‹ Les merveilles de la science, ou Description populaire des inventions modernesChapitre 43 sur 104 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l'électricité dans l'antiquité BT LB MOYBN AGB. — l'électricité pendant le XVII* SIÈCLE. — TRAVAUX DE GILBERT ET d'OTTO DE GUERICKR. — PREMIÈRE MACHINE ÉLECTRIQUE, CONSTRUITE PAR OTTO DE GUBRICKB. — MACHINE ÉLECTRIQUE DE HAUKSBÉE.

L'histoire des sciences ressemble à celle des nations. Si les annales des peuples nous montrent quelques-unes de ces périodes brillantes, dans lesquelles les événements semblent se réunir et se presser, comme pour ajouter à la gloire, à la renommée d*un empire, on trouve aussi dans les fastes des sciences quelques-unes de ces époques privilégiées où le nombre, Timportance et la grandeur des découvertes, jettent le plus ii\f éclat sur le temps qui les vit naître.

G*est une période de ce genre que parcourait la physique naissante au milieu du siècle dernier. En 1746, un physicien de la Hollande avait découvert l'appareil célèbre connu sous le nom de bouteille de Leyde^ et les merveilleux effets de cet instrument produisaient en Europe une impression extraordinaire. Toutes les académies, toutes les sociétés savantes, suspendirent leurs travaux habituels, pour s'adonner à Tétude des phénomènes électriques, à peine connus jusque-là. Les nouvelles découvertes sur rélectricité, n'avaient pas tardé à pénétrer jusqu'au vulgaire, dont elles frap-

paient rimagination,et les personnes les plus étrangères aux sciences étaient aussi les plus empressées à rechercher le spectacle de ces curieux phénomènes. Desdémonslrateursambulants allaient de ville en ville, colportant dans tous les pays ï expérience du choc électrir que^ et trouvaient leur bénéfice à cette propagande banale de la nouveauté scientifique. Les princes et les grands, si peu soucieux d'ordinaire de ce genre de faits, en avaient été les premiers témoins ; car c'est dans le palais du roi de France et en présence de toute sa cour que Ton avait vu répéter, pour la première fois, l'expérience de la chaîna électrique.

Par quelle série de circonstances, l'étude de l'électricité, languissante jusqu'à cette époque, avait-elle conduit les physiciens à la dé* couverte qui agitait tant d'esprits? Quels travaux précurseurs l'avaient préparée ou annoncée ? Quelle devait être son influence sur les progrès généraux des sciences? C'est ce que nous allons exposer, en remontant à l'origine des premiers travaux sur l'électricité.

pour suivre jusqu'à des temps voisins de notre époque, la série des découvertes postérieures qui ont révélé dans le fluide électrique tant de propriétés remarquables, et qui, de nos jours, sont devenues la source d'un nombre infini d'applications.

On dit, et l'on répète depuis bien longtemps, que la découverte des premiers phénomènes électriques appartient aux anciens. Ce fait, que l'ambre jaune, après avoir été frotté, attire vivement tous les corps légers et secs, était connu dans l'antiquité. Personne n'ignore que c'est du mot grec lîSXexTpov (ambre jaune) que la science de l'électricité a tiré son nom. Mais toutes les connaissances des anciens sur l'électricité, se sont réduites à la simple notion de ce fait. Thaïes, philosophe grec, qui vivait environ 600 ans avant Jésus- Christ, signala l'existence de ce phénomène dont il donna une explication à la manière antique. Selon ce philosophe, l'ambre était doué d'une âme, et il attirait à soi les corps légers (c comme par un souffle (1). »

Venu 600 ans après Thaïes, le naturaliste Pline n'en dit pas davantage sur le même sujet : <c Quand le frottement a donné à ce corps « la chaleur et la vie^ il attire les pailles et « les feuilles d'arbre d'un faible poids. » Avant lui, Théophraste, dans son Traité des pierres précieuses^ s'était borné également, à une simple mention de cette propriété attractive, qu'il avait reconnue, pourtant, à quelques autres corps, tels que le lyncurium^ substance que l'on croit identique avec notre tourmaline.

Voilà, en ce qui concerne les phénomènes électriques, tout l'héritage que l'antiquité nous a laissé. On avait reconnu le phénomène fort simple, que présente l'ambre frotté; on déclara que l'ambre avait une âme, et tout fut dit (2).

(1) Diogène Laërce. Vies des plus illustres philosophes de l'antiquité traduites du grec. Tome I*', page 15 (Thaïes), in- 18, Amsterdam, 1761.

(2) Pont connaître Thistoire des très-yagues et trèsimparfaites connaissances des anciens sur les phénomènes

Chez les anciens, la philosophie, l'éducation et les mœurs, éloignaient l'idée des sciences, telles que nous les comprenons aujourd'hui. Il serait donc impossible d'aller placer dans l'antiquité, l'origine de nos connaissances physiques. Au lieu de se consacrer à l'étude, à l'observation de la nature, afin de s'éclairer sur les lois qui régissent l'univers, les anciens préféraient se perdre dans la contemplation de l'idéal. Ils fermaient volontairement les yeux au spectacle admirable du monde extérieur, pour débattre compendieusement des questions abstraites et souvent oiseuses. Quant à observer le plus simple des phénomènes naturels, pour essayer de remonter à sa cause, cette idée ne pouvait se présenter à l'esprit d'un peuple qui allait apprendre, le plus sérieusement du monde, dans les vers de ses poètes ou de la bouche des personnages du théâtre, que les abeilles naissent du corps putréfié d'un bœuf, et que l'ambre provient de rincrustation des larmes d'un oiseau de l'Inde, pleurant la mort du roi Méléagre !

L'esprit scientifique ne pouvait pas beaucoup plus facilement prendre naissance et se développer à l'époque du Moyen âge. La scolastique, trônant dans les écoles, courbait toutes les intelligences sous le joug d'Aristote, c'est-à-dire sous l'empire de l'antiquité. Au lieu de porter les esprits vers l'étude des choses, elle renfermait la science entière dans l'étude et le stérile commentaire des mots.

Les principes du christianisme tendaient, dans un certain sens, au même résultat, car le mépris des choses terrestres, prêché par l'Église chrétienne, avait engendré une philosophie qui détournait les hommes de l'étude minutieuse des faits physiques.

d'attraction qu'exercent certains corps quand ils sont frottés, il faut consulter une collection de mémoires trèsérudits de M. Th. H. Martin, doyen de la faculté des lettres de Rennes, publiés en 1866, sous ce titre générai : La foudre^ VélectricHé et le magnétisme chez les aneiau. Le mémoire sur le succin (pages 94-138), et celui sur les attractions électriques (pages 138-151), contiennent tons ki textes des auteurs anciens qui peuvent être invoqués sur cette question.

MACHINE ÉLECTRIQUE

Aussi peut-on remarquer que les premières lueurs scientifiques qui, en Europe, apparaissent au milieu des ténèbres de Tignorance universelle, se lèvent du côté des peuples non chrétiens. Elles arrivent par les Égyptiens, par les Arabes et les Maures d'Espagne. Si, en plein moyen ftge, un physicien, le moine Gerbert, ceignit la tiare pontificale ; si quelques hommes de génie se révélèrent dans le silence des cloîtres, et apparurent sous le froc de quelques moines studieux, ce ne furent là, pour ainsi dire, que des inconséquences du siècle, et leurs contemporains le firent bien sentir au pape Sylvestre II, à Albert le Grand, à Roger Bacon, à Raymond LuUe, en accusant ces grands hommes du crime de magie, et dénonçant au monde leur pacte secret consenti avec le prince des ténèbres.

On ne sera donc pas surpris de voir la science de rélectricité n'apparaître que dans les dernières années du xvi* siècle.

C'est en Angleterre que la science de l'électricité naquit, vers les dernières années du XVI* siècle. Elle eut pour père Guillaume Gilbert, de Colchester, médecin de la reine Élisabethd' Angleterre, morten 1603. Comme, à cette époque, tous les phénomènes de la nature sollicitaient à la fois les recherches, la curiosité des observateurs devait particulièrement se diriger vers les faits qui se distinguaient le plus par leur singularité.

Parmi ces derniers, apparaissait au premier rang, le phénomène de l'attraction du fer par l'aimant.

Guillaume Gilbert publia sous le titre De arte magneticâ, un livre, vraiment admirable, où les phénomènes magnétiques sont soumis, pour la première fois, à un examen approfondi. Après les nombreuses expériences qu'il avait faites sur la pierre daimanty Guillaume Gilbert dut naturellement s'occuper du phénomène d'attraction qui est particulier à l'ambre jaune. Cette substance, quand elle a été frottée, attirant les corps lé-

gers à la manière des substances magnétiques, parut à Gilbert une variété d'aimant naturel. L'étude de l'ambre jaune rentrait, d'après cela, dans l'ordre des recherches qu'il avait entreprises.

Quand le médecin de Colchester commença ses expériences sur l'ambre jaune, tout ce que l'on savait encore, c'est que cette substance attirait les corps légers. Seulement, Pline avait annoncé que le jayet jouit de la même propriété. Or, l'ambre jaune était mis alors au nombre des corps les plus précieux ; il servait à l'ornement des autels et entrait dans les parures de luxe. Le jayet était aussi considéré comme un objet de prix : on l'employait à faire des miroirs avant l'invention des glaces.

La rareté de ces deux matières fossiles, et leur propriété commune d'attirer les corps légers, avaient fait naître, au Moyen âge, diverses opinions scientifiques, que l'on avait formulées plus ou moins clairement.

Gilbert poursuivant ses études, présuma, avec sagacité , que , quel que fût le prix accordé par les hommes à l'ambre et au jayet, la nature n'avait pas départi exclusivement à ces deux substances, le privilège de l'attraction magnétique. Cette pensée le conduisit à des expériences et à des découvertes, qui jetèrent les premiers fondements de la science de l'électricité.

Dans ses recherches sur l'aimant, Gilbert avait remarqué qu'il faut une moindre force pour mettre en mouvement une aiguille mince et légère, posée en équilibre sur un pivot bien poli, comme l'est, par exemple, l'aiguille aimantée d'une boussole, que pour déplacer et élever d'une seule ligne le même corps, ou un corps beaucoup plus léger. Il mit habilement à profit cette disposition, pour constater le phénomène de l'attraction électrique, dans les substances où elle est trop faible pour se manifester d'une autre manière.

Gilbert prit donc une aiguille, semblable à celle dont on se iert pour les boussoles, et la

posa en équilibre snr un pivot. Ainsi soutenue, elle était beaucoup plus mobile que tout corps léger appuyé sur une table ou sur un plan quelconque. 11 approchait alors de cette aiguille le corps préalablement frotté, dans lequel il voulait constater la propriété électrique. Pour peu que le corps frotté fût doué de cette vertu, elle devenait immédiatement sensible parle mouvement de raiguille(l).

En opérant de cette manière, Gilbert reconnut que la propriété d^attirer les corps légers, après des frictions préalables, n*est pas exclusivement propre à l'ambre et au jayet, mais qu'elle est commune à la plupart des pierres précieuses, telles que le diamant, le saphir, le rubis, Topale, l'améthyste, l'aiguëmarine, le cristal de roche. Il la trouva aussi dans le verre, les bélemnites, le soufre, le mastic, la cire d'Espagne, la résine., l'arsenic, le sel gemme, le talc, l'alun de roche.

Toutes ces matières, quoique avec différents degrés de force, lui parurent attirer, non-seulement les brins de paille, mais tous les corps légers, comme le bois, les feuilles, les métaux en limaille ou en feuille, les pierres, les terres et même les liquides, tels que l'eau et l'huile.

Gilbert a fait encore une foule d'observations de détail, sur les circonstances qui accompagnent l'attraction électrique, dans les substances où il l'avait reconnue.

Ces diverses observations sont éparses sans doute, et le lien qui doit les rattacher ne se montre pas encore; mais l'impulsion était donnée, et la carrière ouverte par ce physicien ne devait pas tarder à se remplir.

Gilbert, qui fut le père de la science électrique, l'avait laissée dans l'enfance. Ce qui arrêtait ses premiers pas, c'était le manque d'un appareil à l'aide duquel elle pût s'exer-

(1) « Faites, dit Guillaume Gilbert, une alguiUe de « quelque métal que ce soit, de la longueur de deux ou

• trois pouces, légère et très-mobile sur un pi?ot, à la

• manière des alguiDes aimautéea; approches d'une des « extrémités de cette aiguille, de rambre Jaune ou une « pierre précieuse légèrement frottée, luisante et polie, « l*algttUI« te tonraera sor-le^champ.»^ {De arte mttgneticd.)

cer et procéder à des investigations précises. A cette science nouvelle il fallait son instrument, il fallait à l'électricité sâ machine.

Ce fut l'illustre Otto de Guericke, bourgmestre ou consul de Magdebourg, le même qui a construit la première machine pneumatique et dont nous avons parlé dans les premières pages de ce livre, qui dota la sdence électrique de sa première machine.

Un simple tube de verre que Ton frottait avec une étoSe de laine, avait suffi à Gilbert pour ses expériences. Otto de Guericke forma avec un globe de soufre, une machine plus commode et plus puissante.

Le soufre est une substance qui s'électrise beaucoup par le frottement. En lui donnant la forme d'une sphère, et disposant cette sphère de soufre de manière à pouvoir lui imprimer un mouvement de rotation rapide, Otto de Guericke obtint une machine propre à servir aux expériences électriques. L'opérateur tournait d'une main la manivelle qui imprimait au globe de soufre son mouvement de rotation ; de l'autre main, il tenait un morceau de drap qui servait à opérer le frottement.

Telle est la première machine électrique que la physique ait possédée, comme nous venons de le rappeler. Otto de Guericke est aussi l'inventeur de la machine pneumatique. Ces deux découvertes, d'une importance égale, assurent, dans l'histoire des sciences, une place hors ligne au physicien de Magdebourg.

La figure 223, page 434, représente la machine électrique telle qu'elle se trouve dans l'ouvrage latin d'Otto de Guericke : Expérimenta nova Magdeburgica,

L'auteur expose dans les termes suivants la manière de se procurer cette machine :

« Prenez une spbère de verre, oo, comme on l'ap- « pelle, une fiole de la grosseur d'une tête d'enfut; « placez-y du soufre concassé en morceaux dam un « mortier, et approchez-la du feu, de manière à faire « fondre le soufre. Le tout étant refroidi, ctaes le

tr gîobe de verre pour en relirer la sphère de soufre, « que vous conserverez dans tin Ueti sec; il faut ensuite M percer ce globe de manière à faire Iraverser sun axe « d'une tige de fer. Le globe sera alors préparé (I). w

Le phénomène lumineux qui aci^om pagne le frotleinent du globe de soufre, c'esl-à-dire

(1) « Si culdam placueril, ille fphasraoi vitri, quod m Tocaot phlalam, sumat miagnJladhie ut caput iiifan-

■ tis; ïn eatn sulphur in mortarlt» eontusum iiijiciût, ac M Igni admotum lîquefaciAt saUs; coque refrtgeralo sphse* « ram frangat ac globum eximat, locoque sicco non humido « conscrvet ; si lubeat, 111 utn quoque foramine quodam per- «« forel^ ut radio ferreo seu axe quodam clrminagl queat :

■ atqun hoc tnodo praeparatus erlt hîc flobus. > (Otto de Cuenelnej Expérimenta nova.iïb* quiirtuS|Cap. xv, p, H7.)

VéilncMe éleclritiue, avait particulièrement occupe le bourgmestre de Magdeboorg : c*esi là surtout ce qu1l avait pu constater au moyen de la machine élémentaire dont nous venons de donner la descriplion. Mais Otto de Guerîcke fit en mèuie temps quelques observations qui, plus tard, développées et variées, devaient servir de base à la science de Télectricité.

Le physicien de iMagdebourg remarqua, le premier, ce fait capital, qu'un corps léger attiré par le globe de soufre électrisé, dès qu'il a touché ce globe, est aussitôt repoussé*

Il avait reconnu encore, qu'aucunde ces corps légers, ainsi repoussés, ne pouvait être de nouveau attiré par le globe que lorsque le hasard lui avait ménagé le contact d*un corps non électrisé. Enfin, il avait cru observer que les duvets de plume et autres corps légers, en s'éloignant du globe, lui présentaient constamment la même face.

De ces divers faits, dont le dernier ne provenait que d'une observation inexacte, Otto de Guericke tira des conclusions, sans doute, mal fondées,mais qu'il n'est pas sans intérêt de connaître, pour apprécier la hardiesse, Tactirité impatiente qui distinguaient le génie de ce physicien.

Dans les phénomènes successifs de l'attraction et de la répulsion que le globe de soufre électrisé exerçait sur les corps légers placés dans son voisinage, Otto de Guericke crulvoir une imitation parfaite des attractions et des répulsions que le globe terrestre exerce sur les corps situés dans sa sphère d'action. 11 pensait que la même cause détermine les plumes repoussées par le globe à lui présenter constamment la même face, et la lune à montrer toujours le même hémisphère à la terre.

L'analogie entre les attractions électriques et les attractions planétaires était inexacte.

Fig. 223. — Machine électrique d'Otto de Guericke,

car l'attraction planétaire est proportionnelle à la masse des corps, tandis que l'attraction

électrique n'est proportionnelle qu'à leur surface. Mais si le rapprochement hardi essayé par le physicien de Magdebourg, était inadmissible, le fait de la répulsion des corps après leur attraction, par le corps électrisé, était certain. L'explication fut mise de côté, et le fait demeura acquis à la science pour recevoir bientôt son éclaircissement théorique. La machine du consul de Magdebourg ne donnait que de bien faibles manifestations électriques. Les étincelles étaient si peu visibles que leur clarté surpassait à peine l'espèce de lueur phosphorescente qu'émet le sucre frappé ou cassé dans l'obscurité. Pour apercevoir cette faible lueur, il fallait frotter le globe dans un lieu obscur, et pour entendre le bruit et le pétillement de l'étincelle, tenir l'oreille tout près du globe. Un physicien anglais, nommée Hauksbee, qui écrivait en 1709, obtint des effets électriques beaucoup plus considérables, en remplaçant le globe de soufre d'Otto de Guericke, par un cylindre de verre, auquel il imprimait mécaniquement un mouvement de rotation pendant qu'on le frottait avec la main.

Ainsi modifiée, la machine électrique présente la figure suivante, que nous empruntons à l'ouvrage de Hauksbee (fig. 225).

Cette machine constituait un grand perfectionnement sur celle d'Otto de Guericke. Elle permit d'observer de curieux phénomènes.

Remarquons néanmoins, que, dans les expériences dont il nous a transmis le récit, Hauksbee ne nous parle des effets de sa machine, que sous le rapport de la production de la lumière. Il s'était surtout proposé de répéter et d'étendre les expériences faites précédemment par Robert Boyle, qui avait reproduit, sans y ajouter beaucoup, les observations d'Otto de Guericke sur les effets lumineux du globe électrisé. Hauksbee s'occupa donc particulièrement d'observer les

Fig. 224» — Ëipéricjicef d'OUo de Cucricite.

diverses manireslations de la lumière électrique quand ou excitait reliucelle dans Tair, dans le vide ou dans différents milieux.

La machine éleelrîque de Haukt^bee, se compose, comme on le voit, de deux cylindres de verre rentrant l'un dans Faulre, et que Ton peut mettre en mouvement, séparément ou à la fois, à l'aide d'une roue mue par

Fig. î-25. — Pi* n'u\TQ maciiiof? » Itxiiniui' iti' Hniiksb.V>

une manivelle. Le cylindre intérieur élail pourvu d'un robinet, parce qu'on le plaçait préalablement sur la machine pneumatique, afin d'aspirer Taîr contenu dans son intérieur, quand on- voulait observer les effets de l'étincelle électrique excitée dans le vide*

La citation suivante donnera une idée juste de l'objet et du but des expériences entreprises par Hauksbee avec cet appareil, la première machine électrique proprement dite, que la science ait possédée,

M. de Brémont, de l'Académie des sciences, s'exprime comme il suit, à propos des expériences d'Hauksbee sur rélectricité, dans le DiscotiTS historique et raisonné qu'il a mis en tête de la traduction des œuvres de ce physicien :

« L'est â M, iliiuksbee que nous sommes redevables de la premiLTe application àm globes ou dea cylindres de verre, aux expériences électriques. A peine avant lai savait-on d'une raanit^rc bien décidée que le verre fût un coi-ps électrique. Les académiciens de Florence le relèguent parmi les corps donl la vertu s annonce par des eiïeti peu sensibles. Quoi-

qu'il n'ait pas lire un meilleur parti du globe que du tube qui nous vient du môme physicien, cependant les expériences qu'il a faites par son secours avaientouvertavanlageusementla route, etses succès en annonçaient de plus brillants encore. Mais MM. Grey et Dufay abandonnèrent trop légèrement le globe pour se borner au tube. C'est de nos Jours, que les physiciens d'Allemagne l'ont repris ; ils en ont augmenté etmultiplié considérablement lesefiTets.

« Avec cet appareil que nous venons de décrire, M« Hauksbee fit des découvertes très-intéressantes. Lorsqu'il appliquait sa main aur le récipient extérieur^ tandis qu'il avait reçu un mouvement rapide, la lumière exprimée par le frottement s'élançait par des ramifications surprenantes sur la surface du récipient intérieur. Elle avait plus d'éclat et de force lorsque le mouvement était imprimé aux deux récipients en même temps ; soit que ce fût du môme sens^ soit que ce fût en sens contraire, soit que l'un des deux fût plein ou vide d'air. Lorsque les deux récipients, après avoir été frottés .quelque temps, étaient en repos, et qu'on approchait la main du verre extérieur, des éclats de lumière se répandaient sur la surface du récipient intérieur.

L'appareil fut changé : on ajusta su^ la machine de rotation un globe épuisé d'air ; et auprès de ce premier globe, sur une semblable machine, à la distance d'un peu moins d'un pouce, on fixa un autre globe plein d'air. Dès qu'on eut communiqué le mouvement à ces deux globes, et appliqué la main sur celui qui était plein d'air, les émanations lumineuses excitées par le frottement se portèrent sur le globe en mouvement, vide d'air, et qui n'avait reçu aucun frottement. M. Hauksbee remarqua que le mouvement du globe non frotté était une circonstance favorable, et même, jusqu'à un certain point, nécessaire pour que la lumière parût se répandre dans l'hémisphère, qui touchait presque le globe frotté. Cependant il vint à bout d'exciter des traits éclatants dans un vaisseau de verre, dont l'air avait été pompé, lorsqu'il le présentait à quelque distance du globe frotté et en mouvement. Alors il paraissait que la lumière électrique, en se propageant dans les globes vides d'air, s'y enflammait par le choc de ses propres parties.

Un globe vide d'air, adapté sur la machine de rotation, devint très-lumineux dans l'intérieur, lorsqu'on appliqua la main sur la surface extérieure et qu'on lui communiqua un mouvement rapide; mais à mesure qu'on remplissait d'air la capacité du globe, en tournant un robinet pratiqué, conmie nous l'avons vu, dans un des pivots, l'intensité de la lumière s'altérait de plus en plus. M. Hauksbee remarqua avec beaucoup de sagacité que la différence des nuances de la lumière, dans le vaisseau plein d'air et vide d'air, était la môme que celle qu'il avait observée entre les lumières produites par le mer-

I cure quand il le secouait dans un ballon vide d'air ou plein d'air.

« L'air étant rentré dans le globe, des taches lumineuses, sans un éclat bien vif, s'attachaient aux doigts des observateurs, ou s'élançaient A un pouce de distance sur une bande de mousseline effilée par une de ses extrémités. A mesure qu'on faisait rentrer l'air, les faisceaux des ramifications, qui paraissaient dans l'intérieur, étaient plus déliés et prenaient mille formes différentes : au Ueu que dans le vide ces rayons étaient plus uniformes et moins éparpillés. On aperçoit aisément la cause de ces effets. »>

S'Gravesande dans ses Éléments de physique et Priestiey, dans son Histoire de rélectricité, donnent la description et la figure d*une machine électrique construite, disent les auteurs, sur le modèle de celle d^Hauksbee. Cet appareil se compose d*un globe de cristal, monté sur deux douilles de cuivre. Une large roue imprime un mouvement de rotation très-rapide au globe de cristal, que Ton frotte au moyen de la main appuyée contre stf surface. Le globe de cristal est monté sur une table de bois, à la hauteur de la main de l'opérateur.

La figure 226 représente celte machine électrique d'Hauksbee, d'après l'ouvrage de S'Gravesande (i).

Il est bien à regretter que la machine imaginée par Hauksbee ait été abandonnée après lui. Soit que le savant anglais n'eût pas suffisamment insisté sur les avantages qu'il devait offrir pour l'étude des phénomènes électriques, soit qu'on le trouvât embarrassant ou difficile à transporter, cet excellent appareil ne fut pas adopté par les physiciens, qui continuèrent de se servir, comme l'avait fait Gilbert, d'un simple tube tenu à la main et frotté avec un morceau d'étoffe de laine. Ce fut là une circonstance fâcheuse pour les progrès de l'électricité. Si la machine de Hauksbee était devenue alors d'un emploi général, elle aurait bientôt conduit à beau-

(1) Éléments de physique démonlrés mathématiquement et confirmés par des expériences, ou Introduction à la phi^ losopUie newtonienne, ouvrage traduit du latin de Gaillauma Jacob S'Gravesande. In-4. Leyde, 1746, t. II, p. S7.

MACHhNE ÉLECTRIQUE.

coup d'observations importantes, que Ton ne fit que trente années plus tard, lorsqu'on reprit cet appareil, à l'instigation et d'après l'exemple des physiciens allemands.

Fig. 236. — Deuiiéme machine électrique de Hauksbee.

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