CHAPITRE XII
LA. PHOTO LIT HO GRAPHIE, LA PHOTOGLYPTIE ET LA. GRA- VURE PHOTOGRAPHIQUE EN CREUX.
Nous avons fait un groupe distinct des applications de la photographie à la lithographie et à la gravure en creux (taille-
douce), dans le but de simplifier l'exposé général de la question de la gravure photographique, assez complexe, et que Ton trouve traitée avec beaucoup de confusion dans les ouvrages scientifiques. En effet, : d'une part, la gravure typographique {gillotage et photogravure directe) est maintenant d'une importance industrielle considérable , tandis que la photolithographie et la gravure photographique en creux ne trouvent que de rares débouchés. Aujourd'hui,^ plupart des ouvrages de science et d'art se remplissent de gravures dérivant de la photographie et s'imprimant avec le texte, tandis que les lithographies et gravures, qu'il faut tirer à part, et qui, dès lors, reviennent à un prix élevé, ne se voient que très rarement dans les. publications, et ne servent qu'à des besoins vraiment artistiques.
Nous ne pouvons cependant nous dispenser de traiter ici rapidement de la photolithographie et de la gravure photographique en creux (ou taille-douce), en rattachant à ce dernier genre la photoglyptie.
PHOTOLITHOGRAPHIE.
On peut obtenir des épreuves de photographie tirées à la presse lithographique, de deux manières :
4° En pratiquant la première des opérations du gilloiage\ telles que nous lès avons décrites (pages 53-58), c'est-à-dire en obtenant sur le zinc, recouvert de l'épreuve photographique positive, une impression en très léger relief, au moyen d'une faible morsure par l'acide azotique. On a ainsi une planche de zinc contenant le dessin. Si l'on passe à sa surface le rouleau d'encre grasse, et que l'on tire à la presse lithographique, on a, comme nous l'avons dit pages 54-55, une assez bonne lithographie.
Ici le zinc remplace la pierre lithographique. Mais on sait qu'en lithographie (en dépit de son nom : lithos, pierre) le zinc sert
souvent à recevoir le dessin et à fournir la planche pour le tirage: c'est, alors, la zinco graphie, simple variante de la lithographie.
En résumé, obtenir, par le gillotage, une planche de zinc en relief contenant le dessin à tirer en lithographie, et tirer à la presse des lithographes, voilà une première ressource de la litho-photographie.
Mais ce procédé ne pouvant fournir qu'un petit nombre d'épreuves, on pratique généralement la litho- photographie par une tout autre voie.
Le procédé consiste dans l'emploi de la gélatine bichromatée, c'est-à-dire le vieux moyen photogénique découvert par Poitevin, et qui a reçu tant d'applications différentes. On opère comme il suit :
On prend une pierre lithographique, et on la recouvre d'une couche de gélatine bichromatée. Sur cette couche, on place l'épreuve photographique négative, que l'on veut imprimer lithographiquement, et l'on expose la pierre au soleil. La lumière qui traverse les parties claires rend insoluble dans l'eau la gélatine, qu'elle a touchée, tandis que la gélatine des parties noires, qui n'a pas reçu de lumière, reste soluble. Donc, si après un temps suffisant d'exposition lumineuse on lave la pierre à Feau chaude, la gélatine non impressionnée se dissout, et la pierre reste recouverte de gélatine insoluble. Or, cette gélatine insoluble a la propriété de retenir l'encre d'impression lithographique, tandis que le rouleau ne laisse pas d'encre sur les parties de la pierre non gélatinisées. Au tirage, on obtient donc des lithographies.
La presse qui sert à obtenir les photolithographies se voit dans la figure 73.
On opère quelquefois autrement. On tire une épreuve photographique négative sur du papier enduit de gélatine bichromatée, on expose à la lumière, et on lave le papier, pour faire disparaître la gélatine
SUPPLÉMENT A LA PHOTOGRAPHIE
non impressionnée. On passe le rouleau chargé de noir lithographique sur ce cliché même. L'encre adhère partout où la gélatine est sèche, par suite de son imperméabilité à l'eau; tandis qu'elle est repoussée dans les parties humides où la gélatine non impressionnée par la lumière a conservé la propriété d'absorber l'eau. On fait ensuite un report de ce papier sur la pierre lithographique, et on tire à la presse lithographique.
Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que ce dernier procédé est préférable ; car le maniement d'une pierre lithographique, toujours si lourde et si encombrante, crée bien des difficultés aux opérateurs.
Ajoutons que Ton n'obtient guère par la photo lithographie que des reproductions de simples dessins au
trait, et qu'il est bien rare de pouvoir reproduire ainsi des dessins à demi-teintes, c'est-à-dire les véritables œuvres de l'art du dessin.
PHOTOGLYPTIE.
On reproche à la litho-photographie de ne fournir qu'un nombre très limité d'épreuves, la planche étant vite hors de service. C'est pour réaliser les grands tirages d'épreuves de photographie que l'industrie met depuis assez longtemps en pratique une méthode que nous avons longuement décrite dans les Merveilles de la science (1) et qu'il nous suffira de rappeler.
(1) Tome 111, pages 141-142.
Fig. 73. — Presse pour le tirage des photolithographies.
Il s'agit de la photoglyptie, cette curieuse méthode découverte par l'anglais Woodbury.
Le principe de la photoglyptie de Woodbury, c'est qu'un cliché photographique en gélatine, obtenu par le procédé de Poitevin, c'est-à-dire par l'action de la lumière sur le bichromate de potasse, étant soumis à une pression considérable, sous la presse hydraulique, en contact avec un bloc de plomb, imprime sur le métal tous ses creux
et reliefs ; et que l'empreinte ainsi formée étant reproduite par la galvanoplastie donne des clichés en creux, qui servent à un très grand tirage.
Yoici comment ce procédé est mis en pratique auj our d 'h ui, dans la maison Goupil, à Paris.
On commence par prendre une épreuve positive de l'objet à reproduire, sur une lame de gélatine bichromatée, en exposant la couche sensible de gélatine sous un négatif; on développe l'image à l'eau tiède, et l'on a un cliché, sur lequel les reliefs de gélatine représentent les ombres. On place ce cliché de gélatine sur une feuille de plomb, et on le soumet à une forte pression, à l'aide d'une presse ou d'un laminoir ; ce qui permet d'obtenir des planches de grandes dimensions. La gélatine est d'une telle dureté, qu'au lieu de s'écraser sous la presse, elle pénètre dans le plomb, et y laisse son empreinte.
Mais le plomb n'est pas assez dur pour servir au tirage d'une presse typographique.
On en fait donc, par la galvanoplastie, un premier moule, au moyen duquel on obtient ensuite autant de copies galvanoplastiques qu'on le désire, et qui sont identiques à la planche de plomb primitive.
Ces clichés sont ensuite aciérés, pour les rendre plus résistants, et on les livre à l'impression.
Quand la couche d'acier commence à s'user, on peut en déposer une nouvelle par la galvanoplastie, et les planches peuvent encore servir aux tirages.
Dans la maison Lemercier, à Paris, on emploie le même procédé, avec quelques variantes. On prend, sur une feuille de gélatine bichromatée, une épreuve négative, et après le temps voulu d'exposition à la lumière, on lave la feuille à l'eau chaude, pour développer l'image. On obtient ainsi une planche représentant l'original par des creux ou des reliefs de gélatine d'une délicatesse inouïe. On durcit cette feuille de gélatine, en la plongeant dans une dissolution d'alun, et on la fait sécher. Elle est mise alors sur une plaque d'acier, que Ton recouvre d'un bloc métallique d'alliage d'imprimerie, et Ton comprime le tout, à la presse hydraulique, sous une pression d'environ 1 000 kilogrammes par centimètre carré. Après la pression, la feuille de gélatine, sans être aucunement altérée, a laissé dans le métal son empreinte très fidèle. On a ainsi un moule parfait, que l'on place dans un appareil spécial, la presse photoglyptique; on recouvre le moule de papier légèrement humide, après l'avoir rempli de gélatine colorée et maintenue liquide par la chaleur, et on presse. Quand on retire la feuille de papier, elle a reçu l'empreinte du dessin, lequel s'est formé par des épaisseurs plus ou moins fortes de gélatine colorée. Les grands creux ont donné les noirs ; les demiteintes, les demi-creux ; dans les blancs toute la gélatine ayant été chassée par la presse, le papier est à nu et donne les blancs.
Les épreuves photoglyptiques ressemblent aux épreuves ordinaires de la photographie. C'est une manière de tirer à bas prix un grand nombre d'épreuves d'une photographie, sans passer par les opérations ordinaires du tirage des positifs.
La photoglyptie n'est donc pas, à proprement parler, de la gravure photographique. Nous ne l'avons mentionnée ici que parce qu'elle joue un certain rôle dans l'industrie générale de la photographie, particulièrement pour la reproduction des tableaux.
Ces reproductions peuvent être obtenues en nombre considérable, ce qui rend ce procédé industriel. En effet, on tire jusqu'à 1 000 épreuves avec un seul moule.
Pour reproduire des tableaux en photographie et en tirer un grand nombre d'épreuves, la photoglyptie offre de très grands avantages. On sait que M. Lemercier a publié de belles collections de photographies de tableaux obtenues par ce moyen, et que l'on doit à M. Goupil et à Ad. Braun, de Munich, plusieurs collections du même genre.
haphotoglyptie peut donner des épreuves colorées, en teignant la gélatine avec des substances de couleurs diverses,