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SES APPLICATION S

Malgré l'espoir- et les annonces de l'inventeur, le phonographe est resté à peu

près sans application, pendant dix années. On pourrait même dire qu'il fut complètement oublié dans cet intervalle, aucune application pratique n'étant venue le faire passer dans les habitudes générales, à l'instar du téléphone. Dans les cours de physique, le professeur ■ exhibait devant son auditoire, la petite serinette à répétition, venue d'Amérique. Il amusait l'assistance, en faisant redire à l'instrument des paroles ou des chants qu'il venait de prononcer devant le cylindre d'étain, en faisant sortir de la musique, des chants, ou de petits rouleaux métalliques qu'il passait dans l'instrument. Mais c'était tout. Le public qui, I en 1878, s'était passionné pour cette inven- ; tion, l'avait absolument perdue de vue, dix ! années après.

C'est sans doute cette indifférence qui, i blessant l'amour-propre de l'inventeur, l'amena à reprendre, pour le perfectionner, l'appareil de 4 878.

Comme on l'a vu- par les dessins que nous en avons donnés, cet appareil est formé de trois parties : un pavillon de réception

LE

Fig. 473. — Exhibition, du phonographe dans les cours et conférences (répétition des sous).

pour la voix, avec un& plaque vibrante, un cylindre cannelé . en hélice portant une feuille de papier détain, sur laquelle s'inscrivent les vibrations de la plaque, et un pavillon d'émission qui reproduit ces vibrations. L'arbre du cylindre porte une vis de même pas que l'hélice de la. surface, de manière que la pointe de la plaque du récepteur puisse parcourir la feuille d'étain lorsqu'on tourne la manivelle.

Cet instrument permettait, comme nous l'avons dit, de recevoir et de reproduire la parole, mais imparfaitement. Les . sons avaient un nasillement très désagréable.

Dans le nouvel instrument que M. Edison annonçait,en mai 1888, dans les journaux des deux mondes, il y a un récepteur et un transmetteur, comme dans l'appareil primitif.

Par son aspect il ressemble à un tour d'ébéniste. L'arbre principal est fileté entre ses supports, et prolongé à l'un, des bouts, pour recevoir un cylindre en cire durcie, sur lequel doivent s'imprimer les vibrations de la voix. Parallèlement à l'arbre du çy-

lindre, est disposée une tige à coulisse, sur laquelle est un arbre creux. Ce dernier porte, à Tune de ses extrémités, une tige, munie d'un écrou, qui embrasse la partie filetée de l'arbre principal, et à l'autre une pièce articulée pourvue de deux diaphragmes, dont les positions respectives peuvent, être inter changées a volonté et instantanément. Dans le diaphragme employé comme récepteur, la pointe qui imprime sur le cylindre de cire est fixée au centre dudit diaphragme, et peut osciller dans le sens vertical ; elle tend à être ramenée dans stt position primitive par un ressort fixé à gauche sur lav paroi de la boîte. Dans le diaphragme transmetteur, la pointe fait partie d'une tige articulée sur la paroi de la boîte et repose, par son propre poids, sur le cylindre; elle transmet au diaphragme les vibrations par l'intermédiaire d'un fil d'acier recourbé. Les deux plaques vibrantes sont en baudruche.

La tige qui porte les diaphragmes est munie d'une raclette tournante, destinée h aviver la surface du cylindre en cire.

Le mouvement est donné à l'arbre au moyen de cônes de friction actionnés par un petit moteur électrique, placé sur la table qui supporte l'appareil.

Le courant est fourni par une ou deux piles au bichromate de potasse. Un régulateur très sensible maintient une vitesse uniforme.

On commence par faire manœuvrer la raclette, pour nettoyer le cylindre en cire ; puis on arrête sa marche, et on place la pièce qui porte les diaphragmes dans la position de départ, en mettant en action le récepteur seul. On donne alors le mouvement au cylindre, qui tourne devant la pointe.

Lorsque l'impression est terminée, on arrête la machine, on ramène l'appareil au départ, et on remplace le récepteur par le transmetteur. La pointe repasse par les empreintes laissées sur le cylindre, et reproduit dans le diaphragme les vibrations correspondantes.

Les résultats sont assez satisfaisants. L'articulation est nette et distincte, ainsi que la reproduction des inflexions de la parole, du ton et des modulations. Cela est dû à la régularité du mouvement et à la propriété que possède le cylindre de cire de recevoir les empreintes et à la délicatesse du récepteur.

On voit dans la figure 474T (page 649), l'opérateur inscrivant les sons de la voix dans le nouveau phonographe.

Cet appareil fonctionna à Bath, pendant la réunion de Y Association britannique , qui se tint dans cette ville au mois de septembre 1888.

Les physiciens anglais et étrangers reconnurent que le transport de la voix n'était pas à mettre en doute, et que sa conservation indéfinie est un fait acquis. Cependant la reproduction de la parole n'est parfaite qu'à la condition de mettre à son oreille deux tuyaux acoustiques, terminés chacun

par une petite ampoule de verre : ce qui est un pas en arrière, car dans le phonographe primitif la voix se faisait entendre sans l'emploi d'aucun cornet acoustique.

On peut embrancher plusieurs paires de petits tubes acoustiques sur un tube unique, mais plus le nombre des auditeurs est grand, moins bien on entend. Si la parole de l'opérateur est nette et rigoureuse, l'effet de la reproduction par l'instrument est parfait et produit l'illusion des sons de la voix et du chant.

Mais le phonographe ne peut rendre que ce qu'on lui à confié : le son ne s'améliore point parce qu'on Va mis en bouteille. C'est ce qui fait que quelques personnes ont cru que le phonographe jouait faux, et chantait faux.

Pour juger de sa véritable puissance de reproduction, il ne faut pas s'en rapporter aux phonogrammes qui nous viennent d'Amérique, il faudrait avoir sous l'oreille les sons originaux et leur reproduction dans les tubes phonographiques.

Le phonographe peut parler fort, et se faire entendre de toute une salle. Mais il faut se servir d'un porte-voix, qui donne une sorte de voix de polichinelle. Pour entendre la reproduction parfaite de sons originaux, il faut mettre, comme nous le disons plus haut, à son oreille deux tuyaux acoustiques, terminés chacun par une ampoule en verre.

Cependant, lorsqu'on est en tête à tête avec le phonographe, et que l'impression a été vigoureuse, bien nette et bien entaillée sur la cire, par une émission vigoureuse, l'effet est excellent.

Le nombre de mots qu'on peut mettre sur le tube qui reçoit les empreintes, peut aller jusqu'à mille. Mais un long discours né serait pas entendu facilement. On devra donc se borner à des morceaux assez courts, et parfaitement prononcés. Si on veut se faire entendre dans toute l'étendue d'une salle,

LE PHONOGRAPHE

il faut, comme on l'a dit plus haut, employer un porte-Voix métallique, et mettre le tube à l'oreille de chaque auditeur; ce qui est un inconvénient, parce qu'avec cet intermédiaire, les sons se trouvent modifiés désa-

vantageusement. Voilà pourquoi le tuyau acoustique adapté à un instrument pour chaque personne est nécessaire pour entendre la reproduction de la parole dans toute sa perfection.

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