‹ Les merveilles de la science, ou Description populaire des inventions modernes. Suppléments. 6Chapitre 112 sur 130 · PU · texte numérisé non relu

PU

En résumé, un progrès a été fait sur l'ancien instrument, mais il n'est pas en rapport avec ce qui . avait été annoncé dans les prospectus lancés d'Amérique. c

Le nouveau phonographe d'Edispn fut

une des curiosités de l'Exposition universelle dé 1889. .

Sur une table étaient déposés , avec le phonographe (fi g. 475, p. 653), des manchons de cire^très mince, pouvant enregistrer chacun plus de milLe mots, et les reproduire avec

MERYEILLES DE LA SCIENCE

une certaine netteté, — et des appareils transmetteurs, composés d'un tube en caoutchouc, se divisant à son extrémité en deux branches, munies d'ampoules de verre, que l'auditeur introduisait dans ses oreilles. Des groupes de visiteurs assis autour de la table ; d'autres groupes, debout entre des barrières, attendaient leur tour, pour aller entendre le phonographe s'exprimer dans tous les dialectes connus.

Lorsqu'on voulait parler dans le phonographe, on revêtait d'un manchon de cire, le cylindre métallique qui glisse sur une rainure graduée ; on fixait un petit cornet acoustique sur le diaphragme, membrane de métal très peu épaisse, mise en mouvement par un mécanisme très simple, qu'actionnait une pile électrique. On mettait l'appareil en action ; le manchon tournait rapidement; la membrane, impressionnée par les sons, vibrait, et l'aiguille dont elle est munie à sa partie inférieure, traçait sur la cire des séries de points et de traits imperceptibles.

Quand, au contraire, on désirait recueillir les sons émis à distance par plusieurs personnes, des chanteurs ou des instrumentistes, on employait, non plus un cornet acoustique, mais un entonnoir, proportionné à la masse des sons à emmagasiner, et le tube en caoutchouc dont nous avons parlé servait de transmetteur entre le phonographe et l'auditeur.

On plaçait sur le cylindre métallique un des manchons de cire qui avait enregistré les sons : l'appareil était mis en mouvement, et l'aiguille, repassant dans les trous et les traits tracés sur le manchon au fur et à mesure de la réception des sons, les transmettait au diaphragme, qui les répercutait. C'était l'opération inverse de la précédente, et l'appareil répétait le phonogramme autant de fois qu'on le désirait.

Passons aux applications dont le nou-

veau phonographe serait susceptible, selon l'inventeur, qui énonçait les propositions suivantes, dans une communication adressée, en juin 1889, à l'Académie des sciences de Paris :

1° On peut dicter la correspondance et la faire transcrire à loisir par un employé ne sachant qu'écrire et épeler correctement; on peut la faire transcrire par le typographe, ou la faire imprimer directement, ce qui a déjà été fait en Angleterre et en Amérique.

2° On peut transmettre sa voix par la poste, au moyen du phonogramme. La voix de celui qui parle s'entend avec ses propres inflexions.

3° Les hommes d'État, les avocats, les prédicateurs et orateurs, peuvent étudier leurs discours, ayant l'avantage inappréciable d'enregistrer leurs idées au fur et à mesure qu'elles se présentent, avec une rapidité que l'articulation seule peut égaler. Ils peuvent surtout s'entendre par 1er, comme les autres les entendent. Les acteurs, les chanteurs, peuvent répéter leurs rôles, et sont en mesure de corriger euxmêmes leur articulation et leur prononciation.

Les journalistes peuvent parler, au lieu d'écrire, Leurs articles, qui peuvent être imprimés directement. La voix des hommes célèbres peut être conservée à l'infini, aussi bien que les derniers adieux d'un mourant, ou les paroles d'un parent que l'on aime.

Grâce aux perfectionnements qui lui ont été apportés, le phonographe reproduit fidèlement la voix humaine, prononce nettement les diphtongues les plus difficiles, répète tous les bruits, même la musique d'un orchestre.

Nous avons entendu, à l'Exposition, des romances qui avaient été chantées plusieurs semaines auparavant dans l'atelier d'Edison , et la voix de la cantatrice, ainsi emmaga-

LE PHONOGRAPHE

sinée pendant un mois, n'avait rien perdu de sa. fraîcheur.

Le phonographe parle toutes les langues. Le prince Taïeb-bey lui adressa la parole en arabe, et Mistral en provençal : le phonographe répéta leur conversation avec toutes les inflexions de vois et l'accent de chacun de ses interlocuteurs.

M. Edison regrettant qu'on ne pût conserver avec fidélité la voix et les intonations de nos hommes célèbres, orateurs, savants ou musiciens, a eu l'idée de faire des phonogrammes, qui recueilliraient leur discours ou leurs chants, pour les générations futures.

On assure que l'Institut songe à aménager une sorte de bibliothèque, dans laquelle seront déposés des manchons destinés à enregistrer la voix de ses membres. Ce ne sera pas un des moindres prodiges de l'avenir, que de faire parler les morts.

Mentionnons ici une application intéressante du phonographe au diagnostic des maladies de l'oreille.

L'examen fonctionnel de l'ouïe est d'une grande importance pour le diagnostic et le pronostic des maladies de l'appareil auditif.

Les sources sonores employées • jusqu'à •ce jour, pour mesurer l'acuité auditive, ne remplissent pas les conditions d'un bon •acoumètre» La voix humaine, qui nous donnerait la meilleure idée de l'acuité auditive, est une source sonore qui n'est pas constante chez le même médecin, et encore moins chez les différents médecins. Son emploi exige aussi des appartements très vastes.

Le nouveau phonographe d'Edison remplit toutes les conditions d'un bon acoumètre, ainsi que l'a montré M. Lichtwitz.

1° Il émet tous les sons et bruits perceptibles pour une oreille normale, et surtout la parole, avec toutes ses inflexions. On peut donc, à l'aide du phonographe, com-

poser des phohoprammes,' susceptibles de servir A'échelles acoumétriques, à l'instar des échelles optomé triques. Sur ces phonogrammes sont inscrits les voyelles, les consonnes, syllabes, mots et phrases, d'après leur intensité et d'après leur valeur acoustique, telle qu'elle a été établie par 0. Wolf,. et qui contiendront de plus toutes les gammes des sons musicaux.

2° Le phonographe est une source sonore à peu près constante, puisqu'il est capable de reproduire un nombre presque illimité de fois la parole inscrite. Il permet donc de comparer l'acuité auditive des différents malades, et chez le môme malade à différentes époques de sa maladie.

3 0 Les phonographes étant des appareils d'une construction identique, reproduiront, avec la même intensité et le même timbre, les phonogrammes uniformes. Il suffira d'approcher d'un phonographe reproduisant un phono gramme étalon, et, à une distance fixe, un second phonographe, qui reproduira un nombre considérable de phonogrammes identiques.

Grâce à l'uniformité des phonographes et des phonogrammes, les médecins auristes de tous les pays pourront comparer entre eux les résultats de leurs examens de

15 " ouïe.

4° L'emploi du phonographe est facile et il n'exige ni trop de temps ni de trop vastes espaces. On fait entendre à l'oreille malade, munie du tube acoustique du phonographe, les différents phonogrammes, l'un après l'autre. On descend dans l'échelle acoumétrique jusqu'à ce qu'on soit arrivé au phonogramme que le malade n'entend plus, et qui indique la. limite de l'acuité auditive.

Cette méthode diffère de celles employées jusqu'à présent, en ce que la source sonore reste toujours à la même distance de l'oreille, et que c'est l'intensité du son qui varie seule. L'examen est limité à une

oreille et n'est pas troublé par des bruits ambiants.

Signalons^ une autre application : l'emmagasinage, par le phonographe, des gestes et des jeux de la physionomie.

Une personne parle devant le phonographe. Elle fait, en parlant, des gestes et des mouvements de physionomie. M. Guéroult croit qu'il serait possible d'emmagasiner ces gestes et ces mouvements, dé façon à pouvoir les reproduire plus tardj en correspondance exacte avec les paroles prononcées, et même à pouvoir les transmettre à distance.

M. Guéroult suppose qu'au moment où le cylindre du phonographe commence à tourner, on prenne, de la personne qui parle, des photographies instantanées, à intervalles égaux, d'un dixième de seconde chacun. Si la révolution du cylindre s'opère en trente secondes, par exemple, on aura 300 photographies. Une fois développées, on les dispose sur un phénakisticope, faisant lui-même sa révolution en 30 secondes. Les photographies passant successivement devant l'œil de l'observateur, avec une vitesse d'un dixième de seconde, l'appareil reproduira tous les mouvements de la personne, en vertu du principe de la persistance des impressions de la rétine. Et comme il n'y a pas de syllabe qui, pour être prononcée, demande moins d'un dixième de seconde, les gestes et les jeux de physionomie suivront exactement le mouvement de la parole reproduite par le phonographe. Il serait donc possible, pour un acteur ou un orateur par exemple, de reproduire, au bout d'un temps quelconque, tout à la fois le texte et l'action d'un discours.

Dans un article inséré au mois de septembre J 890, dans le recueil la Science illustrée, M. W. de Fonvielle énumérait comme il suit les applications les plus récentes

de l'instrument du physicien de New- York :

Les applications du phonographe ne sont pasencore aussi nombreuses que M. Edison l'avait supposé lors de la reprise de ses travaux en 1888,. a la section de Bath de Y Association britannique r cependant nous avons à enregistrer] un développement très remarquable dans la direction signalée par l'inventeur.

En Amérique, il s'est formé un grand nombre de compagnies concessionnaires, qui ont tenu au commencement de juin 1890, un. meeting à Chicago, et adopté des résolutions importantes. Elles ont mieux fait que de pérorer, elles ont donné l'exemple d'un progrès bien remarquable, et menaçant même l'industrie dés sténographes.

Tous les discours ont été phonographiés par des opérateurs qui répétaient à voix basse dans le tube d'un instrument, ce qu'ils entendaient. Lorsqu'un cylindre était fini, il était rapidement transporté par un assistant dans un autre appareil, et servait à dicter les phrases recueillies à un autre opérateur chargé de mener une machine à imprimer. C'était la répétition en grand de l'expérience à laquelle le public assistait en 1889 dans la galerie des Machines, lorsqu'il s'arrêtait devant une partie de l'exposition d'Edison.

La marche de l'opération a été si satisfaisante, que c'est de la sorte que le compte rendu du meeting a été imprimé .

Quelques jours après le phonographe a donné la preuve de la rapidité avec laquelle il peut rivaliser avec les meilleurs sténographes. C'est ainsi que l'on a recueilli à l'auditorium de Chicago, le discours de M. Depeu, célèbre orateur new-yorkais, qui faisait une excellente conférence sur l'exposition de 1 863, et donnait son adhésion au choix fait par le congrès de Washington.

La rapidité a été tellement grande que tous les journaux de Chicago recevaient des épreuves de l'exorde avant que M. Depeu ait eu le temps de commencer sa péroraison.

Il est vrai que les sténographes de nos assemblées délibérantes ne sont pas, de pures machines, et qu'ils remettent sur pied les discours prononcés, à la tribune nationale. Les harangues de nos honorables ne nous arrivent qu'après un véritable travail orthopédique et un épluchage cacographique ; bien peu de députés et de sénateurs sont à même de se passer de ce véritable blanchissage. Il n'en était pas de même à Chicago, où M, Depeu, parfaitement maître de sa parole ,et de son sujet, avait la même correction que jadis Jules Favre, et n'avait pas besoin de correcteur.

On a employé en Amérique le phonographe à un usage auquel nous ne croyons pas que l'on

LE PHONOGRAPHE

puisse adresser une objection quelconque. En offet, on s'en est servi pour- recueillir les chants de guerre et les traditions de plusieurs tribus in-

diennes qui sont sur lè point de disparaître. Ces impressions phonpgraphiques seront conservées dans un musée de Washington, et serviront aux

Fig. 475. — Le, nouveau phonographe d'Edison à l'Exposition universelle de 1889.

études linguistiques comparées des générations futures.

Dans un grand nombre d'écoles des États-Unis on commence à faire un emploi constant du phonographe pour l'étude des langues étrangères^ afin

de bien mettre dans l'oreille des élèves les articulations difficiles.

Lors de la fête du 4 Juillet, anniversaire de la déclaration d'indépendance des États-Unis, M. le colonel Gouraud a fait entendre aux Américains

la voix de M. Harrison, le président actuel. Gomme il ne peut quitter le sol de l'Union pendant toute la durée de sa législature, le représentant d'Edison en Europe a eu raison de dire, que c'était la première fois qu'on entendait de ce côté de l'Atlantique des paroles prononcées par l'hôte de la Maison- Blanche.

On doit dire cependant, pour rendre hommage à la vérité, que les articulations laissaient à désirer. Quoique M. Harrisson ait la voix faible, cette circonstance n'aurait pas nui, si l'honorable président avait parlé avec une netteté suffisante. Ce n'est pas tant le volume de la voix, que la modulation des sons qui est indispensable. Le phonographe rendra aux orateurs, aux acteurs et aux hommes d'État, la même nature de services qu'un miroir aux coquettes.

' Le mariage de M. Stanley, qui a été célébré le {% juillet 1890, à l'abbaye de Westminster, avec une pompe royale, a donné lieu à d'autres expériences phonographiques internationales.. Deux phonographes ont été placés dans l'abbaye de Westminster, pendant la cérémonie. L'un d'eux, mis en opération près de l'orgue, a reçu l'impression de la marche nuptiale. II a été remis au célèbre explorateur comme un cadeau de noces de M- Edison. L'autre restera dans les mains de M. le colonel Gouraud, qui s'en servira dans sa communication à l'Association britannique dans sa session du mois de septembre. On l'a fait fonctionner dans le clocher, et il a conservé l'impression du joyeux carillonnage.

Nous pensons que ces sonneries, dont on dit merveille, viendront à Paris, et retentiront aux oreilles des membres de l'Académie des sciences.

Mme Patti avait toujours refusé obstinément de chanter dans un phonographe. Les journaux américains prétendent qu'à Chicago même, le jour où elle a eu tant de succès à l'auditorium, on est parvenu, à l'aide d'un phonographe bien pla'cé et habilement dissimulé, à lui voler ses plus belles notes. Si cela n'est pas vrai, c'est au moins bien trouvé.

Une curieuse application industrielle du phonographe a vu le jour en 1890. Nous voulons parler de la poupée phonographe, qui fit fureur en Amérique, à cette époque. Nous allons décrire, avec les figures à l'appui, cette amusante application.

On voit dans la figure 476 la poupée, qui ressemble à tous les jouets de ce genre. Voici en quoi consiste le mécanisme qui la fait parler.

Le corps est en fer-blanc, l'intérieur est

creux, la partie supérieure de la poitrine est

Kig. 47fi. — La poupée phonographe.

disposée comme un fond d'écumoire, percée

Fig. 477. — La poupée Due.

de trous nombreux et d'assez fort calibre. Voilà pour le contenant.

LE PHONOGRAPHE

Quant aiï -contenu, la pièce capitale se compose d'un mécanisme d'horlogerie se remontant avec une clef (fig. 477), et actionnant un tambour en communication par un style, avec la plaque de résonance et de vibration d'un électro-aimant.

Ceci posé, La description est facile et se comprend aisément. Un volant armé

Fig. 478. — Appareil recevant l'impression des sons.

d'une courroie sert à régulariser le mouvement d'ensemble d'un tambour T (fig. 478). Sur ce tambour est appliquée et s'enroule une feuille de guttarpercha. Un pavillon, P, reçoit les paroles et inflexions de le, voix destinées à s'inscrire sur la surface du tambour.

Dans une immense salle, des jeunes - filles .sont assises sur des bancs séparés les uns des autres. Enfilés devant elles, sur une tige qui glisse, les tambours pas-

sent successivement devant un porte-voix.

Ainsi que le. montre la figure 479, la jeune fille cause, chante, rit ou pleure devant le porte-voix ; elle y psalmodie des airs populaires, et au fur et à mesure, ces vibrations, au moyen de la tige, se gravent dans la gutta-percha qui enveloppe le tambour, en formant des creux qui plus tard, feront vibrer au passage le style de la plaque résonnante dans la poupée.

La jeune fille s'arrête. C'est fait, le tam-

Fig. 479.

La parleuse.

bour est armé. Il n'y a plus qu'à l'introduire dans le corps do la poupée, monté sur le mécanisme d'horlogerie (6g. 477) qui le fera mouvoir.

Deux tours de clef donnés par un trou dissimulé dans le dos, et le volant se mettra en marche, entraînant avec lui le tambour qui glissera à gauche ou k droite sur son arbre, pressé par le ressort.

Dans ce mouvement, les creux de la gulta-percha feront, au passage, trembler le

style, lequel, à son tour, transmettra ses vibrations à la plaque, d'où elles s'échapperont, sous forme de sons articulés, par le cornet supérieur appliqué contre les trous de la poitrine de la poupée.

Le jouet parlera et répétera automatiquement et à volonté l'air ou les paroles gravés sur la gutta-pércha.

On le voit, c'est en définitive un phonographe très simplifié, introduit dans un

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