CHAPITRE X
PRODUCTION DE LHYDROGÈNE EN GRAND, AU PARC DE MEUDON-CHALAIS, AVEC LES APPAREILS DU COMMANDANT RENARD. — l'appareil TISSANDIER. — l'apPAREIL LACHAMBRE. — l'APPAREIL YON. — TRANSPORT DES BALLONS MILITAIRES. — LA VOITURE-TREUIL DE l'ÉCOLE DE MEUDON-CHALAIS. — LA VOITURE-TREUIL DE M. LACHAMBRE ET DE M. YON. — LA COMPRESSION DU GAZ HYDROGÈNE ET SON TRANSPORT EN CAMPAGNE, DANS DES TUBES d'aCIER, PROCÉDÉ IMAGINÉ PAR LES AÉROSTIERS MILITAIRES ANGLAIS.
Dans le parc aérostatique de Meudon, que nous mentionnerons d'abord, il y a des appareils différents, pour la préparation de l'hydrogène en grand : un appareil fixe, destiné à être employé dans les campements et stations militaires, et un appareil mobile, qui s'installe sur un chariot, et se transporte
I rapidement d'un lieu à un autre. Ces deux I appareils sont, d'ailleurs, constitués de la ! même manière, sauf le caractère de fixité ou de mobilité.
Le gaz hydrogène se prépare, dans ces appareils, par le procédé qui consiste à faire réagir l'acide sulfurique sur la tournure de fer. Les dispositions diffèrent peu de celles qu'adopta Giffard, pour le gonflement de son colossal ballon captif des Tuileries, en 1878, appareil que nous avons décrit dans les Merveilles de la science, et que M. Gaston Tissandier a perfectionné en 1883. On a vu, dans le dessin que nous avons donné de l'appareil de M. Tissandier (fig. 608 de ce Supplément) (1), ces vastes cylindres verticaux, dans lesquels l'acide sulfurique, introduit par la partie inférieure, s elève progressivement, pour attaquer de nouvelles quantités de fer, le trop-plein, le laveur, etc.
Comme dans le cylindre de M. Gaston Tissandier, dans l'appareil de Meudon-Chalais, l'acide sulfurique, mélangé d'eau en proportions convenables, pénètre par la partie inférieure dans le générateur, lequel n'est point, comme dans l'appareil Tissandier, en poterie, mais en fonte doublée de plomb. Avi contact de la tournure de fer qui remplit ce récipient, le liquide acide s'appauvrit, et arrive jusqu'au niveau du trop-plein, par lequel s'écoule l'eau chargée de sulfate de fer. Le gaz hydrogène se dégage par la partie supérieure du générateur, il traverse un laveur, puis un sécheur, renfermant de la chaux vive, du chlorure de calcium ou de la soude caustique. On s'assure que le gaz est suffisamment débarrassé de toute trace d'acide et d'humidité, avant de l'envoyer dans le ballon.
L'appareil fixe de Meudon-Chalais peut produire 3,000 mètres cubes d'hydrogène à l'heure. Les appareils mobiles, groupés sur un seul chariot qui ne pèse pas plus
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de 2,800 kilogrammes, peuvent domierun débit minimum de 300 mètres de gaz par heure.
Le fer et l'acide nécessaires à la fabrication du gaz ne pèsent pas moins de 8 à 9 kilogrammes par mètre cube de gaz obtenu ; ce qui constitueime charge de 5,000kilogrammes environ à transporter, pour gonfler un seul ballon.
Pour parer aux pertes de gaz qui tiennent, d'une part, à la diflusion du gaz à travers l'enveloppe, et surtout à la sortie de l'excès de gaz, quand l'hydrogène se dilate, par suite des variations de température, ou quand un coup de vent comprime brusquement l'aérostat, on prépare et on conserve à part une provision d'hydrogène dans un petit ballon-gazomètre spécial, dune capacité de 50 à 60 mètres cubes.
Les dispositions particulières de l'appareil fixe ou mobile employé par les capitaines Renard et Krebs, au parc aérostatique de Meudon, pour la production du gaz hydrogène, n'ont pas été décrites par ces officiers, pour des raisons aisées à comprendre. Par le même motif, nous ne nous appesantirons pas davantage sur ces dispositions. Mais l'industrie privée fabrique aujourd'hui à Paris, pour les armées étrangères, des appareils mobiles, destinés à la production de l'hydrogène en grand. Un savant constructeur aéronaute, M. Lachambre, a livré, par exemple, au govivernement portugais un appareil à hydrogène porté sur un chariot, que nous décrirons à notre aise, grâce au dessin que M. Lachambre en a donné, et que nous reproduisons dans la figure suivante.
L'appareil mobile, c'est-à-dire porté sur un chariot, se compose 4" de quatre générateurs en tôle doublée de plomb, 2° d'un laveur-cribleur du gaz; 3° de deux cylindres sécheurs ; 4" de quatre pompes spéciales à vapeur ou à bras ; etc.
Les générateurs de gaz, A,B,C,D, sont au
nombre de quatre, et peuvent fonctionner ensemble ou séparément.
Sur le fond de chaque cylindre est soudé un tuyau en plomb, par lequel s'introduit le mélange d'acide sulfurique et d'eavi, que l'on refoule de bas en haut au moyen de deux des pompes P, que nous décrirons plus loin.
Les générateurs A , B, C, D, ont été remplis préalablement de tournure de fer. La partie emmagasinée dans le cône supérieur descend, par son poids, dans la partie cylindrique, au fur et à mesure que celle existant dans cette dernière est dissoute par l'acide.
Les quatre générateurs sont reliés entre eux par un cylindre en fonte émaillée intérieurement, que M. Lachambre appelle boîte à siphons, b, et par lequel s'écoule le sulfate de fer en dissolution.
La boite à siphons a pour objet de replier, sous un espace très restreint, la colonne de liquide sur elle-même, de façon à former un bouchon hydraulique, de 0",30 de hauteur, faisant obstacle à la sortie du gaz.
Le gaz se dégage par un tuyau commun, E, placé au sommet de l'appareil, et se rend au laveur L.
La partie inférieure de chaque générateur est pourvue d'une bouche en fonte plombée à l'intérieur, fermée par un tampon, avec joint en caoutchouc.
Ce tampon porte, au centre, un ajutage percé d'une ouverture destinée à laisser écouler les liquides, dans le cas où rou désire ouvrir pendant le fonctionnement.
La bouche a, ou trou d'homme, percée au bas des générateurs et que l'on voit à droite, est destinée à l'extraction de la tournure de fer qui reste dans les générateurs, après l'opération.
Le laveur L est une caisse rectangulaire, pourvue d'une batterie de tubes percés de petits trous faisant l'office de crible diviseur du gaz. Arrivé dans le crible, par un tuyau, le gaz refoule l'eau qui lui fait obstacle, et se tamise en petites bulles. L'acide sulfureux
SUPPLÉMENT AUX AÉROSTATS
Fi^. 5:j'J. — Appareil de M. H. Lachambre, pour la pi éparatiou, en grand, du gaz hydrogène. — Le générateur du gaz.
que le gaz hydrogène peut recéler reste dissous dans l'eau.
Un courant d'eau froide permanent entretenu dans le laveur^ par l'une des pompes, y condense également la vapeur d'eau entraînée par le gaz.
Le niveau d'eau y est rendu constant par un tuyau qui évacue le lï-op -plein, en le conduisant dans la boîte à siphons, oîi il se mélange avec les eaux sulfatées, et où il contribvie à diluer les dernières traces d'acide sulfurique.
Le sécheur du gaz. S, se compose de deux cylindres faisant suite au laveur, et remplis de fragments de chlorure de calcium ou de chaux, destinés à absorber les dernières traces d'acide sulfureux ou de vapeur d'eau que peut encore renfermer le gaz, à sa sortie du laveur.
Près de l'orifice de sortie, le gaz traverse un compartiment grillagé, rempli de paille
de fer, qui, sans faire obstacle à son passage, arrête toutes les poussières de chaux et autres, qui pourraient être entraînées hors des sécheurs.
Les pompesV, destinées à introduire dans les générateurs l'acide sulfurique et l'eau, sont au nombre de quatre, attelées deux à deux. Mues à bras et appartenant au système dit à phton. pIo>i(]eur avec clapet à boule, elles peuvent débiter environ 8000 litres d'eau à riieure.
L'acide sulfurique étant aspiré directement dans les touries, toute manipulation dangereuse est écartée.
Le même ouvrier, en manœuvrant la pompe P, aspire l'acide, par le tuyau TT, dans l'intérieur de la bonbonne, et l'eau par le tuyau u, u! qui aboutit à un réservoir voisin. L'acide sulfurique et l'eau étant ainsi aspirés dans les proportions convenables se mélangent, et pénètrent dans le généra-
teur. Elles sont refoulées par un tuyau à bifurcation, où la colonne se divise en deux autres de débit égal.
Ces deux colonnes rencontrent, à leur tour, un robinet spécial émaillé, à double distribution, permettant de diriger à volonté le liquide soit dans l'un, soit dans l'autre des deux générateurs correspondants, soit dans les deux à la fois, ou d'en intercepter tout à fait le passage.
Cette disposition permet donc de faire fonctionner tous les générateurs isolément ou en batterie, d'en ouvrir une partie sans arrêter la marche de l'appareil, enfin de régler à volonté la dépense d'acide, en ayant toujours la même quantité de fer en fonction.
Les pompes sont fixées sur l'avant du chariot.
Tout l'appareil repose sur un chariot de fer. L'avant-train de ce chariot est articulé
de façon à pouvoir passer dans les chemins non nivelés. Sa partie antérieure est pourvue d'un cofTre-siège, renfermant tous les ustensiles et outils nécessaires à la manœuvre et au démontage des appareils. La dimension du siège permet à trois personnes de s'y installer commodément.
Le débit de l'appareil de M. Lachambre est de 120 à 150 mètres cubes de gaz par heure. Son originalité consiste 1° dans l'application plus rationnelle du principe de la circulation, par ce fait que la tournure de fer peut être mieux attaquée par le liquide acide dans toute sa masse immergée, à cause de la division de celle-ci en quatre colonnes; 2° dans l'emmagasinement, grâce à la hauteur des récipients, d'une provision de tournure de fer suffisante pour une opération entière de gonflement. Enfin, comme il est dit plus haut, l'aspiration de l'acide sulfurique se faisant directement dans les
SUPPLEMENT AUX AEROSTATS.
Fig. 541. — Plan du générateur à gaz de M. Yon.
A, A. Générateurs contenant de la tournure do fer baignée dans de l'acide sulfurique étendu d'eau. — B. Tuyau distribuant l'acide étendu d'eau dans les deux générateurs A, A. — m. IViveau du liquide acidulé. — D. Trop-plein. — P. Arrivée du gaz venant des générateurs se rendant au barbotteur à gaz, ou laveur F. — F. Laveur du gaz. — C. Sortie du gaz lavé. — H. Déversoir du trop-plein d'eau de lavage à écoulement intermittent.
touries (bonbonnes), toute manipulation dangereuse estsupprimée.
Le gouvernement italien, au moment de son expédition d'Abyssinie, ayant jugé utile de munir le corps d'armée de ballons légers, facilement transportables et pouvant être gonflés sur place en peu de temps, s'adressa au constructeur français, M. Gabriel Yon. Il fallait assurer la production du gaz à mesure des besoins, dans un pays où les matières premières ne sont pas faciles à se procurer, et sont d'un transport embarrassant à travers des contrées hérissées d'obstacles naturels.
M. Yon s'appliqua à remplir tous les points de ce programme; et c'est après s'être assuré, par des expériences qui eurent lieu dans son usine, voisine du Champ de Mars, du bon fonctionnement de l'appareil pour la preduction de l'hydrogène, que cet appareil fut envoyé à Massaouah.
Nous donnons dans la figure 540 une vue perspective de l'appareil de M. G. Yon pour la production du gaz hydrogène en grand, i
Dans deux grandes cuves à gaz est enfermée de la tournure de fer, baignée dans de |
l'acide sulfurique étendu d'eau. Le gaz, qui se forme par la décomposition de l'eau, s'échappe par un tuyau adapté à chaque cuve, et passe dans une autre cuve, aux deux tiers remplie d'eau, le laveur, oii il se dépouille de toutes ses impuretés. Il monte ensuite dans un conduit, d'où il sort prêt à être employé. L'eau se renouvelle assez rapidement dans la cuve pour que le gaz y soit constamment refroidi à la température ambiante, et débarrassé, en même temps, des impuretés qui l'alourdiraient.
Ce générateur à gaz, qui est d'une grande simplicité, peut être transporté facilement à proximité du champ d'opération d'une armée. Les deux cylindres peuvent être rechargés de tournure de fer, à tour do rôle, sans arrêter le dégagement du gaz, en les séparant alternativement du circuit au moyen d'un robinet.
L'acide sulfurique fortement étendu d'eau est refoulé par une petite pompe, à la partie inférieure des générateurs. Le liquide monte à travers la tournure de fer, qu il attaque, jusqu'au niveau du trop-plein, par où s'échappent les eaux mères chargées de sulfate de fer.
Il n'y a point de sécheiir. Cet organe ne semble pas indispensable, en effet, dans nn appareil de campagne; la présence de la vapeur d'eau en quantité minime ne pourrait alourdir beaucoup le gaz.
On voit dans la figure 541 le plan du même appareil. La légende qui l'accompagne fait connaître la destination de chacun de ses organes.
Les aérostiers de l'armée britannique ont fait faire un grand pas à la question de la production de l'hydrogène en campagne, en imaginant, «n 1880, de comprimer le gaz hydrogène dans des tubes d'acier, sous une pressiim considérable. Dans les pays aussi nus que les plaines d'Afrique, où le bois manque, et où l'eau même pourrait faire défaut, pour alimenter les récipients et les cuves de lavage, il était difficile de fabriquer le gaz sur place. Le gaz hydrogène étant fabriqué dans une station fixe, on le comprime dans des réservoirs, ou tubes d'acier, très résistants, et on transporte ces tubes pleins d'hydrogène comprimé, là où il s'agit de remplir un ballon.
Les aérostiers anglais, dans la campagne du Soudan, firent usage de ce procédé, c'est-à-dire du transport du gaz hydrogène dans des tubes d'acier. L'installation fixe était à Souakim ; l'hydrogène était comprimé à ISO atmosphères, dans de petits tubes d'acier ne pesant que 3 kilogrammes chacun, et qui étaient portés par des soldats.
Disons, en passant, que dans la môme expédition anglaise du Soudan, on fît usage de ces mêmes tubes, dans lesquels on comprimait de l'oxygène, pour produire la lumière oxhydrique, destinée à éclairer les chantiers du chemin de fer stratégique qui était en construction de Souakim à Berbère, et auquel on ne travaillait que la nuit, pour éviter l'extrême chaleur du jour.
M. G. Yon a employé cette même méthode
pour remplir les commandes du gouvernement italien, dont nous parlions plus haut.
Les tubes d'acier livrés par M. G. Yon au gouvernement italien pèsent , chacun, 30 kilogrammes. Ils ont 2°, 40 de longueur, 13 centimètres de diamètre, et une épaisseur de 13 millimètres. Le gaz s'y conserve, sans déperdition aucune, à la pression de 135 atmosphères. Il faut de 70 à 75 de ces tubes pour gonfler un ballon cubant 300 mètres. On les entassait sur une voiture, et leur poids total était de 2,000 à 2,250 kilogrammes : c'est là une charge que huit chevaux peuvent traîner facilement. En Abyssinie, quand le terrain ne se prêtait pas à la marche d'un tel véhicule, ces tubes furent portés à dos de chameau, mode de transport qu'ils partageaient avec bien d'autres colis.
Dans l'opération du gonflement du ballon il ne faut ouvrir qu'un tube à la fois. Sans cela, le gaz passant brusquement de 135 atmosphères à une seule, déterminerait, par sa détente, un froid d'une intensité dangereuse ; on ouvre donc tube par tube, pour éviter le danger du refroidissement subit.
Pour transporter en campagne, soit les tubes d'acier, soit le générateur, M. G. Yon construisit une voiture-treuil que représente la figure 542, dans laquelle on voit la corde, A, du ballon captif enroulée sur un axe en forme de bobine, B, que l'on dévide grâce à la manivelle M, et à Tencliquetage E. La corde venant de la bobine passe sur une poulie et s'attache, par son extrémité libre, à l'aérostat qui s'élève dans l'air.
Avant d'expédier à Massouah l'appareil pour la préparation du gaz hydrogène, ainsi que les tubes d'acier devant recevoir le gaz comprimé et la,voiture-treuil, M. G. Yon en fit l'expérience dans la cour de sa manufacture.
Pour cette expérience, 40 tubes pleins de gaz hydrogène comprimé avaient été apportés, l'un après l'autre, déposés sur le
SUPPLÉMENT
AUX
AÉROSTATS
so), et réunis, en deux groupes d'égal nombre, à un baril central, qui alimentait le tuyau de conduite aboutissant à l'emplacement où se trouvait aloi's le ballon, au milieu d'un cercle formé de sacs de lest. Autour de la bobine du treuil s'enroule le câble dont l'extrémité est fixée à un trapèze qui encadre la nacelle. Dans l'intérieur du cable, qui est à plusieurs torons, on a logé deux fils téléphoniques, lesquels sont placés, non tout à l'ait au centre, mais un peu sur le côté du câble, afin que, en cas de rupture, on puisse se rendre compte tout de suite du point oii s'est produit l'accident .
L'aéronaute est donc toujours, de cette façon, en rapport avec les hommes demeurés à terre, lesquels peuvent, à volonté, fder le câble, le retenir ou l'amener. Dix hommes suffisent pour la manœuvre, la traction à exercer n'excédant
pas 150 kilogrammes, par un temps calme, et le double par un vent déjà assez violent.
Nous représentons dans la figure 543 un ballon captif de l'armée italienne, gonflé par le gaz comprimé dans des tubes d'acier, opérant en Abyssinie.
En Allemagne, on a fait usage d'un procédé assez original pour la production de l'hydrogène. Ce procédé, imaginé par M. Richter, ancien lieutenant dans l'artillerie prussienne, et par le docteur Majest, consiste à décomposer l'eau contenue dans l'hydrate de chaux, par le zinc. L'eau se décompose, oxyde le zinc, et son hydrogène se dégage. Il reste, comme résidu, du zincate de chaux, l'oxyde de zinc formé jouant le rôle d'acide.
Cette réaction se produit à une température relativement basse. Il faut seulement que le zinc soit à l'état pulvérulent, tel par exemple qu'on le retire des cornues des
normale ramènent le ballon en huit minutes. Un frein à encliquetage sert à modérer, à volonté, la vitesse d'ascension. A l'arrière du chariot, se trouve la bobine d'enroulement B, où le câble s'emmagasine de luimême par spires régulières pendant la descente ; cette bobine est également pourvue d'un frein de sûreté.
Le bâtis du chariot est en fer laminé, et toutes les pièces ayant un effort à subir, soit en traction, soit en torsion, sont en fer forgé.
Le ballon de M. Lachambre n'emportant qu'un seul observateur, son volume est très réduit; de sorte que la voiture-treuil est toujours prête à fonctionner, même tout attelée, et peut transporter rapidement l'aérostat tout gonflé, d un lieu d'observation à un autre.
Le câble qui retient le ballon mérite une mention particulière.
Il ne ressemble que de loin à celui employé par les anciens aérostiers de la République, qui était tenu par quarante soldats, pourvus de tiroUes ou ramifications du câble principal.
C'est à Giffard qu'on doit l'idée du câble cylindro-conique, qui compense en partie la diminution de force ascensionnelle de l'aérostat, par la légèreté progressive delà corde. Le câble de retenue est tressé de manière à ce qu'il perde de son diamètre à mesure que l'aérostat perd de sa force ascensionnelle.
Il porte, à l'intérieur, un fil de cuivre, qui sert de conducteur à un téléphone allant de la nacelle à la terre.
Les fils conducteurs sont placés dans le toron môme de la corde. Ils sont ainsi à l'abri, et suivent sans effort toutes les variations de longueur du câble.
Le câble étant à trois torons, M. Lachambre y place un troisième fil de réserve, pour le cas, improbable, où l'un des deux premiers viendrait à subir une interruption.
Ce dernier fil peut, en outre, être utilisé pour mettre un troisième poste, à distance, en relation avec le ballon.
Il reste à établir la commtmication entre l'extrémité du câble « côté terre » et le poste militaire correspondant.
Le contact par les tourillons du treuil est le moyeu de communication le plus fréquemment employé. M. Lachambre a préféré relier l'extrémité des fils avec deux bagues isolées, en cuivre, qui sont placées sur le tambour d'enroulement, et dont le rebord extérieur plonge dans une petite auge à mercure. Cette disposition a l'avantage de donner un contact permanent, inoxydable et parfait. Les électriciens savent que le mercure est le meilleur agent de contact.
Le téléphone adopté par M. Lachambre est du système Okorowitch, qui sert à la fois de transmetteur et de récepteur. Ce téléphone, qui est purement magnétique, dispense d'emporter une pile électrique dans la nacelle, avantage important, car, outre la place occupée, il n'est, en matière d'aérostation, aucun poids, si faible qu'il soit, qui puisse être traité de quantité négligeable.
Dans la plupart des armées les ballons captifs sont de forme sphérique. Ils ont 1 0 mètresde diamètre, et un volume de 540 mètres cubes.
Ils enlèvent deux aéronautes dans la nacelle. Celle-ci est un panier d'osier, de forme rectangulaire, doublé d étoffe. Il y a dans la nacelle deux petits sièges, se faisant face l'un à l'autre, et dans les angles sont quatre boîtes, ou casiers, où- l'on place les engins nécessaires à l'ascension, lest, pavillon de signaux, provisions. Sur les côtés est accroché le téléphone, dont le fil est enroulé, comme nous l'avons dit, autour du câble de retenue.
Comme il faut prévoir le cas d'une rupture du câble, qui transformerait Tascen-
sion captive en ascension libre imprévue, la nacelle emporte toujours son ancre, accrochée à l'extérieur de la nacelle, au bout d'un cordage de 40 mètres, bien enroulé sur lui-même.
L'enveloppe du ballon est composée d'une étofle de soie de Chine, dite ponghée^ étofle écrue très souple et à grains serrés. Le taffetas de Lyon est d'une fabrication plus homogène, mais il colite beaucoup plus cher.
Le ballon est revêtu de plusieurs couches d'un vernis s'appliquant à l'intérieur Le choix et la fabrication de ce vernis sont de la plus grande importance. Il faut, en effet, que l'aérostat puisse demeurer gonflé pendant la marche de l'armée. Les soldats de la compagnie des aérostiers de Coutelle, en 1794, traînèrent leur ballon pendant deux mois, sans avoir besoin de le gonfler à nouveau.
Pour appliquer le vernis, il faut les plus grandes précautions. Les hommes n'approchent du globe de soie qu'avec des gants, et des chaussons de lisière : le moindre coup d'ongle provoquerait une déchirure qui laisserait échapper le gaz, et priverait le ballon de toute force ascensionnelle.
Le globe se termine, à la partie inférieure, paruna/)/)e?if/«Vr,ou»i«'ncAe,demêmeétofl:e, qui doit recevoir le tuyau adducteur du gaz.
La soupape placée à la calotte supérieure du globe est un appareil de la plus haute importance. Elle doit fermer parfaitement, et la manœuvre doit en être aisée. Elle est I composée, généralement, de deux volets de métal, s'ouvrant à l'intérieur du ballon, et qui sont maintenus fermés par des ressorts à boudin.
Une corde attachée aux volets traverse le ballon, et arrive à la nacelle, à portée de la main du pilote aérien. C'est en ouvrant
cette soupape qu'il laisse échapper le gaz, rend le ballon plus lourd, et le fait descendre ou ralentit sa force ascensionnelle.
Pour accrocher la nacelle avi ballon, le seul moyen usité, aujourd'hui comme autrefois, c'est de se servir d'un filet qui recouvre le contour entier du globe. Le filet est en bonne corde de chanvre, enduite d'une préparation de cachou, pour le préserver de l'humidité. Il embrasse exactement le dôme du ballon ; mais, à partir de la moitié environ, il se resserre, pour aboutir à un cercle d'osier de petit diamètre, dit cercle du filet, auquel la nacelle est suspendue.
Les cordages qui suspendent la nacelle au filet, ont la disposition triangulaire dont Dupuy de Lôme fil usage le premier, et qui a pour résultat de reporter le poids de la nacelle sur un petit nombre de cordages, lesquels pourraient se rompre accidentellement, sans pour cela déformer le ballon ; ce qui arrivait souvent avant l'invention de Dupuy de Lôme.
Le mode de suspension d'un ballon captif à la nacelle par le câble de retenue est une question fort délicate ; car, par l'efTet du venl, le ballon et son câble sont souvent rabattus sur la terre, et si l'on attachait directement le câble à la nacelle, celle-ci suivant le même mouvement menacerait de précipiter les observateurs dans l'espace. Dans les ballons captifs des armées de la première république, la nacelle était suspendue, par deux larges pattes d'oie, à l'équateur du filet. Deux câbles étaient attachés à l'extrémité de la patte d'oie et quarante soldats tenaient l'extrémité des câbles, et la nacelle se trouvait ainsi librement suspendue. On comprendra cette disposition en se reportant à la figure 289 (page 497) de notre Notice sur les Aéroilals àes Merveilles de la science. Mais les différences inévitables de traction sur les deux brins du câble amenaient des secousses désagréables pour les aéronautes en observation dans la nacelle.
Pour les ballons de petites dimensions on a un autre mode de suspension. Le cercle do suspension est muni d'un cadre, en forme de trapèze. Au milieu du trapèze est suspendue la nacelle, qui peut ainsi se balancer librement.
Dans les parcs français, des précautions particulières, dues au commandant Renard, assurent, par une bonne disposition de la liaison du trapèze et du filet, la complète stabilité de la nacelle, en s'opposant à sa rotation, inconvénient qui gêne souvent les observateurs aériens.