MACHINES A VAPEUR APPLIQUÉES AUX TRAMWAYS
Pour circuler au milieu des rues, une machine à vapeur locomotive doit se plier à bien des conditions diverses. Elle ne doit exposer à aucun danger les voyageurs ni les riverains; — ne produire aucun bruit; — ne répandre ni fumée, ni escarbilles, ni flammèches, ni cendres, ni vapeur d'eau excédant l'échappement régulier des cylindres ; — ne laisser voir aucune trace de feu ; — pouvoir passer dans des courbes d'un rayon excessivement petit (20 à 30 mètres) ; — pouvoir dérailler et être remise sur les rails sans difficulté — marcher dans les deux sens, afin de ne pas nécessiter de plaques tournantes.
Voilà bien des difficultés accumulées. Nous allons voir comment les efforts des inventeurs sont arrivés à les surmonter tous.
Il importe d'établir une distinction entre les diverses locomotives à vapeur qui ont été appliquées à la traction des tramways. La machine à vapeur peut
être portée par la voiture même qui contient les voyageurs; — on l'appelle alors voiture à vapeur automobile, — ou être placée sur un truck spécial, rattaché, par une chaîne, à la voiture qui contient les voyageurs; — c'est alors le remorqueur à vapeur.
FlG. 92. — REMORQUEUR A VAPEUR POUR LES VOITURES DE TRAMWAYS EXPÉRIMENTÉ A PARIS, SUR LA LIGNE DE SAINT-DENIS
Nous allons passer en revue les principales machines qui ont été mises en usage dans chacun de ces deux groupes.
Machines à vapeur et voitures automobiles. — Le car Baldwin, qui tire son nom de l'usine américaine qui le construit, se compose d'une chaudière verticale, placée sur la plate-forme de devant. Le mécanisme moteur, c'est-à-
dire les cylindres et les bielles, sont au-dessous de la caisse de la voiture. II y a quatre roues couplées. Ce car, qui franchit des rampes de 4 pour 100, fonctionne sans bruit ni fumée, et brûle 2 kilogrammes 252 de charbon, par kilomètre.
Le car TecL du nom de son constructeur, ressemble au précédent, avec cette particularité que la chaudière est séparée des voyageurs par un matelas d'air, de 15 centimètres d'épaisseur. Il peut recevoir 40 personnes.
Le car Ranson, construit par M. Ranson, de Philadelphie, est semblable au précédent, mais ne peut recevoir que 20 voyageurs.
Le car Grantham est à chaudière verticale et à machine motrice placées à l'avant. Il est porté, à l'avant et à l'arrière, sur de petites roues couplées. Construit en Angleterre, ce car à vapeur a été employé avec succès en Autriche, en Italie, en Angleterre et en France.
Le car Brûnn'er, construit en Suisse, à Wintherthiïr, dans l'atelier de fabrication de locomotives de MM. Brûnner frères, comporte une impériale. La caisse repose sur deux trucks, dont l'un supporte les chaudières et le mécanisme moteur, et l'autre un pavillon pour les fumeurs. Cette voiture fait le service de Lausanne à Echaelens.
Le car Perret, construit en Angleterre, à Nottingham, contient deux machines à vapeur verticales, l'une à l'avant, l'autre à l'arrière, et communiquant entre elles. Portée sur quatre roues couplées, elle est à impériale couverte. Le mécanisme moteur est au-dessous de la caisse.
Nous pourrions citer un certain nombre d'autres cars à vapeur, qui ont été mis en service ou construits, en Allemagne, en Angleterre et en Suisse ; mais les détails qui précèdent suffiront pour se faire une idée exacte des voitures à vapeur automobiles pour tramways, c'est-cà-dire portant, en même temps, les voyageurs et le mécanisme moteur, y compris les chaudières.
Remorqueurs à vapeur. — Ce genre de moteur a obtenu généralement la préférence sur celui qui précède, le trop grand voisinage du foyer et des appareils mécaniques, n'étant pas toujours du goût des voyageurs.
Voici les principaux remorqueurs à vapeur dont on a fait usage jusqu'ici.
En première ligne, il faut citer la locomotive Merrywheater, construite à Londres, et importée en France par M. Harding. La chaudière est tubulaire et horizontale, comme celle des locomotives ordinaires. Le mécanisme est placé sous la plate-forme. Ce mécanisme se compose de deux cylindres à vapeur horizontaux, agissant sur un essieu coudé. Il est caché, aux yeux des passants, par deux panneaux de tôle, qui descendent jusqu'au sol.
Les locomotives Merryivheater ont fonctionné dans beaucoup de pays de
l'Europe : à Barcelone, à Cassel (Allemagne), à Guernesey, à Bristol (Angleterre); en France: à Rouen et à Paris. Dans cette dernière ville, elles ont fait le service sur la ligne de tramways de la gare Montparnasse à la Bastille, de la Bastille à Saint-Mandé, enfin, sur le réseau nord.
D'après M. Arthur Wright, ingénieur- directeur de la Compagnie des tramways de Rouen, ces machines, perfectionnées par lui, ne dépenseraient que 40 à 42 centimes par kilomètre. La traction par les chevaux coûte 70 centimes, en moyenne.
Nous représentons sur la figure 92 le tramway à vapeur qui a fonctionné en 1879 sur la ligne de Saint-Denis, faisant partie du réseau nord, et sur la figure 93 celui qui a été expérimenté de la gare Montparnasse à la Bastille.
La locomotive Brown, ou remorqueur à vapeur, construite à Wintherthùr (Suisse), a fonctionné à Hambourg, à Bruxelles, à Florence, à Milan, à Tu-
Madrid, à Saint-Élienne et à Paris. Elle présente une série de particularités importantes à connaître pour les ingénieurs, mais qui n'intéresseraient pas suffisamment nos lecteurs. On prétend qu'elle ne dépense pas plus de 33 centimes par kilomètre.
Cette locomotive a fonctionné, en 1880, sur la ligne de la place de l'Étoile à Courbevoie.
La Société Aulnoy Berlaimont a fait fonctionner à Paris, en 1878, sur la ligne de Saint- Denis, un remorqueur à vapeur de voitures de tramways. La chaudière, verticale, était placée au milieu du truck ; les cylindres étaient disposés extérieurement ; le charbon et les caisses à eau logés au-dessus des cylindres. La machine était symétrique et pouvait marcher dans les deux sens. La vapeur était lancée clans les foyers, pour activer le tirage. Un frein à vapeur agissait sur les roues.
Nous ne pousserons pas plus loin cette description des remorqueurs à vapeur, ou locomotives pour tramways. 11 est facile de comprendre que les constructeurs de locomotives et delocomobiles se soient appliqués, en tout pays, à construire des locomotives à faible puissance, capables de traîner, avec économie, des voitures de tramways. Ce problème, au fond assez simple, à été résolu par un grand nombre de constructeurs. Nous avons cité leurs principaux types.
Chacun a pu voir, en 1879, sur le trajet de la gare Montparnasse à la Bastille, les locomotives Merrywheater, et sur la ligne de la place de l'Étoile à Courbevoie, la machine Brown, de Wintherthùr. En ma qualité d'habitant du quartier de la place de l'Étoile, j'ai souvent navigué sur le tramway à vapeur de l'Arc de triomphe à Courbevoie. Je dis navigué, parce que le petit remorqueur à vapeur de Wintherthùr tressautait sur les rails, à la façon d'une barque agitée par les vagues de la mer ; ce qui n'était pas un agrément pour les voyageurs qui, même à distance du remorqueur, ressentaient les effets de ce roulis terrestre.
En Italie, on a fait usage, en 1879, sur le tramway de Vercelli (Piémont), d'une machine locomotive à vapeur. Comme elle était destinée à faire un service de routes, cette locomotive traînait deux ou trois wagons.
Nous représentons, sur la figure 94, la voiture à vapeur de Vercelli.