare du Nord.

3 de la place Saint-Pierre à Montmartre,

2 des Tuileries.

2 de la barrière d'Italie.

1 de l'usine de Vaugirard.

1 de la Villette.

Les 51 ballons ont enlevé dans les airs 64 aéronautes, 91 passagers, 363 pigeonsvoyageurs, et 9 000 kilogrammes de dépêches, représentant à peu près 3 millions de lettres particulières. Sur ce nombre considérable d'aérostats, cinq seulement tombèrent au pouvoir des Allemands. Deux se sont perdus en mer corps et biens.

Nous allons voir comment les pigeonsvoyageurs purent compléter les services rendus par les aérostats, et constituer la véritable joos/e aérienne, qui, pendant longtemps, entretint l'espérance au cœur des assiégés en excitant les colères de leurs ennemis.

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