VULGARISATION DE LA MACHINE A VAPEUR. — SES PROGRÈS EN FRANCE
Pendant une longue suite d'années on n'a fait usage que de la machine de Watt, ou machine à basse pression et à condenseur dont l'histoire descriptive vient de nous occuper. En Angleterre et dans les autres pays, elle fut longtemps conservée sans aucune modification, même dans le cas où elle perd une grande partie de ses avantages, c'est-à-dire pour la production de petites forces. Cependant la nécessité d'approprier l'action de la va|)eur à différentes natures de travaux, et le désir de réduire la dépense assez considérable de combustible qu'elle entraîne, ont obligé, de nos jours, à modifier, dans presque toutes ses parties, la machine de Watt. C'est Texamen de ces dispositions nouvelles qui doit maintenant nous occuper et qui terminera rhistoire des machines à vapeur fixes.
En 1804, les brevets de Watt étant expirés, une modification de la plus haute importance fut apportée à la machine à vapeur, par la construction des machines à double cylindre ou machines de Wolf. Le constructeur Homblower avait le premier conçu, en 1 798, l'idée de ce système, qui fut perfectionné et exécuté par Arthur Wolf, constructeur anglais, dont le nom est demeuré, ajuste titre, attaché à ce nouveau type de machines.
L'objet de la machine de Wolf^ c'est d'obtenir le plus grand avantage possible de la détente de la vapeur.
Nous avons vu que Watt n'avait retiré que peu de profit de l'expansion de la vapeur dans le vide. Il avait consigné ce fait dans ses brevets, plutôt comme une vue théorique que
pour en faire l'objet d'une application sérieuse. Son but était surtout, en détendant Id vapeur, d'éviter les chocs du piston contre le fond du cylindre.
La machine de Wolf a pour objet, ditiHMnous, de tirer le parti le plus efficace de la détente de la vapeur. Mais que faut^il entendre par la détente de la vapeur^ et comment cet effet peut-il être mis à profit?
Si on laisse la vapeur arrivant de la diaudière exercer son action sur le piston pendant toute la durée de sa course; en d'autrn termes, si on laisse libre la communîcatiDn t^ntrc la chaudière et le cylindre à vapeur pendant toute la course ascendante ou descendaQte dy piston, ce dernier, soumis à raclioti d'une force constante, accélère son mouvement sous l'influence de cette impulsion continuelle^ «t il arrive à l'extrémité de sa course animé d'une très-grande vitesse. Cette vitesse a pottrfisultat de produire sur le fond du cylindre nn choc nuisible à la solidité de l'appareil^ et de faire perdre, en même temps, une parfie de la force motrice.
C'est pour remédier àce double inconTénient que Watt, comme nous l'avons déjà dit, imagina, en 1769, de suspendre la communication entre la chaudière et le cylindre à Tapeur à un certain moment de la course du piston. Si l'on interrompt l'entrée de la vapeur dans le corps de pompe, en fermant le robinet d'ao ces lorsque le piston est parvenu, par exemple, au tiers ou au quart de sa course, le piston ne s'arrêtera pas pour cela dans son monvement; il continuera de s'élever ou de s'abaisser, en vertu de sa vitesse acquise, et en même temps aussi en vertu de la force élastique trèsconsidérable que possède la vapeur, bien qu'elle ne soit plus en communication avec It chaudière. En effet, en arrivant dans le vide qu'a provoqué dans le cylindre la marcbe du piston, la vapeur se dilate, se détend^ comme le ferait un ressort comprimé, et elle exerce, par la force élastique qui lui est propre, une impulsion mécanique. L'effort produit par
MACHINE A VAPEUR
considérable. Selon MM. Grouvelle et Jaunez, elle consomme seulement 3 kilogrammes de bonne houille par force de cheval et par heure de travail dans les machines de la force de 8 à 12 ou 15 chevaux (1). On sait, d'après les résultats obtenus, tant en Angleterre qu'en Belgique et en France, que la machine à basse pression de Watt brûle ordinairement de 6 à 7 kilogrammes par force de cheval produite et par heure de travail.
La machine de Wolf n*a reçu depuis sa création que des modifications de très-peu d'importance.
L'économie qui résulte de l'emploi de la machine de Wolf, la fit accepter assez généralement en Angleterre, malgré la faveur dont jouissait dans ce pays la machine primitive de Watt. Son succès fut plus complet et plus rapide en France, où le mécanicien Edwards, qui l'avait perfectionnée dans quelques détails de son mécanisme, en fit adopter l'usage. Aujourd'hui la machine de Wolf est extrêmement répandue dans le nord de la France ; les filatures l'emploient presque exclusivement en raison de la régularité extrême et de la douceur de son mouvement.
C'est vers l'année 1815 que les machines à haute pression^ ou mieux les machines sans condenseur^ commencèrent à s'introduire sérieusement dansTinduslrie européenne. Nous n'avons pu parler jusqu'ici que d'une manière incomplète de ce genre de machines, dont les applications sont toutes modernes. C'est ici le lieu de les examiner avec plus de détails.
Avant de présenter l'historique de la découverte et des progrès de la machine à haute pression, nous commencerons par donner l'exposé des principes sur lesquels repose son mécanisme.
Dans la machine de Watt, ou machine à condenseur, on emploie de la vapeur chauffée seulement à la température de TébuUition de l'eau, sous une pression qui ne dépasse pas de
(1) Guide du chauffeur.
beaucoup celle de l'atmosphère. La condensation alternative de cette vapeur, sous les deux faces du piston, détermine un vide, qui permet à la vapeur de produire toute son action mécanique. Mais on peut aussi construire des machines réalisant de très-puissants effets, sans qu'il soit nécessaire d'y condenser la vapeur. 11 suffit, pour obtenir ce résultat, de communiquer à la vapeur une tension supérieure à celle de l'atmosphère (1). En effet, si le pistoii est pressé sur ses deux faces par de la vapeur dont la force élastique dépasse de beaucoup la pression de l'atmosphère, il suffira de chasser dans l'air la vapeur qui se trouve au-dessous du piston, pour que celui-ci s'abaisse aussitôt dans le cylindre. Quand le cylindre est rempli de vapeur d'eau présentant une force élastique supérieure à celle de l'atmosphère, et que ses deux capacités, supérieure et inférieure, communiquent entre elles, le piston est soumis sur ses deux faces à la même pression; il reste donc immobile. Mais si tout d'un coup on vient à donner issue à la vapeur qui remplissait, par exemple, la capacité inférieure du cylindre,en ouvrantun robinet qui la fasse écouler dans l'air, la pression qui s'exerce sur la tête du piston, n'étant plus exactement contre-balancée au-dessous, précipite nécessairement le piston jusqu'au bas de sa course. Admettons, par exemple, que le cylindre soit rempli de vapeur à la tension de troi? atmosphères; si l'on chasse dans l'air la vapeur qui se trouve au-dessous du piston, la capacité inférieure du cylindre, communiquant dès lors librementavec l'air extérieur, n'opposera plus à la vapeur une résistance capable de la main-
(1) Pour obtenir de la vapear à haute pression, on chauiïe très-fortement l'eau de la chaudière en retenant la vapeur dans la chaudière sans lui donner issue dans le cylindre. Le chauffeur reconnaît, en examinant le manomètre, le moment où la vapeur a atteint le degré de pression qu'il désire communiquer à la vapeur, et ce terme une fols atteint, Il ouvre le robinet qui lui donne accès dans le cylindre; la machine commence alors à fonctionner. Pendant la marche de la machine, le chauflTeur observe toujours la hauteur du manomètre, et U règle la chaleur du foyer «le manière à entretenir la vapeur au même degré de tension.
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pUti/QÂ âoot arriveï au bds des ci>q>$ de pompe, le:< robinets E, H, Lse ferment, et les robinets F, G, K s'ouvrr:nt. Li vapeur arrife sons le pl^ion A, le «^#rilcTe, chas^ la vapeur qui est au-de^.su^, dans la partie inférieure du cy* iindrc D, où elle se détend et aide à souIoTer Lrpî.'ïton B, et la va[»eurqui eiiste au-dessusde B, s'écoule par le tuyau K dans le condenseur, où elle va se liquéfier. Les deux pistons remont/5nt donc sous Faction d'une force égale à celle qui les avait fait descendre, et ainsi de suite. Ces mouvements répétés continuant parle jeu des mêmes moyens, Teflet combiné des deux pistons entretient Toscillation du balancier.
La machine de Wolf, où Ton fait usage de la détente de la vapeur dans les conditions les plus étendues, a eu pour résultat de diminuer, dans une forte proportion, la quantité de combustible consommée par la machine, tout en ajoutant à la régularité de ses effets. Elle présente sur la machine de Watt une économie
MACHINE A VAPEUR
considérable. Selon MM. GrouYelle et Jaunez, elle consomme seulement 3 kilogrammes de bonne houille par force de cheval et par heure de travail dans les machines de la force de 8 à 12 ou 15 chevaux (1). On sait, d'après les résultats obtenus, tant en Angleterre qu'en Belgique et en France, que la machine à basse pression de Watt brûle ordinairement de 6 à 7 kilogrammes par force de cheval produite et par heure de travail.
La machine de Wolf n'a reçu depuis sa création que des modifications de très-peu d'importance.
L'économie qui résulte de l'emploi de la machine de Wolf, la fit accepter assez généralement en Angleterre, malgré la faveur dont Jouissait dans ce pays la machine primitive de Watt. Son succès fut plus complet et plus rapide en France, où le mécanicien Edwards, qui l'avait perfectionnée dans quelques détails de son mécanisme, en fit adopter l'usage. Aujourd'hui la machine de Wolf est extrêmement répandue dans le nord de la France ; les filatures l'emploient presque exclusivement en raison de la régularité extrême et de la douceur de son mouvement.
C'est vers Tannée 1815 que les machines à haute presrion^ ou mieux les machines sans condenseur, commencèrent à s'introduire sérieusement dansFindustrie européenne. Nous n*avons pu parler jusqu'ici que d'une manière incomplète de ce genre de machines, dont les applications sont toutes modernes. C'est ici le lieu de les examiner avec plus de détails.
Avant de présenter l'historique de la découverte et des progrès de la machine à haute pression, nous commencerons par donner l'exposé des principes sur lesquels repose son mécanisme.
Dans la machine de Watt, ou machine à condenseur, on emploie de la vapeur chauffée seulement à la température de l'ébullition de l'eau, sous une pression qui ne dépasse pas de
(1) Guide du ekaugeun
beaucoup celle de Tatmosphère. La condensation alternative de cette vapeur, sous les deux faces du piston, détermine un vide, qui permet à la vapeur de produire toute son action mécanique. Mais on peut aussi construire des machines réalisant detrès-puissantseffets, sans qu'il soit nécessaire d'y condenser la vapeur. Il suffit, pour obtenir ce résultat, de communiquer à la vapeur une tension supérieure à celle de l'atmosphère (1). En effet, si le piston est pressé sur ses deux faces par de la vapeur dont la force élastique dépasse de beaucoup la pression de l'atmosphère, il suffira de chasser dans l'air la vapeur qui se trouve au-dessous du piston, pour que celui-ci s'abaisse aussitôt dans le cylindre. Quand le cylindre est rempli de vapeur d'eau présentant une force élastique supérieure à celle de l'atmosphère, et que ses deux capacités, supérieure et inférieure, communiquent entre elles, le piston est soumis sur ses deux faces à la même pression ; il reste donc immobile. Mais si tout d'un coup on vient à donner issue à la vapeur qui remplissait, par exemple, la capacité inférieure du cylindre, en ouvrant un robinet qui la fasse écouler dans l'air, la pression qui s'exeree sur la tête du piston, n'étant plus exactement contre-balancée au-dessous, précipite nécessairement le piston jusqu'au bas de sa course. Admettons, par exemple, que le cjlindre soit rempli de vapeur à la tension de trois atmosphères; si l'on chasse dans l'air la vapeur qui se trouve au-dessous du piston, la capacité inférieure du cylindre, communiquant dès lors librementavec l'air extérieur, n'opposera plus à la vapeur une résistance capable de la main- Ci) IHMir obtenir de la vapeur à liaotefretaleo,OD ehanOé trèt-lbrtement Teau de la ehaodièra en retenant la vapear dans la ebandière lans loi donner Issue dans le cylindre. Le cbaaffiBar reconnaît, en eiaBdnant le manomètre, le moment oà la Tapeur a atteint le degré de pression qu*U désire communiquer à la fapenr, et ce terme une fols atteint, U ouYre le robinet qui lui donne aeeés dans le cylindre « la machine commence alors à foncUonner. Pendant la marcbe de la machine, le chauffeur obsenre toujours la hauteur du manomètre, et U règle la chaleur du foyer tie manière à entretenir la Tapeur an même degréde tensluu.
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La première idée des machiner à haute preHHion a êtêêmi!«e par Leupold, vers 1725. hann non cêlèhn^ recueilli), h* physicien allemand donne la dt^scription de deux machines i\ fou pnquvH îi rôh^vutiou des eaux, qui ne nont autiv chose que des machines ù haute pivssion. Lu pi^Mui«Niv, tpril annonce sous ce liliv : Ihmblt UMchinnl ftu /HHtr élever feau /•lie e.rfnêmiim^ «r<i/>rèx le prtHrdê de Papin^ ivssomldo iHNuicotip à la seconde machine ii \apeur du physicien do lUois. A rexemple de S^i^ery cl de Papin, Leupold se sert de hi pivssiiou de la va|HMir p\Mir élever de Teau d.iMS un ivs^T^oir, et la fairt» n^tomU^r de là sur les «ugt'ls il'uiio r\uie hydraulique ; seulemeut» »|^i^s que la \a|H*ur ;i exercé sa près-
^îon, il la rej#!tte dans Fair. Sa seeonde machine n'est plus consacrée à comprimer une colonne d'eau, mais, comme celle de Newcomen, à faire mouvoir directement la tige d*une pf>mpe qui élève des eaux.
La figure 55, qui s'éloigne peu de celle que I>:upold donne dans son ouvrage, représente les éléments de cette dernière machine.
A est la chaudière ; R, S, deux cylindres avec lesquels elle communique alternative^ ment par le robinet B qui est pourvu de quatre ouvertures, de manière à donner successivement accès à la vapeur dans l'un
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Plg. 5S. — Maehine de Leopold.
des deux cylindres ou dans ratmosphère.
Dans la situation indiquée par la figure, le cylindre l\ est rempli de vapeur qui soulève le piston G ; le cylindre S est vide de vapeur, celle qui le remplissait s*étaiit échap pêe dans Tair par le tuyau M, et grâce i Touverture pratiquée en un point convenable du robinet B. Les pistons Cet D de ces deux cylindres agissent chacun sur un balancier particulier 11. G, et ces balanciers font omu* voir les tiges K, L de deux pompes foulantes 0, P> qui puistnt Teau dans un réservoir N
MACHINE A VAPEUR
ei élèvent cette eau, par un tuyau 0, dans un réservoir supérieur T. La machine décrite par Leupoid était proposée en effet pour servir à l'élévation des eaux. Elle réalise complètement, comme on le voit, le principe de la machine à haute pression.
C'est donc à Leupoid qu'il faut rapporter l'honneur de la découverte du principe théorique de la machine à haute pression. Contemporain de Papin, de Savery et de Newcomen, il avait eu l'occasion d'étudier leurs appareils, et il eut le mérite d'indiquer, dès l'apparition des premières machines de ce genre, un nouveau mode d'emploi de la vapeur qui devait plus tard jouer un si grand rôle dans l'industrie.
Leupoid paraît avoir compris l'importance que devait acquérir plus tard la machine dont il propose l'usage. Après avoir décrit son second appareil, il ajoute :
a Cette machine peut être employée dans le môfne cas que la précédente... Tout peut être disposé de telle sorte que les robinets s'ouvrent et se ferment d'eux-mêmes, ce que J'omets entièrement à dessein, comme aussi la manière de remplacer l'eau dans la chaudière, parce qu'il ne s'agit ici que d'une esquisse, et qu'il faudrait une étude plus approfondie et des expériences. Je me suis proposé de faire un Jour une expérience en grand et un essaie savoir : si l'on pourrait établir avantageusement de cette manière, une scierie dans une forCt où il y aurait assez de bois et d'eau. Mais comme le temps et l'occasion me manquent pour exécuter tout de suite cette machinée, ainsi que d'autres expériences ou recherches coûteuses, J'ai l'espoir qu'il y aura peut-être des amateurs qui saisiront l'occasion que Je leur offre pour faire quelques expériences à ce sujet (i). »
Cependant le principe découvert par Leupoid passa sans exciter l'attention. Perdus dans son volumineux recueil, ses projets de machines restèrent inaperçus. Ajoutons (ju'il eût été bien difficile , à cette époque, de mettre en pratique les idées du physicien allemand, en raison de la nature du métal
0) Fon l^eiKr-jra#cAmefi, cap. ix,g20l,p. 91.
dont on faisait usage pour la construction des chaudières. La voûte des chaudières employées par Newcomen était ordinairement de plomb, et les parties inférieures de cuivre. La présence d'un métal aussi fusible et aussi peu résistant que le plomb, n'aurait pas permis de communiquer sans danger à la vapeur des tensions considérables.
Dans la série de ses recherches, James Walt ne manqua pas de reconnaître l'imporiance du rôle que pourraient jouer, dans l'emploi mécanique de la vapeur, les moyens proposés par Leupoid. Lecélèbreconstructeur parle, dans un de ses brevets, de son projet de construire des machines dans lesquelles la vapeur serait chassée au dehors après avoir produit son effet; cependant il n'exécuta jamais aucune machine fondée sur ce principe.
L'honneur d'avoir construit et répandu dans l'industrie les premières machines à haute pression revient à l'Américain Olivier Evans, homme doué d'un remarquable génie mécanique, et que ses compatriotes eurent le tort de longtemps méconnaître.
L'attention d'Olivier Evans fut dirigée pour • la première fois, sur les effets de la vapeur par une sorte de jeu familier aux habitants de son pays. En Amérique, les enfants s'amusent, dit-on, à boucher avec une forte cheville la lumière d'un*canon de fusil; ils versent ensuite un peu d'eau dans le canon, et placent par-dessus une bourre fortement pressée. La culasse du canon étant exposée à l'action d'un feu de forge, la cheville finit par être chassée avec une violente détonation. On donne à ce jeu, qui n'est, comme on le voit, que l'expérience du marquis de Worcester, le nom de pétards de Noël. Le 2 décembre 1773, Olivier Evans, alors âgé de dix-huit ans et simple ouvrier charron à Philadelphie, fut témoin, dans une fête de village, des effets des pétards de Noël. Son esprit en était vivement frappé. Depuis ce moment il s'amusait souvent à placer dans sa forge, de vieiM
liO
MERVEILLLES DE LA SCIENCE
canons de fiisil pleins d*cau, et il s*émen'eil< lait de la puissance des effets explosifs qui se produisaient ainsi. Comme il avait longtemps réfléchi aux moyens de découvrir quelque forcé motrice autre que celle du vent, des ressorts ou des chevaux, sa jeune imagination s'enflamma à Tidée de créer un nouveau moteur avec la vapeur d*eau.
Cependant il ne tarda pas à apprendre que les mécaniciens avaient déjà tiré parti de cette force motrice. La description d'une machine de Newcomen qui lui tomba sous la main, et la lecture de quelques ouvrages abrégés sur les machines à condenseur, le mirent au courant de Tétait de la science sur cette question.
Il s'étonna, à bon droit,que l'on n'eût encore employé que pour faire le vide un agent dont la puissance lui semblait sans limites, et, sur cette donnée, il s'appliqua à combiner des machines nouvelles dans lesquelles la vapeur agissait par sa seule élasticité, et se perdait dans l'air après avoir exercé sa pression. Il construisit divers modèles de ce nouveau genre de machines, dans lesquels la vapeur agissait jusqu'à la tension de dix atmosphères. C'est en appliquant ses idées sur la haute pression, qu'Olivier Evans imagina, en 1782, ces admirables moulins à farine mus par la vapeur, dont les États-Unis ont retiré et retirent encore de si grands services. Il essaya bientôtaprès de construire, suivant les mêmes principes, une voiture marchrnt par l'effet de la vapeur.
Malgré des efforts laborieusement continués pendant plus de vingt ans, Evans ne put réussira faire adopter ses idées. Il revint donc aux travaux ordinaires de sa profession de constructeur de machines à vapeur, et se consacra d'une manière spéciale à fabriquer des machines à haute pression. Il fonda à Philadelphie de grands ateliers pour leur confection ; son flls dirigeait à Pittsburg un établissement analogue. Les nombreux appareils qu'il répandit dans les États-Unis finirent par
démontrer avec évidence la vérité, trop longtemps contestée, de ses assertions, et bien que cet enthousiaste inventeur s'exagérât beaucoup la puissance des effets dynamiques de la vapeur à haute pression, on peut dire que c'est à lui seul qu'il faut rapporter Thonneur des innombrables services que ce genre de machines rend de nos jours à l'industrie.
Cependant Olivier Evans ne devait pas être témoin de l'extension prodigieuse que ses idées ont reçue. Le 11 mars 1819, un incendie considérable réduisit en cendres son établissement de Pittsburg, et anéantit pour plus de 100,000 francs de machines. Ce désastre fut pour lui le coup de la mort. Il expira quatre jours après.
Les machines à haute pression ont eu beaucoup de peine à s'introduire en Europe, et la lutte a duré longtemps entre la machine à condenseur, sortie des ateliers anglais, et la machine à haute pression d*origine américaine. La machine de Watt, création éminemment nationale, s'était pour ainsi dire identifiée avec l'industrie de la Grande-Bretagne, qui avait engagé dans son exploitation des capitaux immenses. Elle était dès lors un obstacle naturel à l'adoption des machines américaines. Cependant il était difficile de méconnaître les avantages de ces appareils, qui ne demandent qu'un emplacement exigu, suppriment l'encombrement excessif qu'entraîne le condenseur, et, avec un mécanisme des plus simples, développent une puissance extraordinaire.
Les mécaniciens Trevithick et Vivian ont les premiers introduit en Angleterre Tusage des machines à haute pression. Ils commencèrent dès l'année 1801, à en construire quelques-unes ; mais ce n'est que dans les années 1825 à 1830 que ce genre d'appareil se répandit sérieusement en Angleterre. Le constructeur Maudslay leur ayant donné une forme élégante par l'adjonction d'une bielle articulée, qui remplaçait avantageusement l'énorme balancier de Watt, cette circonstance donna
MACHINE A VAPEUR
beaucoup de faveur aux machines à haute pression. Dans les machines deMaudslay, que Ton désigne aussi sous le nom de machines à bielle articulée^ la tige du piston est maintenue en ligne droite par une traverse à articulation mobile roulant entre deux coulisses. Elles sont encore très-répandues aujourd'hui en Angleterre et en France, en raison de leur disposition aussi élégante que commode, par la faculté qu'elles donnent de marcher avec ou sans condenseur, et de graduera volonté la détente. C'est sur ce modèle que sont construites un grand nombre de machines à haute pression fonctionnant aujourd'hui dans nos usines.
Après l'emploi général des machines à haute pression, le fait le plus important à signaler dans cet historique, c'est l'ensemble de perfectionnements vraiment extraordinaires qui fut apporté en 1830, aux pompes à feu du Cornouailles. Pendant que Wolf et SCS ;uccesseurs modiûaient profondément la machine à balancier, en y introduisant la haute pression et la détente dans une large mesure, et pendant que les machines à haute pression commençaient à se répandre en Angleterre et sur le continent, les constructeurs du Cornouailles,etprincipalement Trevithick, s'occupaient à perfectionner la machine à simple effet de Watt, qui servait et qui sert encore, dans les mines du Cornouailles, à l'épuisement des eaux, et ils parvenaient, par une série d'inventions remarquables, et surtout grâce à l'emploi admirablement entendu de la détente, à la porter à un degré étonnant de perfection.
Les machines du Cornouailles sont à simple effet et à moyenne pression, c'est-à-dire à la pression de trois ou quatre atmosphères. Leurs dimensions sont colossales ; les cylindres ont de 2 à 3 mètres de diamètre, le piston une course de 3 à 4 mètres; la délente s'y effectue sans l'emploi d'aucun cylindre additionnel, et elle s'y trouve portée néanmoins jusqu'à dix fois le volume de vapeur introduite à chaque oscillation. La
soupape à double recouvrement, imaginée par les constructeurs du Cornouailles, permet d'ouvrir à la vapeur de larges orifices, et n'exige, pour être manœuvrée, qu'un trèsfaible effort. C'est par la réunion de ces divers perfectionnements que l'on est parvenu, dans les machines du Cornouailles, à faire descendre la consommation du charbon à 1 kilogramme par heure et par force de cheval. Ce résultat extraordinaire, des rapports fréquemment publiés sur le produit de ces machines, des expériences faites à ce sujet sur une échelle considérable, ont donné aux machines du Cornouailles une réputation immense et d'ailleurs méritée.
La figure 56 représente l'ensemble de l'une des machines du Cornouailles. A est le cylindre où la vapeur, agissant à simple effet, met en action le piston. Le tuyau H sert à mettre alternativement en communication la partie supérieure et Tinférieure du corps de pompe, pour donner accès à la vapeur, tantôt au-dessous, tantôt au-dessus du piston, tantôt enfin avec le condenseur, ainsi que nous l'avons expliqué en donnant la théorie de la machine à simple effet de Watt (voyez page 86). Une longue tige GG, liée au balancier, et que l'on nomme la poutrelle^ sert à manœuvrer les soupapes hydrauliques qui servent à régler l'admission de la vapeur dans l'intérieur du cylindre. On voit, en P, ce régulateur hydraulique. K est le condenseur ; il consiste en une capacité fermée, placée au milieu d'une bâche contenant de l'eau froide, qui pénètre continuellement dans le condenseur par un jet. L est la pompe à air qui sert à retirer constamment l'eau qui s'accumule dans le condenseur. M est la pompe destinée à l'alimentation de la chaudière, c'est-à-dire aiTremplacement continuel de l'eau qui s'évapore dans le générateur.
Les machines du Cornouailles présentent dans leur mécanisme plusieurs particularités secondaires d'un grand intérêt, mais que nous passons ici sous silence, nous bornant à donner une vue d'ensemble de ce puissant appareil.
L'annonce des ri'siiItTls économiques prudiiiU parles machines du Coriiouailles, ^bus lesquelles on ne brûlait qu un kilogramme do houille par force de cheval et par heure de travail, produisit en France une graritl*^ seiisatioû. Ces résuhàt;* étaient dus : i* à la
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lle du CoriîoiiîulJt^s*
uière de conduire le feu; 2» à i^augmentation considérable des surfaces de la chaudière exposées à Faction de la chaleur; 3" k 1 emploi de ladaenlede la vapeur dans des limiles jusque-là inconnues; 4- à ringénieuse et utile disposition des soupapes. Toutes ces dispositions furent le point de départ de recherches nombreuses sur les perfectionnements des di^ vers organes de la machine à vapeur.
C^est vers Tannée 1832 yue lart de con-
struire les machines à vapeur se répandit et se miillipha en France. Notre pays avait jus* qu'alors emprunté à TAngleterre la pluj grande partie de ses appareils moteurs. Eo n85>, par exemple, il nexistait encore en Fraiiie qn*une seulemachine à vapeur :c*était la pompe à feu deChaillot, destinée à la distribution de Teau dansParis^ et que les frères Perner avaient fait construire a Llirminghani, en 1773, dans rusinedeUouUon et Watt* Elle demeura la seule en France longtemps encore après cette épot|ue* Sous le premier empire seuletnentf on commença à construire chez nous, quelques machines a vapeur ; mais ce ne fut qu'à la restau* ration des Bourbons, a Tt^poque du rêtiiblissement de la paix, que Ton s'occupa de créer des usines pour la construction des machines a %apeur. En 1824, trois grands ateliers s'élevèrent ilans ce but : les étahlissements de Gavé et Pihet, de Desrone ei Cail, h Pjris, et de Halette, à Arras ; enfin, la Société Mamby et Wilson, qui eut ses ateliers d'abord au Creusot, ensuite à Charenton, près de Paris. Eu 182G, rétablissement du Creusot créa la pompe à feu de Marly, qui fut un tourde force l>our cette époque. Dans la dernière période de la restauration, on construisaitdéjàen France une cinquanlaine de machines à vapeur par an* Vers 1832,1 art du fondeur devenait une industrie courante, et la machine à vapeurcommençait à se vulgariser. Un grand nombre d ateliers furent créés à Paris et dans les villes manufacturières du nord de la France, entre autres à Lille et à Rouen, pour la construction des macliiaes à vapeur.
Dès lors , cette machine se modifia trèsrapidement et avec beaucoup d avantages dans ses divers organes. La disposition des
Fig. &7. — foyer, homUeun et oiv«au d'eau ae Ja cliaudière d'une macbine à vapeur
cylindres fut changée de plusieurs niantères; les bielles, le bâli, le volatil et le balancier, reçurent des dispositions qui permirent d'appliquer Taction de Ja vapeur a tous les usages exigés par l'industrie. Par suite de l'émulation qui s'étahlit à ce sujet entre nos constructeurs, chacun voulut avoir ses formes et ses dispositions particulières, el Ton vit apparaître une série nombreuse de machines, plus ou moins bien conçues, en partie originales, en partie empnmtées aux constructeurs anglais*
C'est dans la période de vingt années, qui s'étend de Ï832 à 1852, que Tari de construire les machines à vapeur s'établit «tse naturalisa, pour ainsi dire, dans notre pays.
Il a élé longtemps de tradition, en France, d accorder à l Angleterre le monopole de la
construction des machines à vapeur. Ce leni[)S est passéj et pour ce qui concerne la construction des appareils à vapeur, la France est aujourdliuj parfaitement au niveau de toute nation de TEurope, quelle qu'elle soit. En dépit de notre peu d'aptitude aux grandes entreprises industrielles, malgré le prix élevé du fer et la trop longue imperfection de notre outillage, le talent de nos constructeurs, l'intelligence de nos ouvriers, ontliui par triompher de tous les obstacles; et dès aujourd'hui, nos ateliers de construction n'ont plus rien à envier à ceux de nos voisins. Si rAiiglelerre nous a depuis longtemps devancés dans cette voie; si eUe a su, par son génie mécanique et grâce a des capitaux immenses, créer cet outillage merveilleux qui forme la base de toute l'industrie de la construction des machines à vapeur, et si nous avons dû conimciiccr par
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lui emprunter ce premier et essentiel élément du travail, il faut reconnaître que nous en avons promptement tiré un parti admirable. On peut déclarer avec confiance que, pour la mécanique à vapeur, nous sommes désormais en mesure de nous passer de tout secours étranger. Quand on songe que ce n*est que depuis Tannée 1832 que Ton a commencé à construire, parmi nous, de grandes machines à vapeur; qu'à l'exposition de 1834 on n'en vit figurer qu'une seule, et qu'en 1845 la France lirait encore presque toutes ses locomotives de r Angleterre,on peut éprouver quelque orgueil de nos progrès dans une voie si importante.
Mais ce n'est pas seulement par fierté nationale qu'il faut s'applaudir de l'état florissant où se trouve, dans notre pays, la construction des machines à vapeur. Quelle confiance ne devons-nous pas puiser, pourTavenir, dans la ci^rtitude de pouvoir, à un moment donné et quellesquesoientlescirconstances extérieures, trouver sur notre sol toutes les ressources nécessaires pour créer et répandre partout ces formidables machines, qui sont à la fois le signe et les agents de la puissance industrielle? Nos usines du Creuset, de Rouen, de Lille, de Mulhouse, et les ateliers si nombreux de Paris, sont aujourd'hui en mesure de suffire à une production établie sur la plus vaste échelle.
En 18S2, nous possédions 6,080 machines d'une force totale de 7S,S18 chevaux-vapeur. En 1863, le nombre des machines à vapeur employées en France était de 22,513, représentant une force de617,890chevaux-vapeur.
Depuis cette époque, les recensements officiels n'ont pas été pubUés, mais si l'on calcule, avec un savant constructeur de Paris, M. Hermann-LachapcUe, d'après le mouvement progressif des années précédentes, on peut, sans crainte d'exagération, porter ce nombre pour l'année 1866, à 30,000.
Trente mille machines à vapeur représententune force d'environun million de chevauxvapeur. Or, comme un cheval-vapeur est Tcquivalent de 3 chevaux de trait, ou de
21 hommes de peine, il en résulte qu'en 1866, les machines à vapeur françaises exécutent le travail de plus de 3 millions de chevaux de trait, ou de 20 millions d'hommes. C'est à peu près deux fois le nombre d'hommes capables de travailler, qui existent en France.