PROCÉDÉ GILLOT
C'est à un graveur de Paris, François Gillot, mort en 1873, après avoir consacré sa vie à cette invention, que l'on doit la découverte et les perfectionnements de la remarquable méthode qui sert à transfoi*mer le dessin d'un artiste en un cliché de zinc, devant suffire à un tirage énorme, par la presse typographique.
Cette méthode a été désignée longtemps sous le nom simple de procède', qui impliquait une certaine défaveur. Aujourd'hui, ce nom n'est plus synonyme d'un art inférieur; il a pris un rang honorable dans les arts, il est recherché dans la typographie, pour l'illustration des livres, comme le plus utile et le plus économique auxiliaire.
Yoici les diverses opérations du procédé Gillot, que l'inventeur désignait sous le nom de paniconographie, mot rébarbatif, justement oublié aujourd'hui. Il vaut mieux employer le terme gillotage, qui a l'avantage de rappeler le nom de 1 -inventeur.
Le dessin à reproduire en cliché de zinc, pour le tirage typographique, est exécuté à
la plume par l'artiste, sur un papier-carton, qui est remis à l'opérateur.
On remarquera les avantages d'un tel moyen, en ce qui concerne l'artiste. Il n'a pas à se préoccuper des côtés pratiques de l'impression, ce qui pourrait le gêner dans
Fig. 67. — François Gillot.
son inspiration. Il dessine, comme à l'ordinaire, sur du papier; l'opérateur se charge de fixer son oeuvre à jamais, tout en la respectant^ d'une façon intégrale. Si bien qu'après avoir servi à fabriquer un cliché pour l'imprimeur typographe, on peut rendre à l'artiste son dessin, qui n'a été mis à contribution que pour en faire une photographie. On sait, au contraire, que dans la gravure sur bois, le dessin est à jamais détruit par le graveur. S'il sert à faire des reports, des transports, des décalques, il est détérioré ou perdu. Ici, il est conservé sans altération. Un dessin de prix peut être emprunté à un Musée, et lui être ensuite rendu, quand il a servi à faire un cliché.
Il n'est pas même toujours nécessaire d'emporter l'original à l'atelier. On peut apporter au musée ou dans la collection publique la chambre obscure, prendre la photographie du tableau ou de la gravure, et la replacer dans la vitrine. C'est là un avantage très appréciable.
Le dessin tracé à la plume par l'artiste, sur le papier, doit donc être photographié. On le réduit ordinairement au quart ou au tiers de ses dimensions, selon le format de l'ouvrage où il doit entrer.
L'épreuve négative est prise sur une glace collodionnée.
Il faut seulement ajouter que les glaces collodionnées que l'on trouve dans le commerce ne répondraient pas à l'opération qu'il s'agit d'exécuter. L'image obtenue sur glace collodionnée doit, en effet, être détachée du verre, sous forme de pellicule. Pour faciliter le détachage de la pellicule, on a le soin, avant d'étendre la couche de collodion sur la glace, de déposer sur cette glace une légère couche de caoutchouc dissous dans la benzine. Cette couche rendra facile la séparation de la pellicule.
L'épreuve photographique obtenue sur la glace collodionnée est détachée sans peine de la glace, en coupant ses quatre bords et la tirant légèrement. On a ainsi une pellicule collodionnée reproduisant, en négatif, le dessin de l'artiste.
On prend alors une plaque de zinc bien polie, que Ton recouvre d'une couche de bitume de Judée dissous dans la benzine.
On sait que le bitume de Judée a la propriété d'être influencé par la lumière, de telle sorte qu'il devient insoluble dans l'essence de térébenthine, tandis qu'il est parfaitement soluble dans cette essence, quand la lumière ne Fa pas touché.
Cette propriété, découverte par Nicéphore Niepce, et qui fut mise à profit par lui pour créer les premières photographies, est la base du procédé Gillot. En effet, sur la
lame de zinc recouverte d'une couche de bitume de Judée, on applique la pellicule de collodion contenant l'image négative, et en serrant dans un châssis la pellicule et la plaque de zinc, on expose le tout à la lumière solaire ou diffuse. Les parties transparentes du cliché laissent passer la lumière, qui va modifier chimiquement le bitume de Judée, de manière à le rendre insoluble dans l'essence de térébenthine. Dès lors, si, au bout d'un temps suffisant d'exposition à la lumière, on retire la plaque de zinc, et qu'on la place dans un bassin plat contenant de l'essence de térébenthine, on fixe l'épreuve, c'est-à-dire que l'essence dissout les parties de bitume de Judée non influencées par la lumière, en formant les ombres, et laisse à la surface de la plaque les parties modifiées, c'est-à-dire les clairs.
On a ainsi une plaque de zinc contenant la reproduction de la photographie, et par conséquent du dessin de l'artiste, et dans laquelle les noirs et les clairs, ainsi que les demi-teintes, répondent exactement à ceux du modèle.
Le zinc étant attaquable par les acides, si l'on place la plaque dans un vase contenant de l'acide nitrique étendu d'eau, le même dont on fait usage pour les gravures sur acier ou sur cuivre, l'acide dissout et creuse le métal, dans les portions non défendues par le bitume de Judée qui forme le dessin ; et si, enfin, on se débarrasse du bitume qui a défendu le métal de l'attaque de l'acide, on a une véritable planche de gravure, sur laquelle des traits en relief reproduisent ie dessin primitif.
Il n'y a donc plus qu'à passer sur la plaque un rouleau d'encre, et à tirer une épreuve. On a l'image exacte du dessin primitif reproduit, en faible relief, sur une planche de zinc.
En cet état la plaque de zinc pourrait suffire au tirage d'un petit nombre d'épreuves ; et si on le tirait à la presse des lithographes, on aurait des épreuves convenables.
SUPPLÉMENT A LA PHOTOGRAPHIE
C'est ce que l'on fait quelquefois, d'ailleurs., et Ton appelle ce genre d'épreuves des photolithographies.
Mais on ne se propose pas, dans le procédé qui nous occupe, de produire une simple planche pour les lithographes. Il faut donner au dessin un relief considérable, pour qu'il puisse être tiré à la presse des typographes.
L'invention propre de Gillot consiste à avoir trouvé le moyen de creuser profondément la planche de zinc, de manière à lui donner un relief suffisant pour le tirage typographique. Pour cela, on passe sur la planche un rouleau d'encre, et on la met dans un vase contenant de l'acide nitrique, plus concentré que celui qui a servi à la première morsure. On obtient ainsi un relief plus fort. En continuant la, même opération un nombre suffisant de fois, on arrive à donner à la planche de zinc gravée un relief très considérable, qui permet le tirage en typographie.
Dans les ateliers, pour faire agir sur la plaque de métal l'acide nitrique étendu d'eau, on se sert d'un bassin animé d'un mouvement lent et continuel, pour renouveler constamment la surface du contact de l'acide et du métal. La figure ci-dessus montre cet appareil, qui se compose d'un bassin ÀB, contenant l'acide étendu d'eau, qui reçoit un mouvement continuel de droite à gauche au moyen de la tige T, en rapport ellemême avec l'arbre moteur de l'atelier.
Quand le métal a été attaqué à la pro-
Fig. 68. — Bassin automatique,
par l'acide
fondeur désirée, il ne reste plus qu'à faire le tirage au rouleau des lithographes, ainsi que le montre la figure 69.
La partie essentielle du procédé Gillot, c'est-à-dire la morsure progressive du cliché de zinc par l'acide azotique, a été exposée avec beaucoup de soin par M. L. Davanne, dans un rapport présenté à la Société oV encouragement^ et inséré dans le numéro d'août 1883 du Bulletin de cette société. Nous citerons textuellement cette partie du
travail du savant écrivain, en raison du nombre des détails qu'il nous donne sur une opération délicate et peu connue.
Sur une planche de zinc de 3 millimètres d'épaisseur, préalablement planée, bien décapée et dont la surface est convenablement préparée, polie ou graissée, suivant les sujets, on obtient, dit M. L. Davanne, l'image à graver avec une substance, encre, bitume ou vernis, formant réserve ; cette image a été produite directement par la photographie. La planche est alors couverte sur le dos, sur les tranches et sur les grands espaces blancs, avec une matière isolante quelconque, qui empêchera l'acide de mordre inutilement ces parties. Les marges et les espaces ainsi ménagés serviront, dans le courant du travail, à soutenir le rouleau encreur et l'empêcheront de plonger dans les creux qu'il ne doit pas- atteindre; ces parties seront ensuite enlevées à la scie à découper.
La planche est alors prête pour la morsure.
L'examen des difficultés à résoudre pour obtenir une bonne gravure nous aidera à mieux comprendre l'ensemble du travail.
Il faut empêcher que l'acide, par le fait de saturation par le zinc et de la densité qui en résulte, ne stationne, à l'état de nitrate de zinc inactif, dans les parties creusées, laissant l'action de l'acide libre se porter vers la surface, miner en
pour la morsure des plaques nitrique.
Fig. 69. — Tirage d'une épreuve de photogravure à la presse lithographique.
dessous les traits du dessin et leur ôter toute solidité.
Ces creux doivent être assez profonds pour ne pas s'empâter rapidement au tirage par l'encre d'impression. Il est nécessaire, pour obtenir la résistance convenable, la solidité dans les traits, d'empêcher l'acide d'amincir trop les cloisons qui les supportent; il faut au contraire les renforcer à la base en donnant aux creux la forme de V, tandis que la base du plein s'élargira en forme d'A.
La profondeur doit être assez considérable dans les grands blancs pour empêcher le rouleau de plonger, sans quoi ils seraient salis; mais lorsque les traits sont rapprochés cette. crainte n'existe plus; une profondeur inutile entre des parois très minces pourrait les affaiblir; or, par le fait seul du procédé employé, l'attaque par l'acide ne continue qu'en proportion de la largeur des espaces à creuser.
Ces résultats sont obtenus régulièrement par les mises en œuvre suivantes :
La planche préparée, portant le dessin, est encrée avec une encre grasse contenant un peu de cire et placée dans une cuve avec de l'eau acidulée qui mord légèrement le métal; cette cuve est montée en bascule, un levier actionné par un moteur à vapeur la maintient en mouvement, Feau va et vient sur toute la surface, lavant continuellement les parties non réservées contre son action; il ne se produit donc pas de saturation locale, et le liquide incessamment renouvelé mord les fonds aussi bien que les parois, qui ne tarderaient pas à être minées, si on prolongeait trop longtemps la morsure. C'est pour cela que cette première attaque est faite avec le plus grand soin, c'est d'elle que dépend la finesse de
l'épreuve: on emploie l'acide azotique à un état de dilution tel qu'il est peu sensible au goût, un ou deux centimètres cubes par litre d'eau. L'acidité est maintenue par la petite quantité d'acide à 36°, qu'un flacon à robinet verse goutte à goutte dans la bassine.
Après un quart d'heure environ, la planche est retirée; le creux est à peine sensible à l'ongle, il faut, en le continuant, protéger les parois verticales et ne creuser que le fond; pour cela on éponge, on sèche la planche, on la met sur une table de fonte chauffée régulièrement par la vapeur du moteur ; l'encre grasse qui couvre les traits se liquéfie légèrement, elle déborde et descend le long de la paroi qu'elle protège; à ce moment on retire la plaque qu'on laisse refroidir, puis on l'encre de nouveau ; on la couvre ensuite en plein avec de la résine en poudre impalpable qui s'attache seulement sur les parties encrées, l'eau du nouveau bain enlèvera tout l'excédent; on la remet dans la cuve avec un acide un peu plus fort et on recommence l'ensemble de ces opérations huit, dix ou douze fois. En procédant ainsi, l'encre qui déborde et descend le long des parois empiète de plus en plus sur la base du creux et, si les traits sont rapprochés, les deux coulées d'encre protectrice se rejoignent par le pied d'autant plus vite que l'écart est moins grand. Ainsi les morsures se trouvent arrêtées successivement et les creux sont d'autant plus profonds que les traits sont plus éloignés.
Il est facile de suivre la marche de la gravure et des réserves faites par l'encre ; à mesure que celle-ci remplit complètementles creux, les finesses du dessin s'empâtent, et à la fin de l'opération la surface présente un placard entièrement noir.
Fig. 70. — Atelier et chambre obscure de Gillot.
A chaque morsure nouvelle, on augmente l'acidité du bain, et quand les larges parties restent seules exposées à l'attaque, on peut employer l'acide à 6° B. A cet état, la plaque de zinc retirée du bain, lavée, essuyée, est traitée par la benzine, puis par la potasse, pour éliminer tous corps gras. On peut voir alors que les parois ne présentent pas un plan incliné, mais une série de talus ou bourrelets correspondant à la série des morsures. Ces renflements pourraient prendre l'encre d'impression et altérer la pureté des lignes et des blancs; il faut les faire disparaître par une opération analogue à la première, mais menée rapidement en sens inverse, A cet effet, la plaque bien nettoyée et chauffée sur la table de fonte est encrée à chaud, avec un rouleau dur et lisse, au moyen d'une encre composée par moitié avec l'encre d'imprimerie et moitié avec un mélange à parties égales de résine et de cire jaune. Cette encre, qui ne peut être employée qu'à chaud, descend sur les parois latérales ; on arrête quand elle est arrivée à moitié de la profondeur, on refroidit la plaque, on renouvelle un encrage à froid, pour bien couvrir toute la surface, on chauffe de nouveau, pour glacer l'encre et n'avoir aucun point qui ne soit protégé, on porte à la cuve avec de l'acide à 5° B. qui ronge rapidement les talus S- T. II.
et creuse encore plus profondément. On recommence l'opération entière, en ménageant l'encrage, de manière à pouvoir enlever les talus supérieurs; On termine en préservant seulement la surface et en faisant sur toutes les parois une morsure très légère, qui fait disparaître les dernières traces de bourrelets,
La gravure est alors terminée, il ne reste qu'à enlever à la scie toutes les larges parties qui, en le maintenant, facilitaient Faction régulière du rouleau encreur; on contourne également à la scie la forme générais, et on monte la plaque gravée sur les bois d'épaisseur.
Ces opérations sont menées rapidement, dans un vaste atelier, largement aéré pour éliminer les gaz nitreux résultant de l'attaque des zincs. Des séries de grandes cuves contenant les liquides acides reçoivent les planches à graver; deux machines, l'une à gaz de la force de 4 chevaux, l'autre à vapeur, de la force de 6 chevaux, servent à mettre en mouvement les cuves, les outils à scier et découper, ainsi qu'une machine Gramme pour opérer à la lumière électrique, quand il est nécessaire.
On voit que la pose, pour obtenir les
épreuves photographiques, joue un grand
rôle dans le gillotage. C'est pour cela que Gillot a donné à l'installation de l'atelier photographique un soin tout particulier. Il a fait construire des modèles spéciaux de chambre obscure et d'appareils d'éclairage.
Un appareil pour ce genre de photographies renferme trois chambres obscures.
La figure 70 représente un modèle de ces chambres. La partie A, qui correspond à la glace dépolie et qui reçoit la surface sensible, est fixe ; la partie B est mobile, c'est celle qui porte l'objectif. Elle est reliée par un écrou à une longue et forte vis qui est fixée sur le pied D, et qui la fait avancer et reculer sur les règles métalliques RR, qui empêchent toute déviation de parallélisme entre les deux parties A et B. L'une de ces règles est divisée en millimètres ; un vernier permet d'opérer le déplacement de l'objectif à un dixième de millimètre près. Les deux pièces A et B sont assemblées perpendiculairement sur le pied.
Chaque appareil complet repose sur quatre galets et se meut, en arrière et en avant, sur des rails fixes; une division en centimètres avec vernier donne, à un millimètre près, la distance entre la surface sensible placée en A et le châssis C portant les sujets à reproduire.
D'autre part, les chevalets sont formés d'un pied en fonte et d'un châssis; ils ne peuvent avoir aucun mouvement en avant ou en arrière, ils ont seulement un déplacement latéral sur deux petits rails perpendiculaires aux premiers ; le châssis en fer est fermé par une forte glace GG ; il est mobile autour de deux tourillons T, et il prend à volonté la position horizontale, pour y enfermer, rangées les unes près des autres, les diverses pièces à copier, et la position verticale parallèle à la chambre noire; un engrenage et un contre-poids, P, rendent facile la manœuvre de ce châssis sur son pied, malgré son poids considérable.
Le déplacement en hauteur donné par
l'engrenage et le déplacement latéral sur les rails permettent d'amener dans l'axe de l'objectif les divers sujets à copier, tout en laissant fixes la distance de l'objectif et le parallélisme des appareils.
« Avec cette disposition, dit M. Davanne, dans le rapport déjà cité, on n'a plus à rechercher la mise au point rigoureuse, qui est toujours si longue et si délicate à arrêter lorqu'on la fait directement sur la glace dépolie; des calculs exacts ont déterminé la longueur focale vraie de chaque objectif, on en a déduit pour les réductions (et les agrani dissements, s'il y avait lieu) la distance qui doit j séparer l'objectif et la surface sensible, puis la dis- ■ tance de celle-ci au modèle ; un tableau placé sur I le mur en face de chaque appareil donne ces calculs tout faits. Sauf les cas forcés de copie au dehors, le modèle apporté est mis au châssis; on règle le tirage de la chambre et son écart du modèle d'après les chiffres correspondants au tableau pour la proportion demandée, et on peut opérer avec une sécurité et une rapidité que ne donneraient pas les tâtonnements de la mise au point sur la glace dépolie. »
Tel est, dans son ensemble et dans les détails pratiques, le procédé Gillot, qui rend aujourd'hui de si grands services et qui trouve tant d'emplois aujourd'hui dans les publications illustrées et les ouvrages d'enseignement. Nous donnons, dans la figure 71, un spécimen de ce genre de gravure photographico-typographique.
PHOTOGRAVURE DIRECTE.
Le gillotage, c'est-à-dire la transforma- | tion en un cliché de zinc en relief, du dessin fourni par un artiste, est déjà une industrie d'une grande importance; mais la photogravure directe, qui donne une gravure en relief (en cuivre) au moyen d'une simple photographie, sans le concours d'aucun dessinateur, serait d'une importance industrielle plus grande encore, si elle était aussi sûre dans ses résultats. Dans le gillotage on supprime le travail du graveur sur bois, en opérant sur le dessin de l'artiste ; avec la photo-gravure directe, on supprime, tout à
la fois, le travail du graveur sur bois et celui du dessinateur- Tout se fait automatiquement, par des moyens mécaniques ou chimiques.
On comprend toute l'économie et la simplification qui résulteraient de cette dernière méthode. Malheureusement, la photogravure directe est beaucoup moins avancée que
Fig. 71. — Spécimen d'une gravure par le procédé Gillot.
le gillotage, et ses produits sont inférieurs en netteté à ceux du procédé Gillot.
En quoi consiste la photograviwe directe? Quels sont ses agents, ses moyens opératoires ?
La photogravure directe s'exécute au
moyen du procédé Gillot, convenablement modifié. Les opérations sont à peu près les mêmes; seulement, il faut se préoccuper ici de donner à la gravure le grain, qui la constitue essentiellement. Dans le gillotage,
l'artiste, en exécutant son dessin, trace luimême, à la plume, les tailles qui doivent composer la gravure : avec de l'habitude et une étude spéciale, il arrive à tracer son dessin avec les traits convenables pour simuler les tailles de la gravure. Mais quand on opère sur une simple photographie, on n'a plus cette ressource; la photographie transformée en gravure ne donnerait que les teintes plates qui lui sont propres. Il faut donc ici, tout à la fois, produire une gravure en relief, et créer un grain de gravure, artificiel, pour ainsi dire.
On vend aujourd'hui dans le commerce des papiers gaufrés, quadrillés, grainés, etc. , dont les graveurs-photographes se servent, et sur lesquels ils tirent les négatifs à pourvoir d'un grain. Cependant la plupart des opérateurs préfèrent obtenir eux-mêmes le grain de leur papier. Pour cela, ils ont recours aux différents moyens qui sont en usage depuis longtemps dans les ateliers des graveurs en taille-douce.
On sait que le grain d'une gravure s'obtient, généralement, par le procédé dit à la résine. On enferme dans une armoire bien close la planche de cuivre ou d'acier à pourvoir d'un grain; puis on projette, grâce à une manivelle que l'on tourne de l'extérieur, un nuage de résine en poudre. La résine, en tombant sur la surface métallique, y forme une couche grise. La plaque retirée de l'armoire, ainsi recouverte de vernis par petites places, est traitée par l'acide azotique. Les grains de vernis résultant des petits espaces non attaqués par l'acide constitueront, au tirage, les grains de la gravure.
Le procédé à la résine est souvent employé par les graveurs-photographes pour remplacer les papiers quadrillés, gaufrés, etc.
Quoi qu'il en soit des moyens permettant de donner le grain aux plaques métalliques, la photogravure directe s'exécute, comme nous l'avons dit, par les diverses
opérations décrites ci-dessus à propos du gillotage, mais en opérant sur une lame de cuivre. Le gillotage donne un relief de zinc, la photogravure directe un relief de cuivre.
Différents opérateurs en France, mais surtout en Allemagne, exécutent d'assez bonnes gravures pour l'usage de la typographie, par la photogravure directe. Seulement, ils tiennent, presque tous, leurs procédés secrets, bien qu'ils soient décrits tout au long dans leurs brevets d'invention. C'est que la réussite de l'opération ne dépend pas exclusivement de la mise en pratique des procédés décrits dans les brevets, mais bien des tours de main particuliers, dont chaque graveur se réserve l'usage, et qu'il n'a garde de divulguer.
M, Ch. Petit, M. Gillot fils, M. Michelet, produisent, à Paris, de bonnes gravures par ce moyen. Nous mettons sous les yeux de nos lecteurs (fig. 72) un spécimen de photogravure directe obtenu par M. Ch. Petit.
Il serait à désirer que la photogravure directe pût devenir d'un usage courant dans l'imprimerie j comme l'est aujourd'hui le gillotage. Obtenir directement, sous forme de gravure, au moyen de la photographie, les vues de la nature, les portraits, les monuments, etc., c'est le desideratum de la photographie, qui, en reproduisant mécaniquement, sans l'intervention du dessinateur ni du graveur, les spectacles de la nature, aurait atteint les dernières limites de Fart.