DERNIÈIIES ANNÉES DE JAMES WATT
Ces machines admirables qui devaient exercer une inQuence si extraordinaire sur la prospérité de la nalion britannique. Watt les faisait exécuter sous ses yeux, dans l'immense établissement de Soho. C'est de là que partaient les puissants appareils qui allaient fonctionner dans les diverses parties des trois royaumes. La manufacture de Soho était pour les Anglais une sorte d'école des ponts et chaussées; c'était comme un établissement d'instruction pour les ingénieurs et les mécaniciens de la Grande-Bretagne. Les étrangers s'y rendaient aussi pour étudier le mécanisme des nouvelles machines, et pour en transporter l'usage dans leur patrie. C'est ainsi que Bettancourty envoyé par le gouvernement espagnol, put introduire dans son pays les premiers appareils de ce genre ; l'habile ingénieur avait deviné le mécanisme de la machine à double effet à la seule inspection de son jeu extérieur. C'est encore de la même manière que l'ainé des frères Perrier, qui flt, dans celte vue, jusqu'à cinq voyages en Angleterre, put installer à Paris une machine à vapeur qui n'était que la reproduction de la machine de Watt à simple effet. C'est la même machine qui a fonctionné jusqu'à l'année 1854 sur les rives de la Seine pour la distribution des eaux, et qui était connue sous le nom de pompe à feu de Chailloi.
Watt continua de résider à Birmingham ou à Soho, jusqu'au terme de son association avec Mathieu Boulton; leur société devait durer jusqu'à l'expiration du premier brevet de Watt. Ce brevet, concédé en 1775, pour un
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espace de vingt-cinq années, expirait en 1800. A cette époque, Watt et Boulton se séparèrent de la société. Ils y furent remplacés chacun par son fils, etla nouvelle compagnie continue de diriger de nos jours, l'admirable établissement dû à la persévérance et au génie de ses fondateurs.
En se retirant des affaires, James Watt vint se fixer dans une terre voisine de Soho, nommée Heathfield, dont il avait fait Tacquisition en 1790. Il passa ses derniers jours dans cette heureuse retraite, pratiquant les maximes de sa douce philosophie, jouissant du repos et de la fortune acquis pendant le cours de sa glorieuse carrière, éprouvant le bonheur ineffable d'être témoin de l'extension prodigieuse que prenait, par suite de ses travaux, la prospérité de sa patrie.
Les plaisirs et les relations de la société l'occupèrent exclusivement jusqu'à la fin de sa vie. Pendant qu'il résidait à Birmingham ou à Soho, il avait pris l'habitude de réunir autour de lui un petit cercle d'amis, parmi lesquels se remarquaient l'illustre chimiste Prîestley, le poëte Darwin, le l)otaniste Withering, le chimiste Keir, traducteur de Macquer, M. Edgeworth, père de miss Maria Edgeworth, et quelques artistes ou littérateurs en renom. Cette petite académie portait le nom de Société lunaire [Lunar Society)^ titre sur lequel il est bon de ne pas prendre le change, et qui signifiait seulement que les académiciens se réunissaient les soirs de pleine lune, afin d'y voir clair en rentrant chez eux. Watt rassembla à Heathfield les restes épars de sa petite académie, et c'est dans ce cercle distingué qu'il aimait à s'abandonner à sa verve de causeur et de conteur. Nul ne possédait ces talents à un plus haut degré. 11 avait dévoré dans sa jeunesse tous les ouvrages de fiction et de poésie légère, et sa mémoire y retrouvait le texte d'inépuisables emprunts. A leur défaut, son imagination lui suggérait, pendant des soirées entières, toutes sortes de récits de fantaisie que son air de conviction et l'assu-
rance de son débit faisaient accepter comme autant de faits incontestables.
Que d'anecdotes racontées dans les Revues anglaises et dans les Magazines^ qui n'étaient que des jeux de l'imagination de Watt bénévolement transmis au public par ses auditeurs mystifiés! Un jour cependant, ayant étourdiment lancé les personnages de son récit dans une situation des plus compliquées, il éprouvait quelque embarras à les tirer de ce dédale. Darwin Tinterrompant :
— Est-ce que par hasard, monsieur Watt, vous nous raconteriez une histoire de votre cru ?
Watt s'arrêta, et regardant son interlocuteur avec le plus grand sérieux :
— Votre question, monsieur Darwin, m'étonne au dernier point. Depuis vingt ans que j'ai le plaisir de passer mes soirées avec vous, est-ce que je fais autre chose? Est-il donc possible qu'on ait voulu faire de moi un émule de Robcrtson ou de Hume, lorsque toutes mes prétentions se bornaient à marcher sur les traces de la princesse Schéhérazade (1)?
(I) Ce talent singulier de conteur d'iiistoires faites à plaisir s*était manifesté chez James Watt dès lei premières années de son enfance. Arago, dans sa Notice biographique^ en cite une preuve assez piquante :
« L'esprit anecdotiqne que notre confrère, dit Arago. répandit avec tant de gr&ce, pendant plus d'un demi-siècle, parmi tous ceux dont il était entouré, se développa de très-bonne heure. On en trouvera la preuve dans ces quelques lignes que j'extrais, en les traduisant, d'une note inédite rédigée en 1708 par madame Marion Campbell, cousine et compagne d'enfance du célèbre ingénieur :
« Dans un voyage à Glascow, madame Watt confia son « Jeune fils James à une de ses amies. Peu de semaines « après, elle revint le voir, mais sans se douter assuré- «c ment de la singulière réception qui TattendalL — Mau dame, lui dit cette amie dès qu'elle l'aperçut, il faut vous a hâter de remmener James à Glascow, je ne puis endurer «c l'état d'excitation dans lequel il me met ; je sais harassé» « par le manque de sommeil. Chaque nuit» quand l'heure «f ordinaire du coucher de ma famille approche, votre fils « parvient adroitement à soulever quelque discussion dans « laquelle il trouve toujours moyen d'introduire un conte « qui, au besoin, en enfante d'autres. Ces contes pathéti- « ques ou burlesques ont tant de charme, tant d'intérêt, ma « famille tout entière les écoute avec une si grande atten- « tion, qu'on entendrait une mouche voler. Les heures ainsi « succèdent aux heures sans que nous nous en aperce- « viens ; mais le lendemain je tombe de fatigue. Madame, « remmenés, renunenez votre iUs chez vous. •
Ces heureuses réunions, sur lesquelles Tesprit aimable et les grâces enjouées du vieillard savaient répandre tant de charmes, étaient encore animées |)ar la présence de la femme distinguée à laquelle il avait donné son nom. James Watt s*était décidé, après quelques années de veuvage, à épouser la fille d'un fabricant du comté. Les goûts éclairés, le jugement solide et les connaissances sérieuses de mademoiselle Mac-Gregor, avaient surtout contribué à fixer son choix. Les premières relations s*étaient établies autour d*une table à thé, dans Tune des soirées de Watt. On avait parlé de Shakespeare et de Hacine, et Watt avait défendu Fauteur de Macbeth contre le poète AWthalie proné par mademoiselle Mac- Cregor. La discussion amena un échange de lettres, et le mariage s'ensuivit. Les précieuses qualités de madame Watt rendaient sa maison doublement chère à ses amis : nulle part, en eûét, la science du bon accueil n'était mieux entendue.
La littérature et les événements du jour n*étaient |>as cependant la seule matière des entretiens. Comme on le pense, la science avait son tour, et la chère mécanique n'était pas oubliée. Le génie fertile de Watt y trouvait quelquefois de soudaines occasions de s exeixîer avec profit. Un jour Danvin entrant chez lui :
— Je viens d'imaginer, dit-il, cert;une plume à deux becs, à Taide de laquelle on écrira chaque chose deux fois, et qui donnera ainsi d'un seul coup Toriginal et la copie d'une lettre . — J'espère tmuver une meilleure solution, répliqua James Watt. J'y penserai ce soir, et je vous communiquerai demain le résultat de uu»s réilexions.
Le lendemain la presse à copier les lettres était inventée.
C'est de celle manière qu'il imagina la i u- ! rieuse machine qui pennet d'obtenir, par des i moyens très-simples, la reproduction d'une i htiitue, d'un bas-relief tm d'un buste. Ct^tle ! invention intéressant!* fui réalisée tlans l(^
dernières années de James Watt. U en disti huait les produits à ses amis, en les pria d'accepter « cette œuvre d'un jeune artî! a qui ne fait que d'entrer dans sa quatre-vin| « troisième année. »
Ainsi le feu de son heureux génie, qui s'i tait fait jour dès les premiers instants de jeunesse, brillait encore aux derniers tem| de sa vie. Il faut connaître, pour ne point s'e étonner, le caractère et les qualités spéciali de l'esprit de James Watt. Le célèbre ingi nieur avait reçu en partage le don rare et pr cieux de l'imagination. C'est par une vi très-faussvî et très-mal justifiée, que Ton s'ai corde généralement à resserrer le rôle de F magination dans le domaine exclusif des le très et des beaux-arts. Cette heureuse faculi préside plus qu'on ne le pense aux créatior scientifi(iues. Pour se lancer, dans les liaut< régions de la science, à la recherche de Tir connu; pour marcher, par des sentiers nou veaux, vers ces horizons voilés que TaTeni nous dérobe, il faut souvent suivre des yeu l'étoile inspiratrice qui brille au firmamei des poètes. C'est en s'écartant des règles éta blies, en s'élançant, par une vue souveraine hors du cercle étroit des opinions communes qu'un homme supérieur s'élève aux grande conceptions qui immortalisent son génie. Wal en fournirait au besoin un éclatant exemple Il avait reçu de la nature la faculté de Fima gination, et il eut la fortune de préserver C( don brillant du dangereux contact deTéduca tion des écoles. Son humble origine, les ma destes occupations de sa jeunesse, eurent poui résultat d'éloigner de son esprit les règles absolues et les tranchantes formules de renseignement classique. S'il eût pris sa part ai r instruction banale qui se débitait à l'université d'Oxford, il serait devenu sans doute ur professeur éruilit ; livré à lui-même, il devini le premit^r mécanicien de son temps. Il est re- Oiiunu (|ue Watt n'avait aucune de ces connaishaïu'i's obligées et communes qui font le savant UKithématicien. On assure qu'il n'a vail
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Pig. &2. — SUtae de James Watt a Weatmiester. (page 103}
jamais résolu une équation d'algèbre. Gomme Ferguson, il se contentait de Femploi des procédés géométriques ; et c'était même son amusement favori de représenter par des figures de géométrie les tables numériques qu*il avait besoin de consulter pour établir les proportions de ses machines. Les traités de mécanique étaient le seul genre d'ouvrages dont il se refusât la lecture : on aurait dit que son intelligence avait besoin d'être affranchie de tout joug étranger. Il ne communiquait ses idées à personne, et quand il avait imaginé quelque appareil nouveau, c'est à peine s'il s'occupait d'en surveiller l'exécution ou de prendre des avis, comme s'il avait eu la conviction secrète que son esprit n'avait jamais plus de puissance que quand il était entièrement livré à lui-même. Les idées sortaient de son Hsprit comme pousse l'herbe des champs sur un terrain vigoureux.
On lui demandait un jour si la décou-
verte du parallélogramme articulé lui avait coûté beaucoup de calculs et d'efforts de tête : (( Non , répondit-il , et j'ai même « été très-surpris de la perfection de son «jeu. En le voyant fonctionner pour la prett mière fois, j'éprouvais autant de plaisir que tt si j'avais examiné l'invention d'une autre « personne. »
11 a dit, en donnant le récit de ses découvertes relatives au perfectionnement de la machine de Newcomen : <c L'idée une fois « conçue d'opérer la condensation hors du « cylindre, toutes les autres améliorations « s'effectuèrent avec une incroyable rapidité; « tellement que, dans l'espace d'un ou deux « jours, mon plan fut parfaitement arrangé « dans ma tête, et que, pour en faire l'essai, <c je le mis tout de suite à exécution. «>
Aussi avait-il l'habitude de considérer toutes ses inventions comme le résultat de pensées tellement simples, qu'elles auraient
pu se présenter à lout autre qu'à lui. 11 ajoutait qu*il avait été seulement assez heureux pour les soumettre le premier à rexpcrience. Et cette déclaration étaitsincère de tous points. Grâce à cette organisation intellectuelle, James Watt pouvait s'occuper avec succès d'objets dont il n'avait aucune idée. Pendant qu'il résidait à Glascow, Darwin vint un jour le prier de lui fabriquer un orgue.
— Comment voulez- vous que je vous construise un orgue? répondit Watt. J'ai la musique en horreur, et tous les instruments me sont étrangers. Je ne puis distinguer deux sons : l'une de mes oreilles est en ut et l'autre en fa.
— Bah ! essayez. Vous pouvez tout ce que vous voulez : vous êtes le dieu de la mécanique.
Watt essaya. Il n'avait à sa disposition que que l'ouvrage très-confus du docteur Robert Smith de Cambridge. Cependant l'orgue fut construit, et ses qualités harmoniques charmaient jusqu'aux musiciens de profession. 11 réalisa le tempérament des diverses notes d'après la seule connaissance du phénomène physique des battements qu'il avait ignoré jusque-là, et dont il trouva l'exposition dans le traité obscur de Robert Smith.
Cette organisation extraordinaire de Watt, le développement vraiment prodigieux de ses facultés, pourraient nous sembler aujourd'hui douteux, si quelques-uns de ses contemporains n'avaient pris soin d'en fournir des témoignages irrécusables. Son élève Playfair a dit :
« L'esprit de James Walt pouvait ôtre comparé à une encyclopédie qui, dans (juelque endroit qu on Touvrtt, offrait à votre curiosité ou quelque fait nouveau, ou le développement dune vérilé, ou la découverte de quelque rapport. »
Walter Scott, dans sa préface du Alonastère, s'exprime en ces termes au sujet du célèbre ingénieur :
« Walt n'était pas sculcmcnl le savant le plus profond, celui qui, avec le plus de succès, avait tiré de
certaines combinaisons de nombres et de forces des applications nouvelles; il n'occupait pas seulemeol un des premiers rangs parmi ceux qui se font remarquer par la généralité de leur instruction; il était encore le meilleur, le plus aimable des hommes. La seule fois que je Taie rencontré, il était entouré d'une petite réunion de littérateurs du Nord. U Je vis et J'entendis ce que je ne verrai et n'entendrai plus jamais. Dans la quatre-vingt-unième année de sen flge, le vieillard, alerte, aimable, bienveillant, prenait un vif intérêt à toutes les questions : m science était à la disposition de qui la réclamait. Il répandait les trésors de ses talents et de son imagination sur tous les objets. Parmi les gentiemen se trouvait un profond philologue ; Watt discuta avec lui sur l'origine de l'alphabet comme s'il avait été le contemporain de Cadmus. Un célèbre critique s'étant mis de la partie, vous eussiez dit que le vieillard avait consacré sa vie tout entière à l'étude des belleslettres et de l'économie politique. Il serait superflu de mentionner les sciences : c'était sa carrière brillante et spéciale. Cependant, quand il parla avec notre compatriote Jedediah Cleishbotham, vous auriez juré qu'il avait été le contemporain de Claverbouse et de Burlej, des persécuteurs et des persécutés; il avait fait, en vérité, le dénombrement exact des coups de fusil que les dragons tirèrent sur les covenantaires fugitifs. Nous découvrîmes enfin qu'aucun roman du plus léger renom ne lui avait échappé, I et que la passion de l'illustre savant pour ce genre d'ouvrages était aussi vive que celle qu'ils inspirent aux Jeunes modistes de dix-huit ans. »
Enfin, Arago nous fournit ce curieux témoignage sur les facultés intellectuelles de James Watt.
« La santé de Walt s'était fortifiée avec l'âge. Set facultés intellectuelles conservèrent toute leur puissance jusqu'au dernier moment. Notre confrère crut une fois qu'elles déclinaient, et, fidèle à la pensée qu'exprimait le cachet dont il avait fait choix (un œil entouré du mol observaré)y il se décida à ëclaircir ses doutes en s'observant lui-même, et le voilà, plus que septuagénaire, cherchant sur quel genre d'étude il pourrait s'essayer, et se désolant de ne trouver au* cun sujet sur lequel son esprit ne se fût déjà exercé. Il se rappelle enfin qu'il existe une langue anglosaxonne, que cette langue est difficile ; et rangl!>saxon devient le moyen expérimental désiré, cl la facilité qu'il trouve à s'en rendre maître lui montre le peu de fondement de ses appréhensions (i). »
C'est ainsi que l'illustre mécanicien, conservant jusqu'à ses derniers jours l'euliiM"
(l) Ao/ice biographique sur Jamex WatU
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usage de ses facultés, vieillissait entouré des affections de sa famille, jouissant d'un repos noblement acquis pendant le cours de sa vie laborieuse, recevant avec un orgueil légitime les hommages que ses concitoyens rendaient à ses vertus et -à son génie. Dans Tété de Tannée 1819, quelques symptômes alarmants annoncèrent sa fin prochaine. Il ne se méprit pas à la nature de son mal, et dès ce moment il ne fut occupé que du soin de consoler ses amis. Il remerciait la Providence de tous les bienfaits versés sur ses longs jours. Il exprimait sa gratitude profonde pour les services qu'il lui avait été donné de rendre à sa patrie, pour la sérénité et le calme qui avaient embelli le doux soir de sa vie. Le noble vieillard s'éteignit le 25 août 1819.
Watt fut enterré dans l'église paroissiale de Heathfield. Son fils, M. James Watt, fit ériger sur sa tombe un monument gothique au centre duquel s'élève une statue de marbre due au ciseau de Chantrey. Une seconde statue du même artiste a été placée par M. Watt fils, dans l'une des salles de l'université célèbre qui protégea l'illustre mécanicien aux jours difficiles de sa jeunesse.
Mais le peuple anglais sait trop dignement glorifier ses morts illustres pour avoir laissé à la piété filiale le soin d'honorer seule la mémoire de ce grand citoyen. Une statue de bronze, dressée sur un piédestal de granit, a été élevée à Watt sur l'une des places de Glascow. En outre, les habitants de Greenock, sa ville natale, ont placé, à leurs frais, une statue de marbre dans la bibliothèque de la ville.
La haute reconnaissance de la nation ne devait pas s'en tenir au tribut isolé des compatriotes de Watt. L'abbaye de Westminster possède aujourd'hui un monument digne de son génie.
L'inauguration du monument de Westminster eut lieu dans une séance solennelle, au milieu d'une réunion des plus imposantes, où se trouvaient un grand nombre
de pairs d'Angleterre et les membres les plus éminénts de la chambre des communes, sous la présidence du premier ministre, lord Liverpool. Ce monument consiste en une admirable statue de marbre, l'un des plus beaux ouvrages de Chantrey, qui reproduit avec une fidélité remarquable la physionomie calme et méditative du grand inventeur ; les ornements et les emblèmes qui le décorent sont du plus majestueux effet. L'Angleterre a voulu, par ce magnifique hommage, consacrer dignement la gloire de l'un des plus grands hommes qu'elle ait produits.
Mais que peuvent pour de tels génies ces somptueux témoignages de l'admiration du monde? Ni l'airain ni le marbre ne sont nécessaires pour consacrer leur mémoire. Les services que Watt a rendus à sa patrie, à l'Europe, à l'humanité tout entière, suffisent pour perpétuer son nom. La machine qu'il a créée a été l'origine du bien-être général dont jouit la société moderne. Multipliant dans une proportion extraordinaire la somme du travail public, elle a couvert le sol des nations libérales de ces milliers de travailleurs, dociles autant qu'infatigables, qui dorment à nos pieds sous la forme d'un bloc de charbon, et qui, sur un geste, sur un signe de nous, s'éveillent pour nous offrir leurs bras de fer et leurs muscles d'acier. C'est par le secours de ces légions paisibles que des améliorations incalculables ont été introduites en quelques années dans le sort et les conditions d'existence des classes pauvres. Les produits du luxe utile mis à la disposition de tous, l'existence rendue plus douce et plus facile, la vie intellectuelle agrandie dans tous les esprits ; tels sont les immortels résultats des travaux de James Watt. Les bienfaits que son génie a versés sur le monde, voilà la véritable, voilà l'impérissable statue qui perpétuera sa mémoire, et qui fera vivre à jamais son nom dans le cœur des générations présentes et de la postérité.